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John Six-Voeux-Berk

18/05/2019 à 12h47

Edji
aujourd'hui à 11h52

Par exemple en rémunérant beaucoup plus significativement les enseignants véritablement impliqués dans leur job, et en ne se liant pas les mains pour la vie avec des statutaires qui sont nuls et/ou non impliqués.

---------------

Bien sûr la rémunération est un enjeu. Mais la question du statut aussi. Je m'explique : certaines disciplines exigent une formation et un investissement personnel qui ne peuvent pas être reconvertis dans d'autres types de profession. Qui voudra prendre le risque de passer des années à apprendre un métier duquel il risque d'être expulsé si jamais il ne donne pas satisfaction selon des critères qu'il ignore pour l'instant.

Exemple en lettres (modernes ou classiques) : qui passera des années à lire de la littérature (qu'il apprécie ou non), de la critique, à parfaire sa maîtrise de la grammaire, et également des dispositifs pédagogiques, s'il pense possible de ne pas faire l'affaire au bout d'un, deux ou même cinq ans de travail. Que faire avec ce bagage par la suite ?

La question du recrutement de "bons" professeurs certes ne repose pas que sur les aspects académiques. Mais il repose encore moins sur le seul "investissement" personnel !

Cette vision des choses implique que l'on prenne les professeurs pour des animateurs. Je ne méprise pas la profession d'animateurs, je constate simplement que "professeur" et "animateur" ne sont pas encore considérés comme la même profession.

Pour avoir fait partie de jurys de titularisation de contractuels déjà en poste dans l'EN, je peux vous assurer que le recrutement des contractuels dans certaines disciplines est inquiétant et que personne ici n'accepterait facilement de savoir ses enfants entre les mains de tels ou tels professeurs contractuels. Certains sont de valeur, c'est évident. Mais la masse correspond précisément au modèle des contractuels nomades qui se sont dit qu'ils pourraient enseigner l'anglais parce qu'ils regardent des séries sous-titrées, ou le français parce qu'il leur semble qu'ils le parlent. Et je ne leur donne pas tort : la pénurie est telle, que les académies sont obligées de les recruter.

Donc je suis férocement contre ton avis Edji : pour moi la contractualisation générale est très loin d'être la solution. J'ai bien compris que tu assortis cette idée de rémunérations supérieures. Mais elles seront toujours insuffisantes selon moi pour attirer les "meilleurs".

Enfin, pointer "les statutaires nuls et/ou non impliqués" est vraiment un moyen de prendre les problèmes de l'EN par le petit bout de la lorgnette. Je me permettrais de conseiller à tout le monde de lire le bouquin de Maya Beauvallet intitulé Les Stratégies absurdes. Ce livre recense quelques fausses bonnes idées de management qui semblent de bon sens à tout le monde et qui mènent régulièrement à des catastrophes alors que bien des chercheurs en sciences sociales les ont identifiées depuis longtemps!

Edji

18/05/2019 à 13h02

John Six-Voeux-Berk
aujourd'hui à 12h47

"Certaines disciplines exigent une formation et un investissement personnel qui ne peuvent pas être reconvertis dans d'autres types de profession. Qui voudra prendre le risque de passer des années à apprendre un métier duquel il risque d'être expulsé si jamais il ne donne pas satisfaction selon des critères qu'il ignore pour l'instant."
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Je ne suis absolument pas d'accord avec ton postulat de départ, aussi bien sur l'impossible reconversion d'un prof en dehors de son métier d'origine (sans déconner ??), et sur le risque d'expulsion qui ferait frémir le moindre candidat à l'enseignement (je ne crois pas être le seul à prendre un tel risque, qui me paraît bien inférieur au constat - qui n'est plus un simple risque pour le coup - d'un maintien de certains incompétents notoires jusqu'à leur retraite devant les élèves ou étudiants).

Par ailleurs, je m'interroge quelque peu sur la conclusion que tu tires de la médiocrité des contractuels titularisés, doit-on comprendre qu'ils deviendraient d'un coup meilleurs s'ils étaient statutaires ab initio ?

Enfin, il ne s'agit pas nécessairement dans mon esprit d'attirer les meilleurs (le public ne pourra jamais lutter contre le privé à cet égard, mais a d'autres éléments à faire valoir), mais plutôt de ne pas faire fuir les derniers éléments valables.

Car on en est là, malheureusement.

