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La finale sans fin

Jouée puis rejouée, la finale du championnat d’Allemagne 1921/22 a été unique en son genre: ses cinq heures de jeu n’ont pas suffi pour en déterminer le vainqueur.

 

Auteur : Toni Turek le 10 Mars 2014

 

 
En 1922, la phase finale du troisième championnat allemand d’après-guerre démarre dans la confusion. Selon le règlement, sont qualifiés pour les play-off nationaux les vainqueurs des sept championnats régionaux existants et le champion national en titre. Cette année-là pourtant, trois qualifiés finissent déchus du titre régional leur ayant valu leur qualification en play-off. Mais ces décisions, tardives, restent sans effet sur les trois clubs concernés qui participent aux play-off… durant lesquels ils sont éliminés d’entrée.
 

La finale du championnat 1921/22 oppose un club du nord, le Hamburger Sport Verein (HSV), à un club du sud, le 1. FC Nürnberg (FCN), double champion en titre au sein duquel on retrouve quatre des onze Allemands qui ont battu le voisin autrichien, en amical à Vienne, deux mois plus tôt.

 

Deutsches Stadion
 


Acte 1: jusqu’à ce que la nuit les sépare

Cette finale HSV/FCN démarre à Berlin, le 18 juin 1922 à 17 heures. Avec ses nombreux internationaux et son statut de champion, Nuremberg part favori. Mais c’est bien Hambourg qui a les faveurs de la majorité des 30.000 spectateurs du Deutsches Stadion. Dans les travées, l’ambiance est intense, sans être tendue, mais sur le gazon, les joueurs ne se font aucun cadeau, tant en tacles qu’en buts.
 

Le score est ouvert par le jeune ailier de Hambourg Hans Rave, dix-neuf ans, qui prend le portier Heinrich Stuhlfauth à contrepied. L’égalisation de Nuremberg intervient aussitôt: l’attaquant Heinrich Träg profite de la déconcentration hambourgeoise pour remettre les deux clubs à égalité. 1-1, on en est à la 20e minute. Dès lors, le FCN domine et bientôt mène, grâce à la réalisation d’un autre international, Luitpold Popp, à la demi-heure de jeu. Il se contente ensuite de gérer mais, alors que le coup de sifflet final approche dangereusement, une énième offensive du HSV aboutit enfin: un tir du milieu Hans Flohr trouve la faille dans la terrible muraille du FCN. Fin du temps réglementaire: 2-2. Qui s’attend à voir d'autres buts lors de la prolongation va être déçu. Après tant d’efforts consentis, les vingt-deux acteurs sont épuisés, et au coup de sifflet de l’arbitre Peter Bauwens [1] marquant la limite des cent vingt minutes, beaucoup s’écroulent de fatigue.

Mais le match n’est pas fini: il faut un vainqueur à cette finale. Or, en cas d’égalité après les prolongations, le règlement est clair: il faut disputer des prolongations encore et encore, par tranches de deux fois dix minutes, jusqu’à ce que l’égalité au score ne soit plus. Et les remplacements n’existent pas à l’époque… Le jour baisse, et avec lui la visibilité. Pourtant, le match reprend. Mais les joueurs courent à peine, les passes ne trouvent plus leurs destinataires, et même l’arbitre vient à tomber, lui aussi perclus de crampes – même si après quelque soin il se relève tant bien que mal.

Le match, interrompu à plusieurs reprises déjà dès la première mi-temps à cause de l’engagement physique très intense, n’est plus rythmé que par le sifflet pour les passages des soigneurs et les fins de prolongation. Et cette in vraisemblable finale se poursuit, usant le chronomètre, rayant des tablettes le record de 1912, où le but décisif n’était tombé qu’à la 153e minute. Trois heures après le coup d'envoi, le cinquième but se fait attendre… Finalement, Bauwens interrompt ce match interminable après 3h45 de présence – pour exactement 189 minutes de jeu. Le crépuscule est tombé, les joueurs sont morts de fatigue, et bien des spectateurs ignorent comment ils vont pouvoir rentrer chez eux, à un horaire où les trains ne circulent plus. Mais quand les deux équipes quittent le terrain, c’est sous un tonnerre d’applaudissements. Cette finale épique devra être rejouée.
 


Acte 2: Nuremberg voit rouge

On prend les mêmes [2] et on recommence, le 6 août 1922 à Leipzig. Encore arbitrés par Bauwens, Hambourg et Nuremberg se retrouvent dans l’antre du club le plus titré d’Allemagne, devant 50.000 spectateurs.
 

