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Jeune Mavuba Vaincu

15/11/2019 à 14h19

@Roger, d'accord avec le fond, c'est juste la formulation "l'important c'est les hommes" qui me semble réductrice.

Disons que l'important ce serait plutôt l'adéquation entre les hommes, leur organisation et le contexte.

Je voulais juste dire que valoriser les hommes et reconnaître qu'il y a du verbiage de consultant, n'implique pas forcément de passer par la fenêtre toute réflexion sur l'organisation. Comme certains témoignages l'ont montré, le travail dans le secteur informatique a beaucoup changé dans les 30 dernières années grâce à ces réflexions (plutôt que grâce à une méthode spécifique).

Gilles et jeune

15/11/2019 à 16h32

Attention. Pavé.

- Sur le rapport des français au travail -

Arthur33
14/11/2019 à 19h29
Vu le nombre de commentaires cyniques (sans nier les nombreuses entreprises où il y a des problèmes, certains me semblent tellement déconnectés de ce que je vis que j'ai l'impression qu'ils n'ont jamais travaillé en entreprise), c'est plutôt à tendance gauchiste ici. Dans le reste de la société, c'est plus nuancé https://bit.ly/2CL81CG

C'est un "baromètre" BPI, qui avec les baromètres GPTW sont... comment dire... très discutables scientifiquement et politiquement.

Plus consistant, la dernière enquête Sumer sur l'exposition des salariés à des risques professionnels. Elle est renouvelée tous les 10 ans, établie par les médecins du travail et sert de base de négociation aux plans santé du ministère.

Les résultats montrent un progrès en matière de prévention et d'exposition aux risques depuis l'enquête 2007 mais de fortes tensions psychosociales. En particulier les résultats sur le burn-out, la violence, l'intensité, le manque de soutien restent bien trop élevés. Vous trouverez un commentaire utile à la fin sur la satisfaction au travail. Le critère est trop composite pour soutenir des interprétations précises. Par ailleurs, il n'empêche pas l'existence de fortes tensions.

Mon commentaire Mme Irma : on peut sentir la différence entre le moment où arrive une crise économique majeur et une période de reprise économique. Attention à la nouvelle crise qui vient et ses incidences sur la santé au travail.

La page officielle : https://miniurl.be/r-2mpm
Une note de la DARES ici : https://miniurl.be/r-2mpo
Une présentation de l'enquête sur l'aract Normandie https://miniurl.be/r-2mpn

- Sur la novlangue managériale et le champ managérial -
Débat vieux comme la sociologie, l'ergonomie et la gestion.
Vous noterez que toute la novlangue managériale n'est pas adossée en France aux disciplines de gestion. Pour en avoir discuter avec des profs de gestion, eux-mêmes le regrette. En tous les cas, je constate - sans généraliser - qu'il y a une appétence du management français à s'en remettre à des militaires en matière de doctrine managériale, les grandes écoles formant nos grands dirigeants ne devant pas être étranger à la chose. Mais pas que.
Surtout, le management n'est pas une pensée première là où je vais. La question qui intéresse constamment est le "comment on va rationaliser cette putain de structure" pour faire des économies et être plus profitable. Les questions de management en découlant. D'où l'appétence pour les militaires - comment on enrôle une armée dans la guerre économique - et pour les consultants en reengéniering, lean management, etc. Car on le sait, changer la technologie ou la structure organisationnelle, c'est un très bon moyen de contraindre au changement. Certains dirigeants se faisant fort du précepte suivant : on impulse, la troupaille suivra bien derrière. Laissons ça à leur génie. Et il faut bien le dire que les français ont un génie pour se démerder de l'indémerdable. Motivé qu'ils sont !

- sur les méthodes agiles qui ne sont pas du lean management -
Le lean management est un ensemble de pratiques, venu du Japon, cohérent et inséré dans une culture, puis digéré par les américains et enfin revenu en France, sous différentes pratiques réappelées Lean, Lean Management, Excellence opérationnelle, etc.
Au crédit du Toyotisme, il reposait sur une reconnaissance de l'expérience ouvrière et ne cherchait pas systématiquement à rabattre les améliorations sur le champ de la recherche de gains (directes) de rationalisation économique.

Sur les lean management... il y a beaucoup à en dire et beaucoup en a été écrit (cf. article cité). J'interviens actuellement dans une entreprise manufacturière pour soulager les effets délétères induits par la mise en place de politiques d'excellences opérationnelles et de qualité totale impulsées par un siège et... c'est pas joli ! Je plains notamment la direction locale. Enfin j'essaie de l'aider.

Sur la méthode Agile et le lean, Jeune Mavuba Vaincu le 14/11/2019 à 13h16 a brillamment démontré de lui-même en quoi la méthode Agile était du lean.

