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Lettre ouverte à Cyril Linette

Avec des obsessions anti-arbitrales de plus en plus envahissantes et de plus en plus malsaines, Canal+ se détourne dangereusement du football.
Auteur : Jérôme Latta le 19 Oct 2010

 

Il y a trois ans, vous aviez accordé aux Cahiers une interview qui avait marqué votre intronisation au poste de responsable de la rédaction football de Canal+. Vous sembliez adhérer à quelques-unes de nos critiques sur le traitement télévisuel du football sur votre chaîne, et annonciez un changement d'état d'esprit. Bref, vous alliez être le maître d'œuvre d'un mieux-disant footballistique (1). Depuis lors, vous avez pris du galon en devenant directeur des sports l'année suivante, et si Jour de Foot est redevenu regardable après l'ère maniaco-hystérique d'Alexandre Ruiz, votre bilan est, de notre point de vue, terriblement décevant.

Le succès d'audience du Canal Football Club vous inciterait peut-être à revendiquer que ce programme, seul accès en clair aux résumés et aux buts de la Ligue 1, soit plus une émission de variétés qu'une émission de football puisqu'on y montre le moins de jeu possible. L'Équipe du dimanche, d'émission caquetante, se transforme cette saison en one-man-show dont le présentateur débite des blagues écrites par un auteur dont on se demande ce qu'il perçoit pour des saillies comme "Arsène Wenger est physionomiste, pourtant il n'a pas reconnu son équipe". Reste l'alibi des Spécialistes, qu'on trouvera ponctuellement honorable faute de mieux, et dont la diffusion est limitée à Canal+ Sport. La vitrine, c'est le CFC, et c'est malheureusement celle d'un nivellement par le bas.


Ce texte aurait pu être écrit à la suite d'à peu près n'importe quelle émission depuis la saison dernière, mais celle de dimanche dernier a probablement battu des records de démagogie anti-arbitrale. Elle a d'abord démontré l'importance délirante prise par les polémiques sur l'arbitrage, aussi bien que la façon dont elles sont montées – parfois de toutes pièces, toujours totalement à charge. Cinq matches sur les neuf présentés dans l'émission ont fait l'objet d'un "réarbitrage", dans les résumés et/ou sur le plateau, au détriment de tous les autres aspects de ces rencontres. Ainsi de la faute de Gonzalo Bergessio, lors de Nice-Saint-Étienne, qui lui a valu un carton rouge. Une expulsion sévère certainement, mais en rien illégitime, même si elle ne constituait probablement pas la meilleure décision. Vous teniez là votre "tournant du match", votre match "faussé par l'arbitre". "Il tue le match", tranche Pierre Ménès.

On se demande d'ailleurs pourquoi le résumé a montré, de ce qui a suivi cette 22e minute, la tête de Payet sur le poteau ou la mauvaise relance d'Ebondo qui a entraîné le second but niçois, si tout était joué. Sur le plateau, on reproche à l'arbitre de ne pas avoir tenu compte du terrain glissant. À l'arbitre, pas au joueur qui déclenche un tacle incongru. Pas une voix ne s'élève pour envisager que ce dernier a commis une erreur l'exposant à une telle sanction, et exposant son adversaire à un risque de blessure. Quinze jours après les indignations consécutives à la double fracture d'Hatem Ben Arfa (2), cette unanimité est risible, mais elle ne frappe personne.

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Vos journalistes et consultants ont adopté et imposé une vision binaire des faits d'arbitrage (faute / pas faute), qui exclut totalement l'évidence qu'une large proportion des actions sont ambigües et peuvent donc faire l'objet de décisions différentes, par principe discutables. On devrait même parler de vision primaire, puisque sur ces actions, la décision de l'arbitre sera toujours qualifiée d'erreur. Commentant un match, David Berger avait eu cet enchaînement qui résume tout: "L'arbitre aurait pu siffler, l'arbitre aurait dû siffler!" D'un verbe à l'autre, une éventualité se transforme en accusation. On peut donc reprocher tout et son contraire aux arbitres, leur laxisme ou leur sévérité, et même d'appliquer le règlement (lire "La position du bouc").

