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1941 : la revanche de Vienne

À la fin de la saison allemande 1940/41, le Rapid de Vienne affronte l’ultra-favori Schalke 04. Une finale qui restera à jamais ancrée dans la mémoire collective du club de la capitale autrichienne.
Auteur : Toni Turek le 9 Sept 2011

 

Durant la deuxième Guerre mondiale, le football aussi a eu maille à partir avec le nazisme. Parmi les épisodes marquants: l’Anschlussspiel gagné par l’Autriche de Sindelar (lire "Matthias Sindelar – De la légende au mythe"), la liquidation du club juif de l’Hakoah (lire "Hakoah – Que la Force soit avec toi"), le "match de la mort" remporté par les vaillants Ukrainiens du FC Start pourtant menacés de mort [1].
La rencontre qui oppose les Allemands de Schalke 04 aux Autrichiens du Rapid de Vienne pour déterminer le champion 1940/41 du Reich en est une autre illustration. Moins meurtrière, mais non moins originale: ce match se termine par un succès autrichien, d’où l’octroi d’un titre de champion d’Allemagne à un club d’Autriche! Une curiosité statistique dont le soixante-dixième anniversaire a été commémoré à Vienne en juin dernier.


Schalke et Vienne, les deux géants

Contrairement à la Bundesliga allemande actuelle qui – comme son nom l’indique – est une ligue fédérale, le championnat d’Allemagne d’alors s’organise autour de championnats régionaux, dont les équipes les mieux classées se qualifient pour une phase nationale de play-offs. Suite à l’élargissement du territoire allemand sous la férule nazie, il existe en 1940 une vingtaine de ces ligues régionales, dont certaines intégralement composées d’équipes non-allemandes: alsaciennes, autrichiennes (Gauliga Ostmark), polonaises, tchèques. Les gagnants de ces joutes régionales se qualifient pour une phase intermédiaire organisée en quatre groupes, dont les leaders disputent les demi-finales du championnat d’Allemagne. Sauf cas d’égalité, les rencontres du dernier carré se jouent alors sur un seul match.

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L'équipe de Schalke 04 championne d'Allemagne 1939.
A ce jeu, Schalke 04 est redoutable. Si les années 1920 ont consacré la Bavière, les années 1930 portent le club de Gelsenkirchen sur le devant de la scène. Les Königsblauen terminent premiers de leur groupe de Westphalie sans discontinuer à partir de 1933, et finissent champions d’Allemagne en 1934, 1935, 1937, 1939 et 1940, leur pire résultat étant une troisième place en 1936. Club le plus titré du pays (ex aequo avec Nuremberg), Schalke 04 est la place forte du football du Reich, dont les dirigeants se servent comme vitrine pour vanter les performances des bons travailleurs aryens dont les joueurs sont censés véhiculer l’image.

Côté autrichien, le championnat local se joue de façon classique: chaque club affronte deux fois ses adversaires. Durant les années 30, les sacres du Rapid de Vienne sont moins nombreux que ceux de Schalke, la faute à des adversaires (Admira et Vienna) plus coriaces – le professionnalisme mis en place en 1924 en Autriche n’est sans doute pas étranger à ce fait. Début 1941, le Rapid obtient son quatorzième titre de champion d’Autriche – record local. Le club vert et blanc a remporté 12 de ses 18 matches, et Franz "Bimbo" Binder – meilleur buteur continûment depuis 1937 – a inscrit un tiers de ses 82 buts.



Schalke vs. Vienne, pour l’Histoire

La finale Schalke-Rapid est une opposition à plusieurs niveaux. Sportif d’abord, puisque ce match va permettre soit à Schalke de devenir le seul club à six titres en Allemagne, soit au Rapid d’étoffer un peu plus un palmarès autrichien déjà conséquent. Sportif toujours, car la conclusion de la saison 1940/41 constitue une revanche de l’opposition Allemagne-Autriche de 1939, où Schalke a écrasé 9-0 une Admira de Vienne affaiblie [2]. Politique ensuite, avec cette lutte entre le suzerain allemand et le vassal autrichien, ce duel entre les amateurs de l’Altreich et les anciens pros de l’Ostmark. La seule opposition qui n’a pas lieu d’être est celle riche/pauvre, les deux clubs étant ceux des classes prolétaires. L’autre surnom des joueurs de Schalke est d’ailleurs "les mineurs" (die Knappen), en référence aux mines de la Ruhr.

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L'équipe du Rapid de Vienne 1940/41.