Evidemment, des finalités des décideurs / concepteurs et de la mise en oeuvre de l'outil découlera des effets précis.
Bref, tout n'est pas bon à jeter dans le lean ou les méthodes Agile. Mais... on sait que ça sert beaucoup à accroitre les pressions, et donc que ça peut être délètère, plus que d'autres formes d'organisations.

- sur l'importance des hommes ou de la structure -
Le débat est vieux et assez tranché.

Le taylorisme avait sa réponse - et on s'en n'est pas encore décroché : la structure prévaut! Suivez mon regard vers les structures bureaucratiques. Cependant, bien sûr, le truc avait des limites, notamment du côté de la prise d'initiative. Alors il y a eu des innovations de structure et de méthode : lean, agile, organisation matricielle, etc. Bon, comme vous le témoignez, parfois on s'étonne que ça prenne pas (du tout). Mais peu importe (cf. le précepte de la troupaille) : l'important est la croyance dans la structure, plus ou moins transposable. D'où le coté recettes. Rassurez-vous, ça fait de toutes façons partir les non agiles. L'effet est quoiqu'il en soit atteint de ce point de vue là.

La réponse de l'ergonomie au taylorisme - qui, il est toujours nécessaire de le rappeler, a pour projet de contrôler l'initiative ouvrière, projet transposé dans les dispositifs de gestion actuel vue qu'on ne cherche plus à contrôler les gestes (alors prescrits) mais à contrôle l'initiative et l'engagement (d'où les méthodes agiles) - est : (i) qu'on ne peut interpréter la conduite d'un professionnel ou d'un groupe de professionnel à leurs seuls comportements ; (ii) que travailler n'est pas seulement appliquer une procédure, travailler suppose aussi de prendre en charge l'imprévisible(aléas, dysfonctionnements, marches dégradées, événements) et gérer l'usage que l'on a de soi (état de fatigue, motivation, peur, etc.). D'en conclure qu'au travail tel qu'il est anticipé et prescrit (de ses moyens à ses consignes), il convient de reconnaître un travail réel tel qu'il est fait par le travailleur (sujet par ailleurs, c'est-à-dire faisant des choix de valeur). Il en découle qu'une organisation réelle provient à la fois de ce que l'organisation prescrite structure comme moyens et attendus, et de ce que les hommes en font.

Pour revenir à nos moutons, une bonne organisation ne dépend pas que d'un changement de bonhomme - sinon ça serait l'instabilité chronique dès qu'on change de type, la grande loterie - mais est bien en partie déterminée par les bonhommes qui la porte, la pense ou la fond évoluer.
Ainsi, à chaque fois que j'interviens dans des situations de conflits au travail, de harcèlement, de constitutions de clans, de burn-out, biensûr les hommes sont bien en cause dans ce qui leur arrive, mais pour autant ils ne sont la cause.
La question se travaille dans la manière dont les individus intériorisent les possibles et les impossibles d'une organisation, sont mis dans des situations plus ou moins complexes et s'en débrouillent.

Nota : il peut arriver qu'un type soit nocif pour la structure d'une institution. Il convient alors de s'en débarrasser vite s'il ne peut s'inscrire dans la structure ou la faire évoluer.
Exemple : Trump et la constitution américaine. Va-t-il arriver à tout foutre en l'air ?

En sociologie, cette question est énoncée par Weber il me semble sous la formulation qu'il n'y a pas d'individus sans société (sans structures), et ce sont les individus qui forment la société (les structures).

Conclusion : on ne peut désolidariser l'un de l'autre. Et c'est un raccourci que de pointer les pervers des non pervers dans le management.

A ce titre, lire Souffrance en France de Dejours qui a tranché la question il y a 30 ans.




- Ô Pauvre entreprise débordée par ses attentes -

Classico
14/11/2019 à 12h33
« On » l’a mise, l’entreprise, dans la situation absurde d’être au centre de notre société, d’en délivrer le sens et la finalité. Ça ne date pas du macronisme : déjà Mitterand avait fait de Tapie son héros. Or l’entreprise ne peut évidemment pas assumer une telle mission. Elle n’est qu’un précaire jeu pour adultes, rétif par nature à porter sérieusement la moindre signification élevée, instable dispositif transitoire dévolu à une activité vile (vendre sa camelote par tous moyens à n’importe qui) et impropre par nature à hériter, à irradier et à transmettre des valeurs. Mais on la somme pourtant de porter les rêves, les finalités et les idéaux de la civilisation contemporaine. C’est pourquoi il y a ce flot inépuisable de livres et de discours manageriaux débiles autour d’elle : soumise à cette injonction, elle se cherche du sens, un langage, le moyen de s’exécuter. Elle le fait avec ses moyens infimes, pathétiques ; il n’y a pas un cadre sur 100 qui croit à ces conneries ; mais on fait tous semblant."

