Le Blog de Raymond
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Le Blog de Raymond
Blog créé le 12 juillet 1885
Revu le lundi 10 juillet 2006
46 chroniques
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Épilogue
lundi 10 juillet 2006
On a quand même un peu rigolé aujourd'hui, avec la réception à l'Élysée. Bernadette était très nerveuse, elle regardait tout le monde furtivement. On a cru qu'elle était intimidée par tous ces grands Noirs, mais en réalité, elle surveillait l'argenterie. Le président a parlé de la finale, il a essayé d'expliquer le résultat par le génome des Italiens, on se serait cru à l'émission de Saccomano. Chirac, il a tout pour devenir pilier de bistrot en Corrèze. Je lui ai quand même dit que pour son musée des arts premiers, on pouvait lui fournir le tibia de Djibril Cissé ou le cahier de vacances de Gaël Givet.
Il y a aussi eu la séquence émotion, avec les larmes de Trezeguet sur la terrasse du Crillon. Tant pis si c'est un malentendu: en fait, Jean-Alain venait de lui dire qu'il était en contacts avancés avec la Juve. Alors la perspective de jouer en Serie B avec des points de pénalité et Boumsong en défense centrale, ça lui a fait un choc émotionnel, à David.

Moi, devant la place de la Concorde, je me suis rappelé que bien des citoyens avaient été guillotinés à cet endroit, et qu'au lendemain d'une défaite, j'avais encore la tête sur mes épaules. Un peu groggy, certes, mais la tête pleine de souvenirs. Je vais partir en vacances et au retour, je relirai ce blog depuis le début.

Tombés de l'Olympe
dimanche 9 juillet 2006
Traîtres de Portugais! On a appris que Cristiano Ronaldo était aussi aller coacher les Italiens, et qu'il avait longuement expliqué à Materazzi comment il avait poussé Wayne Rooney au carton rouge.
C'est quand même nous qui avons profité en premier de leurs enseignements, avec un superbe "coup de la jambe molle" de la part de Malouda. Le Doc a même cru qu'il s'était vraiment déboîté le genou. Quand la Panenka de Zidane est ressortie du but, tous nos slips ont rétréci d'une taille. L'arbitre a tout de même validé le but et Martini, impassible, a recraché le bout de langue qu'il venait de se sectionner. À côté de lui, Landreau était tout rouge, avec une grosse tache humide sur l'entrejambe de sa culotte de survêtement. "Au moins, on est sûr que Zizou ne fera pas une autre connerie aussi grosse ce soir!", m'a glissé Mankovski en souriant. Mankowski, quand il sourit, tu as l'impression qu'il te veut du mal, alors ça ne m'a pas rassuré.

Le problème, c'est qu'on a encore cédé sur un coup de pied arrêté. Sur les corners, on a étudié les images au ralenti, c'est une vrai blague: ils font tous super bien semblant d'être concernés par la trajectoire, avec des mimiques qui indiquent clairement leur volonté de s'arracher pour annihiler le danger, et puis l'instant d'après, tout le monde regarde l'adversaire placer tranquillement son dunk. Un vrai maraboutage. D'ailleurs, Wiltord m'assure avoir aperçu, la nuit dans les couloirs de l'hôtel, une silhouette sombre qui lui rappelait celle de Charisteas, l'attaquant décédé.

À la mi-temps, j'ai dit aux gars de jouer pareil, mais en mieux. On a tout de suite senti la différence. Ces joueurs, ils suivent tellement mes consignes que j'ai parfois l'impression que ce sont mes consignes qui les suivent.
Mais les contrariétés ont commencé. On a dû faire rentrer Diarra à la place de Vieira qui s'était blessé. Si j'avais su, on aurait fait l'inverse. Mais on jouait si bien qu'on a cru que la balle finirait par rentrer toute seule. C'était tellement écrit, cette victoire. J'en avais oublié mon Plan Govou. Quand Zidane a mis sa tête en prolongations, il m'a fallu cinq bonnes minutes pour comprendre qu'il n'y avait pas but. Le truc qui m'a réveillé, c'est son deuxième coup de boule. Techniquement, c'était n'importe quoi, de l'impro totale. Si le meilleur joueur du monde doit prendre sa retraite sur ce geste, autant que ce soit une démonstration, un cas d'école, une projection du front en plein pif avec accompagnement des épaules et de bons appuis. Pas ce crash absurde dans un plexus solaire!

