Landreau 2002, l'arrêt sur le côté

Un jour, une parade – Le 8 décembre 2002, au cours d'un PSG-Nantes de Coupe de la Ligue, Mickaël Landreau réalise face à Ronaldinho un des arrêts les plus invraisemblables du foot français.

 

Il a beau avoir été sacré champion du monde six mois plus tôt, être courtisé par les grands clubs européens et être reconnu comme l'un des tous meilleurs joueurs de la planète, Ronaldinho Gaúcho n'avait encore jamais vu ça. Le Brésilien, qui n'a après tout que vingt-deux ans, s'apprête à tirer un penalty dans une cage aux deux tiers ouverte.
 


Coup de bluff

Nous sommes dans les derniers instants d'un match palpitant qui a opposé au Parc des Princes le Paris Saint-Germain au FC Nantes. Ce seizième de finale de la Coupe de la Ligue aurait pu se jouer dans le froid et l'indifférence générale, mais les vingt-deux acteurs offrent au public, ainsi qu'aux téléspectateurs, un match débridé. Les Canaris ont mené 0-2 avant de se faire rejoindre 2-2, puis ont repris l'avantage dans le dernier quart d'heure. Lorsque M. Coué accorde un penalty au club de la capitale, à la 82e minute, le FC Nantes mène donc 3-2.

 

Landreau Ronaldinho penalty 2002


Le gros plan de la télévision montre le visage de Ronaldinho, qui a du mal à cacher sa surprise. Face à lui (enfin presque), Mickaël Landreau est bien positionné sur la ligne, mais résolument décalé sur sa droite, à deux mètres et demi de son poteau. Le défi est inédit. Le tireur se doute que ce coup de bluff n'a pas seulement pour but de le déconcentrer. Landreau est réputé pour son efficacité sur les penalties, et pour le travail spécifique qu'il effectue dans le domaine.


La Loi 14 relative au coup de pied de réparation spécifie bien que "jusqu'à ce que le ballon ait été botté", le gardien "doit rester sur sa ligne de but, face à l'exécutant et entre les poteaux". Or depuis 2000, la notion "face à l'exécutant" s'est un peu assouplie et il est toléré de se mouvoir sur toute la largeur de la cage, du moment qu'ils restent sur leur ligne. Les portiers peuvent ainsi gesticuler de droite à gauche. Mais aucun n'a encore pensé à se positionner sur un côté.
 


Côté fermé

Ronaldinho n'a jamais manqué un penalty de sa carrière. Mais c'est probablement la première fois que le gardien lui dicte le côté à choisir. Un footballeur pragmatique aurait sans doute tiré du coté ouvert, à ras du poteau, hors de portée du gardien. Seulement, Ronaldinho est très joueur. Et c'est sans doute en s'appuyant sur cet aspect que Mickaël Landreau a tenté le coup.


Puisque le gardien m'oblige à tirer à droite, c'est qu'il l'attend à droite. Il faut donc que je tire à gauche. C'est la résolution qu'a prise Ronaldinho. Sa frappe part en effet côté fermé. Landreau, qui s'était détendu dans un premier temps vers le centre, se rabat aussitôt sur sa droite. Là exactement où le Brésilien a placé son tir. Le gardien nantais bloque le ballon en deux temps, presque surpris d'avoir à ce point réussi son coup.


Le Brésilien se frotte le nez, ébahi par son échec. Le Nantais relance le ballon sans en rajouter: pas de poing levé, ni de geste déplacé, pas même le petit sourire en coin que l'on pourrait attendre. Il ne s'agissait pas d'humilier la star brésilienne, seulement d'arrêter ce fichu penalty pour finir le match en vainqueur.
 

 

 

8 commentaires
mbfcs2

Voilà. Et quand à la Ligue des Cahiers 2 on me dit "mais t'es même pas au milieu de ton but" pendant la séance épique de tirs-au-but face aux verts, je passe pour le gars qui sait pas se placer. Bon, je savais pas me placer (mais Yoop c'est pas Ronaldinho non plus)

gaspardlj

Culte. Je me demande toujours pourquoi les gardiens de but n'ont pas davantage recours à ce genre de stratagème. Quand un pénalty est bien tiré, le gardien n'a aucune chance. Ibrahimovic et Vidal en font la démonstration régulièrement. Pour se donner les moyens de réussir, un gardien devrait toujours chercher à faire tergiverser le tireur... Après, on s'expose au risque du ridicule. Vercoutre peut en témoigner, lui qui avait cherché à provoquer Ibrahimovic avant un pénalty. Mais le ridicule n'a jamais tué personne.

Pascal Amateur

Moi je croyais que c'était ça l'expression "faire entrer le deuxième gardien". Mais à côté du premier, hein.