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Chroniques bielsiennes : Clap de fin

La direction du LOSC a tranché. Après la barrière lors du premier affrontement entre Amiens et Lille, c'est la tête de l'entraîneur argentin qui est tombée. Dans le Nord, même si le volet judiciaire reste à régler, la page est déjà tournée.

Auteur : Christophe Kuchly le 4 Dec 2017

 

 

Un voire deux nouveaux dispositifs par match, deux victoires et une lourde défaite. Dans le fond, les débuts du duo Joao Sacramento (qui occupe le rôle d'entraîneur principal) – Fernando Da Cruz (qui l'assiste et se présente face aux médias) n'est pas si éloigné que cela de la fin du mandat du prédécesseur. Et pourtant, rien n'est plus vraiment pareil.

 

 

Espoirs déçus

Marcelo Bielsa aura donc terminé son mandat presque comme il l'a commencé: avec un football en porcelaine, plus décoratif qu'utile et très fragile. Séduisante et efficace en préparation puis lors de la première journée de championnat, son équipe a ensuite sombré dans l'abyme des redoublements stériles loin du but adverse, des prises de risques défensives payées cash et des choix offensifs individuels à se taper la tête contre un mur. Jusqu'à ce déplacement à Rennes, allégorie du vide où, après la partie, le coach affirma, décidé, que Lille avait eu cinq occasions contre une seule pour son adversaire.

 

 

 

 

Les Bretons avaient ce jour-là cadré six frappes contre zéro, remportant sans briller et sous les sifflets de leur public un match franchement dispensable. Loin de cet affrontement amical fin juillet où les idées des entraîneurs se matérialisaient sur le terrain, poussant le site de L'Équipe à titrer "Lille et Rennes annoncent le spectacle" et La Voix du Nord à renchérir "Du monde, des mots, des buts: vivement la suite!".

 

Suite qu'on connaît désormais: un stade Pierre-Mauroy à peine plus rempli que l'année précédente, des discours ubuesques (ah, ce "on a dominé le champion de France" de Marc Ingla après le 0-4 contre Monaco) et l'une des pires attaques de Ligue 1. Ni Christian Gourcuff, ni Marcelo Bielsa, même âge et mêmes convictions, ne sont aujourd'hui en poste.

 

 

Jeu et discours

Après Rennes, malchance et maladresse privèrent les Lillois de points contre des Marseillais recroquevillés devant leur but pendant les trois quarts du match. Suivirent une victoire heureuse contre Metz, une autre intéressante face à Saint-Étienne et donc ce remake du match à Amiens. Celui qui, en cas de succès sur tapis vert, aurait mis le LOSC en milieu de tableau. Ou, qui sait, pouvait lancer une série positive un peu plus tôt si la barrière ne s'était pas retrouvée en contrebas.

 

Du conditionnel certes, mais des scénarios loin d'être plus hypothétiques qu'un but de Fodé Ballo-Touré. Lille, en tout cas, semblait sur la voie d'une forme de guérison.

 

 

 

 

Sauf que le destin du technicien s'était sans doute déjà joué loin des terrains. Quand, lors d'un point presse bien plus suivi en direct sur les réseaux sociaux que par des journalistes en très petit comité à Luchin, Marcelo Bielsa avait allumé Luis Campos, le conseiller du président Gérard Lopez. Lequel lui répétait le même conseil depuis des semaines: Gégé, ça peut plus durer.

 

Quand l'entraîneur joue les pyromanes en interne sans être en position de force (s'en doutait-il?), les progrès dans le jeu ne comptent plus. Et, au premier faux pas, Bielsa a sauté. Tant pis pour le DG Marc Ingla, allié du coach, qui croyait dans un projet n'ayant de sens que sur le long terme. Et tant mieux pour beaucoup de gens, El Loco ayant perdu la plupart de ses soutiens en route.

 

 

Stratégie à part

Ainsi s'est donc terminée, par un bref communiqué, une aventure qui aura divisé une partie de la France du foot. Quelques mois intenses, une parenthèse à l'échelle de ce sport où chaque semaine remet en cause la moitié des constats de la précédente, avec plus de bas que de hauts.