Bon Classico, comme toujours, ton propos est séduisant, bien troussé, lyrique mais... tu te laisses un peu emporter par ton style, cher Lancelot !
Car le propre de l'humain, c'est qu'il fait société, et pour ça se réunit autour d'entreprises. Alors oui, le langage est aujourd'hui connoté, mais il n'échappera à personne ici ce point incontournable : l'être humain est un animal social et culturel. Et à ce titre :

(i) avoir une activité socialement utile et valorisée est une fonction psychologique à assurer pour ce drôle d'animal. Dans notre société, le travail marchand, rémunéré, est l'activité qui est la plus investie dans notre société. (cf. Yves Clot, la fonction psychologique du travail)

(ii) plus l'entreprise est complexe, plus cela requiert des formes d'organisation complexes, qui ont fait le bonheur des pensées politiques et de gestion.
Ainsi, toute organisation complexe cherche à articuler objectifs, moyens et résultats, dans un cadre de performance mettant ces dimensions en tension (dans l'ordre de la pertinence pour la relation objectifs / moyens, de l'efficience pour la relation moyens / résultats et de l'efficacité pour la relation résultats / objectifs)

Dès lors, si l'on considère la gestion comme la grammaire de l'organisation des entreprises humaines, la gestion et l'entreprise n'ont pas à se réduire au truc rabougrie autour de la recherche univoque d'une profitabilité financière.

Ces points précisés, tu vois bien où je pointe ton enflammade. Tu confonds la forme sociale actuelle de valorisation d'une certaine forme d'esprit d'entreprendre au service de la finance avec la fonction du travail et des entreprises humaines.
Sans doute reprends tu implicitement la distinction entre oeuvre et travail de Arendt qui, sous l'angle évoqué, ne tient pas.
Oui, les entreprises humaines à l'occasion de l'activité concrète de production d'un bien ou d'un service (comme militer) constitue le moment par lesquelles l'homme produit et partage un imaginaire, des valeurs, fait société et se fait comme homme dans cette société.

Le flot inépuisable d'inepties dans les livres n'est pas initialement pour produire du sens qui n'existe pas à mon avis, mais pour :
- vendre des recettes dans ce monde incertain : ça rassure et ça fait vendre !
- produire un discours légitimateur de réorganisations qui font mal. Vous connaissez ça.
Dans un second temps (vers 2010 ?), on a vu toute une série de cadres chrétiens (si si) essorés par cette marche vide de sens se tourner vers le coaching en tentant "d'humaniser" des relations de travail structurellement compressées. De toutes façons, il faut bien mettre de l'huile dans les rouages des équipes ou de managers / dirigeants qui n'ont pas suffisamment de ressources pour faire face à ces systèmes de tension. Notez : ça fait vendre. Business as usual.

- l'important, c'est de fuir les dérives, ou l'idéal du monde associatif -
bendjaz aujourd'hui à 13h49

Juste deux points de vigilance. J'ai pleins de potes qui sont allés vers l'ESS et les scoops en pensant que ça serait le nirvana une fois débarrassé du monde marchand ou des chefs. Manque de bol, ça marche pas comme ça. La réalité de la nécessité de réguler les relations de pouvoir dans tout groupe humain les a rattrapé.

Si je puis m'autoriser un conseil, vouloir éviter les vieilles recettes instrumentales est entendable. Vous aurez malgré tout des rendez-vous à tenir pour penser votre modèle (éco, d'orga, de performance) et pour réguler les relations de pouvoir. A ce titre, un intervenant externe peut parfois être utile pour aider dans ce chemin. Mais un intervenant sans recettes.

Point de vigilance sur l'excès de bienveillance: qu'il n'empêche pas l'expression de controverses sur le projet, la réalité des problèmes rencontrés dans le quotidien et les arbitrages à prendre.
J'ai croisé trop d'organisation qui, sous le désir d'éviter le conflit, l'ont vu exploser violemment.

Au plaisir d'échanger amicalement si ça peut t'être utile.




Classico

15/11/2019 à 18h41

Coucou Gilles, je comprends tout à fait pourquoi tu as pu lire mon message de cette façon, mais ce n'était pas exactement ce que je voulais signifier. Je voulais dire, non pas que l'entreprise n'a aucune consistance sociale, mais qu'elle en a peu par nature. La nuance est importante.