Dans ce contexte, le sujet accordé en fin d'émission à l'entraînement et la formation des arbitres ne pouvait être rien d'autre qu'une aumône, ou alors une plaidoirie placée après le verdict. On y entendait pourtant parler de l'interprétation des faits de jeu – de quoi provoquer la perplexité de tout le studio. Mais l'émission était finie. Il faudra attendre les Spécialistes, le lendemain, pour voir Bertrand Layec ramener un peu de raison dans le débat (3).


Mais les principales questions restent posées: pourquoi les erreurs d'arbitrage (avérées ou supposées) sont-elles subitement devenues insupportables? Au nom de quels "enjeux" – dont on sait seulement qu'ils n'ont rien à voir avec l'intérêt du football lui-même? Pourquoi, surtout, la démolition systématique des arbitres est-elle devenue un produit journalistique aussi écrasant, sinon par paresse intellectuelle? Et si les arbitres sont mauvais à ce point (4), est-ce en les livrant à la vindicte générale qu'on va les améliorer, ou inciter des jeunes à s'engager dans une aussi infâmante carrière?

Significativement, Pierre Ménès avait pour sa part choisi de consacrer sa chronique au même thème... pour défendre Alou Diarra contre les "ayatollahs" (il y a peu, c'était les "bouchers": Pierrot le Foot ne combat que des ennemis à sa dimension) qui réclament une sanction lourde pour le capitaine des Girondins, après sa poussette sur l'arbitre d'Auxerre-Bordeaux. Une façon efficace d'éluder une vraie question: comment un joueur aussi loué, ces dernières semaines, comme un modèle de comportement, en vient à réagir ainsi? Comment l'inhibition qui empêche les joueurs de toucher aux arbitres tombe aussi facilement, en réaction à des faits de jeu complètement anodins? Les juges expéditifs, qui ne craignent pas de trahir régulièrement leur méconnaissance des règles (lire "Dirty Dugarry"), s'interrogent-ils parfois sur leur propre responsabilité?


Le football français est malade de l'arbitrage, et Canal+ est particulièrement responsable de cette pathologie, avec ses commentateurs hypnotisés par les ralentis qui rejugent chaque action, avec ses journalistes qui expliquent le football par les "erreurs" d'arbitrage qu'ils traquent partout, quand ils ne les inventent pas, avec ses réalisateurs qui ont rendu obsessionnel l'usage du "révélateur", avec sa complaisance pour tous ceux – entraîneurs, joueurs, dirigeants – qui banalisent les agressions verbales envers les arbitres (lire "L'image de la saison"). En orchestrant le procès permanent de ces boucs émissaires si populaires, en faisant de cette curée une ligne éditoriale, la chaîne se livre à un jeu malsain dans une atmosphère qui ne l'est pas moins. Sous des dehors plus bonhommes, elle va finir par professer le même journalisme haineux dont le quotidien L'Équipe a été le héraut cette saison.

Cyril, sachez au moins que cette vision du football désespère ou écœure littéralement une frange de vos audiences, pas plus légitime qu'une autre, mais – aussi minoritaire soit-elle – qui se trouve composée de véritables passionnés. Que restera-t-il du football quand il aura été rétréci à ses aspects les plus méprisables? Même en tenant compte de l'audience ou de l'adhésion que vous pouvez obtenir en usant de ces ressorts démagogiques, le calcul est risqué à long terme. Au lieu de cultiver l'amour du jeu (à ne pas confondre avec la starification des joueurs), d'améliorer sa connaissance et d'en répandre la passion, vous êtes en train de laisser pourrir la branche sur laquelle vous êtes assis.