John Six-Voeux-Berk

18/05/2019 à 13h56

Edji
aujourd'hui à 13h02
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Je ne suis absolument pas d'accord avec ton postulat de départ, aussi bien sur l'impossible reconversion d'un prof en dehors de son métier d'origine (sans déconner ??), et sur le risque d'expulsion qui ferait frémir le moindre candidat à l'enseignement
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Par ailleurs, je m'interroge quelque peu sur la conclusion que tu tires de la médiocrité des contractuels titularisés, doit-on comprendre qu'ils deviendraient d'un coup meilleurs s'ils étaient statutaires ab initio ?
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Enfin, il ne s'agit pas nécessairement dans mon esprit d'attirer les meilleurs (le public ne pourra jamais lutter contre le privé à cet égard
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1/ Se reconvertir : on peut toujours bien sûr, parce qu'un professeur "a appris à apprendre" le plus souvent. Mais tu vois bien par exemple qu'un chirurgien par exemple peut aussi se reconvertir en agent immobilier, il n'empêche que si au terme de ses 8 ou 10 ans d'étude, il avait la perspective de devoir faire un boulot qui n'a rien à voir avec sa formation, il hésiterait franchement avant de s'engager.

2/Oui, j'ai sauté trop d'étapes pour que mon raisonnement ait du sens. Voici ce que j'aurais dû dire : le recrutement sur concours exige une formation initiale un peu sérieuse (capes/agrég. si l'on veut). Alors que la contractualisation par définition ne peut pas reposer sur une telle sélection sur concours (toujours pour les raisons du 1/ : si avant de pouvoir être embauché pour un an, je suis obligé de me former un an, alors le rapport investissement de formation/gain attendu diminue drastiquement)

3/ Je crois que c'est la notion même de meilleurs qui est très problématique. C'est pour cela que je l'ai mise entre guillemets. Le drame est effectivement qu'aujourd'hui la profession d'enseignant apparaît comme une profession de perdant. Et j'insiste la destruction des statuts pourra amener quelques mercenaires talentueux mais selon moi risque de faire disparaître d'autres points beaucoup plus importants.

Par ailleurs, je me souviens avoir plutôt adhéré par naïveté à ce discours de la rémunération au mérite, etc. Mais j'ai assez vite déchanté en en voyant le effets.

Je donne un exemple : Sarkozy avait voulu mettre en application son "travailler plus pour gagner plus" pour les professeurs. L'une des décisions prises à l'époque était de rémunérer les heures d'accompagnement de sortie scolaire qui n'étaient pas rémunérées jusqu'alors. Précisément pour motiver les professeurs (idée simple : je rémunère donc il y aura plus de monde). Bizarrement cette décision a entraîné une désaffection massive des professeurs pour accompagner ces sorties dans le collège où je travaillais : ce qui allait de soi jusqu'alors est apparu pour beaucoup comme un travail rémunéré dont on pouvait donc se dispenser.

Autre exemple de tentative de mise en place d'une rémunération au mérite ou au travail : la multiplication des heures supplémentaires défiscalisées dans l'EN. Résultat certains professeurs multipliant les heures pour payer les études des enfants (etc.) et ne renouvelant plus leurs cours et bâclant les corrections.

Ce que je veux dire : en effet on ne devient pas professeur pour devenir riche. Mais il faut un minimum de reconnaissance salariale pour pouvoir faire son métier dans de bonnes conditions sans avoir à rogner sur son temps de formation personnelle. Ce qui signifie que selon moi, il faut accepter la présence de passagers clandestins dans le système parce que les chasser coûterait beaucoup plus cher que de les tolérer.

Les assureurs avaient déjà découvert cela dans les années 50 me semble-t-il : en essayant de chasser les fraudeurs (en multipliant les contrôles, etc.), ils se retrouvaient à chasser les assurés respectueux des règles, et finalement perdaient plus qu'à ne rien faire. (j'ai dû lire cela dans le livre de Maya Beauvallet cité plus haut).

Classico

18/05/2019 à 13h59

John Six-Voeux-Berk
aujourd'hui à 12h47
Edji
aujourd'hui à 11h52

Par exemple en rémunérant beaucoup plus significativement les enseignants véritablement impliqués dans leur job, et en ne se liant pas les mains pour la vie avec des statutaires qui sont nuls et/ou non impliqués.

