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Everton Free School, le football dans la communauté

À l'ombre de Goodison Park à Liverpool, une école insolite doit son succès à la Foundation d'Everton FC, un modèle caritatif inscrit dans la matrice de la Premier League. 

Auteur : Kevin Quigagne le 1 Mars 2022

 

Everton Free School est la première et plus importante école dirigée par un club de football. Démarrée en 2012 avec seulement six élèves, elle en compte aujourd'hui presque trente fois plus.

La première grande réforme des Conservateurs, à leur arrivée au pouvoir en 2010, fut la dérégulation totale du système éducatif. Au cœur de l'idéologie Tory, la création du statut "d'academy" (via l'Academies Act 2010). Dans leur majorité, les établissements scolaires publics furent progressivement contraints à se convertir à la nouvelle religion de l'académisation [1].

L'une des émanations de cette mutation ultralibérale est la "Free School", nomenclaturée comme academy. C'était l'un des chevaux de bataille, hautement symbolique, de la campagne électorale de David Cameron : permettre à n'importe qui, en à peine deux ans, d'ouvrir une école (généreusement et entièrement) financée par l'État et habilitée à délivrer des diplômes d'État.

Malgré les milliards investis [2], l'expérience est considérée comme un échec. Sauf en ce qui concerne l'Everton Free School, grâce au savoir-faire d'Everton FC en la matière, acquis à la faveur des bouleversements structuraux et financiers qui accompagnèrent le boom de la Premier League.

 

 

À l'origine, des fondations solides

Le concept de Free School est un pur produit des Conservateurs dernière mouture. Il reflète le modus operandi de la société britannique en général, marquée par l'initiative personnelle et les projets communautaires, la libre entreprise, l'omniprésence des œuvres caritatives et le désengagement, réel ou feint, de l'État.

La pierre angulaire de la réussite de l'Everton Free School est la vitalité des programmes "football dans la communauté". L'historiographie fait remonter l'essence de ces liens aux origines du football anglais, quand nombre de clubs, tel Everton, furent fondés par des instituteurs ou membres du clergé (lire l'excellent livre Thank God for Football de Peter Lupson, l'historien d'Everton FC, et voir ce clip).

Puis, pour expliquer l'essor spectaculaire des clubs, vint la notion un peu abstraite "d'identité dans la communauté", notion toujours fréquemment mise en exergue car d'apparence organique et saine, mais quelque peu galvaudée. Toutefois, aussi historiques soient les liens entre football et religion au Royaume-Uni, les racines pérennes de ces initiatives de type communautaire datent des années 1980.

En 1986, afin de remédier à la mauvaise santé à la fois du football (hooliganisme, racisme, désaffection du public et des médias) et de la société, surtout dans le nord du pays (chômage de masse, désindustrialisation, émeutes), la PFA, le syndicat des joueurs, soutenu par la Football League, conçut un programme inédit : le "Football in the Community" (FitC), l'ancêtre de la foundation.

Six clubs du Nord Ouest - Bolton, Bury, Oldham, Preston et les deux Manchester - se portèrent volontaires pour mener à bien le projet pilote. Celui-ci, autour de l'idée centrale du développement de liens entre les clubs de football et leur communauté immédiate, détermina une série d'objectifs en quatre volets : formation et aide à l'emploi pour les jeunes ; prévention de la délinquance ; maximisation de l'utilisation des infrastructures des clubs ; implication des minorités ethniques dans des activités sociales, pédagogiques ou de loisir.

Une expansion spectaculaire

L'expérience s'avéra concluante et, au début des années 1990, une cinquantaine de clubs avaient créé leur fondation, souvent encore embryonnaire. Les clubs, principalement par manque de moyens, renâclèrent à mettre la main à la pâte et élaborèrent des structures chargées de trouver des financements externes.

C'est toujours le cas aujourd'hui : les fondations de clubs britanniques, entités légalement indépendantes, sont majoritairement financées par la Football Foundation, la Premier League et des subventions diverses. Une réalité parfois retournée en critique contre les clubs, qui en retirent des bénéfices certains, notamment en termes d'image et de médiatisation, mais rechignent à contribuer financièrement [3].

Dans une deuxième phase, les clubs tirèrent les enseignements du rapport Taylor (après la tragédie d'Hillsborough) leur recommandant de renforcer les liens avec leur communauté. Le programme fut considérablement boosté par le lancement de la Premier League en 1992, puis - dans une moindre mesure - par l'arrivée des Travaillistes en 1997, soucieux d'ancrer davantage les clubs dans un rôle d'acteur social, en partie pour contrebalancer l'explosion du coût de la billetterie et le délitement des liens avec le socle du supportariat.

