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le père fouya

06/07/2018 à 09h45

Sur Latour et ses interventions publiques, notez qu'il a écrit un texte dans Eloge des mauvaises herbes, ce que nous devons à la ZAD, un ouvrage collectif paru il y a une quinzaine de jours. Je peux envoyer le papier à qui veut si vous me le signalez.

Les conférences Gifford données par Latour et publiée sous le titre "Face à Gaïa" contiennent probablement ses réflexions les plus abouties sur la question des non-humains / des êtres non-doués de parole, sur l'anthropocène. C'est probablement dans ces textes là qu'il se détache vraiment le plus de l'approche scientiste (alors qu'il y a une quinzaine d'années, Latour avait une fascination certaines pour les OGM, voire pour le transhumanisme).

C'est passionnant, notamment parce que Latour a une capacité assez incroyable à rendre compte de la manière dont il construit sa propre pensée, dont il évolue voire change de point de vue (le fait que ce soit la transcription, même réécrite de conférence ajoute encore plus à cette dimension). Il y une sorte de syncrétisme dans sa pensée, qui peut donner l'impression d'un grand fourre-tout (renforcé par les néologismes - en partie issues du fait qu'il écrit principalement en anglais, je pense) mais qui est franchement novateur. De ce point de vue, on peut aussi prendre Latour comme un passeur, vers d'autres auteurs plus pointus, à partir desquels il parvient à tirer une sorte de théorie générale.

Bon tout ce que j'écris est très vague, très abstrait, mais c'est un peu ce que me fait la lecture de ses textes : des moments "wouah, mais c'est exactement ça", et après ça mouline pour comprendre comment appliquer cela concrètement (à une campagne de mobilisation, à une stratégie, etc.) et ça débouche sur des lectures gigognes.


Cush

07/07/2018 à 20h01

liquido
06/07/2018 à 07h21
Je me rappelle avec émotion d'un long passage, dans je ne sais plus quel bouquin, sur... les (gros) porte-clés d'hôtel, qui rappellent à leur détenteur de les ramener à la réception, juste parce qu'ils sont gros.
----

Ou la porte qui avec l'aide d'un chat transforme un rédac chef en groom:
https://tinyurl.com/y8pytytm




le père fouya
06/07/2018 à 09h45

De ce point de vue, on peut aussi prendre Latour comme un passeur, vers d'autres auteurs plus pointus, à partir desquels il parvient à tirer une sorte de théorie générale.
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Dans Face à Gaïa j'avais retenu ses analyses à partir de Sloterdijk (enfin ce que j'en ai compris, n'étant pas philosophe de formation) qui sont passionnantes. J'ai exactement le même sentiment que toi à la lecture de Latour, quelque chose d'hyper stimulant, et c'est déjà très bien, mais pas forcément facile à s'approprier ou à mettre en oeuvre. Pour ça il vaut mieux lire Naomi Klein.

Cush

10/07/2018 à 13h37

Illustration de l'acteur-réseau, la suite...

Un extrait d'un très beau post sur lequel je suis tombé ce matin:

"Dans les années 60, alors que la France n’a plus faim à proprement parler, s’est opérée l’une des plus grandes erreurs de l’agriculture française : le remembrement.
En quête d’un nouveau modèle qui répondrait aux exigences de croissance imposées par le capitalisme, le Ministre de l’époque, Edgar Pisani, lance une vague d’industrialisation, de standardisation, avant d’avouer plus tard qu’il était en réalité « fasciné par les exigences techniques des tracteurs ».
Les industriels de la guerre, pour continuer à prospérer ou ne pas mettre la clé sous la porte, font évoluer leurs activités : les fabricants de chars développent des tracteurs toujours plus gros, les marchands d’explosifs se mettent à vendre des pesticides, les rois du barbelé sautent sur la niche naissante des clôtures. "

Ou comment des techniques et des infrastructures ont été les acteurs principaux de la politique agricole française de l'après-guerre.

La suite du post est ici: https://tinyurl.com/yaj7qlwx
avec en prime un éloge de l'arbre et de chouettes projets à soutenir.