Elle ne peut pas jouer convenablement le rôle de matrice axiologique que l'idéologie du temps attend d'elle. Elle se force : elle a développé un langage, de la théorisation, elle engage des gens pour se pourvoir d'une âme (le thème de la "culture d'entreprise"), et elle a mobilisé une petite armée très enthousiaste, emmenée par notre président de la république, qui prétend exporter les pratiques d'entreprise dans d'autres domaines, dans la politique par exemple (qui entend gérer la France comme une startup), ou dans la vie quotidienne (tout récemment une cadre dans l'entourage de ma compagne lui a fait savoir qu'elle se félicitait de "gérer sa vie comme un dossier" - on trouvera tous autour de nous de très nombreux exemples de comportements de ce genre). L'entreprise fait de son mieux pour jouer le rôle qui lui est assigné, mais le décalage entre ces attentes démesurées et ses faibles potentialités créatrices (en matière de valeurs sociales et culturelles) est criant, et la jette dans une sorte de malaise diffus. Dans les moments de sincérité, les cadres savent que le langage managérial est un sous-langage insupportable et les modes de la littérature managériale un fatras peu utilisable, très inférieur en tout cas au simple bon sens.

Maintenant, j'ai commencé par préciser une nuance : l'entreprise est peu capable de produire de la consistance sociale signifiante, mais "peu" ne veut pas dire "pas". Je suis RH. Tu te doutes que je me suis intéressé la socio des organisations, et que je ne suis pas rétif à la littérature managériale par principe. Des tas de choses se passent dans une entreprise en deçà ou par-delà sa finalité technique (produire de la valeur ajoutée), et ma fonction me place au centre de ces éléments sociaux, meta-productifs. Et il se passe tous les jours, à cet égard, des choses étonnantes en effet. L'entreprise est bien un fait social. Mais ce que j'ai expérimenté de plus profond, c'est la chose suivante : c'est peu. Les gens se socialisent par et dans l'entreprise, oui, mais ils ne sont pas dupes de la finalité de celle-ci, et la majorité d'entre eux exercent une sorte de rétention d'engagement (comportement raisonnable et salutaire, à mon avis) : ils ne se donnent pas totalement. Je ne parle pas de leur engagement à réaliser le travail qui leur est prescrit, ça c'est autre chose, je parle de leur engagement social dans cet espace social qu'est (aussi) l'entreprise. Il y a un déficit d'intensité sociale dans cet espace social, qui, sans les annuler, limite intrinsèquement la pertinence des modèles de la sociologie des organisations et des théories de management. La raison de ce déficit est simple : l'entreprise est d'abord autre chose qu'un espace social. Elle est d'abord un outil économique, dont l'organisation et la structuration répondent pour l'essentiel à des critères économiques. Elle n'est que secondairement un espace ou un fait social. Cette secondarité pèse sur tous les processus sociaux qui s'y déroulent.

Evidemment, il y a des processus dans lesquels le rapport s'inverse brusquement, où l'entreprise devient un lieu social AVANT d'être un appareil de production, ce dernier étant soudain rejeté (révélé ?) comme inessentiel. Ce sont par exemple les merveilleuses épopées des grévistes qui transforment leur usine en cours de délocalisation en lieu social total, où ils campent, échafaudent des plans, séquestrent le DRH, se donnent totalement les uns aux autres. Là oui, l'entreprise devient tout à coup une forge où sont battus intensément des signifiants sociaux, et là oui, elle a des choses passionnantes à dire au reste de la société. Mais les théories de management s'intéressent peu à ces situations limites. On pourrait donner également l'exemple des suicides au travail, dans une tonalité beaucoup plus tragique.

A la base je voulais juste clarifier en vitesse mon post précédent, je ne sais pas si je suis bien clair du coup.

Balthazar

15/11/2019 à 22h55

Parfaitement clair.
(Mais ce "en vitesse" m'intrigue et m'effraie : ça représente combien de temps la rédaction d'un message comme celui-là ?)

Gilles et jeune

15/11/2019 à 23h08

Marrant Classico
Pour moi, l'entreprise est tout à la fois un champ social ET un champ de production économique.
Le grand blanchiment organisé par les PS dès les années 80 est d'avoir tenté de faire oublier que l'entreprise était le lieu d'expression d'un rapport antagoniste fondamental (K/L), pour substituer à "la lutte des classes" une belle story-telling de l'entreprise marchande alpha et oméga des promesses faites au sujet libéral qui émerge après guerre.

Précisément, la grande force du capitalisme d'entreprise (contrairement à celui d'état) est d'avoir toujours su adapter son idéologie, son champ lexical, ses dispositifs aux contraintes économiques de manière à ce que l'initiative des salariés coïncides avec ses intérêts.

Ce que tu racontes : ce n'est que ce story telling. Ca n'a aucune consistance matérielle.