(1) "Ce qui m'intéresse c'est l'immersion dans le jeu, pas l'immersion dans la baraque à frites". Quelques mois plus tard, nous eûmes droit à un reportage sur la friterie Sensass de Lens.
(2) Nous évoquions récemment l'impossibilité de diminuer le nombre de blessures graves tant que l'on accepterait (quand on n'en fait pas l'apologie) un tel niveau d'engagement physique sur les terrains, et tant que l'on n'imposerait pas une plus grande répression des contacts. Lire "Les footballeurs au crash-test".
(3) L'invité n'a pourtant fait que rappeler quelques évidences sur l'arbitrage et ses contraintes, les intervenants ayant eu l'air quelque peu abasourdi que tout s'explique aussi simplement. Une émission pertinente après des centaines de Spécialistes à charge, comme celle du lynchage (il n'y a pas d'autre mot) de Tony Chapron il y a un mois.
(4) On persistera à penser ici qu'ils sont bien meilleurs que les journalistes qui les jugent.

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Réactions

  • Radek Bejbl le 19/10/2010 à 11h51
    J'ai regardé 15-20' du CFC dimanche dernier, et je ne peux qu'approuver. Je pense qu'il me faudra au moins 6 mois loin de cette émission pour calmer mon mépris de ses acteurs.

    Bon, je suis pas très tolérant aussi, même quand c'est en défaveur de l'équipe que je supporte je n'accepte pas les critiques sur l'arbitrage. Mais même 100% Foot reste largement regardable pour moi, contrairement à cette ... parodie.

  • fallabraque le 19/10/2010 à 12h10
    Je suis d'accord avec la tonalité de l'article. Je suis d'accord avec la nullité crasse du cfc. Je suis d'accord avec la dénonciation du lynchage médiatique comme celui de chapron. Je suis contre la focalisation sur les faits d'arbitrage rapporté aux autres faits de jeu d'un match. Je suis contre la vidéo.
    Par contre, je ne vois pas quoi en vertu de quoi je m'interdirais de dire qu'un arbitre a été nul dans sa façon d'arbitrer un match. Je n'hésite pas à dire que tel ou tel joueur l'a été. La sacralisation, ce n'est pas trop mon truc. Toutes proportions gardées, c'est du même acabit que de dire qu'il faut punir plus les mecs qui ont commis des actes sur les représentants de l'ordre. Je n'adhère pas à çà. Le respect de l'arbitre sur la scène du jeu est essentiel. Mais je ne vois pas pourquoi il devrait échapper au jugement et à la critique dès lors qu'il a foiré son match, objectivement et contradictoirement. Et quelquefois, sur ce site, à un discours d'ayatollah, ne répond qu'un autre discours d'ayatollah, tout aussi dogmatique mais plus drôlatique, ce qui sauve.

  • Lucky Luc le 19/10/2010 à 12h18
    Merci pour cet article.
    Mais le lire avec un bandeau clignotant qui incite à regarder le fameux CFC, comment dire...

  • José-Mickaël le 19/10/2010 à 12h31
    Que tout ça est bien dit ! Merci aux Cahiers pour être l'un des rares (seul ?) médias à rester lucide ! La conclusion est superbe !

    J'aime beaucoup, aussi, cette phrase :

    « Au nom de quels "enjeux" - dont on sait seulement qu'ils n'ont rien à voir avec l'intérêt du football lui-même? »,

    parce que la plupart des médias ne réfléchissent même plus à ce problème.

    ----
    Fallabraque : effectivement, si un arbitre a été nul, c'est de l'information et on en parle. Je pense que les Cahiers n'y sont pas contre ; ils dénoncent juste l'acharnement.



  • Pascal Amateur le 19/10/2010 à 13h38
    José-Mickaël
    mardi 19 octobre 2010 - 12h31

    J'aime beaucoup, aussi, cette phrase :

    « Au nom de quels "enjeux" - dont on sait seulement qu'ils n'ont rien à voir avec l'intérêt du football lui-même? »,

    parce que la plupart des médias ne réfléchissent même plus à ce problème.

    - - - - - - - - - - -
    Problème plus général au journalisme. La plupart des journalistes, aujourd'hui, ont intégré la dimension "économique" (avec des guillemets, car ça veut juste dire "rentabilité") de leur métier. Alors qu'en tant que journalistes, ils devraient seulement se soucier de la qualité de l'information soumise, une qualité susceptible évidemment de satisfaire leurs lecteurs.

