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Le Petit José
Je m'appelle José Anigo, je suis un Marseillais, un vrai avec des couilles.
Avant j'entraînais l'OM, le club de Marseille mais comme j'ai perdu contre le psg, on m'a donné une promotion et je suis devenu directeur sportif. C'est ça l'OM.
Blog créé le mercredi 08 juin 2005
Revu le vendredi 21 octobre 2005
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Ô Niçois qui manigancent !
vendredi 21 octobre 2005
Alors ce dimanche, c’était le derby contre Logécénisse, nos voisins d’à-côté. L’an dernier, le derby c’était contre Istre. Au rythme où ça se déplume dans le coin, le prochain derby qu’on joue, c’est contre Strasbourgue. Tu me diras, au pire il nous restera toujours la sm. Mais la sm c’est pas vraiment en France, c’est à Monaco.

Nasri a voulu savoir c’est quoi un derby. Je lui ai expliqué « Un derby, c’est quand la ville la plus proche joue contre la ville la plus proche. Par exemple, j’en sais rien moi : l’us Endoûme contre Cassis-Carnoux ». Ah le bon vieux temps où on pouvait jouer un match entier sans ballon. D‘y repenser, ça m’a filé de la nostalgie. Un virus, très répandu à Marseille qui s’attrape en voyant jouer l’OM.

« Mais ça a quoi de spécial un derby ? » a dit Beye. « Pff c’est un match comme un autre et puis c’est tout ». J’ai répondu que pas du tout, d’abord. Un derby, c’est la fierté régionale qui est en jeu. Et c’est vachement important la fierté régionale, surtout quand c’est tout ce qu’il nous reste.

Niveau derby, Logécénisse, ils sont drôlement vernis quand même. Des derbys, ils en ont deux pour le prix d’un. Tu peux le croire ça ? Histoire de discuter, je leur ai demandé c’est quoi leur derby préféré. Ils m’ont répondu « Autant Monaco on peut pas les encaisser, autant vous on vous déteste ». Logécénisse, ils aiment personne et après ils s'étonnent que c'est réciproque.

Moi, on m’avait prévenu, faut jamais sympathiser avec ses voisins. Sinon, après ils viennent toujours te taxer un paquet de café ou un litre de lait. Tu parles, ça a pas loupé, je les revois encore qui vienne frapper à la porte pour demander si des fois on aurait pas un gardien de but pour dépanner. On leur a répondu non, par contre on a Grégorini si vous voulez. Ils ont fait « Mais c’est un gardien de but ? » Quesse tu veux répondre à ça ? J’en sais rien moi, mettez-lui des gants, ça y ressemblera.

Logécénisse, ils jouent en rouge et noir comme dans la chanson de Jeanne Masse et aussi comme le Milan AC. Mais bizarrement, quand tu les vois jouer, tu penses surtout à la chanson de Jeanne Masse. Chaque saison, leur objectif, c’est de pas faire pire que la saison précédente. « On grappille une marche après l’autre ! » qu’ils disent. C’est possible, n’empêche quand tu les regardes avancer, t’as un peu l’impression qu’ils remontent un escalator en sens inverse.

Crois-le ou pas mais notre bus de l’OM est plus ou moins en panne (en fait coupé en deux dans le sens de la largeur après qu’on s’est mangé un pont) mais c’est pas ma faute, sur le pont y avait marqué 2,20 m et vu que notre bus fait 2,90 m, je me suis dit, ça va on peut passer. Maintenant on se retrouve avec un impérial. Manque plus qu’un titre de champion pour le rentabiliser.

Bref. On est donc partis à Nisse en avion. À peine le temps de décoller, on était déjà arrivés. Dans le haut parleur, le pilote a annoncé « Mesdames et messieurs, nous venons d’atterrir à Nisse. Vous pouvez retirer votre ceinture de sécurité par contre n’oubliez pas de mettre vos protège-tibias, ça peut servir ».

Rimenez ça l’a contrarié, il a voulu savoir « Et pourquoi il nous a dit mesdames ce chacal ? » Mendoza qu’était assis à côté, lui a balancé « Il a dou té prendre pour ouna chica, poutamadre ! » Ni une ni deux, Rimenez a essayé de lui écraser la tête dans le cendrier mais vu qu’y avait pas la place, Mendoza a pris le dessus pour lui aplatir la sienne contre le hublot. Il a fallu qu’Acariesse les sépare avec sa canne en hurlant « Gardez votre haine pour le match ! »

C’est Antonetti qui nous a accueillis au stade Durex. Antonetti, c’est du concentré de corsica. Il est tellement nerveux qu’il prend du guronsan pour se calmer. On dirait un peu Joe Pesci en chauve, sauf quand il parle, là y ressemble plus à Sophie Favier. Antonetti en survêt, c’est limite un pléonasme. Autant pour certains entraîneurs, ça fait costume de coach. Autant lui on dirait qu’il va faire ses courses à auchan.