Compositions d’équipe [3]
FC SCHALKE 04: Klodt - Bornemann, Schweißfurth - Füller, Tibulski, Gellesch - Burdenski, Szepan, Eppenhoff, Kuzorra, Hinz
SK RAPID WIEN: Raftl - S. Wagner, Sperner - F. Wagner, Gernhardt, Skoumal - Fitz, Schors, Binder, Dvoracek, Pesser

Si le Rapid a le palmarès le plus impressionnant et le soutien de toute l’Autriche, sportivement c’est le Schalke 04 conduit par ses stars Ernst Kuzorra et Fritz Szepan qui figure au-dessus du lot. Et le début du match, qui se joue en ce 22 juin 1941devant les 95.000 personnes présentes à Berlin à l’Olympiastadion, confirme cette impression: grâce à deux buts signés de l’ailier gauche Heinz Hinz et de l’avant-centre Hermann Eppenhoff, le club königsblau mène au score 2-0 dès la huitième minute. L’équipe allemande donne le tournis à un club viennois qui se montre trop lent, presque apathique – pas une frappe au but avant la vingtième minute! De surcroît, Binder rate un penalty quelques minutes avant la pause. Alors, quand Schalke inscrit son troisième but à l’heure de jeu, la messe semble dite, au point que les spectateurs scandent "neun zu null", espérant voir Schalke l’emporter sur le Rapid aussi largement que sur l’Admira deux ans plus tôt. Mais oubliant que le Rapid n’est pas du genre à se résigner (lire "Les retours gagnants du Rapid").



Une remontée fantastique

Si les joueurs de Schalke ont pensé avoir fait le plus dur pour décrocher la victoire attendue, ils déchantent vite: trois minutes après le 3-0, Georg Schors profite d’une erreur de Rudi Gellesch et envoie une volée puissante au fond des filets de Hans Klodt, réduisant l’écart au score à deux unités. Dans les minutes qui suivent, si Herbert Burdenski manque l’occasion du 4-1 en faveur de Schalke, Franz Binder ne manque pas celle de réduire encore le score, convertissant un coup franc de dix-huit mètres en but (2-3). Une minute plus tard, Gellesch provoque un penalty en heurtant un Schors devenu intenable. Penalty cette fois transformé par Binder, qui remet ainsi les deux équipes à égalité (3-3). En cinq minutes à peine, le Rapid a remonté son handicap de trois buts!

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Franz "Bimbo" Binder.
Et ce n’est pas fini: "Bimbo" Binder inscrit son troisième but de la rencontre – son trente-huitième de la saison en championnat – sur un nouveau coup franc consécutif à une faute sur Wilhelm Fitz. Malgré une transversale viennoise et un poteau allemand, le score n’évolue plus par la suite; Raftl met en échec les dernières offensives désespérées de Schalke, et le Rapid de Vienne entraîné par Leopold Nitsch remporte, à la surprise de beaucoup, la finale du championnat allemand.

Par la suite, certains joueurs de Schalke se montreront mauvais perdants, allant jusqu’à critiquer les deux penalties accordés aux Viennois, évoquant de la part des instances une manipulation ayant pour but de redonner le moral aux Autrichiens alors que la guerre entre dans une nouvelle phase [4]. La déception sera vite digérée: Schalke récupérera son titre dès 1942… aux dépens d’un autre club viennois.
Quant aux fans du Rapid, ils conservent le souvenir qu’au cours de cette période politiquement et sportivement agitée, leur club a été le seul représentant autrichien à glaner le titre suprême en Allemagne.


[1] Cf. le numéro 39 des Cahiers du football.
[2] L’Admira avait dû jouer sans deux mondialistes de 1934: le gardien Platzer et le buteur Schall.
[3] Comme Binder, certains Autrichiens sont internationaux allemands à cette époque. Raftl, Skoumal, Pesser ont d’ailleurs joué la Coupe du Monde 1938 sous le maillot du Reich avec Gellesch et Szepan.
[4] Le 22 juin 1941 est le jour du lancement de l’opération Barberousse.



Les retours gagnants du Rapid
Quiconque affronte le Rapid de Vienne doit se méfier jusqu’au bout des Hütteldorfer [1]. Le club est en effet réputé pour les incroyables retournements de situation en sa faveur. L’un des plus spectaculaires a lieu à une époque où le championnat local est encore composé à 100% de clubs viennois amateurs. Le 10 avril 1921, le Rapid est mené 2-4 à la pause chez lui par le WAC (Wiener Athletiksport Club), et même 3-5 après 65 minutes de jeu. Pourtant, le club ouvrier de la capitale l'emportera 7-5, grâce à un septuplé de son buteur Josef "der Tank" Uridil [2].

