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Jacques Blociszewski

 

Chercheur et spécialiste des technologies audiovisuelles, il est partisan d'une réflexion critique sur la mise en scène du spectacle sportif. Auteur de Le Match de football télévisé (éd. Apogée).


Du même auteur

Un show techno où se noie le football

Football et télévision / 2 – Moins de plans larges, un jeu de plus en plus découpé: poursuivons l'analyse de "l'école française" des réalisateurs de football.


Cleaz

21/08/2012 à 09h23

"incroyable Leeds-Chelsea de 1970, avec 853 plans! Les Britanniques se sont largement calmés depuis, et les matches de Premier League étaient en 2011-12 autour de 570-600 plans." Pardonnez moi je vais continuer à lire l'article mais je trouve la méthodologie assez hallucinante: on prend 24 matchs (même pas complet, la plus grande part sont des estimations comptage) sur un total de matchs diffusés qui doit être colossale et on arrive à en tirer des conclusions. On a 4 matchs entre 65 et 75, comment peut on conclure que ce Leeds-Chelsea est "incroyable"? Peut-être les conclusions sont tout à fait vraies, et peut-être que ca ne vaut pas le coup de pousser vers quelque chose de très sérieux d'un point de vue méthodologique mais quand même...

Tetsuo Shima

21/08/2012 à 09h35

Un peu d'accord avec Cleaz sur la méthodologie. Surtout que finalement, cela a-t-il un intérêt de comparer à avant ? Pour moi, le surdécoupage actuel se suffit à lui-même. Il serait intéressant de voir ce qui se fait sur BeIn Sport qui me semble beaucoup plus calme (pour le moment ?) à ce niveau-là. J'ai enchaîné dimanche dernier Bordeaux/Rennes et Ajaccio/PSG et la différence m'a vraiment frappé. Le "grand match" de Canal+ était beaucoup moins lisible. J'ai pesté plus d'une fois sur un ralenti ou un plan du banc de touche alors que le jeu continuait ! Sans compter effectivement non seulement les "touches vers nulle part" mais également la tendance désagréable où dès qu'un joueur a la balle sur un côté, on fait un gros plan dessus et donc s'il centre on ne voit pas s'il y a des appels ou pas. Un plan large aurait été beaucoup plus intéressant pour voir comment Ménez se retrouve à la réception du centre de Nene plus que de voir ce dernier en gros plan, ce qui n'a aucun intérêt. Et c'est ce que j'aime par dessus tout quand je suis au stade et sans doute la raison pour laquelle je continuerai à y aller : c'est qu'on peut beaucoup plus y voir les déplacements des joueurs, les appels non servis, le jeu sans ballon alors qu'au stade, on n'a qu'un seul plan.

Pascal Amateur

21/08/2012 à 10h05

Il en pense quoi, Xavier Delaporte ?

Sens de la dérision

21/08/2012 à 10h37

Intéressant article qui permet de prendre de la distance vis-à-vis des images qu'on nous sert : en tant que téléspectateur moyen, je subis (pas de connotation négative dans ce terme) ce que je vois, sans y réfléchir une seconde, si ce n'est pester quand le réal rate UNE action décisive à cause d'un plan rapproché, d'un ralenti. Mais ça reste rare. Cette lecture m'a amené à plusieurs réflexions : - quand l'entraînor fait une séance vidéo, quelles images utilise-t-il ? Celles de la télé ? Celles de la réalisation (on peut imaginer alors qu'il n'utilise que les plans larges) ? Ou des images "persos" ? - les commentateurs n'analysent jamais le match, à part en disant Machin fait une passe à Bidule, "ce diable de Léomessi". Est-ce qu'en privilégiant des plans plus larges où l'on verrait réellement les actions, on aurait des commentaires plus intéressants ? (qui fait quel appel et pourquoi ? quelles étaient les possibilités du passeur ? etc) - ça serait intéressant de comparer aussi le nombre de fois où apparaissent les sponsors. Je m'étonne d'ailleurs que les sponsors n'aient pas encore œuvré dans ce sens, en tentant de multiplier des plans rapprochés sur le joueur et le sponsor (et pas seulement sur la tronche de Ribéry qui crache). - est-ce que l'évidente nullité de la connaissance footballistique du Français est la cause ou la conséquence de cette multiplication des plans ? En gros, le Français n'y connaissant rien, autant lui montrer la joie du buteur, la douleur du blessé et Jean-Michel Aulas dans les loges; ou, vu qu'on ne voit pas réellement le match, on ne peut comprendre réellement les phases de jeu.