    Mais non : à la place d'un discours journalistique, c'est un discours économique. "On a économisé tant, ça coûte tant", etc.
    Et le métier en meurt.

  • Lyon n'aime Messi le 19/10/2010 à 13h42
    fallabraque
    mardi 19 octobre 2010 - 12h10

    "Par contre, je ne vois pas quoi en vertu de quoi je m'interdirais de dire qu'un arbitre a été nul dans sa façon d'arbitrer un match. Je n'hésite pas à dire que tel ou tel joueur l'a été. La sacralisation, ce n'est pas trop mon truc."

    Le problème n'est pas de dire qu'un arbitre a été mauvais ou pas (bon perso je préfère dire qu'il a fait des erreurs plutôt que de dire qu'il a été mauvais mais bon...). Ce qui est dérangeant dans ces émissions c'est les conclusions qui en sont tirées : l'arbitre a faussé le match, les arbitres français sont nuls, etc...
    En plus, les arbitres sont jugés bien plus durement qu'un joueur. Un attaquant qui met un but mais qui en rate un autre (Mounier par exemple ce week-end) aura fait un bon match. Un arbitre qui prend une seule mauvaise décision est nul.

  • Forez Tagada le 19/10/2010 à 13h46
    Et c'est aussi et surtout la place accordée à ces questions là, en plus de la façon dont elles sont traitées... Le CFC de dimanche, on aurait dit une séance de thérapie pour grands malades.

  • José-Mickaël le 19/10/2010 à 14h06
    Voilà : ça prend trop de place.

    Autrefois, il y avait une chose qui m'agaçait énormément : le copain pas footeux qui dénigre. Genre : je regarde un match, superbe action collective qui mène à une occasion ratée de peu. Et le copain : « Ouah, le nul, il l'a même pas mise au fond ! (au prix où ils sont payés...) » Vous voyez ce que je veux dire ? Là, avec les émissions de Canal Plus, je ressens un peu la même chose : je regarde du foot pour me divertir et j'apprécie normalement un bon match, mais les émissions de Canal Plus, avec leurs dénigrements systématiques d'arbitres, gâchent mon foot - de la même façon que le copain pas footeux. (Et pourtant, les arbitres ne sont pas aussi bien payés...)


  • clerks le 19/10/2010 à 14h51
    Je crois que le ralenti est la pire contribution jamais apportée au football.
    Revoir une belle action, oui. Mais revoir une faute( que ce soit un hors jeu ou autre), quel intérêt?
    Cela ne fait que créer de la frustration chez le téléspectateur.
    Je m'en fous moi, de savoir s'il y avait hors jeu ou pas à partir du moment ou l'arbitre a sifflé. Je ne veux pas la revoir cette action qui me condamne à une infinité de "et si...?".
    Je ne veux pas revoir la main de Cris ou le "Pénalty non sifflé sur Nilmar". Je ne veux pas de condtionnel. L'arbitre a sifflé et je n'ai pas de Delorean pour changer le cours des choses.
    Laissez-moi tranquille, je ne veux pas de vos ralentis.

  • newuser le 19/10/2010 à 15h02
    Surtout si on pouvait lui rappeler qu'il est le seul à avoir les droits en clair de toutes les images de foot du week-end.
    Et que donc on aimerait voir du foot et que non il ne suffit pas de s'abonner à Canal+ pour regarder Jour de Foot pour voir les buts.
    Je vais pas taxer 30 ou 35 euros pour mater 1h de foot par semaine... surtout qu'ils sont foutus de passer leur temps à parler d'arbitrage.

    Messieurs de la LFP, faites votre boulot aussi, prenez exemple sur les emissions simple de TV5 ou Eurosport.
    Vous mettez en ligne sur votre site des résumés de matchs de 2-3 min par plus sans commentaires et vous ferez des heureux de notre champi orange bowl.

La revue des Cahiers du football