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Leçon 9 : le consultant télé

Cette UV hors programme vous est offerte par l'Académie du journalisme sportif, qui dévoile les secrets de la très prisée profession de consultant, à défaut de vous en ouvrir les portes.
Auteur : Le journalisme sportif en 12 leçons le 15 Avr 2002

 

Thème : Les consultants télé
Niveau : difficile
Branche : audiovisuelle

Il n'est pas de match télévisé sans sa paire de commentateurs: au journaliste sportif est généralement accolé un consultant, dont le rôle est comme son nom l'indique, d'être consulté. Notons que dans le milieu du sport comme dans le milieu de l’entreprise, le consulting coûte parfois très cher pour un résultat peu convaincant.

Comme vous allez pouvoir le constater, s'il est raisonnablement facile d'exercer cette activité, il est très difficile de parvenir à l'exercer, principalement en raison du profil qui est réclamé par les chaînes télévisées. Cette leçon est donc donnée à titre indicatif, au cas où votre carrière de journaliste sportif vous mette en contact un consultant.

LE PROFIL DU POSTE

Avoir joué ou entraîné à haut niveau
Tout d'abord, la fonction de consultant est conditionnée à un passé professionnel dans le milieu du foot. La carrière du consultant peut avoir été faite en tant que joueur, mais aussi en tant qu'entraîneur, si possible en première division: il ne s'agît pas de recruter un anonyme coach de D2 ou l'avant-centre récemment retraité de Wasquehal. Cela dit, cette condition n'est pas suffisante: un minimum de réussite sportive est nécessaire pour pouvoir crédibiliser le consultant.

Quelques consultants peu plausibles : Slavo Muslin, Xavier Gravelaine, Cyril Pouget, Roland Courbis…

EXCEPTIONS
Il arrive exceptionnellement que des vedettes d'autres professions du shox-biz soient sollicitées, en raison de leur célèbre penchant pour le foot: c'est le cas des Francis (Huster et Lalanne), de Bernard Pivot ou de Patrick Bruel, qui sont habilités par la magie de la télévision à émettre des analyses.

Savoir s'exprimer
L'autre condition pour être consultant est théoriquement d'avoir une bonne élocution. Métier principalement oral, le candidat doit savoir conjuguer les verbes et disposer d'un minimum de vocabulaire technico-tactique (voir ci-dessous). Il devra également éviter de se tromper trop souvent dans la prononciation des mots, et particulièrement dans les noms des joueurs.

EXEMPLES
"Balle en retrait de Guillaume Wallemme pour son gardien"
(Gérard Gili, Bordeaux-Lens, 17 mars 2002).
Quelques noms propres dont la prononciation doit préalablement être travaillée : Swierczewski, Sterjovski, Gnanhouan, Prso, Rabesandratana, Grozdic, Esceth-N'zi, Abardonado, Van Handenhoven, Radicioiu…

Ajoutons que le commentaire d'un match de football nécessite une certaine rapidité de verbalisation, le consultant — comme le journaliste sportif d'ailleurs — devra donc posséder un débit relativement important, afin de placer le maximum de mots dans le minimum de temps, selon la tradition bavarde du commentaire à la française, qui se doit d'être un flot ininterrompu de paroles.
C'est la raison pour laquelle Laurent Robert et Jacques Santini risquent de ne pouvoir postuler pour obtenir un emploi de consultant dans l’avenir.

EXCEPTIONS
Le paramètre de l'élocution, pour important qu'il soit, n'est cependant pas éliminatoire. Ceux de la notoriété, de l'aura personnelle ou d'autres éléments peuvent occasionnellement contrebalancer une diction difficile (Aimé Jacquet), une syntaxe fantaisiste (Olivier Rouyer) ou une absence totale de dispositions (Jean-Pierre Papin).

Etre disponible
La difficulté de trouver un bon consultant réside également dans sa disponibilité. Ce métier, qui n'occupe pas à temps plein est de plus particulièrement ingrat quand il s'agit de couvrir certains matches comme un Guingamp-Sedan en plein de mois de novembre, par exemple. C'est la raison pour laquelle nombre de joueurs préfèrent se reconvertir dans le coaching plutôt que dans le commentaire télé.