Mais bizarrement, sur le moment, j'ai surtout pensé à toutes les conneries qui allaient être dites et écrites sur ce geste. C'était au moins aussi vertigineux que la perspective de disputer une séance de penalties en finale de la Coupe du monde. C'est allé très vite, en fait. Le temps que David fasse une Di Biagio. Je me dirai toute ma vie que si Vikash ne lui avait pas glissé, juste avant qu'il tire, "Ce serait con que tu rates le seul truc que tu auras eu à faire pendant toute la Coupe du monde!", la balle aurait filé sous la transversale. Dhorasoo, les gens ne savent pas pourquoi ils le sifflent, mais lui, il le sait.

Rarement bruit sur la barre n'aura autant résonné à travers le monde, tandis que le nôtre s'écroulait. Ah, ça me rend lyrique la défaite, mais le pire, c'est que tu viens à peine de rater ta vie, de chuter du haut de l'Olympe sans parachute, et tu ne peux même pas te draper dans ta noble défaite vu que David Astorga vient te demander ton sentiment. Barthez a essayé d'esquiver la remise des médailles en prétextant qu'un jet-ski l'attendait à la sortie du stade, mais Escalettes l'a ramené en le tirant par l'oreille. "Prends exemple sur Coupet, il a su ravaler son amour-propre", il lui a dit. Greg, je ne sais pas ce qu'il avait avalé, mais il avait l'air de recracher le Prozac par les yeux tellement il avait l'air content. Je lui ai dit que Bruno et moi donnerions le nom du futur n°1 des gardiens début août, ça a fait disparaître son sourire aussi sec.

La veille du grand soir
samedi 8 juillet 2006
Tout à l'heure, j'ai eu comme un blanc. Ça fait tellement longtemps que je parle d'arriver au 9 juillet, que là, j'avais l'impression de ne plus savoir quoi faire. Pour me détendre, j'ai pris un papier et j'ai essayé d'imaginer quel coup tactique Luis Fernandez tenterait pour une finale de Coupe du monde. Il y avait Henry arrière gauche, Dhorasoo libéro, Govou au marquage de Gilardino... Mais sans Jérôme Leroy, ce n'était pas tout à fait pareil. Par contre, ça m'a donné une idée, presque une vision : s'il y a une prolongation, je sors Zidane à un quart d'heure de la fin et je fais rentrer Govou qui marque et devient un héros national en faisant de moi un génie du coaching. Comme Roger Lemerre, sauf que je ne ferai pas deux ans de plus après ça. Pas fou. Je prends ma retraite à la DTN et on se racontera nos souvenirs avec Jacquet.

Gattuso-Ribéry, ce sera un duel de créatures médiévales, ça ne m'étonnerait pas que Disney essaie d'acheter les droits. On n'a rien aligné de plus vilain depuis Deschamps-Dunga en 98. La première fois que j'ai vu Gattuso, avec sa gueule à faire cailler le lait directement dans le pis des vaches, il y a bien dix ans chez les Espoirs, j'avais eu un mauvais pressentiment. Il avait l'air parti pour nous emmerder durablement. Gattuso, c'est Laspallès sans Chevallier et du coup c'est encore moins drôle.
Par contre Pirlo, il n'est pas italien. C'est un Yougo naturalisé, quelque chose comme ça. "Il a beaucoup de ballon", a dit Mankowski au briefing. Ribéry s'est agité sur sa chaise : "Il a pas le droit, il en faut qu'un". On a regardé les transversales de Pirlo à la vidéo. Givet a secoué la tête : "Quand je pense que les entraîneurs m'ont toujours empêché d'en faire!", il a dit, l'air dégoûté.