Le gouvernement mobilisa une "Football Task Force", dont la réflexion avec d'autres acteurs, tels le ministère des Sports et la Football Association (fédération anglaise), aboutit à la création de la Football Foundation, aujourd'hui l'un des principaux mécènes des foundations de clubs, par exemple à Newcastle United.

Au milieu des années 2000, les clubs professionnels s'étaient dotés en quasi-totalité d'une fondation, qui adopta le statut de charity pour bénéficier d'une fiscalité plus douce. Par la suite, les fondations se professionnalisèrent et établirent de nombreux partenariats avec des acteurs locaux et nationaux - entreprises, associations, municipalités, conseils généraux, agences pour l'emploi, ministères, organismes liés à la jeunesse, l'éducation ou la santé, etc.

Par exemple, dans le North East, la Foundation of Light de Sunderland AFC ou la Newcastle United Foundation, dont les multiples activités sont détaillées ici et . Cette dernière emploie une centaine de permanents et de nombreux freelancers, pour un budget annuel avoisinant les 4,5 millions de livres.

Les joueurs sont incités à endosser un rôle "d'ambassadeur" et à soutenir les actions, parfois coordonnées régionalement ou nationalement entre clubs, et portant sur des domaines aussi variés, outre ceux précités, que l'insertion professionnelle, l'environnement, la lutte contre l'isolement des personnes âgées ou la précarité alimentaire (voir ici pour le NUFC) ou même l'aide aux réfugiés

Everton Free School, exception et modèle

L'Everton Free School a été inaugurée en 2012, avant de s'agrandir en 2015 avec un Sixth Form College (premières et terminales), pour un coût total de 4.2 millions de livres (visite guidée). Son bâtiment est attenant au People's Hub, le centre névralgique de la fondation "Everton in the Community".

Intimement liée à la fondation et s'inscrivant pleinement dans cette filiation, l'école accueille aujourd'hui cent soixante-dix adolescents de quatorze à dix-neuf ans, en marge du système. Les plus jeunes suivent en majorité un programme personnalisé, sanctionné par des cursus à vocation professionnelle comportant un apprentissage, et/ou des modules isolés du GCSE (le brevet des collèges, passé en seconde en Angleterre, sur deux ans et une dizaine de matières).

 

 

L'école peut aussi servir de tremplin vers un parcours éducatif plus classique. L'enseignement comprend un tronc traditionnel (anglais, maths et une matière scientifique) et un élémentvocational (professionnel). Comme l'explique la sous-directrice, l'école tente, généralement par le biais du sport ou des arts de la scène, de reconnecter les jeunes avec les études et de les mener vers des diplômes tels les BTEC et NVQ (comparables au CAP-BEP et bacs pros).

Dans ce schéma, l'environnement et les infrastructures d'un club de Premier League (dont Finch Farm, le centre d'entraînement de l'effectif professionnel, mis à la disposition de l'école), s'avèrent cruciaux et les stages n'ont quelquefois rien de conventionnel ! La section lycée propose des diplômes liés au sportif, tel le BTEC Sport, ou à l'encadrement aux métiers d'animation, comme le NVQ en "activity leadership", des cursus qui permettent de passer les diplômes du brevet d'entraîneur de la Football Association.

Les taux de réussite y sont élevés, celui du "Level 3 BTEC Extended National Diploma in Sport", équivalent à trois A levels (modules du baccalauréat anglais), atteint parfois 100%. Ce BTEC permet d'intégrer un cursus universitaire de sport au Royaume-Uni ou aux USA via une bourse, après validation d'un stage, souvent effectué dans ou via la fondation d'Everton, laquelle encourage également les élèves à faire du bénévolat au sein du club, localement ou dans des pays en développement.

À tous les échelons, l'accent est mis sur des valeurs comme la solidarité, le respect et la tolérance. Un système bien huilé et parfaitement intégré verticalement, dans lequel les élèves s'épanouissent tout en trouvant leur voie professionnelle.

De lourdes ardoises pour les collectivités

D'autres clubs ont ouvert une Free School, avec des fortunes diverses. Parmi eux, Derby County, et la Derby Pride Academy, un établissement qui accueille une vingtaine d'élèves(pour autant de staff) présentant des difficultés d'ordre comportemental, émotionnel et/ou social. Le dernier rapport d'inspection d'Ofsted (services d'inspection) est élogieux.