Avec Acariesse, y a tout de suite eu concours de sale caractère. Antonetti a dit « Oh le boxsseur tu peux remerssier l’arbitre à l’avansse. Il va nous refuser un péno et va vous donner un but hors-jeu. S’est sûr à ssent pour ssent ». Acariesse l’a coupé en disant « Arrête, tu vas nous faire chialer cosette. Et puis tu seras gentil d’éviter les S, ma montre est pas étanche ».

Personne avait jamais parlé à Antonetti comme ça. Sauf une fois, un quatrième arbitre. On avait pu l’identifier grâce à son accréditation et je te dis même pas où on l’a retrouvée. Heureusement Diouf est intervenu pour faire des tampons. « Nonobstant l’irascibilité inhérente aux joutes séditieuses d’une émulation somme toute légitime... » Après le reste, je sais plus, j’ai décroché. Si un jour la police met Diouf sur écoute, ils seront pas plus avancés.

Dans les vestiaires, Carasso avait pas le moral. « Si ça se trouve, c’est mon dernier match de la saison » il a sangloté, ému par lui-même. « Bienvenue au club » a fait Beye. Carasso a crié « Si c’est comme ça, je fais la grève de la faim ! » « Tu vas t’arrêter de manger ? » s’est étonné Ferreira. « Euh non, je vais arrêter d’avoir faim. C'est-à-dire que je mangerai, mais sans appétit ». Sur quoi, il a descendu un paquet entier de pépitos mais en se forçant un peu.

Franchement on n’était pas gourmands, un point nous aurait suffi. D’ailleurs, t’as qu’à voir, on a joué comme une équipe qui en voulait pas plus. Seulement voilà, on pouvait pas prévoir que Logécénisse en voulait encore moins. En plus, Antonetti ce sale menteur, je le retiens. Il nous a menti sur toute la ligne. Pas moyen de se faire refiler un péno ni rien. C’est à peine si l’arbitre a bien voulu nous siffler un coup franc et encore du bout des lèvres.

La suite, c’est du grand classique. Combinaison Taiwo, Ribéry. Les Nissois avaient tellement la pétoche qu’ils ont fait un mur de travers, un mur en italique quoi. Taiwo envoie une mine dans le tas : trois blessés légers dont un lourd (Pancho), Ribéry se précipite pour récupérer en criant « Ballon ! Ballon ! Ballon ! » La suite tu la connais. Avec Grégorini dans les cages, c’est pas dur à deviner.

Quand je pense qu’ils nous bassinent tout un foin avec leur Jugnigno, soi-disant meilleur tireur de coup franc de la ligue orange. Je me marre. Taiwo et Ribery, ça vaut largement Roberto et Carlos. Et encore je suis poli.


[Dédié à Lucien, supporter nissois de son état]

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Le retour des morts-vivants
mercredi 19 octobre 2005
On a joué notre retour UFA contre birchote anvers. Tu sais, le club belge de la dernière fois. Le match a été un cent fautes, et encore je vais te dire, on a arrêté de compter à cent. Mon vieux, ç’a été d’une telle misère technique qu’on aurait dit un spot publicitaire pour la ligue 1. En plus, manque de bol pour nous Ribéry jouait pas le match. Orouma non plus d’ailleurs, sauf que lui il était bien sur le terrain.

Pourtant la veille, je les avais prévenus à l’entraînement. Pour bien jouer au foot, c’est pas compliqué : vous avez qu’à regarder la championce ligue à la télé et puis après, vous faisez pareil. Non, mais attends, ils se sont gourés de chaîne ou quoi ? Ils ont regardé Thalassa, c’est pas possible autrement.
La championce ligue, ça passe sur canal, tu peux pas te tromper c’est Platini qui analyse les matchs. Même qu’on lui demande toujours « Alors Michel, vous avez pensé quoi du match ? » Il répond « Bah c’est un match normal ». « Et sinon, vous le trouvez comment ce but ? » Il soupire « Mouais bof, c’est un but, quoi ». Rigole pas, il est payé pour ça.

