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Bereta 75

Dans l'histoire des transferts à scandale, il faut rendre justice à Georges Bereta, transfuge malgré lui de Saint-Étienne à Marseille. Flashback: ASSE-OM 1975.
Auteur : Grégory Charbonnier le 17 Dec 2009

 

Georges Carnus et Bernard Bosquier, Salif Keita un peu plus tard, Frédéric Dehu, Fabrice Fiorèse de nos jours, voire Gabriel Heinze. Des joueurs qui ont quitté leur club pour le rival, toujours Marseillais d’ailleurs. Scandale, honte! Mais derrière les raccourcis faciles, la situation est parfois trompeuse.


Affrontement au sommet

Cet ASSE-OM du 3 mai 1975 est un choc et un événement. Un choc parce que les deux équipes sont en tête du championnat de France. Un événement parce que Georges Bereta, six mois après son départ, revient à Geoffroy-Guichard avec le maillot blanc olympien sur les épaules. Saint-Étienne mène donc le championnat facilement: 35e journée, seulement un point d’avance mais deux matches en retard l’un face à Nice, l’autre contre Bastia. La coupe d’Europe a en effet fait déborder le calendrier. Les Verts y ont d’ailleurs acquis un nouveau statut: celui de grand d’Europe. Tombés avec les honneurs face au Bayern en demi-finale (0-0 puis 0-2), ils font désormais partie du dernier carré avec l’espoir de faire mieux – la finale? – en 1976.

Trois jours avant le choc, le déplacement au Parc des Princes contre le jeune club du Paris Saint-Germain a permis de grappiller un point (2-2) au cours d’un match plaisant pour les 40.000 spectateurs. Seul souci, la sortie de Larqué à la 14e sur blessure. Le docteur Poty se veut rassurant. "Avec un bon bandage, il pourra jouer normalement". Seul changement, la sortie en attaque d’Yves Triantafilos, toujours combatif mais hélas stérile, au profit d’Hervé Revelli. Recrutement de l’été précédent, le "Grec" pose problème. Décisif certes comme contre Split et Chorzow mais pas assez buteur à l’instar du goleador Revelli, il ne va pas se contenter de cirer le banc. Robert Herbin perdra peut-être dès la saison suivante un joker de luxe.

bereta_1.jpg


L'OM à la plage

C’est donc le duel entre les deux meilleures équipes françaises. l'ASSE est une belle machine, aguerrie bien que juvénile, habituée à la gagne: championne en 1974 avec la coupe de France en prime. Marseille, de son côté, compte des individualités, des artistes comme ses deux Brésiliens Jarzinho et Paulo Cézar. D’ailleurs, si les Marseillais arrivent en retard à Saint-Étienne, ils le doivent à ce dernier, encore une fois peu soucieux des horaires. "À Saint-Étienne, on était toujours à l’heure", se souvient Georges Bereta. "À l’OM, si le rendez-vous était à 9h, tout le monde venait quinze voire trente minutes plus tard. Cela manquait de sérieux dans l’approche de l’entraînement. Quand on avait l’habitude de vivre à l’ASSE, c’était frustrant. Et puis après, on fait comme les autres. Pour le match contre Saint-Étienne, on devait avoir rendez-vous à 14h au Vélodrome. Paulo Cézar n’était pas là évidemment. On l’a pris sur la route à la plage de la Croisette". Pas de sanction, on chouchoute l’artiste (1).

A Sainté, tout le monde connaît Bérète. Né à Montreynaud, licencié à l’ASSE dès onze ans, il a remporté la Gambardella chez les jeunes et joue avec les pros à partir de ses vingt ans. Depuis, il règne sur son aile gauche, fait parler la puissance de son pied (gauche, monstrueux), accumule les succès et les titres et fait lever le public de Geoffroy-Guichard. L‘apothéose? En novembre dernier, son penalty tiré en force au centre de la cage aide à faire capituler Hadjuk Split, dans ce qui est peut-être encore aujourd’hui le plus beau match vu au stade.
Mais quelques jours plus tard, Roger Rocher ne lui laisse pas le choix: pas de prolongation à l’ASSE. En revanche, il a fignolé avec son homologue marseillais Méric un amour de petit contrat assorti d’une indemnité bienvenue pour le club stéphanois.


bereta_france_football.jpgPremier transfert au mercato

Bereta cède et signe, à la surprise du grand public, chez le rival. "Le transfert, je ne l’ai pas vu venir. On avait battu Split. Je savais qu’il y avait des propositions de Benfica, Moenchengladbach et surtout le Standard Liège. Mais Rocher a tout refusé". Et puis l’offre marseillaise est rapidement acceptée sans l’avis du joueur. Depuis, il s’est murmuré que le marché du chantier du métro marseillais (Rocher est entrepreneur de travaux publics) avait joué dans la balance. Pour le grand public, et les journalistes de l’époque en sont également fautifs, l’ASSE n’a pas transféré Bereta à Marseille, c’est Bereta qui est parti dans les Bouches-du-Rhône. "Je suis devenu le premier joueur français transféré au mercato". Entre Rocher et lui, c’est fini. "Je ne lui ai plus jamais reparlé ni serré la main. Je suis d’origine polonaise et les Polonais sont revanchards".