Bolton Wanderers a également tenté l'aventure. Mais la cupidité du club, qui y vit surtout une opportunité supplémentaire d'éponger ses dettes, fit capoter le projet et l'école n'attira qu'une centaine d'élèves, très en deçà du seuil de viabilité. Le rapport calamiteux d'Ofsted précipita la fermeture de l'école, après seulement trois ans d'existence. Comme pour les nombreux autres fiascos estampillés Free Schools, les collectivités locales ont dû régler l'ardoise.

En 2012, Tottenham Hotspur se laissa également séduire, après que le ministre de l'Éducation eut contacté les clubs de Premier League pour leur vendre l'idée. La construction du Tottenham University Technical College coûta au contribuable presque treize millions de livres et le loyer annuel, facturé au ministère par une société liée aux propriétaires du club, s'élevait à 600.000 livres en 2014, avec des coûts de fonctionnement de deux millions l'année. Et ce, pour à peine cent élèves au départ et trente-huit à la fermeture définitive en 2017...

Le modèle Free School reste très controversé et les quelques exemples de réussite comparables à Everton, question taille, s'appuient sur des moyens et ressources considérables, d'ordinaire rattachés à de gros "Multi Academy Trusts" (voir annotation 1 ci-dessous).

La Free School d'Everton fait presque figure d'exception et sa vitalité met en lumière l'incontestable succès des programmes "Football in the Community", enfantés dans leur incarnation actuelle par la Premier League. Et quoi de plus cool qu'une tenue de foot comme uniforme scolaire ?

 

[1] Une academy est un établissement scolaire public entièrement autonome. En bref, il ne dépend aucunement du rectorat et tout y est "flexible" et aléatoire (grille salariale facultative, précarité des contrats, droit du travail hypothétique, idem pour le STPCD - le "School Teachers' Pay and Conditions Document", soit les accords de branche qui régissaient la profession jusqu'en 2010 -, etc.). Environ 80% des écoles secondaires anglaises ont le statut d'academy(le reste étant toujours sous le contrôle de l'équivalent du rectorat. Les trois autres nations britanniques ont rejeté l'académisation). Une academy fait habituellement partie d'un "MAT" (Multi Academy Trust), des groupements qui peuvent compter jusqu'à soixante-dix écoles. Les plus gros MATs, tels l'Academies Enterprise Trust ou la Harris Federation, fonctionnent comme des chaînes avec à leur tête des "supers chefs d'établissement" (CEO), souvent issus du monde corporate, rémunérés jusqu'à 500.000 livres par an.

[2] Le déploiement du programme Free School, initialement très rapide, a été fortement ralenti. En cause, sans doute, de piètres résultats et des coûts astronomiques. Malgré la réticence des gouvernements successifs à communiquer sur le sujet, la facture a été évaluée à 3.6 milliards de livres en 2017, soit trois fois le coût initial escompté, pour seulement 422 écoles (des petites, voire minuscules, structures). Un quart de cette somme est parti en frais légaux et de conseil.

[3] Ce communiqué de Roman Abramovitch, le 26 février, illustre la dimension prise par les foundations, dont le cadre désormais déborde largement celui du caritatif. Dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, l'oligarque russo-israélien-portugais confie la gestion de Chelsea FC aux administrateurs de la Chelsea Foundation, tout en soulignant son rôle dans la communauté. Les fondations sont devenues des « brands » à part entière, au même titre que les clubs et les joueurs vedettes.

Réactions

  • Mangeur Vasqué le 01/03/2022 à 17h00
    Tout d’abord, la raison de cet article, car il y en a une bien précise.

    La Premier League “fête” ses 30 ans cette saison, très discrètement d’ailleurs. Elle a été créée administrativement le 20/02/1992 et le championnat PL lancé l’été suivant.

    J’avais sorti un format long pour le 20è anniversaire lien, dossier un peu sombre disons. Normal puisque je revenais sur la genèse de la PL, forgée dans la douleur (violences, hooliganisme, tragédies, chantage des clubs, brouilles entre instances, plus aucune diffusion TV de football au milieu des Eighties lien, football devancé dans les audiences TV par... le snooker, etc.). Donc une période funeste pour le foot anglais, nonobstant les nombreux titres européens (jusqu’au Heysel).