EXCEPTION
Il se trouve que certains coaches en exercice acceptent d'officier sur une chaîne afin de mettre du beurre dans les épinards avec l'avantage de superviser gratuitement des équipes. Guy Roux admettait ainsi s'être résolu à abandonner son 4-3-3 à force d'observer les équipes engagées en Ligue des champions. Comme quoi TF1 peut servir à quelque chose.


LE MARCHÉ DU TRAVAIL DU CONSULTANT

Le marché télévisuel français actuel est particulièrement propice au développement de l’emploi de consultant. Avec l’émergence du satellite, tous les matches de D1, et certains de D2 sont aujourd'hui diffusés sur le petit écran. Si l’on ajoute à cela les chaînes thématiques sportives, ainsi que le début imminent de la Coupe du monde, on constatera sans difficultés que les besoins en consultant sont énormes. C'est la raison pour laquelle certains d'entre eux ne correspondent pas tout à fait au profil idéal décrit ci-dessus.

Intérim et formation continue
Le consultanat s'avère être une très bonne opportunité pour les entraîneurs récemment renvoyés de leurs fonctions. C'est ainsi que les chaînes recrutent parfois très vite les entraîneurs récemment remis sur le marché (ils abondent), et entretiennent un volant de d'intérimaires dont certains font l'aller-retour entre le banc et la cabine de commentateur. Cette pratique permet en outre de s'assurer de bonnes relations avec les futurs clubs de leurs intérimaires.
Attention, en cas de maintien prolongé en poste, l'employabilité du technicien risque de devenir quasiment nulle (ex. : Jean-Michel Larqué, Gérard Gili).
Pour les joueurs jeunes retraités, ce métier peut faire office de "sas" avant l'entrée dans la vraie vie (ex.: Didier Deschamps sur TPS, Bernard Lama sur Infosport — voir Gazette 77).

Quelques consultants potentiels actuellement sur le marché : Raynald Denoueix, Paul Le Guen, Nicolas Ouedec, Bernard Tapie…


LES MISSIONS DU CONSULTANT

Parfois, on se demande s'il ne serait pas possible de regarder un match de foot sans commentateurs, certains d'entre eux étant persuadés que leur rôle se limite à prononcer le nom des joueurs (ce qui ne sert plus à grand chose: ils sont marqués sur les maillots). Bien qu'il n'ait souvent que la portion congrue, le consultant poursuit donc un but essentiel dans la retransmission d’un match : ramener du sens, même un tout petit peu…

Laisser parler le journaliste sportif
Le journaliste sportif aime s'écouter parler : c'est la raison pour laquelle il monopolise généralement la parole pendant la majorité du temps du match. Vous remarquerez que le consultant, puisqu'il est là pour être consulté, prend la parole quand on la lui donne.

Pour une bonne illustration du rôle de faire-valoir, observer Christophe Josse et Charles Biétry lors des matches de Coupe de la Ligue. Charles Biétry a la particularité d'être à la fois journaliste, commentateur, consultant, ancien joueur et chef du service des sports.

Cette fonction est sans doute la plus difficile à assumer, le journaliste sportif assénant parfois quelques contrevérités flagrantes. Dans de tels cas, le rôle du consultant est de faire remarquer l'erreur, mais sans trop de supériorité, faute de quoi les relations pourraient rapidement se détériorer.

Observer la parfaite maîtrise des tensions conjugales depuis plus de vingt ans par Larqué-Roland.

Restituer la vie des vestiaires
L'un des rôles principaux du consultant est de savoir ce qui se passe dans les vestiaires. L'une des grandes frustrations de la télévision résulte de l’interruption du match pendant les quinze minutes de la mi-temps. Devant montrer de l'image coûte que coûte, la télé doit souvent se contenter de gros plans sur des supporters ou des banderoles à la gloire du duo de commentateurs. Pour éviter ce supplice, TF1 résout le problème avec un long tunnel de pub, mais pour Canal+, la difficulté est plus importante. La chaîne cryptée introduit parfois sa caméra dans les vestiaires (notamment avec robert Nouzaret, spécialiste des opérations portes ouvertes), mais imaginer ce qui s'est passé dans les vestiaires à la mi-temps incombe généralement au consultant. Fort de sa connaissance du foot professionnel, celui-ci devra fournir des supputations quant à l'éventuel message proféré par l'entraîneur à ses joueurs.

EXEMPLES
"Nul doute que Guy Roux leur aura demandé de jouer plus haut".
"Angel Marcos va probablement devoir renforcer son entrejeu axial".

