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Julien Momont

 

Journaliste SFR Sport. Membre encarté des Dé-Managers


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Les mauvais comptes du football français

La DNCG a dévoilé vendredi les comptes des clubs professionnels français pour la saison 2013/2014. À l’arrivée, un nouvel exercice déficitaire et un modèle économique qui se révèle toujours aussi dépendant des actionnaires.

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Le chiffre est inquiétant: les clubs professionnels français présentent 93 millions d'euros de pertes cumulées sur la saison 2013/2014. C'est 54 millions de plus qu'en 2012/2013, et c'est aussi le sixième exercice consécutif achevé en déficit. Il devrait au moins y en avoir un septième si l'on en croît les projections de la DNCG.

 

Le constat est encore plus préoccupant lorsqu'on limite l'analyse à la seule Ligue 1: 102 millions d'euros de pertes (9 millions d'excédents pour la Ligue 2, qui a su se serrer la ceinture avec une réduction des charges d'exploitation de 18%) et seulement sept clubs bénéficiaires (contre treize en L2).

 

 

 

 

 

 

La Ligue 1 a souffert d'une conjonction de facteurs, notamment des revenus de transferts moins élevés que les dernières saisons. Mais c'est surtout la chute du résultat opérationnel courant qui interpelle et a contribué à creuser les pertes.

 

 

Trop de charges !

Frédéric Thiriez n'y est pas allé par quatre chemins dans son édito: “Trop de handicaps pénalisent le football français, en particulier le poids des charges sociales et de la fiscalité. En plus du montant des charges patronales, bien plus élevées en France qu’ailleurs, la suppression du DIC coûte 50 millions d’euros par an alors que l’impact de la taxation à 75% est de 44 millions annuels. Sans cela, nos clubs auraient été à l’équilibre!” On attend donc, dès l'an prochain, la chute du déficit avec la suppression de la taxe à 75%.

 

Le président de la LFP est certainement dans son rôle en reprenant cette vieille rengaine des clubs professionnels victimisés par une politique fiscale injustement dure par rapport aux étrangers. Jean-Pierre Louvel, président de l'UCPF, est dans le même registre, vilipendant le “cortège de hausses des charges sociales et de la fiscalité” et la “taxe dite à 75%, inique et absurde”.

 

Se limiter à ce discours revient à décharger les clubs professionnels de leurs responsabilités. On notera ainsi qu'à l'inverse, la DNCG cite la masse salariale en premier parmi les types de charges trop importantes. La “rémunération chargée” a augmenté de 100 millions d'euros entre 2012/2013 et 2013/2014. Différence de ton et de posture, Thiriez et Louvel étant dans une démarche avant tout politique. Il est bien plus facile d'invoquer des facteurs externes que de souligner une éventuelle culpabilité des clubs dans leurs mauvais résultats.

 

 

 

Actionnaires sauveurs

Le déficit des clubs français aurait été bien plus important sans l'intervention massive de leurs actionnaires. Car la perte opérationnelle courante s'élève à 231 millions d'euros, en forte augmentation par rapport aux 75 millions de l'exercice précédent. “La récurrence des pertes montre les difficultés des clubs à développer suffisamment leurs recettes d’exploitation” pour couvrir les charges, indique la DNCG.

 

De 251 millions l'an passé, l'apport des actionnaires des clubs de Ligue 1 a explosé jusqu'à 469 millions d'euros. Les apports de comptes courants, notamment, ont pratiquement triplé, de 83 à 244 millions d'euros. De quoi refroidir certains investisseurs, à l'image du Belge Marc Coucke, devenu actionnaire majoritaire du LOSC à hauteur de 5% mais qui hésiterait à investir plus.

 

 

Ce modèle économique ultra-dépendant des actionnaires n'est par ailleurs pas compatible avec le fair-play financier, qui limite les interventions directes des propriétaires. Il est également le signe de problèmes structurels.

 

 

Les stades, la solution magique ?

Pour se réorienter vers un modèle économique plus vertueux, les instances misent sur le nouveau parc de stades, dans le cadre d'un “rebond d’attractivité que nous préparons pour l’après Euro 2016”, dixit Jean-Pierre Louvel, qui espère un phénomène similaire à la Coupe du monde 2006 pour l'Allemagne. L'objectif annoncé est d'ailleurs de se rapprocher du modèle allemand, cité à plusieurs reprises par la DNCG pour comparaison. Le fossé à combler est important: la Bundesliga a généré 2,275 milliards d'euros hors transferts la saison dernière, contre 1,371 milliard pour la Ligue 1, à droits télés comparables.

 

Le problème, c'est que la donne n'est pas la même. Là où beaucoup de clubs allemands sont propriétaires de leurs stades, s'épargnent un coûteux loyer et peuvent aisément négocier des droits de naming, ils sont très rares en France. Les recettes “jour de matches” sont par ailleurs le “traditionnel talon d'Achille” des clubs français pour la DNCG: elles n'ont augmenté que de 4% pour l'ensemble des clubs professionnels, alors que chiffre d'affaires global a crû de 14%.

 

 

Le cas lillois est symptômatique: le LOSC débourse près de 5 millions d'euros annuels pour la location du stade Pierre-Mauroy, auxquels il faut ajouter des coûts de personnel que Michel Seydoux avait déploré fin février dans Les Échos. Pour réaliser des économies, le club avait d'ailleurs diminué le nombre de stadiers employés les soirs de match. Les retombées économiques sont en tout cas bien loin de ce que les dirigeants lillois espéraient, alors qu'ils ont tout de même pratiquement doublé leurs recettes des soirs de match (de 6,4 millions d'euros en 2011/2012 à 11,2 millions d'euros en 2012/2013, en baisse de 4 millions par rapport à l'année précédente). L'OL sera lui propriétaire de son stade, et son cas sera intéressant à étudier.

 

 

Le PSG, un cas à part

Reste que les sommes mentionnées dans ce rapport ne peuvent être analysées sans prendre en compte le poids prépondérant du Paris Saint-Germain. Confronté à ses propres problématiques (ne pas pouvoir dépenser l’argent qu’il possède), le club de la capitale semble évoluer dans un championnat à part :

 

- 46,9% des revenus sponsoring-publicité de la Ligue 1, avec 79 millions d'euros environ

- 25,8% des recettes “jour de matches” de la L1, avec 39 millions d'euros

- 26,8% des charges de la L1, avec 496 millions

- 25% de la masse salariale, à hauteur de 240 millions d'euros

 

De quoi considérablement influer sur les tendances globales, alors que son modèle économique est unique dans l'hexagone depuis que Dimitry Rybolovlev a décidé de cesser les investissements d'envergure et qu'Hafiz Mammadov n'honore plus ses engagements. Le PSG n’en reste pas moins freiné dans son développement par le fair-play financier, qui limite de fait les apports de QSI. Au final, cela a pour conséquence une course aux recettes dans tous les domaines, souvent aux dépens de l’identité du club et de ses supporters. Mais c’est là un autre débat.

 

 

La rapport d’activité de la DNCG

Les comptes individuels des clubs professionnels

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