Si la première finale a été épique, ce second épisode va être également mémorable… mais différent. Car très tôt, Nuremberg est réduit à dix: dès la 18e minute, l’avant-centre Böß est exclu, coupable d’avoir piétiné le défenseur hambourgeois Albert Beier qui était à terre… Agacé par les coups, l’arbitre avait pourtant prévenu des risques d’un engagement physique au-delà du tolérable.

 

La supériorité numérique du HSV ne vaut pas pour autant avantage au score. Pire, c’est le FCN qui marque en premier: le buteur trapu Träg offre à son équipe un avantage qui va tenir vingt minutes, avant que Karl Schneider n’égalise pour le HSV. Par la suite, l’événement le plus notable est la sortie du défenseur bavarois Toni Kugler: touché au genou, le malheureux, qui a déjà perdu plusieurs dents lors de la finale de juin après un coup pris en pleine face, doit laisser ses coéquipiers. Si le FCN plie, il ne rompt pas, et Bauwens siffle la fin des quatre-vingt-dix minutes sur une égalité de 1-1. Et revoilà les prolongations!
 

Les spectateurs s’interrogent: vont-ils revivre le marathon de Berlin? Car à neuf, Nuremberg résiste vaillamment. Mais dans la première période de ces prolongations, le FCN perd Träg. Impliqué un peu plus tôt dans un échange animé avec le défenseur du HSV Rudolf Agte, le caractériel buteur bavarois agresse le défenseur adverse Beier, qui vient de commettre une faute sur lui. C’est donc à huit que Nuremberg atteint la mi-temps des prolongations. Sitôt le coup de sifflet de fin donné, Popp, l’autre buteur du FCN à Berlin – et le meilleur buteur de ces play-off – s’effondre, hors d’état de continuer. Or, le règlement stipule qu’un match s’arrête aussitôt qu’une équipe compte moins de huit joueurs sur le terrain. Dura lex sed lex: Bauwens met fin à la finale numéro deux après 1 heure 45 de jeu.
 


Acte 3: et le champion est…

Nuremberg s’attend à re-rejouer la finale. Surprise! La fédération allemande décide l’octroi du titre à Hambourg, car selon elle c’est bien Nuremberg qui a provoqué l’interruption du match par ses deux expulsions pour brutalités. Nuremberg fait appel, en impliquant l’arbitre: Bauwens a mis fin au match alors que celui-ci était déjà interrompu, puisque la première mi-temps de la prolongation était finie. Il aurait fallu siffler la reprise de la prolongation avant de siffler la fin définitive de la finale.
 

La bataille Nord-Sud s’éternise hors du terrain. La fédération confirme sa décision par vote à l’automne 1922. Mais la ligue régionale où évolue le titan d’alors qu’est le FCN a agité la menace d’une sécession. En définitive, Hambourg renonce à son premier titre sous la pression de la fédération [3]. Un titre perdu… vite retrouvé: le HSV sera sacré dans les règles en 1923… puis détrôné en 1924 par le FCN. Quant aux prolongations, finis les marathons: s’il y a égalité après 150 minutes, un match d’appui sera organisé – une décision qui a permis à cette finale de 1922 de rester la plus longue disputée outre-Rhin.
 


[1] Arbitre international, Bauwens sera président de la Fédération allemande de foot (DFB) de 1949 à 1962.
[2] 20 des 22 joueurs de la première finale y sont. Pas le défenseur de Nuremberg Grünerwald: il s’est blessé à un pied en descendant du train!
[3] Officiellement, il n’y a donc pas de champion 1922… même si, sur le trophée actuel, la mention "1922 1.FC. Nürnberg-HSV. Hamburg" figure bien.

 

Réactions

  • Milan de solitude le 10/03/2014 à 09h56
    Quel bel article !
    Sait-on si Popp a exagéré son épuisement en vue de faire rejouer à onze contre onze un match très mal engagé pour son équipe ?

  • Mandandamadeus le 10/03/2014 à 10h12
    C'est exactement ce que je me demandais également. D'autre part, je me demandais pourquoi ils avaient attendu aussi longtemps pour rejouer la finale...

    Très bon article en tout cas, merci Toni !

  • Tonton Danijel le 10/03/2014 à 11h03
    Tiens, c'était pas la finale de la troisième ligue des cahiers et son interminable séance de tirs au but entre l'Essaim Hurleur et le GREAT, le match le plus long de l'histoire? On m'aurait menti?

  • C. Moa le 10/03/2014 à 15h56
    Quelle belle histoire, merci Toni pour la plongée dans les archives !