A éviter : "Je suis foutrement incapable de deviner ce que Luis Fernandez va encore nous inventer"

Connaître la tactique
Le consultant est donc censé apporter une plus-value professionnelle aux commentaires du journaliste. Il dispose donc d'un vocabulaire spécifique, qui démontre sa connaissance technique et tactique du football.

EXEMPLES
Ne dites pas: "Il regarde autour de lui pour voir des partenaires démarqués", mais: "Il prend l'information".
Ne dites pas : "Il faut boire et manger pour récupérer", mais: "Il faut s'hydrater et s'alimenter pour reconstituer ses réserves énergétiques"
Ne dites pas: "Quel jeu à une touche de balle !" , mais: "Quel jeu en première intention!"

Notez que progressivement, l'usage des termes techniques passent dans le langage courant du journaliste sportif, après emprunts progressifs aux consultants, ce qui nécessite de trouver de nouvelles expression innovantes.


LE RÔLE SPÉCIFIQUE DU CONSULTANT DE TERRAIN

On peut également souligner l'existence d'un troisième homme (ou femme). Lui aussi consultant, il est cette fois placé sur la pelouse et son rôle est un peu moins compliqué que celui de son partenaire dans la tribune de presse. Il doit en effet interroger les joueurs à l'entrée et à la sortie du terrain. Attention, la question ne doit être ni trop longue ni trop compliquée, les délais pour interroger le joueur (ou l'entraîneur) étant limités. Elle doit si possible ne pas avoir un grand intérêt afin de permettre au joueur de réciter des lieux communs.

Ex : "Eric Carrière, vous êtes menés à la mi-temps, quel sera votre objectif pour cette deuxième période ?"

Une variante est également la question posée pendant le match directement sur le banc des remplacements à la sortie d'un joueur clef du match.

Ex. : "Alors Frédéric, vous avez fourni un gros match aujourd'hui?"

Une fonction de l'homme de terrain est également d'annoncer les changements et le temps additionnel avant que le quatrième arbitre ne lève son panneau. Cette information ne présente aucun intérêt, puisqu'elle est généralement délivrée à l'image une dizaine de secondes auparavant. Reconnaissons tout de même que ce rôle spécifique est interprété par Laurent Paganelli avec un humour assez unique, et malheureusement inégalable par ses homologues.


LES GRANDS MAÎTRES

L'empereur des consultants c'est évidemment Michel Platini, qui peut se permettre la désinvolture des vraies stars en torchant une analyse dans la plus grande tradition des meilleurs politologues français. Il survole le paysage depuis sa béatification en 1993, lorsqu'il avait annoncé le but de Kombouaré lors de PSG-Real. Il dispose en permanence d'un entourage qui se pâme devant chacun de ses mots d'esprit (parce qu'en plus, il en a). Il n'y a pas à dire, même à 30% de ses moyens, c'est lui le meilleur.

Il serait inconvenant d'omettre Jean-Michel Larqué, qui a totalement transcendé le statut du consultant pour graver progressivement sa voix et ses commentaires dans le marbre du football français, imprégnant de son défaitisme congénital des générations de téléspectateurs. JMM n'est plus un consultant, il est une icône, il est le maître du "houlala", de la prophétie moralisatrice et du "je vous l'avais bien dit", il est un dogue qui de la première à la dernière minute ne lâchera pas les mollets de sa tête de Turc d'un soir, qui ne démordra pas du sens du match décidé après un quart d'heure de jeu.

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Le journalisme sportif en 12 leçons
Leçon 1 : les transferts
Leçon 2 : recopier la dépêche AFP
Leçon 3 : l'interview minée
Leçons 4&5 : l'autopromotion et l'éloge du patron.
Leçon 6 : titres et légendes.
Leçon 7 : pomper les articles des Cahiers
Leçon 8 : interviewer un footballeur
Leçon 9 : le consultant télé

Réactions

  • Pluloinqueleboudunez le 16/04/2002 à 02h31
    Blague à part, je me souviens d'une expérience super, lors de la dernière coupe du monde.
    Canal passait sur sa chaine 16/9 certains matchs avec le son, mais sans aucun commentaires.
    Juste le briut du public, du ballon, les interventions des joueurs.
    J'ai vraiment trouvé ça génial. Pour un peu, on se serait cru sur le terrain.
    C'est d'ailleurs pour ça que l'expérience n'a pas été renouvelé. Dans un grand élan de solidarité avec les clubs, les chaines maintiennent les commentateurs pour nous pousser à aller au stade...

