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Les Dé-Managers

 

Christophe Kuchly, Julien Momont, Raphaël Cosmidis et Philippe Gargov. Les Dé-managers: un blog pour parler tactique – pas pour meubler –, et une chronique du jeu dans leurs cartons.


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Revue de stress #120

Dans les cartons des Dé-Managers : #10

Le jeu d'échec entre l'Atlético et le Barça, l'apport de Borja Valero, tiki-taka bavarois en vidéo, le début de saison en infographie, nos coups de coeur et coups de crampon...

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Changements de dispositifs ou de joueurs, batailles philosophiques et stratégiques, échecs et réussites… Chaque semaine, les quatre Dé-Managers proposent leurs billets d’humeur.


* * *

 

Cours magistral en Liga

Christophe Kuchly (@CKuchly) - Dans les sports américains, notamment en NBA, la fréquence des matches ne permet pas de faire de longues préparations et mises en places tactiques une fois la saison lancé. Pour étudier l’adversaire, les joueurs lisent un scouting report préparé par les assistants qui contient ses forces et faiblesses individuelles comme collectives. On ne change pas sa philosophie de jeu, laquelle suit d’ailleurs souvent un entraîneur toute sa carrière, on adapte simplement la tactique, notamment défensive, à l’opposition.


Cette relative prévisibilité est rare dans le football, discipline où la surface de jeu, le nombre de protagonistes et de manières de marquer est bien plus important. Mais elle peut néanmoins exister, et ce fut le cas samedi lors du choc entre l’Atlético et Barcelone. Intéressante, la rencontre l’était au-delà de son enjeu puisqu’elle opposait deux équipes à la stratégie bien définie —  même si Diego Simeone comme Tata Martino innovent par touches (passage possible du 4-4-2 au 4-3-3 pour le premier, intégration du jeu direct pour le second) — et qui se sont déjà neutralisées deux fois cette saison. La problématique était simple: comment provoquer le déséquilibre?


Pour l’instant, c’est à croire que personne ne détient la réponse. Car la partie, passionnante dans son engagement et son niveau technique, a rapidement pris des airs de cours magistral. Une sorte de démonstration professorale montrant comment des formations aux zones de confort inversées, l’Atlético n’aimant pas avoir trop le ballon et Barcelone ne voulant pas le rendre, peuvent s’annihiler, même en introduisant des éléments perturbateurs. Pour une fois, toutes les analyses d’avant-match ont dû se révéler justes.

 


 


Du côté de l’Atlético, les cartouches furent tirées d’entrée, avec un pressing intense au niveau de la relance, notamment autour de la pierre angulaire Sergio Busquets. Cela a amené plusieurs récupérations de balle hautes, dans un esprit proche du gegenpressing de Jürgen Klopp, bien qu’un peu moins agressif et plus focalisé sur les lignes de passe. Les Catalans, eux, ont attendu patiemment que la marée redescende et intégré Lionel Messi et Neymar, éléments moteurs de la disarmonic harmony, sans réussir à créer le déséquilibre. Pour qu’il y ait des buts, il aurait fallu un exploit, une erreur… ou tout simplement l’abandon temporaire d’une philosophie au service de la tactique. Mais l’Atlético, équipe réactive, s’est montrée conservatrice, laissant notamment Koke assez bas sur le terrain, tandis que Barcelone n'avait pas les armes pour forcer le verrou. Ce nul vierge valide donc la solidité des modèles à défaut de les avoir sublimé.
 

 

 

La grâce de Borja Valero

Julien Momont (@Julien Momont) – Lorsqu’elle a recruté Mario Gomez cet été, et avec le retour de Giuseppe Rossi après vingt-trois mois d’absence, la Fiorentina ne s’attendait certainement pas à devoir renforcer à nouveau sa ligne offensive dès le mercato hivernal. Mais le premier est blessé depuis septembre, et le second a cruellement rechuté, il y a une semaine, après un début de saison tonitruant (14 buts en 18 matches de Série A).


