Le sabordage de Toulon

Champion de France des relégations administratives, le STV finit toujours par perdre en coulisses les divisions qu’il gagne sur le terrain.

Le sabordage a peut-être commencé avec les relégations administratives de 1993 et 1998, et la dissolution du "Sporting Club de Toulon" qui en a résulté... À moins que ce ne soit, depuis, avec les conflits qui opposent actionnaires, présidents, repreneurs, URSAFF, commissaires aux comptes, décideurs publics, presse quotidienne régionale…

Fin 1998, la FFF autorise Alain Bencivengo, expert-comptable local, à reprendre le club qui vient d’être dissous. Sportivement, il permet de sortir de DH et de se stabiliser en CFA – avec une pige de deux saisons en National en 2005-2007. Pour les supporters, qui ont quitté la D1 en 1993, cette stabilisation commence à ressembler à une stagnation. Dans les bureaux, son action est contestée, à la fois par certains actionnaires minoritaires de la SASP (qui gère administrativement et financièrement le club), par l’association du STV (qui détient le numéro d’affiliation du club à la FFF) [1], et par les décideurs publics, au premier rang desquels le sénateur-maire de Toulon Hubert Falco [2]. D’une part en raison des résultats sportifs jugés insuffisants, d’autre part en raison d’engagements mal tenus: investissement financier et humain dans la formation, assainissement de la gestion du club.


Changement de présidence, pas de gestion

Depuis 2009, la présidence du club est donc confiée à l’un des membres du conseil d’administration du club, Pascal Bataillé. Mais sa gestion ne semble pas meilleure: quatre entraîneurs et quatre gardiens de but mis sous contrat pour une équipe en CFA, un audit managérial par Robert Nouzaret, et deux saisons plus tard, le club ne remonte toujours pas en National. Fin décembre 2010, alors que l’équipe première peut encore rêver de National, la presse révèle que les éducateurs du club n’ont pas été payés pour le mois en cours: le club affiche alors un déficit de 600.000 euros, répartis en escomptes de subventions du Conseil régional, en régulations de l’URSAFF, en règlement prud’homal des conflits avec d’anciens salariés du club, et en déficit d’exploitation (de l’ordre de 100.000 euros tous les six mois).

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Pour y répondre, Pascal Bataillé promet de mettre en œuvre l’augmentation de capital d’au moins 100.000 euros annoncée lors de son entrée en fonction. Mais Alain Bencivengo, qui est toujours actionnaire majoritaire du club, s’y oppose: une émission de nouvelles actions ferait chuter la valeur des siennes, et pourrait lui faire perdre la majorité au sein de la SASP. Aussi, dès janvier 2011, le club s’emploie à économiser 10.000 euros par mois, notamment sur la masse salariale (baisse de salaire des entraîneurs, départ de joueurs et de membres du staff). Par ailleurs, il s’emploie à récupérer l’indemnité de formation de Sébastien Squillaci – à partager avec les clubs de La Seyne-sur-Mer et de l’AS Monaco – à la suite de sa mutation de l’OL au FC Séville, ainsi que la redevance sur son transfert du FC Séville à l’Arsenal FC: quelques 150.000 euros. La FFF a par ailleurs refusé que le joueur reverse au STV ses 56.000 euros de prime de la Coupe du monde 2010.



Promesses d’incertitudes

C’est alors que se mettent à refleurir des projets de reprise du club, les potentiels repreneurs entendant exploiter la perte de crédit de l’actionnaire majoritaire et de l’actuel président. La presse évoque notamment l’intérêt de Jean-Marc Conrad, président démis l’été dernier de l’AC Arles-Avignon, et Laurent Gaya, ancien responsable d'Uhlsport France, membre du conseil d'administration du STV depuis huit ans, et qui viendrait accompagné de Robert Nouzaret. Mais Pascal Bataillé présente début mai aux décideurs publics un plan de redressement du club sur trois ans – alors qu’il en a déjà perdu deux –, découvrant qu’il est possible de réduire la masse salariale du club en intégrant à l’équipe première des jeunes du centre de formation [3]. Secrètement, il espère peut-être récupérer des indemnités de formation sur un hypothétique transfert à l’étranger de Bafétimbi Gomis (OL) ou de Josuha Guilavogui (ASSE). Enfin, il ne manque pas l’occasion de jouer sur la corde sensible toulonnaise en évoquant un retour à la tête de l’équipe première de Luigi Alfano – qui fête son jubilé ce 11 juin à Bon Rencontre.