  • A la gloire de Coco Michel le 10/03/2014 à 16h41
    Bravo et merci Toni!

  • Pascal Amateur le 10/03/2014 à 17h08
    Harold Ramis en aurait fait un beau film. C'est arrivé le Jour de la marmotte ou pas ?

  • José-Mickaël le 10/03/2014 à 20h42
    Tiens, c'est vrai, un match de foot se prête bien à un scénario de type "Un jour sans fin"... Voilà ce que ça pourrait donner :

    C'est Franck Leboeuf qui remplace Laurent Blanc en finale de coupe du Monde 1998. Il est au marquage de Ronaldo. Hélas, celui-ci est en grande forme et lui fait tellement de misères que le Brésil l'emporte 3-2 malgré les deux têtes de Zidane. Mais quand il se réveille le lendemain, c'est de nouveau le jour de la finale. Il la rejoue, Ronaldo lui refait les mêmes tours de passe-passe, et 3-2 pour le Brésil. Et le lendemain, on est à nouveau hier (je me comprends). Petit à petit, à force de perdre la finale, Leboeuf essaie de trouver une astuce pour la gagner. Mais rien n'y fait. S'il cogne le genou de Ronaldo, il se fait expulser et la France, réduite à dix, perd quand même. S'il se place de façon à repousser le tir qu'il connaît par coeur, Ronaldo tire autrement et marque quand même.

    Malgré tous ses efforts pour que les choses se passent autrement, c'est la défaite : défaite aux tirs aux buts, défaite après une agression du gardien sur Lizarazu, défaite après une main vataesque d'un brésilien, défaite après que les deux têtes de Zidane aient été repoussées par les poteaux carrés, défaite sur le tapis vert après une coupure d'électricité ayant provoqué le retrait des Bleus, défaite après une grève surprise de l'équipe de France, défaite par forfait à cause du bus qui n'a pas réussi à se faufiler parmi le foule et est arrivé en retard...

    Finalement Leboeuf a une idée : il va droguer Ronaldo juste avant le match (en se déguisant en femme de chambre de l'hôtel). Et ça marche : Ronaldo vomit juste avant le match, et durant la finale il n'est que l'ombre de lui même. Et on gagne 2-0 Mieux : 3-0 ! Le lendemain, Leboeuf constate qu'on est bien demain : sauvé !


  • Croco le 10/03/2014 à 21h41
    Dommage qu'on puisse pas étoiler les commentaires suite à un article...

  • Toni Turek le 11/03/2014 à 04h26
    Milan & MDD > Dans son rapport, l'arbitre indique avoir laissé un peu de temps à Popp pour se remettre, mais qu'un de ses coéquipiers lui a finalement confirmé que Popp ne pourrait pas continuer. Si simulation il y a eu, ça a été bien caché.


    Quant au délai entre les deux duels HSV/FCN, il faut se rappeler qu'à cette époque :
    1/ c'est la première fois qu'il faut rejouer une finale. Jusque là, les finalistes avaient mis du leur pour faire basculer le match, tôt ou tard.
    2/ le foot allemand est encore amateur, et on ne parle pas que du statut des joueurs : ainsi, plus tôt dans la saison, les clubs de Stettin et Königsberg sont à égalité dans leur groupe. Pour déterminer qui se qualifie pour les play-offs nationaux, il y a match d'appui. Königsberg gagne, mais un recours est déposé, nouveau match, que Stettin gagne. Stettin passe... mais après un nouveau recours, Königsberg récupère son titre régional... sans pouvoir jouer les play-offs. Comme déjà l'année d'avant ! Avec ce niveau d'organisation, il ne faut pas s'étonner qu'il faille du temps pour reprogrammer correctement une finale !
    3/ les transports d'alors sont loin d'équivaloir les actuels : un trajet en train, par exemple, c'est tout une épopée ! Petite anecdote à ce sujet : suite à la blessure de Grünerwald (cf. note 2), le FCN, qui s'était déplacé à seulement onze joueurs, a dû convoquer en catastrophe par télégramme Reitzenstein pour ne pas démarrer à dix la finale retour. Mais avec le boucan ambiant dans le train, le joueur n'a pas dormi du voyage - pas le meilleur moyen d'arriver en forme ! Idem pour les moyens de communication entre fédération, clubs et joueurs : pas de téléphone mobile, pas d'Internet, pas de fax... C'est sûr que maintenant, ça se passerait autrement.

  • Mandandamadeus le 11/03/2014 à 09h42
    Exhaustif et passionnant jusque dans les commentaires de tes propres articles. Merci Toni !