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Bien sûr la rémunération est un enjeu. Mais la question du statut aussi. Je m'explique : certaines disciplines exigent une formation et un investissement personnel qui ne peuvent pas être reconvertis dans d'autres types de profession. Qui voudra prendre le risque de passer des années à apprendre un métier duquel il risque d'être expulsé si jamais il ne donne pas satisfaction selon des critères qu'il ignore pour l'instant.

Exemple en lettres (modernes ou classiques) : qui passera des années à lire de la littérature (qu'il apprécie ou non), de la critique, à parfaire sa maîtrise de la grammaire, et également des dispositifs pédagogiques, s'il pense possible de ne pas faire l'affaire au bout d'un, deux ou même cinq ans de travail. Que faire avec ce bagage par la suite ?

La question du recrutement de "bons" professeurs certes ne repose pas que sur les aspects académiques. Mais il repose encore moins sur le seul "investissement" personnel !

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Ah non, je t'assure qu'on vit une époque formidable où les reconversions sont très faciles (bon, moyennant un gros investissement en énergie et en motivation évidemment) et où la solide culture classique d'un bon prof est très appréciée hors de l'enseignement, tant elle se raréfie. Il faut juste être un peu malin pour savoir valoriser tout ça et ne pas lésiner sur l'effort.

Classico

18/05/2019 à 14h07

Bon après il faut bien avouer que s'agissant des études de lettres et d'histoire, le recyclage de la formation théorique en entreprise est très, très difficile. Ce n'est pas le cas, me semble-t-il, des autres disciplines : langues, éco bien sûr, psycho, philo (étonnamment très valorisée ...).

Mix Diskerud

18/05/2019 à 14h15

Les contractuels sont aussi pour la plupart des anciens étudiants d'ESPE qui n'ont rien appris dans ces ESPE sur le métier vu qu'ils ont passés 2 ou 3 ans à bosser (ou pas) sur un concours absurde et biaisé. Il est temps aussi de revenir sur cette 'formation' qui n'est qu'une prépa concours en fin de compte et où beaucoup d'étudiants subissent les inégalités entre facultés.

Tiens, un exemple avec le CAPES d'histoire-géo de cette année où le sujet de dissertation à l'écrit portait sur les démocraties et la massification culturelle aux Etats-Unis et en Europe occidentale de 1945 à 1991. Tout ça dans une question générale portant sur les médias et la culture durant la seconde moitié du XXème siècle dans le monde occidental. Un historien dont on peut penser qu'il a proposé cette question (qui va rester 3 ans au programme) vu qu'il en est un des éminents spécialistes et qui a dirigé un manuel pour le concours sur ce sujet, a tweeté le soir même de l'épreuve quelque chose comme : 'je peux dormir sur mes 2 oreilles, j'avais dit à mes étudiants de bien travailler sur la massification culturelle'. Il enseigne à Versailles (50% des admis à ce concours viennent d'IDF). C'en est décourageant. Bon enfin tout ça est derrière moi mais j'ai des amis encore dedans, qui sont en train d'aller voir ailleurs.

La formation va changer apparemment et va devenir une vraie formation de 2 ans qui ne sera pas phagocyté par un concours purement disciplinaire où il suffit de recracher bêtement des paragraphes de manuels, que cela concerne le savoir scientifique ou la didactique. Tant mieux, c'est un métier qui s'apprend, qui nécessite la maîtrise de pratiques et d'outils spécifiques. Comment peut-on parler d'école inclusive, de différenciation, de bienveillance, puis pousser des gens dans une salle de classe en leur disant 'vous apprendrez tout ça sur le terrain de toute façon, hein' sans aucune aide, avec des enseignants de facs largués qui n'ont pas mis les pieds dans une classe depuis 20 ans? Et je ne caricature pas, 2 ou 3 fois la responsable de ma formation (quand elle était là...) s'est mise à pleurer devant nous, à se plaindre de l'administration et de son boulot, et celui qui s'occupait de la didactique avait fait un burn-out quand il enseignait en collège...

Je n'ai connu qu'un petit échantillon, je n'en tire pas une généralité mais j'imagine qu'on peut être nombreux à avoir de tels exemples. Aussi bien au niveau de l'encadrement de la formation que des étudiants croisés dont certains qui enseignent aujourd'hui, j'ai des histoires incroyables et consternantes à raconter qui donnent envie de s'enfuir en courant très loin de l'EN. Mais ça ce n'est que le début, arrive le jour où l'on met le pied dans une salle de classe, et surtout dans une salle des profs...

