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Julien Momont

 

Journaliste SFR Sport. Membre encarté des Dé-Managers


@JulienMomont


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Délires FM, S01E02 - Nous sommes tous Cristiano Ronaldo

Au programme de ce deuxième épisode de simulations via l'éditeur de Football Manager, nous avons pris au mot Cristiano Ronaldo et remplacé tous ses coéquipiers par lui-même. Le Real s'en sortira-t-il vraiment mieux?

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"Mais elle est où cette foutue médaille, caralho?"

 

Les muscles tendus, Cristiano Ronaldo farfouille dans son gros coffre à trophées secondaires – ceux qui ne sont pas assez importants pour figurer dans la majestueuse vitrine de verre au milieu du salon. Le Portugais rassemble tous les symboles d'échec qu'il peut trouver dans sa villa pour les détruire, quête d'un exutoire à sa frustration quotidienne.

 

Un tas d'objets assez conséquent a déjà pris forme. On y trouve ses trois Onze d'Argent et son Onze de bronze, plus gros regrets de sa carrière. Ils ne comprennent décidément rien au foot, à Onze Mondial. Au sommet trône un cliché de Lionel Messi.

 

Soudain, il repère un drôle de masque en bois au fond du coffre. Après quelques secondes, cela lui revient. Éric Djemba-Djemba l'avait ramené de ses vacances à Douala, mais il l'avait oublié dans le vestiaire à Old Trafford lors de son départ précipité. Cristiano, toujours pétri de bonnes intentions, l'avait embarqué en espérant le rendre au Camerounais. Il n'en avait jamais eu l'occasion.

 

Après avoir observé l'objet sous toutes les coutures, Cristiano ne peut résister à la tentation de l'approcher de son visage. Soudain, il se sent aspiré vers l'avant... et voilà le masque collé contre sa peau! Impossible de le retirer...

 

Après un instant de panique, CR7 entend une voix roque lui susurrer dans l'oreille:
- Dis moi quel est ton désir le plus profond, et il sera exaucé.
- Qué? Mais quest-ce que... Qui êtes-vous?
- Dis moi quel est ton désir le plus profond, et il sera exaucé, murmure de nouveau la voix.
- Je... Je ne sais pas... Donnez-moi un instant.

 

C'est la tempête dans le crâne de Cristiano. C'est vrai que sa Lamborghini aurait bien besoin de quelques diamants pour l'enjoliver... Il a aussi repéré cette super machine qui fait travailler les abdos automatiquement toute la journée, le rêve!

 

Mais non, en ce moment, quelque chose l'agace plus que tout: ses coéquipiers à Madrid. Cette bande d'incompétents est un obstacle dans son ascension vers la gloire. Si tous étaient à son niveau, le Real règnerait sur la Liga et l'Europe.

 

- Je voudrais que tous mes coéquipiers au Real soient remplacés par moi-même, lance-t-il fermement.
- Tel est ton désir le plus profond. Le voici exaucé...

 

Un flash de lumière blanche aveugle soudainement Cristiano Ronaldo. Il perd conaissance...

 

*     *     *

 

Lorsque Cristiano Ronaldo reprend ses esprits quelques heures plus tard, l'univers footballistique a été totalement chamboulé. Tous les autres joueurs du Real Madrid ont été licenciés et remplaés par des clones de CR7: poste, attributs physiques, techniques et mentaux, biographie, palmarès, gestes préférés, clubs préférés... Tout est strictement identique. Le temps a également rembobiné de quelques mois pour revenir à début juillet 2015.

 

 

Rafa Benitez n'a toutefois pas récupéré les clés de la Maison Blanche, il aurait fait appel à un autre que Cristiano pour jouer dans les buts. À un spécialiste du poste, quoi. C'est donc à nous de prendre en charge la destinée de cette équipe unique en son genre. Pour entraîneur une équipe de CR7, n'importe qui ferait l'affaire, non?

 

 

Un embargo sur les transferts frappe désormais le Real pour éviter l'arrivée de toute recrue. Les vingt-deux Cristiano Ronaldo et nous sommes partis pour un voyage qui s'annonce riche en surprises, en crises narcissiques et en tirs contrés.

 

Les premières semaines se passent à merveille. Forcément, tous les Cristiano sont ravis de pouvoir s'admirer jouer sur le terrain. À l'entraînement, les concours d'abdos et de pompes atteignent des hauteurs jamais vues. L'admiration réciproque et l'esprit de compétition poussé à l'extrême forment un cocktail détonant, qui a l'air de fonctionner. Les résultats des matches de préparation, s'ils laissent deviner certaines lacunes défensives logiques, sont encourageants. Avec une telle force de frappe offensive, en même temps...

 

 

En tout cas, les médias ont bien ciblé notre joueur le plus important.