    Je tenais un peu à marquer le coup pour les 30 ans, puisqu’il s’agit tout de même d’un moment charnière du football anglais, et même européen. Mais je voulais le faire en abordant un aspect positif, et méconnu, de cette Premier League, étant convenu que le bilan sur cette PL est mitigé. On peut aussi se servir de cet article comme base de discussion sur cette PL trentenaire, son évolution, les pour/contre, etc.

    Ce constat du bilan mitigé, c’est le consensus. En tout cas parmi les supporters et observateurs qui posent un regard un tant soit peu critique sur le sujet.

    Dans la colonne “Crédit” (hormis l’essor des fondations) :

    - championnat passionnant. Certes, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous (par exemple, au hasard, Newcastle United) mais le niveau est relevé, les courses (au titre, places européennes, maintien) sont en général très ouvertes, ça joue vite, etc.

    - stades pleins et environnement très sûr (moins ces derniers temps mais bon).

    - de nombreux joueurs de classe internationale.

    - gros succès dans les coupes européennes.

    - création de la Football Foundation (précisions dans l’article, avec hyperlien) et “empowerment” des supporters via la structuration/création ou le développement des organisations de supporters, eg les “supporters’ trust” lien et “Supporters Direct” lien.


    Dans la colonne “Débit” :

    - forte commercialisation et “corporatisation”.

    - classes populaires largement exclues.

    - public âgé (40-46 ans de moyenne, selon diverses études, locales et nationales lien et lien)

    - embourgeoisement du public, ergo ambiances trop souvent mornes.

    - perte/érosion d’identité des clubs, dilution de la fanbase locale noyée dans la mondialisation.

    - prix exorbitants, et c’est un peu le pendant du phénomène “stades pleins”, loi de l’offre et de la demande. Même les petits clubs objectivement assez laids à regarder sont gourmands. Des clubs comme, je sais pas, au hasard, Newcastle United mettons lien. Les clubs pourraient faire un plus gros effort sur les tarifs jeunes (moins de 25 ans mettons) sans entamer leurs marges mais c’est rarement le cas (cupidité). Des clubs comme Burnley cependant lien ou Wolves lien font quelques efforts, tout comme Sunderland quand les Black Cats étaient en PL. On peut cependant soupçonner que c’est surtout parce que la demande est moins tendue qu’ailleurs dans ces clubs.

    - gros déséquilibre (progressivement devenu fossé) avec la Football League (D2-D4), par ex. la controverse avec “l’Elite Player Performance Plan” lien que j’avais évoquée dans Teenage Kicks à l’époque de son introduction, et qui a eu pour effet de vassaliser les clubs des divisions inférieures.

    - sentiment croissant d'hégémonie (écrasante) européenne/mondiale sur fond de globalisation et déracinement des clubs. Plus 30 % de droits TV pour 2022-25 par rapport à la période précédente par exemple, avec, pour la première fois, les droits étrangers > droits domestiques lien. Six clubs de PL à l’origine de cette immonde Super Ligue.

    - constante recrudescence des magouilles illégales sur les salaires des joueurs, pourtant déjà énormes (Guardian, 2020 : “Tax affairs of 246 footballers being investigated by HMRC in 2019-20” lien ; sur le site Hacker Young lien : “HMRC investigations of footballers almost treble in a year as taxman targets image rights deals” lien)

    - hyperinflation des salaires, qu’on pourrait qualifier “d’indécents”. Personnellement, ces salaires ne me posent pas problème, vu l’extrême difficulté à atteindre ce niveau et à décrocher un (bon) contrat PL. L’indécence ce sont les pratiques illégales mentionnées ci-dessus, cette taxation frauduleuse à 19 % via une domiciliation offshore, Jersey, British Virgin Islands & co (le Royaume-Uni est l’un des leaders sur ce créneau “paradis fiscaux” lien, et lien. “British tax havens are responsible for 29% of the $245 billion in tax the world loses to corporates, according to Tax Justice Network, which ranks BVI, Cayman Islands and Bermuda as the top three enablers of corporate tax abuse on the lien). Apparemment, seul N’Golo Kanté est imposé normalement parmi les joueurs vedettes (“I just want a normal salary” a-t-il expliqué), et du coup il casque plus en impôts (& contributions National Insurance) que le duo Starbucks-Amazon UK réuni… lien. lien. Des salaires énormes qui entraînent une détérioration de l’image du football dans la société.

    Beaucoup de positif donc, surtout si on compare avec les Eighties, mais le négatif est conséquent.

  • theviking le 03/03/2022 à 09h51
    Article très instructif, comme toujours ! tout comme les précisions ci-dessus.
    Ça doit quand même faire bizarre d'être dans une école avec tout le monde en survet' ..