D’ailleurs en parlant de télé, on a trop galéré pour trouver une chaîne qui voulait bien de notre match. On a appelé Paris Première qui avait diffusé le match aller mais c’est trop bête, ils ont dit que leurs caméras étaient toutes en panne. Quand on leur a proposé de prêter notre caméra de omtv, ils se sont mis à crier « Arrêtez, ça ne nous intéresse pas, ça ne nous intéresse plus ! » Paris Première, comme ils sont rancuniers.

C’est tant pis pour eux parce qu’y a eu du suspense, si à la fin. On a fait 0-0 et c’est beaucoup grâce à Niang. Normal, c’est sa spécialité à Niang. Il est très bon pour aider à tenir un résultat. Surtout quand on n’a pas encore marqué. Tu le fais rentrer en lui donnant comme consigne « Surtout, ne change rien au score ! » Mon vieux, tu peux être sûr qu’il va faire son boulot.

Niang, c’est pas un goléador. Par contre, les goals l’adorent. La principale qualité de Niang, c’est de faire briller les autres. D’ailleurs quand on le voit jouer, on regrette toujours que ça soit un autre qui joue à sa place. À ce qui paraît, Niang maîtriserait tous les gestes du buteur. Sauf la célébration, normal c’est celui qu’il pratique le moins.
Niang, il a beaucoup de points communs avec Henry. Il a de la vitesse comme lui, il fait des plats du pied comme lui. La seule différence, c’est que Henry fait la gueule après avoir tiré alors qu’avec Niang, c’est le public qui fait la gueule.
Niang, quand il cadre une frappe, on a toujours l’impression que c’est dans des cages de hockey. Je vais te dire, Niang, même en admettant qu’il tirerait pas sur le goal, je suis à peu près sûr que la ligne de but repousserait le ballon.

Du coup, on s’est fini sur une séance de pénos. Fernandèze a demandé qui voulait tirer. Niang faisait des grands gestes comme pour faire atterrir un Boeing. Fernandèze a fait semblant de regarder ailleurs en disant « Alors personne ? » Finalement, il a dû choisir à leur place :
- Rimenez en preum’s. Peu avant, il s’était illustré en réalisant une feinte de contrôle en pleine surface. Un geste que t’as jamais vu ailleurs. Tout le monde est tombé dans le panneau. À commencer par lui.
- En deuze, Andre Louisse, qui a réussi à passer deux heures sans frapper personne. Oh même pas une béquille ou une petite semelle. Un match aussi mou que ça, c’est à te dégoûter de faire des fautes.
- Taiwo, parce qu’on était curieux de voir ce que ça pouvait donner sans mur pour le contrer. Bon, on n’est pas fadas non plus, on a quand même eu la présence d’esprit de faire évacuer le virage sud avant.
De son côté, Carasso avait déjà arrêté deux pénos. « Un de plus, ça serait de la gourmandise ». Venant de lui, cette phrase a pris un sens qui nous a échappé.
- C’est là que Nasri s’est avancé pour nous donner la victoire. Juste avant de tirer, il a refait les scratchs de ses crampons. « Quand je les croise, il a dit, ça fait de la magie ».

Je crois que c’est à ce moment-là que fernandèze a regretté de l’avoir choisi. À chaque fois qu’il avalait sa salive, ça lui faisait une grosse boule dans sa gorge. On aurait dit un boa qui mange un lapin. Moi, je me cachais mes yeux dans les manches de mon pull que j’avais attaché autour de mon cou pour pas que les gens voyent la tache de ketchup que j’avais fait dessus pendant la mi-temps.

Acariesse rouspétait comme quoi c’était pas Nasri qu’il aurait fallu choisir, qu’il avait même pas douze ans et que c’était sûr qu’il allait le rater, qu’on allait perdre et qu’il allait tous nous tuer. Diouf lui, tirait sur sa cigarette en décrivant les tirs au but comme l’application de variables aléatoires utilisées pour modéliser le résultat d'une expérience non-déterministe générant un dénouement hypothétique.
Autant dire que quand Nasri a marqué, ça a été la délivrance pour tout le monde. À commencer par les supporters qui ont pu quitter le stade, soulagés que ça soit enfin fini. Ils ont même fait imprimer un tee-shirt « om-gba : j’y étais ».
Acariesse m’a tapé sur la cuisse de toute sa force en criant « Alors mon ami José, j’avais pas raison ? J’en étais sûr que Nasri allait marquer. Je le sentais bien ce petit ! » Je me suis mordu les dents pour pas répondre. Vaut mieux entendre ça que d’être aveugle.