Tricky

18/05/2019 à 14h40

Classico
aujourd'hui à 13h59
Ah non, je t'assure qu'on vit une époque formidable où les reconversions sont très faciles (bon, moyennant un gros investissement en énergie et en motivation évidemment) et où la solide culture classique d'un bon prof est très appréciée hors de l'enseignement, tant elle se raréfie. Il faut juste être un peu malin pour savoir valoriser tout ça et ne pas lésiner sur l'effort.
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Loin de moi l’idée de mettre ce que tu affirmes en doute, mais on a des mesures (ou même des exemples un peu généralisables) de cette facilité ?

Utaka Souley

18/05/2019 à 14h40

Classico
aujourd'hui à 14h07

Bon après il faut bien avouer que s'agissant des études de lettres et d'histoire, le recyclage de la formation théorique en entreprise est très, très difficile. Ce n'est pas le cas, me semble-t-il, des autres disciplines : langues, éco bien sûr, psycho, philo (étonnamment très valorisée ...).
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Ce que tu décris est un mal très français. Pour avoir travaillé 10 ans dans une multinationale à recrutement très international, y'avait une proportion de littéraires (souvent étrangers, certes) assez étonnante. Et qui souvent apportaient des idées assez originales par rapport à leurs collègues ingénieurs.

Classico

18/05/2019 à 16h50

Tricky
aujourd'hui à 14h40
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Ah non je n’ai que mon exemple perso sous la main (prof => cadre), mais j’ai trouvé ça étonnamment facile et rapide à réaliser (3 ans en gros pour se réformer et faire un peu d’expérience low coast dans la nouvelle profession avant de commencer à postuler « pour de vrai ») en approchant quand même la quarantaine. En y mettant beaucoup beaucoup d’énergie et d’abnegation évidemment, mais c’est normal quoi.

@utaka : oui complètement mais c’est tellement profond chez nous que j’ai renoncé à voir les choses changer ... du moins de mon côté je fais des recrutements excellents de cette manière, tant pis pour les autres.

Mevatlav Ekraspeck

18/05/2019 à 18h09

Je reviens plus tard sur l’enseignement (formation, carrière, reconversion) parce que pas le temps, mais je rebondis sur Parcoursup:

Le retour que j’ai des facs et autres écoles sur le cru d’étudiant qui leur est arrivé via cette plateforme est assez étonnant. C’est d’ailleurs plus vers l’université qu’il faudrait se tourner pour avoir une évaluation globale du système.

Pour la deuxième année consécutive sur mon secteur : ni miracle ni surprise. Les élèves les plus solides ont leur vœu, les plus bancals, eux, sont en crise.

L’algorithme fonctionne vraiment au « mérite », parcoursup est bel et bien un outil de sélection. Il y a les défenseurs et les détracteurs du dispositif, moi, j’attends les retours globaux des facs (et pas que les parisiennes) pour me faire une idée.

J’ajoute que concernant les BTS et les CPGE, on a des erreurs de casting moins nombreuses mais plus visibles, avec des jets d’éponge dès novembre.

 

Tonton Danijel

19/05/2019 à 23h17

Les spots de campagne sont l'occasion de découvrir des candidats d'un charisme insoupçonné, avec une mention particulière à Philippe Lassalle (rien à voir avec Jeannot), le représentant des royalistes. Quant aux marcheurs, conscients du point faible, ils font parler Loiseau une poignée de secondes.

Le clip FI est pas mal foutu (l'idée de départ de l'électrice hésitante qui se déplace avec l'isoloir sur différents lieux est plutôt bien pensée), s'il n'y avait l'omniprésence de JLM qui laisse juste Manon Aubry placer deux-trois phrases.

Quant à Asselineau, il fait dans le système D en puisant massivement, comme l'a remarqué l'équipe de Quotidien, dans des banques de données de vidéo en ligne. C'est juste ballot qu'on voit un plan de Notre-Dame avant l'incendie, et un modèle de TGV qui ne circule.

Enfin, une raison pour laquelle les Gilets Jaunes auraient mieux fait de se structurer: éviter de se faire piller par Florian Philippot, qui exploite sans hésiter la 'marque' même si aucun GJ ne le soutient officiellement...