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Pierre Martini

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Élégance et bonne tenue

Les vénérables sages de l'International Board se sont réunis, et pour une fois, quelques décisions intéressantes sont sorties de leur assemblée annuelle. Pour le meilleur et le moins pire, ils ont en effet statué sur la panoplie autorisée du joueur et sur un de ses bagages principaux : la simulation.
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Coupe réglementaire
Un certain traditionnalisme du Board s'est d'abord exprimé au travers de la décision d'interdire les maillots sans manche à la mode camerounaise. Il y a donc un costume officiel du footballeur, et comme à Wimbledon, des règles de décence à respecter. Dommage parce que la tentative des Lions indomptables avait le mérite de poser par l'absurde la question des tirages de maillot. Ceci dit, on ne va pas se plaindre que la libéralisation textile, après avoir permis des ravages graphiques et chromatiques, ne ne s'étende pas à la coupe des vêtements.

Les 5 tenues auxquelles nous avons échappé
Jane Fonda 82 : body moulant couleurs fluo.
Elvis 70 : maillot à franges avec santiags à crampons.
Gogo-dancer 1988 : short-string et marcel à trous.
Jean-Michel Aulas 2004 : maillot à fibres optiques diffuseur de clips publicitaires.
Terminator 2 : exosquelette en carbure de tungstène.

La tenue qu'on espère encore
Le maillot insaisissable.

Défense d'afficher
On est agréablement surpris d'une mesure plus courageuse, à savoir la limitation de la publicité sur les maillots à un seul emplacement (sur le devant du maillot). On imagine le désarroi chez certains clubs français spécialistes du tatouage intégral (Bastia, Lyon, Troyes…), cette mesure semblant applicable au 1er juillet prochain… Encore un effort et on interdira les couleurs, comme sur les places historiques des vieilles villes, pour s'épargner les calamités du type placard rouge sur fond vert.
Autre mesure restrictive, le "maillot de corps" généralement barré par le logo de l'équipementier — lui aussi dévoilé par les buteurs par un réflexe d'homme-sandwich — devrait également retrouver sa virginité.

Défense de penser
Les Vénérables veulent d'ailleurs interdire globalement le rituel consistant à exhiber un t-shirt imprimé sous le maillot, comportant un message "politique, religieux ou commercial". On relativisera en se rappelant que la même interdiction avait été instaurée par la Ligue en septembre 1999 (voir Ferme ta gueule et tais-toi), avec un effet très limité. Deux ans et demi après, les imprimeurs de t-shirts s'enrichissent avec les innombrables paternités de nos fertiles joueurs pros, et Diouf ne se prive pas de montrer son gourou. On imagine mal les arbitres mettre des cartons à chaque fois, surtout quand le message d'adresse à un coéquipier blessé ou malade. Mais les communications personnelles seront peut-être tolérées.
Quant aux messages politiques, ils sont rares de la part des professionnels, et s'ils étaient plus nombreux on aurait probablement droit à "Moins d'impôts, maintenant!" ou "I love Sardou".

Quelques suggestions de messages politiques pour footballeur conscientisé
"Bourgoin démission".
"Le monde n'est pas une marchandise. Moi non plus".
"Je respecte l'arbitre".
"Non à la privatisation du football".
"L'UNFP, c'est le pied".
"La propriété, c'est le vol".
"Les Cahiers du football, magazine de foot et d'eau fraîche".
"Ta gueule Balbir".

L'œillère vidéo
Des mini-caméras seront également installées lors de la Coupe du monde "pour permettre des prises de vues spectaculaires" (L'Equipe 17/03). Mais le Board a précisé que leurs images "ne pourraient en aucun cas servir pour déterminer si le ballon a bien franchi ou non la ligne de but sur une action litigieuse" (AFP 16/03). Là, ils sont en train de nous dire que la seule utilisation viable "en temps réel" de la vidéo va être testée virtuellement… L'éventuelle victime d'une erreur d'appréciation certifiée par ces caméras pourra donc s'arracher les cheveux et ceux qui restent aux honorables membres, certes sages, mais un peu lents. On ne leur reprochera pas cela dans un domaine qu'il ne faut surtout pas abandonner aux révolutionnaires du ralenti, mais on peut regretter un léger manque de cohérence sur ce point.

La simulation, c'est mal
C'est l'une des sept plaies du football (on listera les six autres un de ces jours), mais on n'a pas l'impression qu'elle soit véritablement soignée. La principale décision du Board concerne ses recommandations faites aux arbitres de sanctionner plus durement les simulateurs, notamment ceux qui protestent après avoir commis une faute évidente. Il va y avoir hécatombe chez les Argentins et les Italiens.
Le problème, c'est que les plus hautes instances procèdent en matière d'arbitrage par "recommandations". Les sages recommandent, la FIFA recommande à son tour. Elle en fait son "cheval de bataille" (Michel Zen-Ruffinen, son secrétaire général cité par L'Equipe). C'est-à-dire que trois jours avant le Mondial, les arbitres vont recevoir des consignes qui changent du jour au lendemain l'application des sanctions. Idéal pour faire évoluer les mentalités… Ou pour faire assassiner les arbitres une nouvelle fois.

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