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L’OM vaut bien une metze (voire deux)
samedi 15 octobre 2005
Dimanche, c’était les retrouvailles de Fernandèze avec son ancienne équipe qu’il entraînait avant qu’on le prende à l’OM. Autant dire que ça lui a mis une pression terrible. Déjà en temps normal, il a du mal à se décontracter mais là c’était pire, il est resté pratiquement en apnée toute la soirée sans cligner des paupiettes. C’est bien simple, on aurait dit qu’il avait une crampe aux yeux.

Faut voir comment il avait mis les grands plats dans les grands. Il était peut-être pas sur son 31 mais sans mentir, facile sur son 28 et demi. Pour l’occasion, il portait même ses santiags porte-bonheur en cuir de bouquetin sauvage. « Ça va avec tout les santiags » qu’il a dit. Euh, avec le survêt, j’ai quand même un doute. Mais bon, il avait l’air tellement fier, j’ai rien dit.

Metze, ils sont entraînés par Joël Mullaire. Eh c’est pas n’importe qui, Joël Mullaire. Même qu’il est président de l’unecatef (l’union nationale après je sais plus.) Joël Mullaire c’est pas compliqué, un coup il entraîne lens, un coup c’est metze. Cette année, c’est tombé sur metze. D’ailleurs impossible de se gourer, lens fait un très bon début de saison.

Crois-le ou pas mais une fois, Joël Mullaire a failli finir champion sauf que voilà, il a tout paumé à la dernière journée. Depuis ce jour, il a juré qu’on l’y reprendrait plus et c’est pour ça que maintenant, il perd le championnat dès le début de saison. À première vue, on pourrait croire que Joël Mullaire est aigri alors qu’en fait, il l’est vraiment. N’empêche Joël Mullaire, c’est trop mon copain. Je me souviens, quand je me suis fait virer par Tapie, c’est le seul qui a pris ma défense. Comme quoi, Joël Mullaire a peur de personne. Tu me diras, le contraire est très vrai aussi.

Avec metze, Joël Mullaire a mis en place une tactique timorée. Moi je savais pas, on m’a expliqué. Timoré ça veut dire par exemple : timoré bien gagner un match ou timoré bien pas prendre de but. Maintenant, c’est surtout devenu timoré bien resté en ligue 1 sauf que c’est mal barré.

En arrivant au vel, Carnomonilari s’est tordu le cou pour regarder de partout, il a dit « Alors c’est pour ça que tu m’as quitté ? » Fernandèze a répondu que c’était en travaux mais que ça serait très bien quand ça serait fini. Du tic-et-tac, Carnomolinari lui a répondu que ça faisait dix piges que l’OM était en travaux. « C’est le mythe de Sisyphe ! » Il a rajouté. Décisif à l’OM, c’est clair que c’est un mythe.

Au départ, Carnomolirani nous en voulait de lui avoir chipé Mendoza. Bizarrement, aujourd’hui, il nous en est plutôt reconnaissant. Va comprendre. Bien sûr, il a bourré le chou de Fernandèze pour le faire revenir à metze. « La porte est toujours grande ouverte chez nous » qu’il a dit. Eh, à l’OM aussi la porte est toujours grande ouverte, sauf que c’est pas dans le même sens. Et puis c’est tout.

L’an dernier, Ribéry avait rien trouvé de mieux à faire que de venir gagner ici. Bon en même temps, on va pas lui en vouloir, il jouait à metze à l’époque. Mais quand même, moi ça m’est resté en travers. Je lui ai dit « Francki »... Je l’appelle Francki mais en fait, c’est Franck. Je rajoute un i à tous les joueurs, c’est plus sympa, sauf à Lamouchi parce qu’y en à déjà un. « Francki, l’an dernier, tu nous as fait misère, alors ça serait bien de te rattraper ». Comme d’hab, il a cherché à nier en disant que c’était pas lui, que je confondais avec un autre. Attends, j’invente rien, le match a été filmé, on le reconnaît très bien à l’image. Je veux dire, pas moyen de confondre non plus.

Avant le coup d’envoi, Fernandèze a eu l’idée de faire arroser la pelouse, c’est pour favoriser la vitesse de la balle qu’il a dit avec un sourire malin. C’est sûr qu’avec de la pelouse mouillée, le ballon roule plus vite et du coup, ça donne plus de touches et de six mètres. C’est pas bête comme idée sauf que voilà, avec tout ce qu’il a balancé comme flotte, le ballon roulait pas, il flottait et Nasri, cette andouille, avait de l’eau jusqu’aux euh, cuisses.

