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Christophe Zemmour

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Ronaldo 1997/98 : un phénomène inexpliqué

La première saison de Ronaldo à l'Inter est celle des superlatifs et de la confirmation d'un géant. Même si elle ne s'acheva pas qu'avec des consécrations.

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Le 12 octobre 1997, l’Inter Milan s’impose en Coupe d’Italie à Plaisance (3-0) grâce à un triplé de Ronaldo. Un ballon qui traîne, des défenseurs craintifs, des passements de jambes, et voilà un coup du chapeau pour le futur Ballon d’Or que la presse transalpine va dès lors affubler d’un surnom qui lui collera à la peau: Il Fenomeno. Après une saison exceptionnelle avec le FC Barcelone [1], la confirmation d’un talent unique est en marche.
 

 



 

Un autre monde

Le transfert de Ronaldo vers l’Inter, à l’été 1997, soulève des interrogations. Le club aligne plus de trente millions d’euros, le record de l’époque, pour un contrat de cinq ans. On retrouve déjà un peu du malaise de son départ cinq ans plus tard vers le Real Madrid. Déçu par les propositions des dirigeants barcelonais, Ronaldo annonce qu’il quitte la Catalogne le 5 juin de cette année-là, une semaine après avoir souhaité y prolonger l’aventure. Les débats footballistiques ne tardent pas à prendre le relais. Cet attaquant de vingt-et-un ans, qui a éclaboussé l’Europe de son talent et de ses rushes vers le but saura-t-il être performant dans le championnat le plus relevé de l’époque? Sa technique et sa vitesse viendront-elles à bout de défenses plus rigoureuses et plus fermées? Avec un total de 25 réalisations en championnat qui en fait le joueur étranger le plus prolifique lors d’une première saison en Serie A, Ronaldo répond par l'affirmative. Avec la manière.


Lors de la deuxième journée, il inscrit son premier but, à Bologne. Un contrôle orienté du gauche, une feinte de frappe du droit, un plat du pied gauche premier poteau: Ronaldo ne tarde pas à montrer qu’il est bien rendez-vous. Il récidive face à la Fiorentina le match suivant sur un ballon en profondeur puis à Lecce sur coup franc. Ronaldo étoffe son jeu sans perdre de ses qualités premières de puissance, de précision, de dribble et de vitesse d’exécution. Il exécute les coups de pied arrêtés (notamment une lucarne contre Parme et un tir croisé face à Strasbourg en C3), rôde dans la surface et offre des buts, comme ce caviar donné à Youri Djorkaeff lors du choc face à la Juventus Turin en janvier 1998 – que ce dernier voudra lui rendre quelques minutes plus tard. Une action de force et de classe où il résiste à la charge de Paolo Montero, se remet dans le sens du but tout en échappant au tacle de Mark Iuliano et adresse un centre rasant pour l’attaquant français.

 


C’est arrivé près de chez nous

Ronaldo devient, pour un nombre croissant d’observateurs, le meilleur joueur du monde [2] et remporte la Coupe de l’UEFA en y prenant une part prépondérante. Buteur notamment en demi-finale, il réussit un match plein au Parc des Princes face à la Lazio Rome, parachevant le succès initié par Ivan Zamorano et Javier Zanetti. Lancé dans la profondeur, il exécute Luca Marchegiani grâce à une succession de feintes de corps. Il est ce soir-là en état de grâce, ridiculise ses adversaires avec par exemple une virgule le long de la ligne de touche. Certains d’entre eux viendront même lui demander d’arrêter le massacre pour éviter que la tension ne monte trop. Dans ce même stade, il inscrit un doublé face au Chili en huitièmes de finale de la Coupe du monde. Lors de ce tournoi, Ronaldo est handicapé par une douleur rotulienne et n’est pas aussi flamboyant que lors de la saison écoulée. Néanmoins, il marque un match sur deux – avec un but magnifique face au Maroc –, se mue en passeur et accomplit une prestation haut de gamme contre les Pays-Bas en demi-finale.

 


 

 

Ce 7 juillet 1998 à Marseille, il glisse le ballon entre les jambes d’Edwin van der Sar pour ouvrir le score. Seuls des retours désespérés d’Edgar Davids et de Frank de Boer l’empêchent de doubler la mise. Il inscrit son tir au but et rejoint la France en finale. L’histoire est à la fois connue et méconnue, amenant même des enquêtes parlementaires à ce sujet: le jour du match, Ronaldo est victime d’une dystonie neurovégétative et d’une convulsion de causes ignorées, selon les termes du médecin du groupe brésilien. Il Fenomeno traverse la finale comme un fantôme, se faisant percuter par Fabien Barthez et lui tirant dessus pour sa seule vraie occasion. S’il est désigné meilleur joueur de la compétition, c’est Zinédine Zidane qui devient une légende ce 12 juillet, et lui ravit le titre de champion du monde.
 


En plein vol

Il y a aussi ce Scudetto qui s’est certainement envolé le 26 avril 1998. Au coup d’envoi de cette rencontre à Turin entre la Juventus et l’Inter comptant pour la 31e journée, décrite comme une finale du championnat, les Bianconeri ont un point d'avance. Ronaldo se crée quelques occasions sans parvenir à marquer, contrairement à Alessandro Del Piero qui trompe Gianluca Pagliuca en première période. L’incident qui a fait de ce match un classique de la Serie A survient à la 69e minute: Ronaldo récupère le ballon dans la surface, tente de passer Mark Iuliano qu’il percute. L’arbitre Perio Ceccarini ne siffle pas penalty et la Juve contre-attaque. Zidane lance Del Piero dans la surface qui se fait accrocher par Taribo West. Penalty. Les joueurs de l’Inter se ruent alors sur l’arbitre, et la polémique ne fait que commencer dans un pays où la question de l’homme en noir a toujours été sujette à débats, suspicions et controverses [3]. Les fans nerazzurri considèrent cette saison 1997/98 comme celle de la grande ruberia (le grand vol).

L’Inter ne refera pas son retard et Ronaldo aura donc été privé des deux titres principaux mis en jeu lors de sa fantastique saison. Une saison à l’image de son histoire de footballeur: excellente dans l’ensemble, grande par moments, triste par d’autres. Il est alors au sommet de sa première partie de carrière. Il est un phénomène inédit [4].


 

[1] 34 buts en Liga, 5 en C2 (dont le penalty vainqueur en finale face au Paris Saint-Germain) et 8 en Coupe du Roi.
[2] Titre totalement honorifique partagé en alternance avec Zinédine Zidane, que ce dernier n’a jamais hésité à prêter au Brésilien.
[3] Le litige concernant ce match a même été à l’origine d’une dispute à l’Assemblée entre deux parlementaires respectivement supporters de la Juve et de l’Inter. Trois journalistes, Leonardo Coen, Peter Gomez et Leo Sisti ont publié en 1998 Piedi Puliti (Pieds Propres), un livre entièrement consacré à ce match.
[4] Lire "Ronaldo, le seul".

 

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