  • Mangeur Vasqué le 03/03/2022 à 22h40
    Effectivement. Mais j’imagine que les élèves de cette Free school trouvent que c’est bien mieux qu’un uniforme ! Les écoles ici sont assez strictes là-dessus (la tenue vestimentaire), ça plaît pas toujours aux élèves (qui hallucinent quand ils se rendent dans les écoles à l'étranger. Y'a toujours plusieurs journées scolaires sans uniforme, les gamins s'habillent comme ils veulent, quasiment toujours pour des causes caritatives, comme le "Red Nose Day" lien. Chaque gamin doit alors payer 1 £ ou 2 £ pour venir dans la tenue de son choix, ou déguisé).

    Sur ce sujet des Free Schools, à Newcastle on a eu la Discovery Free School, qui devait être l’une des écoles “flagship” du programme, donc l’une de ces écoles censées vendre le concept et servir de modèle. La direction de cette école avait choisi de se spécialiser en “STEM”, Science, Technology, Engineering et Maths*.

    Ça a été un fiasco monumental. Elle a été fermée après 4 ans avec pertes et fracas, sur ordre d'Ofsted (services d’inspection), à la suite de 2 rapports accablants (2017 et 2018), consultables ici lien et ici lien.

    Elle avait ouvert en 2014, avec comme philosophie "d’offrir une alternative par rapport à une scolarité standard”, et fut fermée en 2018 tellement c’était désastreux, et même dangereux pour les élèves. Le rapport d’inspection parlait de “gangs qui rôdent dans l’école et intimident les autres élèves”, voir cet article du Guardian, basé sur le rapport d’Ofsted lien : “Flagship free school had 'predatory pupils' roaming grounds” […] a group of “predatory pupils” roaming the institution and making others feel unsafe, a report has lien Voir la raison principale plus bas.

    The Chronicle (quotidien local ) : “Discovery School closure: £9m flagship science school forced to shut just four years after opening . Newcastle City Council leader Nick Forbes called the school's failure a "damning indictment" of Government's "high risk experiment" in academisation" lien

    BBC : “Discovery School in Newcastle shuts four years after opening – A free school costing £9m is to close just four years after lien lien

    La Discovery Free School a coûté 9 millions £ à la construction, et un max ensuite en frais de fonctionnement (car 40-50 staff, assez bien payé dans l’ensemble, pour 200 élèves, ça chiffre. Et ces écoles ont souvent été construites ou rénovées via un montage PFI, Private Finance Initiative, doivent quasiment toujours payer un gros lease. Il est donc impératif que tourner à pleine capacité, chaque élève rapportant X livres, en général 5 000 £ mais ça varie, selon divers critères).

    Gestion catastrophique aussi, d’un amateurisme risible si le sujet (scolarité des élèves) n’était pas aussi sérieux. Par exemple, lors d’une visite scolaire à Londres, le staff avait “oublié” un élève dans la capitale… (“Boy left behind in London on school trip” lien). Ils n’étaient même pas foutus d'établir correctement une procédure basique de “risk assessment” lors des déplacements (staff très inexpérimenté et clairement incompétent, selon les retours, confirmé par les rapports Ofsted. Bon, ces écoles embauchent un peu n'importe qui bien souvent...). Idem pour les examens, ils se plantaient grave dans les procédures, l’inscription des élèves, les délais, etc. Et je parle même pas des programmes et du recrutement… (les academies et free schools ont le droit de recruter qui bon leur semble, nul besoin d’avoir le QTS – Qualified Teacher Status, la qualif’ standard pour enseigner. Ce qui génère parfois un népotisme effroyable, avec l'argent public donc).

    Ne s’improvise pas personnel enseignant et management d’école qui veut, surtout dans un système compliqué comme le nôtre et où t’as ni rectorat ni autre pour gérer tout ça ou t'épauler (normal, puisque ces free schools et academies sont 100 % autonomes et rejettent donc un système basé sur des structures).

    Les salaires par exemple, un domaine assez complexe ici vu que c’est un système de salaire “au mérite” (performance-related pay), tout est à la charge de l’école puisque l’enseignant est payé directement par l’établissement (qui le paye ce qu’elle veut, aucune obligation de respecter l’échelon de l’enseignant). Bref, c’est une organisation bien spécifique, faut des gens/enseignants (expérimentés) dont c’est le métier, des professionnels qui savent ce qu’ils font quoi, y’a tout un processus à respecter (objectifs à déterminer, qui doivent être “SMART” lien, évaluations à conduire tout au long de l'année,observations de leçons selon des critères bien précis, etc. Tout ça doit coller scrupuleusement aux statuts et structures de l’école, car c'est vérifié par Ofsted, services d’inspection).