 

Un 3-3-3-1 incompris par les suiveurs et pas forcément beaucoup plus par les joueurs, une communication profonde ou alambiquée selon le bout par laquelle on la prend, un repli sur soi avec des entraînements presque uniquement à huis clos, un marquage individuel anachronique et un contenu inégal: en l'absence de progressions individuelles notables, la balance penche du mauvais côté. Les résultats, loin d'être aussi dramatiques qu'annoncés à défaut d'être bons, ne faisant qu'aggraver les soucis.

 

 

 

 

Marcelo Bielsa l'a plusieurs fois déploré, les médias jugent les matches par le prisme du résultat. C'est souvent vrai, mais c'est souvent aussi le meilleur moyen d'envisager le travail des techniciens de Ligue 1. Pour la majorité d'entre eux, l'objectif est de maximiser les ressources disponibles pour prendre le plus de points possibles. Sans visibilité sur l'avenir de leur club, donc celui des joueurs et le leur, ils cherchent chaque semaine la solution au problème posé par l'adversaire, en créant si possible une manière reproductible de le faire. Comme Gourcuff et d'autres, Bielsa est différent. Et d'autant plus quand la promesse d'un projet à long terme est doublée du recrutement de jeunes joueurs.

 

Son idée? Ambitieuse, presque déconnectée de la réalité du football: créer un modèle parfait. Enseigner à ses joueurs une façon de faire qui, en s'adaptant au minimum à l'adversaire – uniquement dans le nombre de défenseurs alignés et, forcément, au marquage –, permettrait de gagner à chaque fois. Ou, au moins, de se procurer bien plus d'occasions que lui, la finition étant déconnectée du plan de jeu et difficilement prédictible.

 

Pour cela, il faut passer par le sol et apprendre à tout faire. Il faut qu'Yves Bissouma et Thiago Maia, (a priori) doués avec le ballon, progressent sans. Donc qu'ils apprennent, comme latéraux, la gestion des espaces offensivement comme défensivement. Si l'apprentissage se fait par l'erreur, eux comme Nicolas Pépé, placé en pointe pour progresser dans les appels, ont sans doute beaucoup appris.

 

 

Rupture et bilan

Retour au présent. Joao Sacramento, jeune homme pas même trentenaire, écarté par Bielsa pour sa grande proximité avec Luis Campos et qu'on dit brillant, fait désormais équipe avec Fernando Da Cruz. Un ancien international de futsal dont le seul passage comme coach, à Mouscron-Péruwelz, est résumé par cette phrase lunaire sur Wikipédia: "Malgré un bilan de 3 points sur 27, il parvient à sauver le club de la relégation."

 

Un attelage méconnu et peu expérimenté donc, qui compte pour l'instant une défaite 3-0 et deux victoires, un bilan identique aux trois dernières rencontres de Bielsa. Avec Mike Maignan pour sortir deux penalties qui font gagner quatre points et une autre manière d'aborder les matches.

 

Finies les expérimentations risquées sur le court terme pour, peut-être, payer plus tard. Le marquage est en zone, le dispositif s'adapte à chaque adversaire et les joueurs retrouvent leur poste. Supporters et médias accèdent de nouveau aux entraînements tandis que les langues se délient et que la communication sur les réseaux sociaux est bien plus active. Bielsa parti, c'est tout un club qui revit, ou en donne l'impression, un présent serein ayant remplacé la promesse d'un futur prospère.

 

 

 

 

À l'heure du bilan, il restera de l'ère Bielsa un grand sentiment d'incompréhension. De ses idées et de son discours mais aussi entre lui et Campos, homme de l'ombre qui gagne toujours ses bras de fer sans jamais montrer les muscles. Le passé de l'Argentin et les promesses vues depuis que le retour de Thiago Mendes a permis de fluidifier les circuits de jeu donnaient pourtant beaucoup d'espoir pour la suite.

 

Nul ne sait si les joueurs auraient pu augmenter leur niveau, être suffisamment bons pour assumer les grandes responsabilités que la philosophie de l'entraîneur leur confiait. S'ils auraient pu effleurer le niveau de l'Athletic Bilbao 2012, celui qui donna une mémorable double leçon à Manchester au printemps alors qu'il n'avait aucune cohérence à l'automne.