PiMP my Vahid

20/08/2018 à 01h24

[ça aurait autant sa place sur le fil à Raymond (la Science) mais celui-ci est déjà occupé par quelques parpaings de béton précontraints]

Un brillant contributeur (me souviens plus lequel) avait posté il y a quelques mois un post de Frédéric Lordon (lui une fois de plus) caguant sur l’émergence de la behavioral economics et son alliance avec les neurosciences: http://bit.ly/2MlHFhU. Etant moi-même neuroscientifique j’ai puisé dans mon courage pour aller au bout de la prose lordonnienne, et je vous livre maintenant mes impressions.

Tout d’abord je vais tâcher de résumer son propos. C’est fort intéressant, malgré un style ampoulé qui n’éclaire pas (caisse claire caisse claire cymbale). D’abord la behavioral economics signe un constat d’échec de l’économie néoclassique : ses axiomes fondateurs, notamment la rationalité des acteurs économiques, n’ont cessé d’être remis en cause par les innombrables preuves de l’irrationalité humaine par la psychologie expérimentale. On a donc un mouvement de naturalisation des sciences économiques qui vont cesser d’être une science ex nihilo mais s’ancrer dans le corpus des sciences du comportement (de la même manière que la chimie s’est naturalisée lorsque l’on a compris comment la physique atomique sous-tendant les réactions chimiques). Ce mouvement devrait réjouir les économistes hétérodoxes et la gauche en général : en invalidant ce précepte de rationalité économique, on peut jeter à la poubelle toutes les mathématiques économiques qui sous-tendent le libéralisme comme théorie du bien commun maximal (a.k.a. frire le Potato). On se prend à rêver de politiques macroéconomiques qui prennent en compte les biais cognitifs des individus et des institutions, au-delà de la simple maximisation de l’utilité individuelle. On trouvera dans ce lien-ci (http://bit.ly/2MCmN5j) la tribune d’une neuroscientifique reconnue qui défend même que les politiques doivent se détourner des théories économiques pour se fonder sur les recherches en behavioral economics, qui elles sont validées expérimentalement.

Pour autant, selon Lordon, dans ce qui est à mes yeux plus une prophétie de mauvaise augure qu’un constat, ce chamboulement scientifique ne rebattra pas les cartes politiques, puisque d’emblée selon sa matrice binaire ces nouvelles sciences sont assujetties aux structures de pouvoir (les méchants, pour ceux qui s’assoupissent au fond de la classe). Et effectivement Lordon cite quelques exemples où les sciences comportementales sont dévoyées (ou prétendent l’être) par des entreprises de conseil dans le but d’optimiser la docilité du salarié et l’ouverture de portefeuille du client. La faute en revient, toujours selon Lordon, au pêché originel de l’économie classique : poussé par le complexe de légitimité des sciences molles par rapport au sciences dures, avoir cherché à bander plus fort à renfort de formalisation mathématique du domaine. Les théorèmes confèrent un vernis d’autorité qui masque aux yeux non-avertis les a priori idéologiques nécessaires à la formalisation mathématique. Dans les maths point de salut : la behavioral economics, tout comme l’économie néoclassique, est vouée à rester le laquais des puissants, sur décret lordonnien. En sus, la behavioral economics convoquent maintenant les neurosciences pour se chercher une légitimité jusque dans la physiologie, aboutissant à ce qui n’est guère plus que de la phrénologie 2.0, nécessairement au service du capital.

Voilà pour le propos, place à ma critique. Depuis ma petite fenêtre de spécialiste en neurosciences cognitive et computationnelles (c’est-à-dire que justement je m’applique à chercher des formalismes mathématiques pour décrire des opérations cognitives et leur implémentation biologique). Je partage une partie des observations et craintes de Lordon. Dans ce nouveau domaine qui se fait appeler neuroéconomie, le préfixe neuro n’est pas beaucoup plus qu’un attrape-nigaud, parce que ça fait assurément plus moderne que d’appeler ça « psychologie expérimentale » et renvoyer de suite l’image d’une salle de test décrépie d’un laboratoire de Villetaneuse. On essaie de faire gober qu’on peut à l’heure actuelle comprendre et manipuler bien mieux les processus de décisions en fouillant les mécanismes neuronaux, mais c’est largement faux, en tout cas pour les décisions économiques : ouvrir la boîte noire ne nous a guère aidé pour le moment à comprendre comment elle fonctionne, vu le bordel que c’est à l’intérieur (on en reparlera sûrement dans 20 ans).

