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Gilles Juan

 

Footballeur du dimanche et philosophe de comptoir. @Gilles_Juan


Du même auteur

Les affres de "l’humiliation"

L'emploi massif et très abusif du verbe humilier, à propos de gestes de football, est le propre d'une époque curieuse: elle aime enfoncer ceux qui ont pourtant déjà perdu. 


José-Mickaël

03/06/2014 à 08h26

Je ne pense pas que le mot "humilié" est le symptôme de quelque chose. C'est un exemple de l'utilisation des superlatifs, qui a toujours existé (Reims a écrasé Nîmes, puis Saint-Etienne a explosé Nantes, puis Marseille a corrigé Monaco, puis Lyon a piétiné Lille...) Et même, je trouve que ça participe à enrichir le vocabulaire, à le rendre plus imagé disons. En effet, ce genre de terme doit à mon avis être compris au sens figuré. Il ne s'agit pas vraiment d'humiliation, c'est juste une façon amusante de dire qu'on les a ratatinés.

johnny gategueune

03/06/2014 à 09h50

@José-Mickaël "Amusante"? Je pense que les mots ont un sens,sens qu'ils conservent même dans leur forme superlative. Systématiser celui d'une défaite (dans un match ou un duel) au travers de ce vocable-là me semble tout à fait déplorable.

Pascal Amateur

03/06/2014 à 10h13

Cet article explique que le joueur a été humilié... mais évoque bien moins qui a prononcé le jugement, ni celui qui l'a reçu. Toute parole est énoncée. Et en ce cas, il faudrait surtout se demander ce qui a motivé la personne prononçant ce verdict d'humiliation. Donc interroger la place contemporaine du commentateur - et si ce jugement fait écho, interroger celle du spectateur ou téléspectateur. Je dénonce aussi la position morale de l'article. Dire qu'il s'agit d'une diatribe, d'un qualificatif violent, c'est poser qu'il n'a rien à faire dans un contexte de match, lequel devrait donc ressembler au "spectacle familial" tant désiré par Nicolas Sarkozy et Frédéric Thiriez. De même, je ne vois pas en quoi c'est amusant. Chacun sera choqué, scandalisé ou amusé. De même un sketch de Pierre Desproges, Jean-Marie Bigard ou Gaspard Proust choquera, scandalisera ou amusera. Il me paraît difficile de faire une lecture golbale, "de haut", universelle (donc morale), étant donné que chacun ressent à sa façon les mots qui sont prononcés et reçus. De cette même façon, d'aucuns diront que le football est une façon de régler les oppositions sans en passer par la guerre, d'autres expliqueront que la guerre ne fait que se déplacer sur un terrain. Trancher est difficile. L'usage de la violence, physique comme verbale, est évidente. Mais faire l'équivalence violence = inacceptable est absolument contestable. Car elle se fonde sur une sorte de loi naturelle, de refus instinctuel. C'est en ce sens que la loi est utile, fondamentale. Une injure, un comportement doivent être condamnés parce que condamnés par la loi, fût-elle sportive. Dire qu'être "humilié" relève d'un délit, c'est déplacer le curseur de la violence dans des proportions difficilement acceptables. À moins donc d'en faire une affaire de morale, propre à chacun.

johnny gategueune

03/06/2014 à 11h27

@Pascal Amateur Ton argumentation est intéressante, mais à mon avis elle fait abstraction de la généralisation du terme et de sa banalisation, en dépit de sa portée (de son sens originel, que cette banalisation peine à édulcorer). Je ne prône pas une vision angélique ou "familiale" du sport, mais je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de faits qui appellent le registre de l'humiliation sur un terrain de football - sauf à souscrire à une vision inquiétante de la défaite (qui s'étend à un duel perdu, ou plutôt joliment remporté). D'autre part, s'il s'agit de ne pas faire abstraction de l'énonciateur, il faut bien constater que dans les cas désignés, celui-ci est bien loin de faire preuve d'une quelconque ironie desprogienne. Quand l'on en vient à considérer que van Persie peut "humilier" des enfants, il y a quand même un problème de sens et d'usage. Et la dénotation d'une conception problématique, qui fait automatiquement d'un échec une humiliation.

Pascal Amateur

03/06/2014 à 13h27

Johnny, il y a quelque temps, un commentateur sportif (je ne sais plus lequel) avait donné le salaire d'un joueur qui avait raté un geste technique - était-ce Cavani ? "L'humiliation" ne doit pas s'entendre en dehors de tout contexte, mais dans le cadre d'un sport où le salaire moyen équivaudra à des centaines ou des milliers de smic. Sans évoquer Bourdieu ou Marx, on peut aussi voir là une revanche symbolique, et évidemment illusoire, sur le millionnaire. Chaque époque a ses revanches illusoires.

Pascal Amateur

03/06/2014 à 13h29

(Dans un contexte d'humiliation sociale, où le travail transforme les individus en producteurs neutres de contenu, ceints par une paupérisation galopante. Avant de condamner "l'humiliation" par les mots, se demander où celle-ci se vit dans les faits.)

sansai

03/06/2014 à 14h00

Donc quand un footballeur professionnel "humilie" des enfants, c'est une revanche symbolique sur le millionnaire ? Et parlant de millionnaires sur lesquels il faudrait prendre des revanches, t'en as pas marre de te laisser pointer du doigt des joueurs de football ?

Pascal Amateur

03/06/2014 à 14h12

Le footballeur professionnel n'a jamais humilié des enfants. C'est le journaliste qui assène ce fait. Mais en effet, à confondre l'émetteur du/des destinataires, à faire confusion de toutes les voix, la cacophonie est logique. Je n'ai pas compris la dernière phrase du message précédent.

José-Mickaël

03/06/2014 à 18h51

johnny gategueune parle de la banalisation de ce genre de terme et je pense que c'est une remarque intéressante. Je crois que c'est du fait de cette banalisation que le terme, employé au sens figuré, a perdu son sens premier. Il me semble que lorsqu'on dit que telle équipe a humilié son adversaire, c'est juste pour dire qu'elle a gagné 4-0 (par exemple). Normalement l'amateur de football ne doit pas être dupe, il doit savoir qu'il ne s'agit pas d'humiliation. Mais je me rends compte qu'en tenant ce raisonnement, j'imagine que tous les footeux sont comme moi (ou comme François Pignon qui crie « dans l'cul l'OM » pour faire rire son copain Cheval, pas pour injurier le club phocéen).

Luis Caroll

03/06/2014 à 19h02

Dans la mesure ou l'expression est - à un Stéphane Guy près - l'apanage quasi exclusif des sites attrape-clics, et que son utilisation sert principalement à ça, est-ce vraiment la peine d'en parler ? Alors que derrière son utilisation, il n'y a rien d'autre que "utilise humilier dans le titre, ça fait plus de V.U".

 

Pascal Amateur

03/06/2014 à 19h51

Pour info, le "sens premier" dont parle José-Mickaël, c'est le sens second. Il est intéressant de revenir à l'étymologie : Étymol. et Hist. 1. 1re moitié XIIe s. « rendre humble, conscient de sa faiblesse, mortifier (ds un but d'édification relig.) »

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