Jean-Patrick Sacdefiel

21/08/2012 à 11h24

@Cleaz Pas d'accord sur l'échantillon : déjà, je ne crois pas que cette étude a des précédents, alors les données ont un intérêt de principe – et il faut bien se rendre compte du travail monumental que représentent ces comptages!). Ensuite, le nombre de matches me semble suffisamment consistant pour avoir des indications très nettes (ne serait-ce que sur l'écart entre les réalisations française et étrangères). Il est peu probable qu'un échantillon plus large infléchisse les principaux constats (et de fait, Fred Godard a réalisé un match avec 1350 plans, c'est une réalité, et elle est ô combien parlante).

Pascal Amateur

21/08/2012 à 13h12

Par contre, je trouve pas de sosie pour Jacques Blociszewski.

Yapéno

21/08/2012 à 13h52

La nature "hors norme" du France-Allemagne 1982 tient probablement au fait que, contrairement aux autres matches, celui-ci a donné lieu à des prolongations et des tirs au but (sans compter la longue séquence de la blessure de Batiston).

José-Mickaël

21/08/2012 à 14h06

Qu'est-ce que c'est que cette analyse rétrograde ? Évidemment que les plans larges, c'est ringard ! Ça raconte quoi, un plan large ? Rien. Alors qu'un gros plan, ça raconte un duel d'homme à homme, ça permet de magnifier le spectacle. Parce qu'il ne faut pas oublier la mission du réalisateur : au 21è siècle, il ne s'agit plus de relater un événement ; il s'agit de raconter une histoire, et pour ça de faire émerger la symbolique de l'événement, de recréer la réalité pour mieux la transcender. Dans l'école de réalisateurs que je dirige, le plan large sert uniquement lorsque le réalisateur hésite : c'est un plan par défaut. Prenons le duel d'homme à homme. Ce duel peut être montré comme un conflit oedipien (l'attaquant/enfant tente de se débarrasser du défenseur/père) qu'il faut redynamiser par une mise en scène éclatée. Un plan large n'aurait aucun sens. Dans notre école, le mot d'ordre est la déstructuration. Déstructurer l'espace - en multipliant les plans les plus inattendus - mais aussi déstructurer le temps, en utilisant l'ellipse et le montage à l'envers. L'ellipse : on ne montre plus le but, on montre seulement avant et après, ce qui permet de transcender le but / passage à l'acte. Tout est dans la suggestion, voire l'interrogation (comme un symbole). Le spectateur est mis dans une situation de doute qui va bouleverser ses émotions. Variante : l'image du but est montrée, mais uniquement par images subliminales. Ainsi, le spectateur ne sait pas consciemment s'il y a but mais le sait inconsciemment, d'où des émotions qui touchent au moi profond (allez faire ça avec des plan larges, bandes de minables). Le montage à l'envers : on fait éclater la chronologie du match pour exprimer l'action dans toute son absudité. Par exemple on montre d'abord la fin, puis le début du match, puis les hymnes, puis l'expulsion du gardien (comme un symbole --> donc on le garde pour la fin). Cette technique, associée au charcutage par séquences de moins d'une seconde, permet une mise en abyme qui exprime la brutalité subjective de la temporalité - on pourrait presque parler d'une remise en cause du théorème de l'entropie. Ces techniques d'avant-garde - dont la Frane est pionnière - mettront bien sûr quelque temps avant d'être employées au quotidien, en particulier parce qu'il n'est pas simple de bousculter les habitudes (comme le prouve cet article). Mais qu'on se rassure, les dernières années ont montré qu'on est sur la bonne voie. Sur ce, je vous laisse, le docteur vient de me dire qu'il est l'heure de ma pilule.

