Faut-il mettre les arbitres sur écoute ?

Minichro – Bon sens et bons sentiments: diffuser les explications des arbitres permettrait de mieux comprendre leurs décisions. 

La minichronique pose une question, elle n'y répond pas toujours et, à la fin, elle en pose une autre.

 

* * *

 

L'idée revient régulièrement, elle obtient un consensus plutôt rare quand il s'agit d'arbitrage. Tout le monde y gagnerait à diffuser les propos des arbitres afin de leur permettre d'expliquer leurs décisions, et à nous de mieux les comprendre.

 

La solution semble de bon sens, autant que simple techniquement: le canal son existe déjà pour les communications entre arbitres, il suffit de le diffuser.

 

Ce serait faire œuvre de pédagogie et d'apaisement. Cependant – la mise en œuvre de l'arbitrage vidéo l'a démontré –, les remèdes consensuels et de bon sens sont souvent pires que le mal, surtout si l'on se trompe de mal.

 

On déplore, légitimement, que les arbitres ne sont pas autorisés à s'exprimer. Mais le problème principal est-il qu'ils ne puissent expliquer leurs coups de sifflet?

 

 

 

 

On peut déjà douter de l'utilité de ces explications, une décision arbitrale relevant rarement du mystère: ses motifs sont clairs, même s'ils sont erronés ou jugés comme tels. Et dans ce cas, fournir une notice n'amoindrirait que peu la désapprobation.

 

L'intérêt serait-il si grand d'entendre l'arbitre dire qu'il sanctionne une main parce qu'il l'estime volontaire, qu'il donne un carton jaune parce qu'il estime que l'engagement du joueur est excessif, etc.?

 

Ensuite, peut-on renoncer au "secret des délibérations" en divulguant les échanges entre le central, les assistants et les arbitres vidéo – c'est-à-dire leurs hésitations, leurs contradictions, leur manque de certitudes parfois – sans les fragiliser?

 

Cela reviendrait aussi à augmenter leurs tâches et leur charge mentale. Ils devraient composer un discours en direct auprès d'une immense audience, avec la pression et les risques que cela implique… Cette compétence est-elle essentielle?

 

Surtout, mettre les arbitres sur écoute reviendrait à accorder encore plus d'importance, de temps et de place à l'arbitrage – en offrant une nouvelle séquence pour les télés, des motifs supplémentaires de contestation et de polémique.

 

La frontière est mince entre transparence et surveillance (même s'il s'agit aussi de surveiller le langage des joueurs). Il est difficile de croire qu'on écoutera demain avec bienveillance les explications, tant les décisions suscitent aujourd'hui de l'hostilité.

 

On a plus de chances d'alimenter que de le suspendre le procès des arbitres, fondé sur le refus que l'arbitrage du football consiste pour une large part en l'interprétation d'actions ambivalentes, conduisant à des décisions par nature discutables.

 

On ne guérira donc la névrose arbitrale contemporaine qu'en acceptant cette part d'interprétation et la part d'erreurs, en redonnant la primauté au jeu. Que veut-on voir: des matches de football ou des matches d'arbitrage de football?

 

Comme la vidéo, l'audio n'aurait un intérêt réel que pour des cas marginaux, qu'on n'arrivera pas à "trier" a priori. Si l'on veut parler d'arbitrage utilement, consacrons-lui des émissions de débrief constructives, en évitant de contaminer encore plus les directs.

 

20 commentaires
Isabey a les yeux bleus

J'ai le souvenir que ça avait été testé dans les années 90, non?
Je ne pense pas que ça réglera tous les problèmes, mais j'ose croire que ça limiterait la contestation "virulente" de certains joueurs.

Jamel Attal

@Isabey
C'est effectivement un bénéfice probable, mais ça me semble à la fois un bénéfice marginal, et une approche à l'envers, ou seulement symptomatique, du problème (en l'occurrence: l'irrespect "culturel" total et totalement banalisé des joueurs envers les arbitres).

On m'opposera l'exemple du rugby (rebelote sur le jeu des 7.000 différences entre les deux sports)… dans lequel cet irrespect est impensable – et pas parce que les propos des arbitres sont diffusés.

Espinas

Surtout les échanges vont changer à cause de leur médiatisation, par crainte des commentaires dans les médias.