Avec ce transfert, le club phocéen n’en est pas à son coup d’essai. Déjà en 1971, Georges Carnus et Bernard Bosquier (lire "Et l'affaire Carnus-Bosquier éclata") ont signé chez le rival avant la fin de l’exercice. Premiers effets (pernicieux?) de la mise en place du contrat à temps: dorénavant, à l’expiration de celui-ci, le joueur choisit et parfois les enchères montent, des tractations secrètes s’engagent. Un an après, rebelote, Marcel Leclerc fait un pont d’or à la perle noire Salif Keita. Colère de Rocher. Il dénonce l’irrégularité du contrat signé par le Malien chez lui, écope d’une amende mais surtout, fait condamner le Malien à six mois de suspension. Pas de chance, à son retour, Keita plante deux buts à Curko et salue Rocher d’un bras d’honneur du plus bel effet.


« Je ne retrouve personne qui m’a sifflé »

Cet ASSE-OM est une belle affiche, il sera également un beau match. Grâce à des Stéphanois à leur niveau habituel mais aussi à des Marseillais offensifs qui ont fait face avec intelligence et combativité. Bereta donne d’ailleurs un récital en première mi-temps, présent aux quatre coins du terrain. Pourtant, revenir à la maison est un piège. "C’était évidemment particulier. J’étais normalement suspendu mais j’avais fait appel. Je n’aurais peut-être pas dû. J’ai pensé à beaucoup de choses la nuit précédente. La concentration d’avant-match m’a également bien bouffé. Et puis, j’ai été sifflé du début à la fin. Je ne l’oublierai jamais. Même aujourd’hui, je reste blessé. D’ailleurs maintenant quand on en parle, je cherche, je demande, mais je ne retrouve personne qui m’a sifflé. Il y avait pourtant 35.000 spectateurs…" Désabusé, Georges. D’autant que les copains du quartier de Montreynaud et sa famille sont dans les tribunes. L’envoyé spécial de L’Equipe décrit même le climat hostile: "Bereta une chanson!", "Bereta des sous!" résonnent dans les travées du stade, tandis qu'une petite fille de six ans, au milieu des siffleurs, chante sans arrêt: "Allez mon papa!".

Tour à tour, Lemée et Trésor, deux défenseurs, inquiètent Curkovic dans le premier quart d’heure. 18e minute. Zvunka, Victor de son prénom (Jules, son frère étant l’entraîneur), monte sur le côté droit et déclenche un centre tendu que Paulo Cezar catapulte d’une belle tête le ballon dans les filets. Marseille mène 1-0 à Geoffroy-Guichard. Pas le scénario attendu. Mais si la défense marseillaise se montre dangereuse, elle se découvre tout aussi imprudemment. Trois minutes plus tard, Charrier stoppe sur sa ligne et de justesse une… passe en retrait de Zvunka. À la 27e, Synaeghel se dépêtre de ses adversaires sur la gauche et trouve Patrick Revelli complètement seul au second poteau. Égalisation, 1-1. Charrier stoppe encore sur sa ligne une tentative de Farison juste avant la mi-temps.


Larqué sur un boulevard

L'estocade a lieu en seconde période. L’expérience européenne permet aux Verts d’accélérer encore l’allure tandis que Marseille continuer de jouer haut. Cafouillage à la 66e. Les Verts tirent, Charrier et le poteau repoussent. Lopez, libéro venu prêter main forte devant, s’arrache et inscrit le but libérateur. 2-1. L’OM va craquer. Deux minutes plus tard, Larqué prend le ballon dans son camp et s’ouvre un boulevard avant d'armer du droit un tir imparable dans la lucarne phocéenne. 3-1. Geoffroy-Guichard se met à chanter. Enfin à la 71e, Sarramagna s’amuse sur son aile gauche et passe à Bathenay tout seul à cinq mètres: quatrième but.

Bathenay encore puis Santini et Sarramagna auraient pu alourdir la défaite marseillaise, mais la rencontre se termine sur une large victoire presque synonyme de titre: les Verts prennent les deux points de la victoire plus un supplémentaire de bonus offensif. "Je n’ai pas été surpris par leur niveau, je les connaissais quand même bien", concède Georges Bereta. Au classement, ils devancent de quatre points leur adversaire du soir, à deux journées de la fin. Quant à Bereta, raillé et insulté toute la partie, il court se réfugier à l’abri des vestiaires et laisse les Stéphanois faire le tour d’honneur du vainqueur. Si Rocher ne l’avait pas poussé à signer à l’OM six mois avant, Georges aurait pu, lui aussi, courir torse nu autour du terrain et saluer son public.