Mais je crois aussi qu’il se plante littéralement sur un point crucial. Là où les sciences économiques classiques reposent sur des théories mathématiques, jamais validées (cf le lien plus haut), la behavioral economics est fondamentalement une discipline expérimentale. Comme toute discipline expérimentale, elle va donc constamment chercher à remettre en cause ses fondements théoriques de manière empirique, pourvu que les chercheurs ne s’aveuglent pas trop. C’est je crois un contresens épistémologique que de penser qu’une science expérimentale se croit exempte d’a priori (“Comme on sait, il n’y a pas pire régime de l’apriorisme que la dénégation de l’apriorisme, porte ouverte à tous les apriori mais implicites, inconscients et soustraits à tout contrôle intellectuel.”). Cette erreur est dangereuse, pour des raisons que j’expliquerai tantôt, mais je vais avant cela conjecturer sur les raisons de son erreur.

Il se plante d’abord parce qu’il parle de ce qu’il ne connaît pas. Son recours constant à la tomographie par émission de positrons comme arme ultime du neuroscientifique moderne, s’agissant d’une technique qui a connu son heure de gloire avant l’arrêt Bosman, prouve que le gaillard n’a pas fouillé plus loin que les trois mots-clés qui lui venaient à l’esprit pour comprendre l’état actuel du domaine scientifique. Dommage pour lui car s’il apprenait ce que sont l’optogénétique et l’imagerie par calcium il flipperait sa daronne (ici, Dr No meets Krang, en anglais encore : http://bit.ly/2Mrwqop). Bref, il bitte aussi peu les neurosciences que moi la sociologie et l’économie.
Ensuite, je crois qu’il se fourvoie à cause d’une réticence assez commune à laisser l’outil mathématique (ça n’est pas plus qu’un outil) entrer le champ des sciences humaines. En convoquant l’esprit de Saint Biétry, je dirais que cette crainte vient de la vieille alliance entre la gauche et la psychanalyse (j’ignore si c’est là une spécificité française), où les deux clament en quelque sorte l’irréductibilité de l’esprit. Coller de froides équations sur le souffle chaud du psychè serait une sorte de sacrilège. Pourtant la démarche générale ne consiste pas à réduire l’esprit à un jeu d’équations différentielles, mais plutôt à établir et tester des modèles statistiques du comportement. Qui dit statistique dit qu’on quantifie tout autant la part prédictible du comportement (celle qui dépend des conditions expérimentales) que la part non prédictible, la variabilité du comportement au cours du temps et entre les sujets. On ne prétend donc pas établir de modèle déterministe du cerveau, qui nous réduirait à de simples automates (que nous sommes, mais c’est un autre débat).

Pour terminer, je pense que ce serait une grave erreur de la part des économistes hétérodoxes, enfin de gauche en général, de jeter une fatwa d’emblée sur la behavioral economics au lieu de dialoguer avec. C’est une méthodologie, un outil au service de qui veut bien l’utiliser. Lordon pointe les dangers du contrôle des individus par les firmes (le retour de la grande peur des images subliminales). Mais comprendre les biais cognitifs peut tout aussi bien servir à guider les décisions collectives vers le bien commun : pouvoir à travers le framing d’une campagne d’information améliorer nos habitudes environnementales, réduire les risques sur la route ou pour les toxicos, prédire l’impact réel d’une nouvelle politique de l’emploi sur le marché du travail, etc. Le bouquin Nudge (que honte à moi je n’ai toujours pas lu) donne toute une série d’exemples de comment, loin des beaux discours, des grandes théories, on peut réaliser des politiques publiques efficientes. Au service du bien commun, de la communauté, de l’eau fraîche, et toute autre valeur en vigueur en ces lieux.

Je serai gré à tout lecteur de bien vouloir relever mes propres conneries, mes salutations bonsoir.