En attendant de trouver "un attaquant qui garantit des buts", dixit Vincenzo Montella, l’entraîneur toscan a dû innover, dimanche midi, sur le terrain du Torino. Le 4-3-3 anticipé était en fait un 4-4-2 en pratique, mais sans véritable attaquant de pointe, avec le duo Josip Ilicic - Matias Fernandez prompt à décrocher. En ajoutant la paire Pizarro - Borja Valero et des ailiers (Joaquin, Cuadrado) ultra-techniques et mobiles, cela a donné une Fio très fluide en première mi-temps, où le danger principal est venu d’un joueur de soutien: Borja Valero.

 


 


L’Espagnol est un joueur à part. Plutôt lent, pas tellement vif mais érudit, passeur hors pair, avaleur d’intervalles, générateur et chercheur d’espaces à la fois, point de déséquilibre permanent. Axe gauche de l’entrejeu, couvert par Pizarro, il erre là où son flair le mène, très souvent au bon endroit, et se glisse dans les échancrures les plus ténues des blocs défensifs adverses, sans perdre en précision. 84 ballons joués dimanche, 95 % (61/64) de passes réussies. Impressionnant.


Un tel joueur fleure bon le romantisme et la grâce du football d’un autre temps. À Turin, Borja Valero, cinq buts en Série A cette saison, a d’ailleurs poussé à l’extrême la caricature du joueur beau avant d’être efficace. Six tirs, un seul cadré, et surtout trois grosses occasions vendangées en première période, la meilleure de la Viola. Comme les autres créateurs florentins, il n’a pas su compenser l’absence de ses buteurs.

 

 

 

On a aimé

Dries Mertens s’éclate sur l’aile dans le 4-2-3-1 de Rafael Benitez. Moins dans la percussion que Lorenzo Insigne, il apporte un bon compromis par rapport à José Callejon, qui a des attitudes d’attaquant beaucoup plus directes. Et en plus, le Belge ne s’arrête plus de marquer…

 
Les contre-attaques emmenées par Alessio Cerci pour le Torino. Axial sur le papier dans un 3-5-2, mais souvent excentré côté droit en pratique, l’attaquant turinois a exploité les espaces dans le dos de Roncaglia. Sa vitesse et sa technique en mouvement lui ont permis de se débrouiller pratiquement seul, mais sa précision (quatre tirs, tous cadrés) n’a pas été récompensée, la faute à un très bon Neto.


Le coaching gagnant de Laurent Blanc, une nouvelle fois grâce à un passage à deux attaquants permettant de débloquer la situation face à Ajaccio. En conclure que Paris joue mieux en duette serait toutefois aller un peu trop vite en besogne.


Le contre amenant le troisième but de la Roma est superbe et le voir transformé par Maicon, latéral, en position d'avant-centre, a quelque chose de football total.


On peut être élu Ballon de Plomb et pourtant prétendre au titre de meilleur espoir de l’année. Florian Thauvin est capable de choses merveilleuses balle au pied, en particulier dans les centres qu’il s’efforce de distiller millimétrés. Dommage que Khalifa n’ait pu en profiter.

 


Le pressing haut de Stoke, qui a fait trembler les pieds pas toujours très sûrs de Martin Skrtel et Kolo Touré, la charnière des Reds.


Le superbe match du chef d’orchestre Fran Rico, qui a contribué, avec Brayan Angulo derrière et Yacine Brahimi devant lui, à la domination du côté gauche de Grenade face à Valladolid.


Le maintien de Sunderland se jouera peut-être à un coup de fil. Prêté par Swansea jusqu’à la fin de saison, Ki Sung-Yueng a failli être rappelé par Michael Laudrup, en manque de solutions au milieu. Mais le Danois s'est ravisé et Ki a joué face à Fulham, planant au-dessus du milieu de terrain.
 

