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Acte II : L’Europe, nouvelle formule (1980-1988)

D’une Europe étoilée à un Euro étiolé – Ce deuxième chapitre nous emmène jusqu’au crépuscule du bloc soviétique, déjà transpercé par la volée lumineuse de Marco Van Basten. 

Auteur : Brice Tollemer le 24 Fev 2020

 

 

Il faut attendre 1979 pour que la Communauté économique européenne fasse un pas vers la représentation démocratique en organisant les premières élections au suffrage universel direct du Parlement européen.

 

Le traité de Rome de 1957 avait déjà projeté ce principe mais celui-ci n’est donc que concrètement mis en place à la fin des années soixante-dix. Jusqu’à cette date, les États membres désignaient eux-mêmes les députés qui devaient siéger à Strasbourg.

 

Néanmoins, si l’arrivée de cette nouvelle élection est sans conteste une avancée notable dans l’élaboration démocratique de la CEE, cette institution européenne n’a à cette époque que très peu de pouvoir, hormis celui de consultation et ne peut être à l’initiative des lois.

 

Simone Veil devient la première présidente de ce Parlement, à la suite d’un scrutin qui a mobilisé 62% des électeurs des pays concernés, le plus haut taux de participation enregistré pour cette élection à ce jour. Une Assemblée sans grand réel pouvoir, mais un symbole légitimé par le peuple européen.

 

 


Un air de Mondial

Le Championnat d’Europe de football connaît lui aussi une nouveauté lors de sa sixième édition, qui se tient en Italie en 1980. L’Euro entretient la ressemblance avec le déroulement de la Coupe du monde puisque le pays organisateur est désigné par l’UEFA en amont de la compétition, après l’étude de plusieurs candidatures.

 

Le nombre d’équipes participantes à la phase finale passe de quatre à huit qualifiées. Le tournoi voit enfin la création de deux poules, dont les vainqueurs s’affrontent en finale et les deuxièmes se rencontrent lors d’un match pour la troisième place. La France, malgré un bon parcours éliminatoire, n’a pas pu se qualifier – plus un contretemps pour la génération Platini qu’un véritable échec.

 

Cette compétition ne connaît pas un engouement massif de l’autre côté des Alpes, la moyenne des spectateurs par match n’étant guère élevée, comme ce sera par ailleurs le cas dix ans plus tard lorsqu’elle accueillera la Coupe du monde. Les rencontres du pays hôte font tout de même le plein, mais cela ne suffit pas à hisser l’équipe de Dino Zoff en finale de l’épreuve.

 

Une autre double championne du monde, l’Allemagne de l’Ouest, repart avec le trophée Henri Delaunay, après s’être imposée dans les dernières minutes de la rencontre face à une surprenante et enthousiasmante sélection belge, où évoluaient notamment Éric Gerets et Jan Ceulemans.

 

Le tournoi s’avère plutôt décevant, le style de jeu pratiqué étant jugé peu spectaculaire. Les audiences télévisuelles sont mitigées et les affrontements entre hooligans anglais et belges en Italie ne sont que les prémices du drame du Heysel. L’Europe du football de cette décennie, c’est également l’Europe du hooliganisme.

 

 

 


Le douzième homme

Parallèlement à l’augmentation du nombre d’équipes à l’Euro, la CEE continue son agrandissement, cette fois-ci vers le sud. En 1981, la Grèce rejoint l’organisation européenne. En 1986 vient le tour de l’Espagne et du Portugal.

 

Ces trois pays ont en commun d’être sortis récemment d’un régime dictatorial: celui des Colonels pour la Grèce (de 1967 à 1974), celui de Franco pour l’Espagne (de 1939 à 1975), et enfin celui de Salazar au Portugal (de 1933 à 1974).

 

L’Europe des Douze est constituée. Par une heureuse coïncidence, c’est exactement le nombre d’étoiles figurant sur le drapeau européen, qui devient officiellement le 1er janvier 1986 l’emblème de toutes les institutions européennes.

 

Si l’un des piliers de développement de la CEE est l’agrandissement vers d’autres pays du continent, un autre est l’approfondissement de la Communauté en elle-même, c’est-à-dire une dynamique de renforcement et d’intégration de plus en plus étroite. Ces deux notions représentent deux écoles de pensée qui n’ont de cesse de s’opposer au sein des dirigeants européens.

 

Ainsi, dans une logique d’approfondissement, l’Acte unique est signé en 1986 par les douze États membres, traité qui se fixe comme objectif l’achèvement du marché intérieur européen. La CEE commence à prendre une véritable ampleur économique et politique, portée entre autres par Jacques Delors.

 

 

 


Contourner le mur

La France est au cœur du football continental en 1984. Elle remporte pour la première fois l’Euro, chez elle. Cette septième édition est une réussite. Les incidents entre supporters sont rares et rapidement contenus, la qualité de jeu proposée est appréciée par le public qui vient nombreux au Stade Vélodrome, à la Beaujoire, à Geoffroy-Guichard ou au Parc des Princes.

 

Michel Platini inscrit neuf buts au cours de cette compétition – record toujours en vigueur – dont son célèbre coup franc relâché par le gardien espagnol Luis Arconada, en finale.

 

La période est faste pour les Bleus: cette victoire se situe deux ans après la dramatique demi-finale de Séville contre l’Allemagne de l’Ouest et deux autres avant le fabuleux quart de finale contre le Brésil au Mexique. De 1982 à 1986, l’héroïque côtoie la gloire et la tristesse durant ces trois épopées que connaît l’équipe de France.

 

L’Euro qui se déroule en Allemagne en 1988 suit le nouveau mode de fonctionnement mis en place quatre ans plus tôt: huit équipes participent au tournoi et se répartissent en deux poules, s’ensuivent demi-finales et finale.

 

C’est encore une belle équipe qui remporte pour la première fois une compétition internationale. Les Pays-Bas viennent à bout de l’Union soviétique en finale, marquée par une somptueuse reprise de volée de Marco Van Basten. Aucun 0-0 n’est à remarquer au cours de cet Euro, qui voit par ailleurs la dernière participation de l’URSS et de la RFA à un championnat d’Europe.

 

Le Rideau de fer qui était tombé sur l’Europe à la fin de la seconde guerre mondiale est proche de son effondrement et le visage du Vieux Continent va profondément changer dès la fin de l’année 1989.

 

Acte I : de Rome à la Panenka (1960-1976)
Acte III : Un non à retenir (1992-2000)
Acte IV : éparpillement et dilution (2004-2020)

 

 

Réactions

  • TiramiSuazo le 24/02/2020 à 15h49
    Bravo pour cette série sur football et Europe, je n'avais pas pris le temps de réagir sur le chapitre 1.

    Par contre, je vais faire mon amateur de drosophiles mais je crois qu'il faudrait corriger:
    "la dernière participation de l’URSS et de la RFA à un championnat d’Europe."

    L'Allemagne réunifiée reste la RFA, il serait préférable d'indiquer "l'Allemagne de l'Ouest" comme on pouvait dire dans un temps que le moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre.

  • theviking le 25/02/2020 à 16h25
    Julow a fait la même remarque sous l'épisode 1 !

    Sinon, c'est très intéressant ce petit topo sur l'historique des euros. J'ai l'impression que les premières formules avec peu d'équipes (4 puis 8) ne permettaient pas au tournoi d'avoir un engouement ou une valeur "continental". La formule à 16 était très bien, 24 c'est un peu trop quand même (en plus de faire revenir au principe des meilleurs 3e)