Ainsi, dans une société de croissance, le modèles fordien reposait sur une production de masse en flux poussé (la production est enclenché avant la commande) : le carnet de commande était anticipable, la production donc relativement stable, en découlait une organisation du travail massifiée, très taylorisée et un management qui n'existait pas : c'était l'époque des agents de maîtrise (ie : ayant la maîtrise technique de la production sur son service) et du panoptique (contrôle des mouvements et conduites). Si on s'en foutait des conditions de travail et de la pénibilité, le compromis fordien formulait plusieurs promesses : stabilité sur un territoire, stabilité de l'emploi (même en étant cassé), stabilité pour les enfants, rémunérations accrues, intensité du travail contenue et solidarité ouvrière.
Les années 80, post-crise, voient émerger une recomposition de l'économie et donc des modèles de production qui sont cette fois-ci tirés par la demande. Apparaît à cette époque la segmentation des marchés et de l'offre, la différenciation des produits, le réengéniring, les organisations matricielles : le crédo est de maximiser les dividendes et donc pour cela de rationaliser au maximum l'appareil productif pour le rendre profitable. Vous connaissez. Du côté du travail, la production est beaucoup moins stable et anticipable. Emerge le besoin de recourir à l'initiative des salariés pour répondre de la variabilité de situations : d'où les lois Auroux en 82. Déjà ils pensaient au deal "plus de démocratie dans le travail" (en réponse aux aspirations de 68), vers plus d'initiatives. Bon, pour la démocratie, ils ont vite vue.
Dans le même temps, les bureaux méthodes et les ingénieurs sont en recul, au bénéfice d'abord des DSI et des DAF (l'alliance d'un ERP et d'une compta analytique c'est puissant pour faire des économies), et des experts en reengéniring et restructurations au service d'une rationalisation des appareils production.
La qualité n'est plus une question de métier et de fierté, mais devient un élément différenciant sur le marché (la juste qualité, qualité du marché). Vient alors les enjeux d'images, faute de faire de la qualité, on va communiquer dessus (via les certifications). La qualité totale (prenez la mesure de la débilité de la formule) accompagne le déploiement des formes de lean management.
Toujours la même chose en jeu : dans "la guerre économique", orienter au maximum les conduites des salariés, mais pas par la contrainte, par l'adhésion (société du contrôle, disait Deleuze), de manière à ce qu'ils intériorisent les contraintes comme "naturelles", "fatalistes" et de les joindre à s'y prêter.
Ainsi on ne licencie plus, on sauvegarde l'emploi. On n'a plus de métier, on a des compétences qu'il faut évaluer et récompenser au mérite. On devient autonome (lol). On ne produit plus, on enchante, etc.
Je pourrai décliner, encore et encore. Vous pourrez compléter. Surtout, aux mots et discours des _métiers_ qui traduisent la réalité concrête, noueuse, complexe de l'expérience singulière du travail, on y substitue des chiffres, des reporting et une novlangue creuse de l'abstrait.
Avez-vous déjà tenté de décrire votre métier ? De caractériser la richesse des enjeux auxquels vous tachez de répondre, d'expliciter et de déplier les raisons très intériorisées qui vous font avoir ce geste plutôt qu'un autre ? Ce que vous anticipez, quelle degré de sensibilité vous avez développé à des micro-informations pour mettre en oeuvre telle régulation plutôt que telle autre ? La difficulté à mettre des mots dessus ? Surtout quand l'activité en question est manuelle et que celui qui la porte est peu éduqué et formé à manier le language ? (n'a-t-on pas un échange épistémologique là dessus précisément ?)
Il faut mesurer la violence que c'est que d'opposer ces chiffres et ce langage abstrait, faussement rationnel, ne donnant aucune prise au réel, lessivant toute la singularité de chaque situation et de chaque expérience, aux travailleurs ! D'ailleurs, les dirigeants et managers les meilleurs (pour leurs équipes) sont ceux qui n'en sont pas dupes et trichent avec.

Bon, peu importe l'illustration. Tout cela vise plusieurs choses :
- casser les collectifs et les solidarités, isoler les personnes, en les coupant du rapport au réel, de la justification des logiques d'actions et des choix engagés dans ce rapport au réel, du rapport au métier évidemment (qui entretient ce rapport au réel) pour mieux imposer un rapport au monde, une logique d'action
- masquer la réalité crue et violente des rapports économiques de travail (L/K) pour promouvoir qui une fatalité enjolivée, qui une pseudo convergence d’intérêt (écrase toi, intériorise la contrainte où tu crèveras (et on s'étonne que 30 ans après ça pète)
- obtenir l'adhésion individuelle (j'insiste) des salariés à l'idéologie, surtout les cadres, engagés dans une compétition entre eux à l'image des entreprises (la guerre économique). Vous noterez que l'ubérisation et l'auto-entreprise - ainsi que la figure reine du consommateur roi - ne sont qu'une déclinaison un peu poussée de cette idéologie. Il me semble voir des inflexions dans la formation des jeunes ingé et école de commerce récente. Mais dieu que les formations dans les années 2000 et début 2010 étaient tournées vers l'intériorisation de cette logique. "Fais ta carrière, soit l'auto entrepreneur de toi-même, mérite ta réussite, soit excellent, etc."