[Tricky, je te dois une réponse sur AlphaGo et les progrès de l’IA, ça viendra quand je trouverai le temps, sous six mois …]

Classico

20/08/2018 à 02h11

Le cœur du propos, je crois, c’est la scission épistémologique entre les sciences exactes et les autres, dont tu parles dans ton message, mais sans donner l’impression d’en mesurer un aspect fondamental, celui en l’occurrence qui préoccupe Lordon :
si elles sont capables de critiquer et de rénover leurs propres fondements, comme l’a fait la physique plusieurs fois dans son histoire, les sciences exactes se démarquent radicalement des autres types de savoir par leur rapport naïvement objectif à la réalité : l’exactitude mathématique exclut toute subjectivité. Une science dure n’est pas dogmatique, mais elle prétend coller sans décalage au réel, sans possibilité de variations subjectives. Cette naïveté lui est constitutive, essentielle, et salutaire (moteur psychologique de la recherche scientifique, la croyance en une seule vérité vraie dicible).

Or pour un Lordon, l’économie c’est un artisanat de l’esprit habillant des choix idéologiques, moraux, politique, bref du subjectif, de l’action, de la liberté ; toute naïveté dans son rapport au réel lui est interdite.
Or, l’économie neo-classique se rêvant en science exacte en s’incorporant des mathématiques ou des neurosciences, c’est alors une trahison fondamentale, pour l’auteur, de la nature des choses.

Il en va identiquement du discours journalistique, et Lordon de partir en guerre, pour les mêmes raisons, contre la mode du fact checking.

forezjohn

20/08/2018 à 10h19

Je me répète le problème de Lordon est toujours le même.
Il est persuadé que la seule façon de parvenir à une société plus juste est une révolution communiste et tous ses papiers servent à justifier ce point de vue et par extension disqualifier tout ce qui pourrait provoquer un changement par d'autres moyens.

PiMP my Vahid

20/08/2018 à 10h32

[me fous de Lordon mais j'ai peur qu'il ne soit pas le seul parmi les sociologues et économistes de gauche à se fourvoyer]

Si c'est le cas Classico, alors ça traduit une méconnaissance abyssale de ce qu'est le quotidien des sciences expérimentales. Personnellement je change de modèle comme de chemise (de modèle mathématique s'entend; pour les modèles humains, c'est chaque fois que je vais au Silencio). La phrase que j'entends le plus en conférence c'est "il n'y a pas de modèle juste mais certains sont utiles" (http://bit.ly/2Mmme0e). Dans toute publication scientifique d'un nouveau modèle tu trouveras nécessairement deux choses dans la section "Discussion". Premièrement une liste des limitations du modèle, c'est-à-dire justement les décalages les plus grossiers entre le modèle et la réalité. D'autre part une liste de prédictions expérimentales du modèle. Prédictions qui si elles s'infirment (cela arrive 100% du temps) mènera à amender ou simplement changer de modèle. C'est pourquoi je crois les sciences expérimentales fondamentalement plus à même de se renouveler (qu'au hasard le discours politique le Lordon).
Les équations ne sont qu'un formalisme. La philosophie aussi formalise avec les mots (90% de l'effort est consacré à la définition des termes selon l'auteur), ça ne la rend ni plus ni moins malléable au réel.

Classico

20/08/2018 à 11h04

Oui, je ne doute pas un seul instant de cette malléabilité au réel des sciences expérimentales, ou plus exactement de la malléabilité au réel dans la pratique concrète des sciences expérimentales.

Mais c'est une question d'intentionnalité, en amont de la pratique concrète. Quand tu fais de l'épistémologie philosophique en reprenant l'histoire des sciences, tu découvres que l'injection des mathématiques au coeur de la démarche scientifique (Galilée pour les premières expérimentations, puis Newton pour la première théorie complète) gagne l'exactitude à la science en excluant simultanément toute trace de subjectivité ou de signification non quantifiable ; ce n'est pas la banale adjonction d'un outil intellectuel supplémentaire à la recherche de la vérité, c'est la redéfinition ou le recalibrage du réel comme ce qui est adapté au formalisme pur des mathématiques, et donc une réduction du réel à ce formalisme (l'étendue chez Descartes, la distinction phénomène / chose en soi chez Kant). Qu'une pratique mature de la science expérimentale soit capable de jouer avec les modèles mathématiques, de revenir en permanence sur ses fondements pour les affiner, etc., bien sûr ; mais l'intention et la finalité inscrites à l'os de la démarche reste la production d'un modèle ajusté exactement à un réel parfaitement adapté à ce formalisme.