(1) À Marseille, c'est surtout Jarzinho – trois Coupes du monde, plus de cent sélections nationales – qui l’a particulièrement marqué. "Sérieux, professionnel, il était impressionnant même s’il était en fin de carrière. Paulo Cézar était plus olé-olé, pas assez constant".

3 mai 1975
Saint-Étienne-Marseille : 4-1
36.521 spectateurs
Buts: H. Revelli (27e), Larqué (63e), Lopez (66e), Bathenay (71e) pour l’ASSE. Paulo Cézar (18e) pour Marseille.

AS Saint-Étienne : Curkovic – Janvio, Piazza, Lopez, Farison – Larqué, Bathenay, Synaeghel (puis Santini 72e) – Sarramagna, H. Revelli, P. Revelli. Entr.: Herbin.
Olympique de Marseille : Charrier – Lemée, Zvunka, Trésor, Bracci – Buigues, Eo, Bereta – Emon, Jarzinho, Paulo Cézar. Entr.: Zvunka.

Réactions

  • Yoop2804 le 17/12/2009 à 01h42
    Zvunka, Victor de son prénom (Jules, son frère étant l’entraîneur), monte sur le côté droit et déclenche un centre tendu que Paulo Cezar catapulte d’une belle tête le ballon dans les filets.
    ---------------
    Quand je vous dis qu'il est maléfique !!!

  • DidierF le 17/12/2009 à 03h50
    C'est bizarre, ces "Jarzinho" et "Paulo Cézar"... D'où sortent ces graphies?

  • Tonton Danijel le 17/12/2009 à 08h32
    "L’envoyé spécial de L’Equipe décrit même le climat hostile: "Bereta une chanson!", "Bereta des sous!" résonnent dans les travées du stade"

    Même les climats hostiles, c'était mieux avant...

    Sympa l'article sinon, et oui, Bereta a découvert la versatilité des supporters...

  • Qui me crame ce troll? le 17/12/2009 à 09h22
    Marrant, j'allais justement dire que ce n'était pas mieux avant...

  • José-Mickaël le 17/12/2009 à 09h25
    Oui, c'est bizarre ce "Jarzinho", d'habitude on écrit Jaïrzinho, je crois.

    Sinon, le but de l'égalisation, c'est Patrick ou Hervé qui l'a marqué ? (Patrick dans le texte de l'article, Hervé dans le compte-rendu final...)

    Bon, je chipote, mais j'adore ces articles. Je n'ai jamais connu Bereta, mais j'ai lu et vu des choses à son sujet et je suis sûr qu'il aurait été mon footballeur préféré.

  • LLBB1975 le 17/12/2009 à 09h33
    Ce que j'aime le plus chez Bereta, c'est son petit accent bien de chez nous...

  • LLBB1975 le 17/12/2009 à 09h48
    Et puis, j'oubliai : merci charbo de nous faire revivre tout ça. Je suis pas sur que cela remonte le moral mais au moins on parle de verts qui marque des buts et qui gagne des matches. Même au niveau magouille on était plus fort à l'époque.

  • funkoverload le 17/12/2009 à 10h00
    Moi j'ai bien aimé la petite fille de 6 ans (je suis chti) et cette belle tentative d'arracher une larme à ces cédéfistes au coeur de pierre.

  • poiuyt le 17/12/2009 à 12h17
    Y a plus qu'à espérer que ce soit pareil samedi soir...

  • 12 mai 76 le 17/12/2009 à 12h30
    Ce Sainté-Marseille c'est mon deuxième match à Geoffroy Guichard. Le précédent était celui qui venait juste après le transfert de Beretta à l'OM, avec le brassard de capitaine transmis à Larqué.

    J'étais émerveillé par tout ce que je voyais et entendais. Les tribunes pleines, le rectangle vert sous les projecteurs, la pub tournante manufrance derrière un poteau de corner, les jambes magnifiques de Marius Trésor, les brésiliens de l'OM qui étaient des stars mondiales, et bien sur tous les Verts que gamins, nous nous amusions à être dans d'interminables parties de foot.

    J'adorais Beretta comme tous les mômes du coin. C'était le joueur emblématique du club et c'est vrai que ce n'est que plus tard que le public a compris qu'il n'était pour rien dans son transfert à l'OM.

    On croyait vraiment que c'était pour le fric qu'il nous quittait ( j'ai en mémoire un chiffre de 50 millions de centimes, certainement une indemnité pour le club, mais pour nous ça allait dans ses poches) et ça paraissait monstrueux aux gens. Rocher avait manipulé tout le monde où alors personne ne voulait mettre en doute ce qu'il annonçait.

    Le match était génial et le score parfait: une bonne vengeance contre ces dirigeants marseillais, voleurs impunis depuis des années de nos meilleurs joueurs. C'est du moins ce que je pensais puisque tous les adultes autour de nous en étaient persuadés et qu'ils pouvaient pas se tromper.

    Je me souviens bien des sifflets contre Beretta. Je crois que j'étais triste pour lui et que j'y ai pas participé. Mais je ne suis peut-être qu'un des 35 000 amnésiques de cette soirée.