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Mais alors même qu’ils la craignaient tous, ils ne l’ont pas vu venir: par décision de la DNCG en date du 31 mai 2011, le STV est exclu de toutes les compétitions nationales. Il jouerait donc, l’an prochain, en championnat de Ligue (DH ou DHR). Si le club attend toujours que lui soient faxés les motifs de cette décision, ses causes sont déjà connues: quelques efforts ont bien été faits ces derniers mois, mais la gestion du club est depuis trop longtemps calamiteuse. De plus, le sursis accordé en fin de saison dernière à Pascal Bataillé par la DNCG était entre autres soumis à la promesse par ce dernier de racheter les parts d’Alain Bencivengo, afin d’assainir et de clarifier le budget issus de la SASP. Il n’en a rien été, et cette fois-ci, les actionnaires devraient lâcher le président.



Et côté football ?

Tant d’histoires qui donnent trop de bonnes raisons de ne pas parler de football. Pourtant, l’équipe première était composée cette saison de bons joueurs de football: Algassimou Baldé (international guinéen), Guillaume Boronad (ex-Girondins de Bordeaux), Stephen Ettien (post-formé à l’OL), Yohan Di Tommaso (qui a connu D2 et National) et l’infatigable Grégory Firquet. L’équipe 2, bien au chaud en milieu de tableau de sa poule de DHR, est qualifiée pour la demi-finale de la Coupe du Var. Les U17, emmenés par le jeune international français Eliott Otmani, ont remporté leur championnat de Ligue DH, et accèdent la saison prochaine au championnat National.
Enfin, les U11, seuls représentants français au grand tournoi international organisé par l’Inter de Milan lors du week-end de Pâques, ont rapporté le trophée sur la Rade après avoir battu les hôtes en finale. Reçus le 2 juin 2011 par Hubert Falco, les supporters du STV s’en remettent à leur élu pour organiser le sauvetage de leur club, dont les dirigeants sont convoqués en mairie le 8 juin.

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Le club a fait appel de sa relégation administrative. Espérons que cet appel sera mieux entendu que ceux, désespérés, des supporters du STV. Ils ne demandent pourtant que du football, et ne comprennent toujours pas comment leur club – dont l’identité et les supporters survivent aux crises, dans une si grande agglomération, et avec un soutien réel des pouvoirs publics et des partenaires privés locaux – ne réussit pas à s’offrir une gestion cohérente qui permette de gravir les échelons et de remplir Bon Rencontre. Surtout là où ils voient Arles-Avignon, Thonon-Gaillard ou Dijon réussir.


Lire aussi: "L’abécédaire du Sporting Toulon Var"

[1] Cette même distinction société/association, et ce même enjeu de la possession du numéro d’affiliation du club auprès de la FFF, font aujourd’hui débat au sein d’un autre club en perdition, le RC Strasbourg, à suivre sur l’excellent www.racingstub.com.
[2] Le STV est dans une situation singulière où les "socios" sont en fait les contribuables: ville, communauté d’agglomération et région subventionnent le club à hauteur de plus de 600.000 euros par an, soit plus de la moitié du budget du club (évalué à 1,1 million d’euros).
[3] Quant ils ne fuient pas précocement: le prodige annoncé Habib Oueslati, 12 ans, a été recruté par l’OL en septembre 2010.

14 commentaires
newuser

C'est quand même beau ces efforts pour faire pire au fur et à mesure des années. Manque une caisse noire, un petit transfert un peu douteux et des contacts avec le milieu local et je pense qu'on peut ficeler ça pour Hollywood.

Tonton Danijel

Je crois que la caisse noire, ils ont déjà connu... Ça fait bizarre de voir Nouzaret évoqué pour un club à assainir, avec les faux passeports il s'est plutôt spécialisé dans le sabordage. Sinon, ce qui est surtout rageant, c'est les noms issus du centre de formation qui montre qu'il y a de la qualité de ce côté-là, et un peu à l'image de l'AS Cannes - qui va un peu mieux ces temps-ci - c'est embêtant de voir un club avec un tel centre de qualité payer les fautes de ses dirigeants.

newuser

Ah oui j'avais oublié l'affaire de Courbis et de la taule. D'ailleurs je me souviens aussi que son équipe gagnait quand il était en préventive et qu'il avait dit qu'il voulait bien y finir la saison si ça pouvait les sauver. 1988-1989 ?