Ce qui eût aussi pu alerter les joueurs de Schalke, c’est cette mémorable finale de la Tschammer-Pokal [3] opposant le Rapid au FSV Frankfurt. Pour sa quatrième édition, cette compétition intègre l’Autriche, dont quatre représentants sont admis directement en quarts après un barrage austro-autrichien [4]. Une occasion dont profite le Rapid, qui bat le Waldhof Mannheim (3-2) puis le 1. FC Nürnberg (2-0) pour arriver en finale.
Lors de cette finale, jouée le 8 janvier 1939 devant 40.000 spectateurs à l’Olympiastadion à Berlin, c’est Francfort qui ouvre le score. Mais trop confiants après leur succès en demi-finale sur un autre club viennois, puis diminués par la blessure d’un défenseur, les Allemands ne parviennent pas à pousser leur avantage. Bien au contraire, ce sont les Viennois, galvanisés par les applaudissements nourris des quelques centaines de fans venus les soutenir, qui concrétisent en seconde période, avec trois buts signés Schors, Hofstätter et Binder dans les dix dernières minutes. Victorieux 3-1, les Viennois glanent là leur premier trophée allemand.
Un glorieux souvenir toujours célébré de nos jours: pour fêter ce quart d’heure historique du club (Rapid-Viertelstunde), les fans du Rapid applaudissent en rythme leur équipe à la soixante-quinzième minute de ses rencontres au Hütteldorf.

[1] Le Hütteldorf est le quartier de Vienne où évolue le Rapid à domicile.
[2] Meilleur buteur d’Autriche en 1919 (16 buts), 1920 (21) et 1921 (35).
[3] Tournoi au nom du Reichssportführer mis en place en 1935 – précurseur de l’actuelle Coupe d’Allemagne.
[4] Annexée en 1938, l’Autriche n’est alors plus un Etat, d’où la fin de la Coupe nationale et l’intégration de ses clubs au tournoi allemand.

Réactions

  • Tonton Danijel le 09/09/2011 à 01h32
    Tiens, qu'ai-je fait de l'exemplaire papier sur les glorieux Ukrainiens du FC Start? (C'était pas celui ayant pour thème: "Le football et la mort"?)

    Ou alors, y a-t-il moyen de retrouver les anciens articles des éditions papiers???

  • Hydresec le 09/09/2011 à 23h30
    Merci Toni pour cet article une fois encore passionnant. Une petite question cependant : dans son excellent Libre Arbitre (vanté il me semble dans un numéro papier des Cahiers), Dominique Paganelli attribue les applaudissements du public viennois à la 75ème minute en souvenir de la remontée du Rapid contre Schalke en 41 alors que tu laisses entendre que ce phénomène est un hommage à la finale contre Francfort en 39. Que devons-nous croire ?
    De plus, ce même Paganelli (qui narre également l'épopée du FC Start et celle de Ducadam, entre autres) indique que les applaudissements ne sont pas réservés uniquement aux Vert et Blanc mais à toute équipe autrichienne, comme en atteste(rait) l'Autriche-France qui a immédiatement suivi le titre de 98 - Thuram se serait même étonné que le public (du Prater ?) applaudisse les touches au moment où il effectuait lui-même une remise en jeu à la fameuse 75ème minute.

  • Toni Turek le 10/09/2011 à 07h34
    Tonton D. > Si : "Six Foot Under" - Vois lien

    Hydresec > Vu que ce n'est pas tout jeune, les deux versions co-existent (avec une autre, qui fait remonter cette tradition à des temps encore plus anciens). C'est vrai que la version des applaudissements débutés lors du match joué contre le meilleur représentant de l'Allemagne nazie est plus séduisante. Seulement voilà : la remontée au score du Rapid 1941 contre S04 s'est effectuée entre les 60. et 70. minutes, et plus rien n'a été marqué dans le dernier quart d'heure. En revanche, la remontée du Rapid contre Francfort deux ans et demi plus tôt a elle bien eu lieu lors des quinze dernières minutes.
    Pour ta seconde question, à la base c'est quand même une tradition liée au club du Rapid. Mais elle peut s'étendre à l'équipe nationale, surtout lorsque celle-ci inclut plusieurs joueurs du Rapid (comme c'était le cas au Prater en 98). De là à généraliser à "toute" équipe autrichienne...

  • Hydresec le 10/09/2011 à 15h24
    Merci Toni pour tes éclaircissements.