États de choc
vendredi 7 juillet 2006
Je ne suis pas sûr que cette formation ait été très utile, en définitive. Après deux heures d’entraînement pas franchement concluantes, les deux Portugais sont repartis un peu fâchés, nous disant qu’on y mettait de la mauvaise volonté. Il n’y a que Malouda qui a trouvé grâce à leurs yeux, avec une technique de syncope intéressante. Et puis Trezeguet, vu qu'il n'a pas de mal à avoir l’air convaincant dans le rôle du mec complètement dégoûté.
Le plus embêtant, c'est que ce matin, on a retrouvé Pauleta dans un buisson, tétanisé, visiblement en état de choc. On a essayé de savoir ce qui s'était passé et forcément, au bout d'un moment, on s'est tourné vers Dhorasoo. «Quoi? il a fait. Je lui ai juste dit "À dans quinze jours au Camp des loges"».

À part ça, j'ai croisé Thiriez au Château, il avait l'air tout triste, sa moustache pendait vers le bas. En fait, il était déprimé de voir que la vérité sur le niveau des attaquants étrangers de Ligue 1 éclatait à la face du monde. Pour le consoler, je lui ai dit que mon astrologue pensait que Govou allait marquer avant la fin du Mondial. J'ai dû toucher une corde sensible parce qu'il a fondu en larmes. Coupet est venu le consoler en lui expliquant que ce n’était pas la faute des attaquants, mais bel et bien la sienne, et qu’il promettait de laisser passer plus de buts l’année prochaine, vu que ça ne servait à rien de les arrêter. Il a essayé de me regarder méchamment en disant ça, mais son regard m’a plutôt fait penser à la grimace de Didier Six quand il nous avait annoncé qu’il déménageait en Turquie.

Comedia
jeudi 6 juillet 2006
Jusqu’ici, Robert Duverne et Elisabeth Teissier nous ont bien aidés, mais j’ai le sentiment qu’il va falloir passer à la vitesse supérieure pour gagner cette finale. J’ai lu France-Soir: les Italiens sont de pires tricheurs que les Portugais. Ça tombe bien, je m’y connais en comédie, j’ai quand même joué trois soirs de suite "Boeing, Boeing" à la MJC de Trappes, et ça fait deux ans que je me fais passer pour le sélectionneur national.
À l’entraînement, on a donc fait venir Postiga, Pauleta et Cristiano Ronaldo, pour faire une Masterclass sur la simulation. Pauleta était ravi, il sautait partout et s’est jeté sur le sac de ballons, en nous disant qu’il n’en avait plus touché un seul depuis son but contre l’Angola à la 4e minute du premier match.

Du coup, on a commencé les exercices pratiques avec les deux autres. Ronaldo nous a tout de suite mis en confiance: "Le plus compliqué, ce n’est pas de se jeter au sol en agitant les bras dans le vide. Ça, tout le monde peut y arriver". "Même Pessotto", a gloussé Vikash. Ronaldo a enchaîné, impassible: "Le plus dur, c’est d’avoir l’air outré quand l’arbitre vous regarde". Il nous a fait une démonstration: c’est tout bonnement hallucinant, il a au moins une demi-douzaine d’expressions de visage différentes pour exprimer l’injustice. Les gars ont essayé de l’imiter, mais Ronaldo fait les passements de sourcils comme personne. C’est bien simple, à côté, Jim Carrey est complètement inexpressif.
Seule ombre au tableau : on a frôlé la catastrophe quand le Portugais est allé voir Ribéry en lui disant que cette grimace ne lui attirerait pas la sympathie de l’arbitre. "Quelle grimace? Te fous pas de ma gueule, en plus t’es même pas un vrai Ronaldo, les vrais ils ont les dents comme ça". Là il a souri et l’autre s’est évanoui. Croyez-le ou pas, ses vraies chutes sont beaucoup moins convaincantes que les fausses.

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