    Oui, donc, ces “gangs”, sur lesquels les inspecteurs ont commenté dans leur rapport. Cette Discovery Free School n’avait attiré qu’un petit nombre d’élèves, environ 200 à son maximum, vers 2016. Or, elle était conçue et budgétée pour 700 élèves. Donc la direction a vite commencé à accepter un peu “n’importe qui” (car chaque élève = environ 5 000-6 000 £), dont des supers décrocheurs, des élèves exclus d’un peu partout, et même des gamins dont les PRUs lien (Pupils Referral Units, sorte de centres éducatifs spécialisés pour ados souvent très difficiles) ne voulaient pas ou ne pouvaient pas accueillir. Des gamins qui exigent un suivi éducationnel spécifique, avec un staff expérimenté et spécialisé, etc. Évidemment cette Discovery Free School n’avait rien de tout ça et c'est vite parti en live, avec un staff totalement dépassé et soucieux de ne pas ébruiter les problèmes (et les mauvais résultats) car évidemment, faut attirer les parents pour que l'école survive.

    Le coût de ces nombreux échecs liés aux free schools et academies ne se mesure pas qu’en £££ pour les collectivités, tout ça a aussi un coût humain. Car évidemment quand ces écoles sont fermées, il faut bien recaser les élèves. Et vu qu’en Angleterre 80 % des écoles sont des “academies”, donc totalement autonomes (indépendantes du rectorat), ces dernières n’ont aucune obligation à prendre ces élèves qui se retrouvent le bec dans l’eau. C’est donc aux autorités locales/collectivités de régler ces problèmes et trouver une école aux gamins, souvent loin de chez eux.

    Ironique que ça soit aux collectivités de régler le problèmes causés par les free schools et academies (des milliers d’établissements donc) car le fondement de ce système repose sur une “liberté totale”. Sont indépendants et libres (libertaires) quand ça les arrange quoi. Cette idéologie de liberté, d’autonomie totale, d’hyper “flexibilité”, etc. s’estompe vite quand les emmerdes sérieuses arrivent. Là, plus personne n’est responsable et doit rendre des comptes, c’est aux collectivités de casquer et recaser les pauvres élèves qui se retrouvent en plan (aucune obligation de recaser le staff puisque qu'en Angleterre c'est à chacun enseignant ou employé dans l'enseignement de se trouver son poste).

    C’est l’une des aberrations de ce système éducatif dérégulé : les échecs sont nombreux et le niveau “d’accountability” est faible ( lien “Academy schools are not “sufficiently transparent or accountable to parents and local communities”, MPs have lien)
    lien

    On en a eu plusieurs comme ça rien que sur Newcastle, d’academies ou free schools qui ferment/sont fermées après quelques années, qui ne trouvent pas de “sponsor” (car jugées peu “rentables”). Au conseil municipal de régler l’ardoise, souvent grosse, cô ici par exemple en banlieue de Newcastle : “South Shields Council faces £7.6m school closure bill” lien



    (*Certains établissements au Royaume-Uni sont spécialisés dans une ou plusieurs matières, beaucoup moins aujourd’hui cependant. Il s'agit du “Specialist schools programme” lien lancé par les Conservateurs sous John Major, modifié ensuite par les Travaillistes et totalement revampé, et drastiquement réduit, par les Conservateurs. J’ai bossé par exemple dans un “Language College” lien, donc un établissement spécialisé en langues étrangères. Ces écoles offrent l’éventail classique de matières mais, sans rentrer dans les détails, ont un cahier des charges. Si l'établissement est par exemple spécialisé dans les langues étrangères, il doit offrir un minimum de langues - en général 5 ou 6 -, un nombre d’heures minimum pour l'apprentissage des langues, un éventail d’examens langues plus large qu’ailleurs, faut en général créer un poste de “coordinateur programmes internationaux”, etc. Les coûts supplémentaires inhérents sont financés à 50 % par le gouvernement et le reste par subventions locales et/ou sponsors privés. C'était un bon système mais malheureusement les Conservateurs depuis Cameron l'ont quasiment supprimé, ils préfèrent financer les free schools et academies...).

  • theviking le 04/03/2022 à 13h52
    Vraiment édifiant ...