Pour sa compo, Fernandèze a grillé un fusible. Il a décidé de passer en 442 classique ; 4 défenseurs, 4 milieux défensifs et 2 gardiens de but. On lui a expliqué que c’était pas possible, rapport au règlement et à la ligue très pointilleuse sur le sujet. Du coup, il a été d’accord pour enlever un goal et mettre un joueur offensif mais c’était un peu à contrecœur.

Dès la douzième minute, le ballon est parti en cloche, très très haut au-dessus de notre défense. Les joueurs se sont dit « On va attendre qu’il rebondisse quatre ou cinq fois, pour que ça fait moins mal ». Tu parles, Renouare en a profité pour mettre tout ce qu’il avait dans la frappe, ça a filé sous la barre pour faire but. Carasso a tenté de protester comme quoi, le ballon avait pas franchi la ligne. « Mais le ballon est au fond ! » a crié l’arbitre. « Peut-être », a répondu Carasso « Mais en tout cas, il a pas franchi la ligne ! »

Heureusement Déhu a sonné la révolte. D’ailleurs les autres joueurs étaient pas contents. « On t’a pas sonné ! » qu’ils ont dit. C’est vrai quoi, si on peut plus perdre tranquille. Déhu a dit qu’on avait plus le choix, à cause qu’on a déjà grillé tous nos jokers, même ceux de l’année prochaine. Sur un coup franc de Ribéry, il met la tête, ça dévie le ballon et ça rentre au fond, me demande pas comment.

Plus tard, Déhu a grimacé. Fernandèze lui a demandé « T’es blessé ? » Déhu a répondu oui, au tendon d’argile. On l'a fait sortir pour lui mettre du mercure au chrome dessus. Quand on lui a filé un aspro 500, j’ai bien senti qu’il avait pas l’air convaincu. « T’es sûr que t’es docteur ? » il a demandé au toubib de l’OM. Le docteur a répondu « Non, mais vu que t’es pas vraiment défenseur, on est quittes ». Cinq minutes après, c’est Ribéry qui grimace. « Toi aussi t’es blessé ? » a demandé Fernandèze. Ribéry a répondu « Non. C’est ma tête normale ». On a eu chaud.

En deuxième mi-temps, on plante deux buts de plus qui nous donnent la victoire finale. Ribéry reprend une frappe de Orouma, repoussée par Wimbée. Dans les années 90, y avait les papinades (reprises de volée dans la lucarne), maintenant il y aura les Ribérides, ballon poussé dans les cages vides. Pas de quoi sortir un dvd en fin de saison mais ça fait quand même but, on va pas chipoter.

Le troisième but est inscrit par Mamadou Niang. Non, non. C’est pas une faute de frappe. Le troisième but est bien inscrit par Mamadou Niang. Purée, ça fait tout drôle de l’écrire. On a décortiqué le ralenti sous tous les angles, on s’est dit « Elle est contrée, c’est obligé ou alors c’est un but contre son camp, ou y a un faux rebond, j’en sais rien ». Même pas. C’est Niang qui marque tout seul. Un truc de fou.

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Une fessée au téfécé
lundi 3 octobre 2005
Acariesse y veut plus venir nulle part avec nous. Il a dit que c’était préférable, sinon c’est obligé, il allait finir par en tuer un. Moi je m’en fiche pas mal, il a qu’à en tuer un si y veut. Tiens, je sais pas, Nakata au hasard. Ou alors... Non, Nakata c’est très bien.

Du coup, pas le choix, on est allé au téfécé sans lui, mais avant le départ, il a quand même tenu à nous lire un mot écrit par Diouf. Les joueurs étaient pas chauds, ils ont prétexté qu’ils voulaient pas louper le bus et tout. Tu parles, Acariesse a répondu qu’ils pouvaient pas le louper vu qu’ils étaient assis dedans. Quesse tu veux trouver à redire à ça ?

Déjà à la base, Acariesse quand il parle, on dirait qu’il lit. Mais alors quand il lit, on dirait, je sais pas, qu’il a des glaçons dans la bouche. Franchement on a tous souffert. Lui inclus, mais quand même nous surtout. Sans mentir, il a passé facile vingt minutes sur le mot « circonvolution ». Et faut voir comme y s’entêtait à vouloir le lire, heureusement qu’il a pas eu à l’épeler, sinon on y passait la nuit.