 

Si Lille confirme sa remontée, y verra-t-on la réussite du changement de staff technique ou le bon travail du précédent? S'il y a rechute, accusera-t-on les fondations d'être trop fragiles ou le président d'avoir viré le seul pouvant mener à bien le projet? Une nouvelle fois, indépendamment des louanges de beaucoup de ses pairs, Marcelo Bielsa, ses méthodes et ses réelles qualités d'entraîneur continuent à faire débat. Et ce n'est pas aujourd'hui qu'on verra les deux camps se rapprocher.

 

Réactions

  • Tricky le 04/12/2017 à 08h45
    Et du coup, la question est aussi (parce que je me moque complètement de ce que Lopez et Campos vont faire de ce club) ce que va faire Bielsa.

    Pas tout de suite peut être, quelques semaines, le temps que Hantz se lasse.

  • McManaman le 04/12/2017 à 09h55
    Tut tut tut. Remplacer Hantz, dans un club qui a une telle tradition de beau jeu et avec une telle pression de la part d'un public de connaisseurs, c'est difficile pour rebondir.

    Non, je pense que Bielsa doit se reposer quelques mois et se lancer un nouveau challenge de reconstruction à partir de cendres fraîches, dans un club calme et sans pression, dans une région tranquille où presse et spectateurs le laisseront bosser. Si possible en National. En Val de Loire tiens, par exemple. Et puis on lui laisse un président caractériel, ça le dépaysera moins.

  • Jeff Tran Hui le 04/12/2017 à 20h13
    Toi aussi comprend que tu est dépravé en lisant "Chroniques lesbiennes"

    Wala :)

  • Jeff Tran Hui le 04/12/2017 à 20h33
    Mince, le "tu est" me pique les yeux... :/

  • blafafoire le 05/12/2017 à 09h52
    Cette aventure lilloise de Bielsa rééquilibre un peu le mythe.
    Outre l'incompréhension de voir un personnage souvent décrit comme un parangon de vertu s'engager dans un projet aux objectifs pour le moins douteux sur le plan éthique, il est permis de penser que la méthode Bielsa recèle plus d'un défaut. Et des graves.
    Après avoir émergé de la lourde gueule de bois de son éviction, il faut reconnaître, comme tu le fais en creux, Radek, que la fragilité du "système Bielsa", qui ne fonctionnerait qu'à long terme, qui se moque de toute communication, qui semble parfois confondre compromis et compromission, qui refuse de se faire des alliés, condamne ledit système à moyen terme.
    Je lis ça et là que Lille n'était pas le bon club et qu'il lui en faudrait un dans lequel il aurait du temps, de la confiance, etc. Mais où, dans un foot où les clubs sont des entreprises dont la pérennité tient en grande partie aux résultats sportifs, où pourrait-il trouver cela ? A-t-il tant et tant de propositions ? Et il faut souligner qu'à Lille les supporters lui restaient très favorables. On l'a bien vu après la défaite à Montpellier, les récriminations se portaient peut-être avant tout sur les choix de la direction, notamment ceux de début de saison avec la politique de table rase sur l'effectif. Problème : le flou entretenu sur les responsabilité de chacun a sans doute eu pour conséquence de mettre sur le dos de Bielsa (le recrutement notamment) des choses pour lesquelles il n'était pas seul à décider.
    Se mettre les journalistes à dos, comme il l'a fait sciemment, n'a fait que radicaliser ses fans et ses détracteurs autour de lui-même. A sa façon il a fait du Aulas et il est difficile, aujourd'hui, de savoir si cette position est autre chose qu'un narcissisme déplacé.
    Et pourtant, Florent Balmont sait que j'aurais aimé qu'il réussisse. Ne serai-ce, justement, que pour équilibrer moralement un projet sinistre de trading de joueur. Sauf que son échec montre, pour ne pas dire démontre qu'il n'est pas si difficile que ça de déboulonner la statue du commandeur.

    -----

    Tricky
    04/12/2017 à 08h45

    "Et du coup, la question est aussi (parce que je me moque complètement de ce que Lopez et Campos vont faire de ce club) ce que va faire Bielsa."

    Tu peux t'en moquer. Reste que s'ils réussissent, ce sera le nouveau modèle dominant en L1, je te le prédis.

  • Tricky le 05/12/2017 à 19h18
    Je ne voulais pas t'énerver.