Il faut le dire également : plus les impétrants présentent des failles narcissiques importantes ou des traits de personnalités un peu psychothiques ou perverses, plus ça adhère à ce système déréalisé qui promet la réussite du soi (concept US à tuer, soit en passant, tellement le "soi" ou le "moi" est le bac à sable instrumental de la psychanalyse).

Bon, j'ai été long classico, mais en 2 phrases : tu crois vraiment à ce que tu racontes ? Tu ne vois pas à quel point l'entreprise est toujours l'expression d'un rapport économique de domination ? Qu'il n'a jamais été aussi violent que ces 30 dernières années car aussi défavorables ? Et que tout le fatra idéologiques que tu évoques n'est qu'un enrobage ? La pilule bleue de Matrice proposée aux cadres puis aux ouvriers pour ne pas voir la réalité crue du rapport de force qui les individualise et les sépare pour mieux les exploiter ?

Veux tu savoir le plus drôle ? Je passe mon temps à faire prendre conscience à des cadres ou dirigeants cette réalité crue là, derrière le voile de l'idéologie bien intériorisée. Mais également auprès des syndicalistes, qui y ont cru et qui surtout veulent y croire : qu'on a tous les mêmes intérêts et donc qu'on devrait se parler et s'écouter avec bienveillance !

Tu noteras que je pense qu'il y a une possible construction de compromis entre création de valeur pour l'homme et création de valeur pour l'entreprise : le travail. Mais que les entreprises pilotées essentiellement par le marché ne peuvent s'intéresser à cette question qu'à condition d'un rapport de force constituée et conscientisée dans l'entreprise.

(et qu'est-ce que tu fous DRH franchement ? Ca m'intrigue)

Classico

16/11/2019 à 00h33

Très beau post ! Mais je pense que je parlais d'autre chose. Je me situais au point de vue des rapports sociaux horizontaux qui jouent dans l'entreprise comme espace social, et de la faculté pour cet espace de produire des valeurs, des modèles, des signifiants forts. L'entreprise est d'abord, dans son essence, un outil. Elle n'est que secondairement un espace social. Une entreprise 100% robotisée se passerait de cette dimension sociale, qui n'est donc bien que seconde fondamentalement. L'entreprise est d'abord un objet technique, et ensuite un espace social, dans la mesure où elle est un objet technique qui comporte des éléments humains (qui y sont dans un rapport de domination par le capital, bien sûr, mais ce n'est pas ici mon sujet). De la sorte, les rapports sociaux qui s'y produisent sont en quelque sorte médiatisés par leur trempage et leur confinement dans l'outil de production. Ils se produisent à même un objet technique qui les tord, qui fournit leur périmètre et leur temporalité. Cela leur confère une teneur dérivée, et légèrement mais de part en part contrefaite. Quand tu rêves d'un endroit familier mais que tu sais confusément que c'est cet endroit et que ce n'est pas exactement cet endroit. Les rapports sociaux dans l'entreprise, y compris ceux de domination, me paraissent avoir cette étoffe. Et c'est pourquoi faire de l'entreprise le coeur battant de la société, où doivent se produire des modèles et des valeurs exportables au bénéfice du reste de la société, est une abomination contre-nature.

Mais je n'insiste pas davantage, c'est un ressenti profond mais que j'ai besoin de creuser. Pour ta dernière question : le démon de la perversité. Je te laisse découvrir ce texte formidable de Poe.

@Balthazar : ça dépend ! En ce moment c'est très rapide mais j'ai temporairement beaucoup de temps de libre pour lire et réfléchir, ça met de l'huile dans les rouages et ça accélère la fabrication d'un message (et ça me fait beaucoup trop flooder ce forum, ce dont je m'excuse d'ailleurs).

Balthazar

16/11/2019 à 09h07

Classico
aujourd'hui à 00h33
(et ça me fait beaucoup trop flooder ce forum, ce dont je m'excuse d'ailleurs)
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Mais non, voyons, tu as l'âme d'un 10, c'est normal que tu touches beaucoup le ballon. Mais je m'esquive avant de gêner la longue transversale que va t'adresser Gilles.

Manx Martin

16/11/2019 à 09h56

Classico et Gilles, le prochain livre de Johann Chapoutot (historien, spécialiste du nazisme) va vous intéresser. Ça sort en janvier chez Gallimard.