Comme personne avait rien compris au message de Diouf, Acariesse y est allé de son speech perso. Il a insisté sur l’importance de continuer la bonne série des victoires. C’est vrai qu’à l’OM, les bonnes séries dépassent rarement le premier épisode. Acariesse a ajouté « Il faut gagner pour s’injecter de la confiance ». « Ah non ! », a protesté Meïté « Moi je suis clean, je touche pas à ça ». Acariesse a fait comme si de rien était. « Après chochaux », il a crié, « Troie ! » « Et après Troie... » Ribéry a répondu « Quatre ! » Je l’ai vu Acariesse, il a serré sa canne très fort entre ses mains. Tout ce que je peux dire, c’est que Ribéry a eu de la chance d’être assis au fond du bus.

La ville du téfécé, on appelle ça la ville rose. Alors que tu verrais, elle est exactement de la même couleur que les autres villes. À mon avis, c’est juste pour se faire remarquer et puis c’est tout. N’empêche, le téfécé c’est surtout une ville de ruguebi. Tu sais, le sport qui se pratique rien qu’avec des défenseurs et où le but du jeu c’est de traverser tout le terrain avant que les autres t’aplatissent et te marchent dessus. C’est spécial, faut aimer. Moi j’aime bien, ça me rappelle les matchs d’Endoûme à l’époque où je jouais. On était pas bons mais quesse qu’on rigolait !

Crois-le ou pas, mais le téfécé ils ont des maillots lavande. D’ailleurs, je leur ai demandé « Ça marche comment chez vous lavande des maillots ? » Ils ont fait « Ça dépend lesquels, ceux du foot ou ceux du ruguebi ? » J’ai dit « Ben ceux du foot, pardi ! » Ils ont répondu « Ceux du ruguebi se vendent très bien ». J’ai pas insisté.

À peine arrivés, Carasso a demandé si des fois, on aurait le temps de se taper un cassoulet avant le match. J’ai répondu « Non mais t’es fissuré du bocal, où t’as vu qu’on mangeait du cassoulet avant de jouer ? » Comme il commençait à bouder, je lui ai dit « Déjà, termine ton pot de nutella, on verra si t’as encore faim après ».

Ce coup-ci, pour éviter les tensions dans le vestiaire, Fernandèze a décidé d’innover pour composer sa défense. Il a mis tous les noms des défenseurs dans sa casquette pour en tirer cinq au sort. Déhu a demandé à avoir deux papiers de son nom, en tant que capitaine de l’Olympique de Marseille, il a dit, c’est quand même un peu normal qu’il compte double. Personne a trouvé à redire.

Le premier à avoir été tiré, ça été Ferreira, notre arrière droit soi-disant brésilien. Pour faire le cake, il a rien trouvé de mieux à faire que d’aller chercher son maillot en faisant la démarche d’Aldo Maccione. Mais comme y avait trop de suspense, personne a rigolé. Ribery a quand même voulu savoir si ça marchait avec les filles, cette démarche. Ferreira l’a regardé et a répondu que oui, mais sauf des fois.

Déhu a été tiré, il s’est levé sans rien dire. Genre, c’est normal. Puis ç’a été le tour de Meïté qui, sous l’effet de la joie, a promis de faire un bon match, mais il a pas précisé quand. En entendant son nom, Andre Louisse a crié si fort qu’il a vrillé le tympan de Emont. C’est là que Déhu a été tiré une deuxième fois. En bon seigneur, il a été d’accord pour laisser sa seconde place qui lui revenait en tant que capitaine de l’Olympique de Marseille à un autre joueur et c’est tombé sur Nakata. Sauf que, à la place, Fernandèze a lu Naka...Taiwo.

On a eu chaud. Dans son coin, Beye disait rien mais il en pensait pas plus. Je le voyais qui rongeait son front. Une expression bizarre quand t’y penses, parce que, pour ronger son front, faut être sacrément souple des dents. J’ai essayé, impossible.

Soudain, on a frappé à la porte. J’ai demandé « C’est qui ? » On a répondu « C’est moi ! » J’ai reconnu la voix. C’était Batlles ou alors peut-être Casimir mais je penchais quand même plus pour Batlles. Il a ouvert la porte et a fait « Eh salut les copains ! Alors ça va ? » Meité a répondu « Copain toi-même ! T’es plus avec nous ! » Batlles a perdu son sourire content. Carasso a ajouté « Ouais, t’es un traître, on te cause plus ». « Ouais ! » a rajouté Nakata qui entravait pourtant nib à ce qu’on parlait. Batlles a dit que puisqu’on le prenait comme ça, il allait pas se gêner pour nous marquer un but terrible de 47 mètres et qu’on serait tous bien embêtés. C’était la goutte. J’ai crié à Andre Louisse : « Vas-y choppe le ! Choppe le ! » Il lui a couru après dans les couloirs en hurlant « TODO MACH !! » On a bien rigolé. Batlles moins.