 


On n'a pas aimé


Trop souvent esseulé, Brice Dja Djédjé aurait pu faire mal à l’OM s’il ne lui avait pas manqué ce petit quelque chose pour conclure ses excellents appels. Le couloir gauche de Marseille manque de solidité, et Mendy/Morel ne sauraient être désignés seuls coupables de ce qui ressemble à une défaillance générale du bloc-équipe.


Loin d’être transcendant dans le jeu, Matuzalem a réussi une performance assez rare: chambrer les supporters lors de son remplacement, et ainsi prendre un deuxième carton jaune alors qu’il quitte le terrain. Et c’est tristement que Cofie, qui le remplaçait, a vu le changement annulé et dû retourner (provisoirement) sur le banc.


Il est facile de tomber à bras raccourcis sur un défenseur dès qu’il rate une prestation. Mais le match de Daniele Bonera, complètement à la rue au niveau de la vitesse, vivacité et lecture du jeu face à Sassuolo et son duo Berardi-Zaza, laisse perplexe.


Le coaching d’Alan Pardew. Alors que son équipe — menée 0-1 — impose une énorme pression sur Manchester City en seconde période grâce à sa supériorité numérique dans l’entrejeu (Anita-Sissoko-Cabaye contre Fernandinho-Touré puis Javi Garcia), l’entraîneur anglais remplace Anita par Cissé et fait reculer Cabaye d’un cran. Conséquence: le pressing devient inefficient, le jeu court et incisif laisse place à une approche directe stéréotypée et inefficace. Ajouter un attaquant ne doit pas être automatique lorsque l’on est mené.

 

 

 

L'infographie de la semaine




Bilan chiffré de la première partie de saison (Via @BarcaStat).

 

 

 

La décla


"Même si je suis un grand défenseur de Conte, sa stratégie face à l’AS Rome m’a laissé perplexe. Je ne sais pas si cette transformation (laisser le ballon à l’adversaire), est le fruit de la conscience ou non. Ce que je sais avec certitude, c’est que toutes les grandes équipes du passé et d’aujourd’hui (Real Madrid, Ajax, Liverpool, AC Milan, Barcelone et maintenant Bayern Munich) n’ont jamais laissé l’initiative du jeu à leur rival."
Arrigo Sacchi n’a pas été séduit par le jeu de la Juventus, pourtant facile vainqueur du choc face à Rome la semaine dernière. Et en effet, le parcours européen de la Vieille Dame, marqué par des difficultés à maîtriser le tempo du match, tend à relativiser ce succès d’un jour obtenu dans une stratégie réactive.

 

 

 

La vidéo de la semaine

 

 

Pep Guardiola a repris un Bayern au top mais il n'a pas tardé à imposer sa patte sur l'équipe. Démonstration en vidéo du tiki-taka à la sauce bavaroise.

 

 

 

L'anecdote


Luis Suarez, Diego Costa et Cristiano Ronaldo sont actuellement à plus d’un but par match en championnat, tandis que Zlatan Ibrahimovic, Lionel Messi et Sergio Agüero sont juste en dessous. De telles statistiques ne s’étaient plus vues depuis 1960-1961, époque où Jimmy Greaves, Ferenc Puskas, Ray Crawford, Omar Sivori and Alfredo Di Stefano enfilaient les buts comme des perles. Une situation aux multiples causes mais bien mise en valeur par un constat tout simple: hormis Thiago Silva, aucun défenseur central ne sort du lot.

 

 

 

La revue de presse anglophone

 

Excellente interview radio participative de Roberto Martinez, le coach d’Everton, qui discute en profondeur de beaucoup de sujets pendant près d’une heure et demie.


Sur WhoScored, un bilan des six premiers mois de Pep Guardiola au Bayern. 


Un peu de tactique tacticienne: quels sont les différents types de relances possibles pour une défense.


Pour Michael Cox, qui fait son bilan tactique, 2013 fut une année placée sous le signe de la polyvalence.


Jonathan Wilson chante les louanges de Stephen Keshi, vainqueur de la CAN avec le Nigéria grâce notamment à une tactique audacieuse face à la Côte d’Ivoire.


 

 

 

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