Libres d'obéir.
Le management, du nazisme à aujourd'hui

Résumé :

«Reinhard Höhn (1904-2000) est l'archétype de l'intellectuel technocrate au service du IIIe Reich. Juriste, il appartient à la pointe la plus avancée, par sa radicalité et ses réflexions d'avant-garde sur la progressive disparition de l'État au profit de la «communauté» définie par la race et de son «espace vital». Brillant fonctionnaire de la SS, chargé de nourrir la réflexion du parti nazi, du ministère des Affaires étrangères et de la Wehrmacht sur l'adaptation des institutions de l'État au Grand Reich à venir - quelles structures et quelles réformes? il termine la guerre comme Oberführer (général). Revenu à la vie civile sans être inquiété, n'ayant pas commis de crime sur le terrain, il crée bientôt un institut de formation au management des élites économiques de la République fédérale, Bad Harzburg, et multiplie les manuels d'enseignement. Quelque 600 000 cadres issus des principales sociétés allemandes, sans compter 100 000 inscrits en formation à distance y ont appris le management. Ou plus exactement l'organisation hiérarchique du travail par définition d'objectifs, le producteur, pour y parvenir, demeurant libre de choisir les moyens à appliquer. Ce qui fut très exactement la politique du Reich pour se réarmer, affamer les populations slaves des territoires de l'Est, exterminer les Juifs. Passé les années 1980, d'autres modèles de management prendront la relève (le modèle japonais, par exemple, moins hiérarchisé). La question que pose Johann Chapoutot, c'est celle de l'adaptabilité des mêmes formes d'organisation productives à des régimes politiques qui peuvent être résolument opposés, dès lors que cesse la réflexion sur la nature sociale du travail.»

Gilles et jeune

16/11/2019 à 10h21

Coucou Classico et Balthazar
Je vais éviter la transversale, pour préférer le jeu court. Passe et va, propose Classico.

J'entends et respecte ton intuition, je ne vais donc pas m'en mêler. Elle parle me semble-t-il d'un affect qui t'est propre.

Pour rester sur un plan moins personnel, je suis attaché à une idée (dans une tradition disciplinaire des SHS ayant pour objet le travail) du travail et de l'entreprise sur laquelle je ne te rejoins pas.

Une entreprise totalement robotisée est une entreprise sans travail : cad sans hommes. Dès lors, on pourrait en changer le nom : "unité de production" ? Ce fantasme est une utopie, que les IA pourrait bien réaliser. Que le taylorisme a tenté de neutralisé (encore une fois, l'objectif était de neutraliser l'initiative ouvrière dans son geste et son déplacement). Lire "Le travail sans l'homme", de Yves Clot.

En attendant, le propre du travail est précisément qu'il implique une activité humaine (activité au sens énergétique du terme, impliquant aussi bien le biologique que le subjectif) qui consiste à prendre en charge ce qui ne peut être prévu, anticipé par la tâche.
Ainsi, dans les entreprises où l'on robotise et où l'on automatise, le travail n'est pas supprimé, il est transformé (tâche de manutention à tâche de pilotage / contrôle des machines). Il y faut encore de l'homme, c'est-à-dire de l'activité.
Le propre de l'activité humaine - considération anthropologique - est qu'elle est toujours adressée à un destinataire, plus ou moins là, qu'elle est toujours médiée par une technique ou un langage, et qu'elle implique toujours une réciprocité, un retour, une évaluation de la part d'un autre (un pair, un bénéficiaire, un chef), qui permettra d'entretenir un rapport juste au réel de ce que l'ont fait.
D'où la "fonction psychologique du travail", d'être le lieu central aujourd'hui où l'homme par son activité s'inscrit dans la société et y prend place par son activité utilement reconnu. Il advient par son activité.
Ainsi, tant que les "entreprises" ne seront pas totalement dénuées de travail - projet Matrixien que tu décris il me semble - elles sont par essences un lieu où se produit de la société. Car on ne travaille pas sans l'autre - je me répète : la majorité des activités impliquent un haut niveau de coopérations à maxima, un haut niveau de prise en compte des destinataires à minima. Les situations dans lesquelles la coopération et la prise en compte du destinaire viennent à faire défaut sont des situations d'aliénation (on en distingue 3, cf. triangle de Sigaut pour ceux que ça intéresse).

Il découle de ces considérations que de la manière dont on conçoit la place du travail dans l'entreprise, découlera un manière de produire de la société.
Pourquoi tant de salariés étaient fiers d'être cheminot, instit', fonctionnaires, etc. ? Pourquoi les syndicats s'arqueboutent contre les réformes néolibérales ? Ils contribuaient à une idée de leur utilité, et de l’utilité sociale de leur activité et de leur boite et se refusent à lâcher ce point.
Le projet néolibéral et les formes d'organisation et de production de sujets a pour essence de s'attaquer à ce lien social, de le tordre et de vouloir le récupérer. Tout à la fois ils (projet et dispositifs) prétendent confisquer l'initiative et les valeurs engagées par les salariés dans leur travail tout en prétendant répondre aux aspirations qui s'y nichent : autonomie, humanisme (qvt, coaching), responsabilité écologique (RSE), qualité (qualité totale), réalisation de soi, etc.