Au téfécé, ils avaient pas dû faire le ménage depuis un bail puisqu’au coup d’envoi, y avait un ballon de ruguebi qui traînait sur le terrain. Pour bien faire, Meité a voulu le dégager. Tu parles, déjà qu’avec un ballon normaux, il a du mal. Alors là, laisse tomber. Ça a fait une drôle de trajectoire tordue, comme le cheval au jeu d’échec, et ç’a foncé pile sur Mendoza. Meïté s’est pris la tête à deux mains, en criant « Oh non ! » Heureusement que Nakata est passé devant à ce moment. Mon vieux, il est tombé déquerre. Faut dire, les japonais et le ruguebi, ça fait deux.

Puis le match a enfin commencé et il a plutôt bien commencé pour nous puisque Arribagé s’est pris un rouge pour avoir fait un ippon à Ribéry. Là, on s’est dit, 70 minutes avec un joueur en plus, c’est obligé que même nous, on gagne. C’était oublier un peu vite que nous aussi, on avait un joueur en moins sur le terrain, en la personne de Mamadou Niang.

J’ai compté, on a eu 52 000 occases. Mais à chaque fois, c’était que des tirs à côté ou au dessus. C’est bien simple, Revault a même fini par retirer ses gants pour jouer au bantumi sur son portable. Et puis à force de pas marquer, il est arrivé ce qui devait arriver ; on s’en est mangé un. Un corner mal renvoyé. Bergnougnou récupère aux six mètres pour marquer. Il a fait un haka pour célébrer sa joie. En voyant ça, Niang a dit que lui aussi, il ferait un truc spécial le jour où il marquera. Je lui ai dit « Ecoute, commence déjà par marquer, ça sera vraiment un truc spécial venant de toi ».

On est repartis comme on est venus. J’irais pas jusqu’à dire qu’on a perdu trois points, vu qu’on les avait pas en venant. Bien sûr Beye a pas pu s’empêcher en répétant que c’était pas pour dire mais s’il avait été titulaire, au moins on aurait pas perdu. Même qu’il en mettait sa main au feu de bois. Moi ça m’a cassé les bonbons, j’ai dit « Elle est belle la solidarité ! » Nasri a demandé c’est quoi la solidarité. Alors j’ai expliqué. La solidarité, c’est quand tu vois un copain qui est nul, et ben au lieu de le critiquer, tu deviens aussi nul que lui pour pas qu’il se sente seul. Autant dire que c’est tout sauf une toupie à l’OM.

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Jamais deux sans Troie
jeudi 29 septembre 2005
Samedi on recevait Troie, un mal classé comme nous sauf que eux, ils ont une bonne excuse, c’est qu’ils sont des promus. Promu, ça veut dire qu’ils étaient en d2 l’année dernière, c’est quand même un peu la honte mais pas trop non plus. Moi, j’ai rien contre les promus, ils font leur vie et puis c’est tout. Je leur ai quand même demandé comment c’est la d2, histoire de me renseigner, c’est pas pour moi mais pour quelqu’un que je connais. Ils m’ont dit « Ecoute, c’est pas compliqué. T’as vu la ligue 1 ? Bon, et ben t’enlèves Lyon, c’est la d2 ».

N’empêche Troie c’est des fayots. Cette saison, pour bien se faire voir de la ligue orange, ils ont mis en place un accueil soi-disant fair play dans leur stade. À chaque supporter qui se donne la peine, ils lui offrent un sandwich à la vache qui rit et une cannette de fanta. Eh, c’est pas pour nous vanter, mais nous à l’OM, on offre un péno à toutes les équipes qui se déplacent. Tu crois qu’ils en parleraient à la radio ou à la télé ? Même pas. C’est à vous dégoûter d’être fair-play.

L’autre particularité de Troie, c’est Jean Marc Furlan, leur entraîneur qu’ils ont. Crois-le ou pas, mais non seulement il entraîne ses joueurs, jusque-là, normal, mais en plus, lui il les instruit. Par exemple, je sais pas, il va leur donner, mettons dix jonglages à faire et en même temps, il va leur faire réciter la table de 8. Et elle est super balèze la table de 8. Je sais de quoi je parle, je la connais pas.