  • Karsten Ramelow le 16/04/2002 à 02h47
    Côté expression typique du consultant, y' en a une que vous n'avez pas relevé et qui pourtant est la préférée de GILI et de JACQUET: la fameuse "pénétration dans l'axe central !". Franchement, vous connaissez d'autres axes que l'axe central vous ?

  • Rip le 16/04/2002 à 04h04
    oui Karsten, il y a aussi l'"axe profond" cher à Salviac ....!!! Bon ok, c'est du Ru'by. ;-)

  • harvest le 16/04/2002 à 04h08
    Mais au fait , quand les CdF reprendront telefoot , ce sera qui le consultant : Youri ?

  • SNOOPY le 16/04/2002 à 04h37
    Ben et "l'axe profond" alors ?

  • SNOOPY le 16/04/2002 à 04h43
    Ah OK "l'axe profond" vous y aviez déjà pensé - autant pour moi ! Vous rigolez mais on a quand même découvert de biens beaux mots avec notamment Aimé Jacquet qui insiste souvent sur la "percussion", un concept que personnellement je trouve très moderne et qui pourrait (presque) expliquer à lui seul pourquoi les bleus etc... Il n'y a qu'à l'Equipe qu'on a pu penser qu'il s'agissait là d'élucubrations tacticotactiques !!!

  • 8e_étoile le 16/04/2002 à 05h16
    Le Guen et Ouédec ne sont pas libres !
    Le 1e est déjà consultant pour canal + et le 2e joue en Chine !

  • touffik le 16/04/2002 à 05h23
    mon prefere a moi c'est la technicité. On ne dit pas "Quelle equipe technique" mais "Cette equipe possede une grnade technicité".
    Ca m'horipile !! :-)

  • gilliatt le 16/04/2002 à 05h38
    En ce qui concerne le 3è commentateur (aussi utile ke le 4è arbitre), un palier supérieur me semble franchi au nivo des interviews, kan ils concernent des joueurs étrangers, soit ke ceux-ci sont au supplice de baragouiner 3 mots en français (cf. G. Wéah, ki après 256 ans passés en D1, parle + mal français ke J. Birkin, faut le faire!), soit ke le journaliste lui-même va essayer de poser ces géniales questions - lekelles, du coup, perdent le peu de sens k'elles avaient au départ - en anglais (n'est pas Montfort ki veut), en italien (ke JPP maitrise , il faut le concéder...), espagnol, turco-mongol, etc...
    Rappelez vous le génialissime "Do you like to play attaquant?" de Paga le Grand à l'adresse d'Okocha il y a quelques années de ça.

  • Nellio le 16/04/2002 à 10h13
    Je tiens d'abord à saluer le grand travail d'analyse qui a présidé à l'énoncé des ces règles immuables du journalisme et du commentaire footballistique télévisé.

    Le parallèle avec les consultants d'entreprise -j'en fais partie ;-)- me laisse cependant pensif, je n'y vois que la gratuité d'une image vendeuse à l'entame d'un article qui prend son envol plus loin, bienheureusement.

    Nos consultants sportifs sont médiocres j'en conviens, mais tout simplement parce qu'on leur demande d'occuper un terrain de la communication orale qu'ils ne maîtrisent pas. Certains en sont conscients, d'autres évidemment non, avec les conséquences que l'on sait.

    Haro sur la "zone d'approche" et la "zone de finition" qui ont supplanté les "30 mètres" et la "surface de réparation", sans réelle valeur ajoutée, cher Olivier Rouyer!

    Le vrai reproche, il faut l'adresser aux journalistes seconds couteaux à proprement parler, et particulièrement des Pascal Praud et autres Charles Biétry, qui sont la lie de l'information sportive, avec des commentaires qui frisent l'indigence, l'indécence ou le néant intellectuel, alors que ce sont des spécialistes auto-proclamés.

    Ma grande angoisse est d'affronter ces hordes ridicules de clones TF1 à l'abord de cette coupe du monde.

    Peut-être n'avons nous qu'une solution : trouver une bonne radio et couvrir le son de la télé, qui sait ?


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