Il en va évidemment tout autrement des sciences humaines, qui intègrent dans leur essence même une définition multiple de la vérité, un éclatement du sens et perçoivent plutôt le réel comme une labyrinthe de miroirs.

Pour Lordon, l'économie bien comprise est complètement, intégralement une science humaine, parce que le substrat des échanges entre acteurs humains n'est pas un matériau calibré pour le formalisme mathématique, mais de la chair humaine, avec ses pulsions, son imagination, sa créativité, mais aussi son arbitraire, ses malentendus et sa contingence, bref tout ce qu'on met confusément sous la notion de liberté. Ca n'a rien à voir avec son marxisme (ça y est même peut-être opposé !). Il perçoit dans le fantasme qu'a l'économie de devenir une science expérimentale un péril mortel pour l'esprit, parce que cela supposerait qu'on aurait subrepticement redéfini le "terrain humain" comme une matière inerte (sans "liberté") offerte à la formalisation intégrale.

Je ne sais pas si c'est plus clair ? C'est difficile en peu de mots. Lordon a une formation de philosophe et raisonne en philosophe sur le sciences, pas en praticien. Ca a ses inconvénients, surtout pour un lecteur scientifique, mais le message est à entendre quand même.

Milan de solitude

20/08/2018 à 11h23

Merci pour ces échanges.
Je crois que ce que dit PiMP est que ces pulsions, cette imagination, cette créativité, cet arbitraire, etc. vont maintenant être appréhendées par le nouvel aspect expérimental ou empirique de l'économie, instruite par les neurosciences.
Il y a peut-être chez Lordon le réflexe intellectuel (insuffisamment interrogé ?) de celui qui constate que la science a presque toujours servi le pouvoir, ou, plus précisément, que le pouvoir a presque toujours réussi à s'arroger la science. Mais comme dit PiMP, l'émergence d'un aspect nouveau dans l'économie pourrait être vu comme l'occasion pour la contestation de reprendre la main dans le débat idéologique.

Edji

20/08/2018 à 11h46

Classico
aujourd'hui à 02h11
Or pour un Lordon, l’économie c’est un artisanat de l’esprit habillant des choix idéologiques, moraux, politique, bref du subjectif, de l’action, de la liberté ; toute naïveté dans son rapport au réel lui est interdite.
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Si on applique cette dernière exigence aux préceptes du sus nommé en matière économique, y a comme un petit souci.

 

Classico

20/08/2018 à 12h05

Milan de solitude
aujourd'hui à 11h23
Merci pour ces échanges.
Je crois que ce que dit PiMP est que ces pulsions, cette imagination, cette créativité, cet arbitraire, etc. vont maintenant être appréhendées par le nouvel aspect expérimental ou empirique de l'économie, instruite par les neurosciences.
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Mais le point essentiel pour lui est que tout cet aspect humain (pulsions, imagination, contingence, etc.) ne doit pas être appréhendé par une démarche scientifique (au sens des science dures). La science exacte, fondée mathématiquement, n’est pas un acte d’observation neutre : elle transforme ce qu’elle touche en pur matériau pour la formalisation, et cette transformation n’est pas une simple commodité heuristique mais laisse des traces profondes. La physique a par exemple exclut toute possibilité de croire la matière du monde animée par de l’esprit ou du divin. La science « dure » ne se contente pas de comprendre le monde mais le transforme préalablement pour pouvoir le comprendre a ses conditions ; « nous ne connaissons [scientifiqement] des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes » (Kant), c’est à dire le formalisme mathématique qui est un pur produit de la raison.

Lordon a tout ça en tête lorsqu’il se demande ce qu’il adviendra de la possibilité même d’un désir révolutionnaire quand l’économie sera devenue une science dure (ou en aura l’apparence et la crédibilité).