 

 

Le schéma de jeu est le même que celui du Real actuel: un 4-3-3 offensif, avec deux ailiers en faux pied pour repiquer intérieur. Le capitaine? Cristiano Ronaldo, et ça a fait très plaisir à ses coéquipiers, qui trouvent que Cristiano Ronaldo est un excellent joueur, d'ailleurs. Tu m'étonnes.

 

 

Les médias font de nous le grand favori pour le titre en Liga, mais on ne se contentera pas de ça: l'objectif, forcément, sera de tout gagner. Cristiano n'accepterait rien d'autre.

 

Les premiers matches confirment nos impressions initiales: avec Cristiano dans les buts, un tir cadré finit 90% du temps au fond des filets, mais on compense de l'autre côté du terrain en frappant beaucoup. Vraiment beaucoup. Genre jamais moins de trente fois par match. Donc il y a quelques tentatives qui finissent toujours par rentrer...

 

Les premiers problèmes interviennent lors de l'inscription des joueurs pour la Ligue des champions. Comme Cristiano Ronaldo n'a été formé ni au Real Madrid, ni en Espagne, on ne peut en qualifier que dix-sept pour la C1. Les autres? Bah ils font la tête, vous vous en doutez.

 

 

Le vestiaire commence à se diviser, les égos s'accrochent. On se pique les pots de gel dans les vestiaires, on brise les miroirs dans lequels les autres passent une demi-heure à s'admirer avant les matches... Bref, la situation nous échappe petit à petit, et ça se ressent sur le terrain. Les CR qui jouent devant tirent de plus en plus loin du but (tant en terme d'endroit de la frappe que de point d'arrivée du ballon), ceux qui jouent derrière sont totalement perdus. Et ceux qui alternent dans les buts sont aussi à l'aise qu'un poisson hors de l'eau.

 

 

Le premier gros accroc de la saison survient à Bilbao. 7-0. Plus qu'une lourde défaite, une humiliation. Après s'être écharpés dans le vestiaire – CR20 avait soit-disant piqué la paire de crampons argentée de CR14 –, les Cristiano décident de rembourser le déplacement aux supporters madrilènes.

 

 

Un beau geste à 170.000 euros, mais une goutte d'eau: ils sont chacun payés près de trois millions d'euros par mois – et étonnamment, le Real arrive à ne pas être déficitaire malgré une telle masse salariale.

 

À partir de là, c'est la débandade. 9-2 à Munich, la plus large défaite de l'histoire du Real. Nouveau remboursement pour les supporters. Au moins, ça leur offre des voyages gratuits. 8-3 à Levante. 4-1 à Vigo. 5-1 à Zagreb contre le Dinamo.

 

 

Les journalistes, eux, s'interrogent.

 

 

Ils sont sur une piste, là. Allez, encore un petit effort.

 

Petit indice: on n'a que des attaquants. À tel point que ceux qui défendent en perdent leurs repères...

 

 

 

 

Dans le groupe, plus personne ne se parle. Les pectoraux sont en berne. CR8 et CR6 ont même failli en venir aux mains pour une histoire de place de parking – ils n'ont pas pensé à mettre les numéros à côté du nom, au Real... CR12 a lui lancé une chasse à l'homme après avoir trouvé une petite rayure sur le rétro de sa Rolls. Une bonne ambiance qui n'a pas échappé aux dirigeants.

 

 

Le sort s'acharne quand on reçoit un soutien dont on se serait bien passé. Il vient d'un ancien grand du Real. Reconverti entraîneur. Dans le Sud de la France. Oui, vous voyez qui...

 

 

Une deuxième défaite 9-2, à Séville cette fois, nous sera finalement fatale. Une semaine avant le Clasico, Florentino Pérez décide d'arrêter les frais. La fin d'une étrange aventure...

 

 

La suite de la saison voit un gros revirement de situation: Victor Fernandez, le responsable de la formation, assure l'intérim jusqu'à la fin de la saison et décide de faire une entorse aux principes de l'univers en faisant jouer un gardien repéré dans une cour de récré. Ça suffit pour battre le Barça et remonter de la dernière à la huitième place, loin derrière le champion...

 

Bilbao!

 

 

Pas de Ligue des champions la saison prochaine pour les Merengues, toutefois, avec Jürgen Klopp aux manettes.

 

Au passage, le Portugal a grandement bénéficié de cette nouvelle donne: avec neuf Cristiano Ronaldo dans son effectif, la Seleção a atteint la finale de l'Euro 2016, seulement battue par l'Italie. Cristiano termine meilleur buteur du tournoi avec sept buts.

 

 

La morale de l'histoire? Non, le Real ne ferait pas mieux avec des Cristiano Ronaldo à chaque poste.

 

Ah, et c'est quand même pratique d'avoir un vrai gardien...

 

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