    (en plus, historiquement, depuis que j'avais réussi à choper dans le même paquet la vignette d'Alain Grumelon et celle de Pascal Françoise, j'aime plutôt bien le LOSC. Et d'autant plus que je déteste le RCL)

    Je voulais juste dire que du coup, la réussite du LOSC attire moins ma curiosité. En tous les cas, pas plus que celle d'Angers ou de Rennes. Ce qui m'intéressait, c'était de voir comment un projet en L1 quasiment à partir d'une feuille blanche pouvait se concrétiser avec comme élément central de la mécanique un entraineur aussi spécifique que Bielsa.

    (par contraste avec un club comme le mien dans lequel, pour autant qu'il y ait un projet autre que la survie au coup par coup, l'entraineur n'est jamais central)

    Mais tu as raison sur le coup du modèle dominant.

  • Jamel Attal le 05/12/2017 à 20h15
    @blafafoire

    J'adhère à ton premier paragraphe [à ceci près que les projets fondés sur le trading de joueurs se sont banalisés ces dernières années et, à mon avis, sont devenus un passage quasi obligé pour un paquet de clubs "intermédiaires", les dirigeants du LOSC ayant *juste* poussé le bouchon un peu plus loin que la moyenne en s'adjoignant des responsables un peu plus douteux que la moyenne], beaucoup moins aux suivants…

    "où, dans un foot où les clubs sont des entreprises dont la pérennité tient en grande partie aux résultats sportifs, où pourrait-il trouver cela ?"
    ---
    Leur pérennité tient aussi à leur capacité à tenir un cap, et à avoir une vision au moins de moyen terme. Étant donné le niveau de risque du projet qu'ils ont eux-mêmes validé et mis en place, on pouvait attendre d'eux qu'ils résistent à un début de championnat raté – surtout en termes de classement, beaucoup moins en termes de points et de distance au milieu de tableau.

    Leur projet étant la valorisation de joueurs, rien n'était compromis de ce point de vue. Sauf s'il s'avère tout à coup qu'il fallait déjà en vendre au mercato d'hiver…


    "Se mettre les journalistes à dos, comme il l'a fait sciemment, n'a fait que radicaliser ses fans et ses détracteurs autour de lui-même."
    ---
    Même sans suivre de très près la médiatisation du LOSC depuis le début de saison, il est très clair que Bielsa était attendu au coin du bois par les éternels tenants d'un journalisme de vindicte prêts à tout pour régler leurs propres comptes. Que Bielsa n'ait pas géré cette situation de manière très habile n'enlève rien au fait que le contexte était radicalement hostile. Et le soutien (relatif) des supporters, d'ordinaire pas les plus patients, souligne à mon avis le niveau de cette hostilité.

    Enfin, il me semble que malgré cette situation et malgré ses propres torts, il a avant tout été la victime d'un conflit de pouvoir au sein du club, Campos ayant probablement très tôt juré d'avoir sa peau – ce qui n'a pas peu contribué à compromettre ses chances de réussite en tant qu'entraîneur.

    Bref, on se rejoint certainement sur les regrets, à défaut de se rejoindre sur les explications.

  • blafafoire le 06/12/2017 à 01h52
    @Jamel

    En fait je suis aussi d'accord sur tes explications. Sur le coup j'en veux aussi à Bielsa de ne pas être parfait, tu comprends...

    Pour ce qui est de la patience de Lopez on pouvait aussi penser qu'elle serait pas infinie étant donné le blé qu'il a emprunté pour faire son mercato.

    Ok pour le contexte médiatique hostile, mais il était prévisible. Rien ne dit qu'il pouvait l'atténuer, mais je pense qu'il aurait pu un peu mieux essayer, notamment en évitant de "répondre aux provocations" comme on dit pour les joueurs nerveux. Les journalistes n'aiment rien autant que de passer pour des martyrs, il les a régalé.

    Evidemment d'accord sur le conflit de pouvoir au sein du club. Radek en a suffisamment parlé. Bielsa s'est fait grignoter par le off, ce que je critiquais d'ailleurs assez vertement il y a deux mois. C'est l'argument massue, irréfutable. Mais si, comme on le dit, le conflit Bielsa/Campos était prévisible pourquoi s'est-il laissé prendre aussi facilement ?

    Bah, ne pas se laisser gagner par l'amertume.
    En plus l'OS Fives s'est fait sortir de Coupe de France.