Alors avant le match, il m’est venu l’idée de faire pareil. Je suis rentré dans les vestiaires avec une grande carte de la France, une sans les noms de clubs (je suis pas idiot non plus). Je l’ai collée au mur avec des petits aimants en forme de fruit et j’ai demandé qui c’est qui serait capable de me trouver Troie.
Mon vieux, les joueurs se sont tous approchés et ont collé leur doigt de partout : au nord, au sud, à l’est, à l’ouest. Comme y avait plus la place sur la France, Nasri tout fier, montrait un coin de la Suisse et Meïté avait son doigt dans l’océan atlantique. C’était n’importe quoi. De leur côté, Mendoza et Rimenez se fichaient des coups de coude et se traitaient de tous les noms en Espagnol pour savoir qui avait trouvé en premier la Bretagne.
Y a que Déhu qui est resté en retrait. Les mains sur les hanches, il a plissé les yeux et a dit « Je suis sûr qu’y a un piège, c’est pas une vraie carte de la France ». Déhu, il est parano mais presque.

On a laissé tomber la géologie quand Carasso a essayé de manger un des aimants. Fernandèze en a profité pour faire son équipe et il a encore trouvé le moyen de mettre cinq défenseurs. Ma parole, il a cru qu’il entraînait la Norvège ou quoi ? Quand Beye a appris qu’il jouait pas, il a piqué une crise terrible. Il s’est jeté par terre comme Niang dans la surface et s’est mis à brailler qu’il était pas venu à l’OM pour être remplaçant et que si c’était comme ça, il répéterait tout à son agent et qu’il serait transféré en Angleterre et qu’on serait tous bien embêtés de voir qu’il est fort ailleurs alors qu’il aurait pu être fort ici. Tu parles d’une routine pour l’OM.

Fernandèze a expliqué qu’il avait rien contre lui et que si il changeait de défenseur, c’était juste pour faire des test. Pas pour se faire détester. Ferreira était intrigué, il a demandé « Et une fois qu’on aura changé toutes les défenses possibles, on changera de quoi ? » Fernandèze a coulé une bielle. Normal, il s’est senti visé par la question. Ribéry l’a sauvé en criant « On changera de slip ! » C’était moins une.

Pour le match, y a eu du mieux. Bon peut-être pas en attaque mais au moins au milieu. C’est déjà ça, on va pas faire la fine bouche non plus. Pourtant c’était mal parti entre Cana et Lamouchi. Tout ça à cause de Cana, c’est lui qui aurait commencé en balançant à Lamouchi « Eh, t’es tellement vieux, que je te vois en noir et blanc ! » Après ça, plus rien n’a plus été pareil entre eux deux.

C’est Ribéry qui marque en premier sur un coup franc de Taiwo. À la base, les joueurs de Troie étaient pas chauds pour faire le mur. Ils se cachaient les uns derrière les autres en se recroquevillant. Du coup, ils ont pas fait un mur mais une file indienne. Taiwo a quand même trouvé le moyen de les empéguer, ça a fait un strike terrible. Version domino.
Sur quoi, Niang a récupéré le ballon dans la surface mais comme à son habitude, il s’est écroulé dès qu’il a senti qu’on le regardait. Heureusement, Ribéry, qui traînait par là, s’est pas posé de question. Remarque, c’est tant mieux parce qu’il aurait probablement pas trouvé de réponse.

Le deuxième but vient encore de Taiwo sur une transversale, pas la barre qui relie les deux poteaux, non, la longue passe de traviole qui finit presque toujours dans les tribunes. Sauf que là, ça a fait mouche, pile sur Lamouchi justement. Je sais pas ce qui lui a pris, il a fait une papinade, attention le modèle déposé, celui sous copyright et tout : extérieur de son pied en plein dans la lucarne. Après ça, il a fait à Cana « Oh jeune, quand t’en mettra un comme ça, tu pourras me tutoyer ». Cana a répondu « Gnagnagna gnagna ! »

Bien sûr, pour rien changer, Troie est reparti avec son péno. « Je vous l’emballe ? » a demandé l’arbitre. « Non, on va le garder sur nous » a répondu Grax avant de le tirer. En plus, j’invente rien, y a même pas faute de Taiwo mais bon, comment tu voulais que l’arbitre le voye. Il était sur le bord de la touche en train de séparer Mendoza qui essayait d’étrangler Rimenez. Tout ça parce qu’en sortant, Rimenez lui a demandé « Ça va cogno, té bien assis ? » Y a des choses à pas demander quand même.

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