Ce projet, littéralement pervers (il prétend vous donner ce à quoi vous aspirez après vous l'avoir confisqué et dans les termes qui l'arrange), repose sur le désolement des hommes : arrachement aux lieux, aux solidarités, à la finalité de son acte de travail, aux valeurs qu'on y engage, à ses affects.
Il est destructeur du lien social et des personnes et des identités : d'où l'explosion de ce qu'on a appelé les RPS (par facilité : stress, burn-out, suicide, souffrance au travail, tms, violence, harcèlement, etc.).
D'ailleurs, notre gouvernement, avec ses méthodes de boites du CAC40 et de consultants en restructurations, applique la même recette et produit les mêmes effets sur le corps social déjà bien esquinté.

D'où la nécessité de défendre des visions alternatives des buts de l'entreprise, valorisant son inscription et son utilité sociale et écologiques. Il y a d'ailleurs des projets de loi pour enrichir la raison sociale des entreprises à des dimensions autres que celles du profit. Visions qui supposent de favoriser les coopérations, les solidarités, la constitution du métier, la capacité des professionnels à toujours pouvoir repérer la contribution de leur activité à la production finale, etc.

D'où la nécessité de développer une grammaire de gestion et d'organisation et une doctrine qui promeuvent d'autres pratiques, d'autres construction des valeurs qui font le commun, qui proposent d'autres discours sur le monde et le rapport au monde et à l'autre.

J'y suis attaché. Et sous cet angle, les DRH peuvent avoir un rôle central à jouer dans les entreprises, là où ils ont été relégué à faire de la gestion.
Pas le temps de plus.



O Gordinho

16/11/2019 à 10h21

Oh non, Manx s'il te plaît, épargne-moi la réclame pour Chapoutot jusqu'en ces pages.
Je n'en peux plus de ce type et de ces lubies qui reposent sur deux exemples et qu'il nous sert à toutes les sauces depuis 10 ans, dans ses publications bisannuelles.
Qu'un type aussi brillant soit devenu aussi fade et porté sur l'autopromotion, ça me dépasse.

Il se "Maxgallise" à une vitesse prodigieuse. Je l'imagine bien chroniqueur histoire chez Telerama dans un avenir proche.

 

Classico

16/11/2019 à 11h40

Ok Gilles. Je souscris pour l’essentiel à cette analyse classique de gauche. J’ai lu récemment « l’idéal au travail » de Dujarier, passionnant, qui démontre sur le terrain les différentes notions que tu développes autour de la dépossession du travail réel.

Je propose juste l’hypothèse d’un petit décalage de point de vue : si la dimension sociale dans l’entreprise est à ce point esquintée, ce n’est peut-être pas essentiellement parce qu’un néolibéralisme personnifié lui ferait subir ceci ou cela, alors que, dans un âge d’or légèrement mythifié, le travailleur s’y réalisait pleinement. Je ne nie pas cependant cet aspect des choses : je discute son niveau de causalité.

Dans le fordisme, avant la dynamique néolibérale, la dimension « objet technique » de l’entreprise est poussée à son paroxysme, la dimension « terrain social » réduite au maximum. A l’inverse, dans le rêve getzien contemporain de « l’entreprise libérée », le rapport est inversé, avec une expérience sociale libérée de toute entrave formelle et d’où émergerait (et re-émergerait continûment) l’outil productif plastique.

Je suggère juste à l’analyse de gauche que son schéma a aussi peut être ses limites et ses angles morts. Le fait que la possibilité de se réaliser socialement dans l’entreprise soit compromise est peut-être moins une spécificité néolibérale (même si celle-ci lui imprime évidemment sa marque) qu’une conséquence naturelle de ce qu’est par essence une entreprise : un outil technique qui supporte (dans les deux sens du terme) du travail humain et des comportements sociaux mais dans lequel le travail et les comportements sont prescrits et minimalisés par effet de structure.

Je trouve fascinant que dans deux pensées aussi radicalement incompatibles que celles de Marx et de Keynes se trouve le même constat et le même espoir : que le travail au sens actuel (au sens qui lui est donné par l’outil de production capitaliste) est profondément insatisfaisant, qu’il relève en quelque sorte d’un malentendu temporaire ; et qu’il est appelé à disparaître, chez l’un par le dépassement du capitalisme, chez l’autre par son arrivée à maturité.