José-Mickaël

21/08/2012 à 14h10

(Je précise : non, non, le concepteur de maillot qui explique que le bande rouge verticale symbolise la marche vers les sommets et que les chevrons sur les manches expriment la fidélité au club, ce n'est pas moi. Mais je le connais bien, on est voisins de chambre.)

Obiwan Kenobi

21/08/2012 à 15h34

Cet article et le précédent sont vraiment très intéressants. Je rejoins d’ailleurs un commentaire déjà fait : cela permet de prendre du recul et de moins subir la réalisation d’un match, en étant conscient de la déformation inévitable qu’apporte le réalisateur (c’est dit dans l’article : dans une certaine mesure, le réalisateur peut influencer la perception que l’on a du match : rythme, agressivité, qualité collective…). La première réflexion qui m’est venue à l’esprit est anecdotique : cela rend d’autant plus ridicule l’exercice de notation individuelle des joueurs par Ménès à la fin du débrief de Canal. Mais bon, s’il n’y avait que ça… Sinon je me suis aussi demandé quelles peuvent être les raisons d’une telle réalisation (au-delà de la visibilité des sponsors, argument peut-être un peu trop évident). Je pense que cela se rapproche de certaines formes de spectacles modernes, très rythmés, haletants, où l’on attend qu’il se passe quelque chose à chaque plan (cliché de la « culture-clip » !). Et effectivement, une touche vers nulle-part ou un centre filmé en plan serré, cela entretient une forme de suspens : y aura-t-il quelqu’un à la réception ? y a-t-il hors-jeu ? la défense a-t-elle suivi ? C’est vrai qu’un plan large répond immédiatement à ces questions : on anticipe en général plus facilement si une passe va être interceptée ou si l’attaquant est hors-jeu. Moins de suspens, donc. Peut-être moins spectaculaire aussi. Mais une vision beaucoup moins réductrice du jeu et qui n’occulte plus les dimensions de jeu collectif, d’organisation de l’équipe ou d’occupation du terrain… Après, il ne faut pas tout jeter non plus. Quand on revoit aujourd’hui un match des années 70, on a l’impression d’un pauvre streaming sur lequel on reconnait à peine les joueurs et où on a du mal à suivre le ballon quand il va trop vite… Bien utilisées, les nouvelles technos donnent des résultats magnifiques : gros plans sur les duels, sur les visages des joueurs… (sauf quand ils crachent). Je me souviens notamment du France-Danemark à la coupe du monde 2002 : pendant un arrêt de jeu le réalisateur avait enchaîné plusieurs gros plans des cadres de l’équipe de France. On lisait dans leur regard, dans leurs traits tirés, à quel point ils étaient perdus et à quel point ils ne comprenaient pas ce qui leur arrivait. J’avais vu le match à l’étranger, donc sans faire attention aux commentaires, et j’avais trouvé cette séquence incroyablement forte et émouvante. L’article se termine par une invitation au débat. Je pose la question à la Rédaction : avez-vous tenté d’organiser ce débat avec Canal ou BeIn Sport ? J’ai le sentiment que quelqu’un comme Biétry est assez ouvert pour y participer, non ? Vous nous tenez au courant ?

 

Mangeur Vasqué

22/08/2012 à 01h37

Très intéressant article. Une petite précision sur ce Leeds-Chelsea de 1970 (29 avril) qui figure en bonne place dans tous les manuels d'histoire du foot anglais. Ça explique donc les hallucinants 853 plans caméras cités dans l'article. Y'a évidemment un tas de raisons à cette orgie de moyens, faut contextualiser le truc pour comprendre. Ce match du 29.04.1970 était extrêmement attendu, doux euphémisme. Pour les raisons suivantes : - replay de la finale de FA Cup 70 du 11.04, après un match aller du tonnerre (physique !) qui s’était fini 2-2, laissant augurer un match retour chaud chaud - Leeds avait été l’équipe phare des Sixties en championnat. Certes, ils finirent souvent 2è mais furent dominant dans une décennie très compétitive (8 champions différents) - Chelsea était un cran au dessous mais avait une reputation d’équipe spectaculaire, très physique mais avec du talent (Peter Osgood par ex). - Le contraste entre Leeds (équipe dure, du Nord, etc.) et Chelsea le Londonien (classieux, King’s Road, les Swinging Sixties, etc.) créa une - C’était la première fois depuis 1912 que la finale de FA se rejouait et la première fois depuis 1923 que la finale se jouait ailleurs qu'à Wembley (truc de canassons à Wembley il me semble) - Brian Clough, alors entraîneur de Derby County, était consultant TV et très apprécié des téléspectateurs pour son franc-parler et sa gouaille. On peut compter sur lui pour bien avoir fait monter la sauce Résultat des courses : ce Leeds-Chelsea est tout simplement le deuxième match le plus regardé de l’histoire du football anglais ! (28 millions de téléspectateurs). Ce Leeds–Chelsea est considéré comme la finale de FA Cup la plus sauvage (le Chelsea du fameux Ron "Chopper" Harris – Ron le cisailleur, 795 matchs à Chelsea ! – contre le Dirty Leeds de Don Revie avec les durs à cuire Johnny Giles et Norman "Bites your legs" Hunter (Norman "J’vais t’astiquer les guiboles" Hunter). On en avait eu un preview au match aller et on salivait à l'envie d'en voir plus. A l’époque, les cartons rouges venaient tout juste d’être introduits, la CdM 1970 fut leur premiere sortie internationale (merci Ken Aston, professeur, il eut cette idée… en étant arrêté à un feu rouge !), mais ils ne furent réellement généralisées en Football League qu’à partir de 1976 et l’arbitre ne sortit qu’un seul carton jaune lors de ce Chelsea-Leeds. Les arbitres se contentaient d’avertir verbalement les joueurs. Comme le précise le Wiki sur cette finale (et tous les bouquins de l’histoire du foot anglais), l’arbitre David Elleray revisionna ce match en 1997 et selon lui, avec les critères des Nineties, il aurait pu y avoir 6 cartons rouges et 20 jaunes ! Le match aller n’avait pas été triste non plus, d’où l'extraordinaire intérêt pour le match retour. De plus, il n’y avait que 3 chaînes à l’époque (BBC 1 & 2 et ITV) et le public était sevré de matchs, d’où engouement exceptionnel et les moyens mis en place (aucun match live de championnat – ça ne démarra que fin 1983, que des matchs internationaux et finales de FA Cup). Anecdote marrante anti Man City. Le même soir que ce fameux Leeds-Chelsea se joua une autre finale, celle de la Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe entre Manchester City et le Górnik Zabrze… Finale que la télé anglaise ne retransmit même pas, préférant de loin diffuser la FA Cup final Chelsea-Leeds ! Peu de monde d’ailleurs n’en eut à faire de cette finale européenne, comme je le racontais ici : http://tinyurl.com/3a47tdb Elle se joua au Prater Stadium de Vienne devant 7 968 spectateurs…

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"Ribéry : Des débuts fracassants." (lequipe.fr)

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"Un pays africain rêve de Bruno Genesio !" (dailymercato.com)

Ruuuuuuuuuuuuuuuuuuud van Nistelrooy

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