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Christophe Zemmour

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Calcio : A History of Italian Football

Bibliothèque – Le portrait précis et passionné du football italien, dressé par un auteur anglais, cela donne un des meilleurs livres sur le sujet.

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S’il est un football auquel on prête des stéréotypes éculés, ressassés et controversés, c’est bien celui du pays à la botte. Par sa richesse, le Calcio a inspiré de nombreux auteurs, dont John Foot, historien anglais spécialiste de l’Italie. Dans son ouvrage Calcio: A History of Italian Football, mis à jour en 2007 et disponible aux éditions HarperPerennial, il dresse un portrait complet, concis, passionnant et sans concession du football transalpin, dans lequel il discute ses clichés, ses joies comme ses peines avec une justesse admirable.
 


Anatomie du football italien

Calcio a history of italian football John FootSi l'on devait tenter de résumer l’essence que prête John Foot au Calcio, on dirait ceci: dans le football italien, seule la victoire compte, l’arbitre est partial à défaut d’avoir prouvé le contraire, les médias, les supporters, les pouvoirs industriels et politiques occupent une place écrasante, créant sans cesse la polémique. Voilà une liste d’idées que l’on pourrait qualifier de reçues, mais dont l’auteur certifie la réalité dans la culture populaire italienne. Cependant, l’ouvrage, au-delà de rapporter des faits avec précision, ne prend jamais la tangente et les interroge sans cesse. Avec son écriture concise et agréable, son style journalistique très précis sans être totalement détaché, et ses emprunts au lexique local, John Foot parvient à ne jamais tomber dans la caricature.
 

Il dresse plutôt un regard sans concession sur le football italien et de son histoire. L’ouvrage n’utilise pas de trame chronologique, mais préfère une approche par thème: origines, clubs et villes, ultras, violence, équipe nationale, politiques, arbitrage, médias, scandales, coaches, tactiques défensives, fantasisti, buteurs, étrangers, oriundi. Le tour d’horizon est très complet, remarquablement documenté, faisant référence à de nombreux ouvrages et utilisant des citations pour commencer la plupart de ses chapitres et de ses sections. En filigrane, il y a notamment Gianni Brera et son livre Storia critica del calcio italiano, ouvrage le plus connu de cette icône du journalisme sportif italien qui a longtemps entretenu une relation d'amour-haine avec Gianni Rivera, considéré par beaucoup comme le plus grand footballeur transalpin de l’histoire.
 


Un football décadenassé

John Foot ne se contente pas de ce panorama de l’environnement du football italien, et consacre par exemple des chapitres entiers à la science défensive et aux origines du catenaccio, aux coaches emblématiques (Nereo Rocco, Helenio Herrera, Arrigo Sacchi, etc.), aux meilleurs buteurs (Piola, Meazza, Riva, Totti...), aux fantasisti (Rivera, Mazzola, Baggio...) et aux joueurs étrangers. À propos de ces derniers notamment, il pointe du doigt en particulier la dure acclimatation des Britanniques à la rigueur et au coût de la vie en Italie [1], et souligne en général l’influence majeure de l’Angleterre sur le Calcio, de l’importation du jeu via le port de Gênes au complexe d’infériorité longtemps nourri à l’égard de la perfide Albion [2], en passant par le groupe mené par Herbert Kilpin, fondateur du Milan Cricket and Foot-Ball Club. Pertinent dans ses analyses socioéconomiques, John Foot l’est aussi quand il parle de football.
 

Le chapitre consacré à l’arbitrage et à l’attitude soupçonneuse nourrie par beaucoup est très intéressant, servi par de nombreux exemples, dont les plus marquants sont sans doute ceux de Byron Moreno et de Pierluigi Collina. Le premier est devenu un ennemi public après le huitième de finale du Mondial 2002 entre la Corée du Sud et l’Italie, tandis que le second a dû, à la suite de soupçons soulevés par ses contrats avec Opel – alors sponsor du Milan AC –, mettre fin à une carrière faite de combats pour la défense de sa neutralité. Ainsi, John Foot fait-il état de cette attitude consistant à “être contre”, assez présente en Italie, par exemple au travers de ces ultras qui supportent l’équipe adverse si cela peut empêcher le club rival d’être sacré.
 


Grandeurs et tragédies

L’auteur souligne d’ailleurs – tout en évitant de le juger – cet extrémisme qui a pu pousser par exemple les supporters de la Juventus à mimer régulièrement un avion qui s’écrase pour rappeler à leurs homologues du Torino le terrible accident du Superga, qui décima leur grande équipe des années 40. Les nombreuses pages consacrées à cette tragédie du 4 mai 1949 sont probablement les plus intéressantes du livre, les plus précises, les plus développées et les plus touchantes. John Foot y exerce avec talent son professionnalisme, mariant sobriété et exactitude. Les détails sont tellement nombreux et riches que l’on ne peut que saluer le travail effectué. Quelques pages plus loin, John Foot réitère avec le destin mouvementé du Stadio Filadelfia et le récit de la mort de Gigi Meroni.
 

La leçon première de l’ouvrage est finalement l’héritage lourd et l’attachement fort des Italiens à leur football, et l’histoire exceptionnelle du Torino est l’exemple le plus solide sur lequel le livre s’appuie. On regrette peut-être que la dernière partie traitant de la Nazionale manque de liant, de développement et d’anecdotes, bien qu’elle soit très précise sur certains matches marquants de la sélection. Il y a notamment l’élimination par la Corée du Nord et les tomates pourries en 1966, la demi-finale et l’imbroglio Rivera de 1970, le Mondial 2006 et le parallèle avec le Calciopoli – scandale parmi tant d’autres relatés dans un autre chapitre consacré à ces histoires qui ont secoué l’Italie du football. Ces récits valent réellement le détour car ils sont fournis en déclarations et en petites histoires qui font redécouvrir ces instants pourtant bien connus de la plupart.
 

En guise de conclusion, John Foot fait part de ses inquiétudes envers la place prise par l’argent dans le football en général, et dans les choix de carrière des jeunes joueurs en particulier. Si l'on pouvait s'attendre à un épilogue plus centré sur la culture et le jeu, on ne peut s’étonner non plus de ce parti pris, tant l’ouvrage consacre beaucoup d’énergie à examiner l’influence prise par la politique et le pouvoir dans le football italien. Par son souci de simplicité, d'exhausitivité et d’exactitude, Calcio: A History of Italian Football est un livre remarquable sur une culture et un football passionnés et passionnants, car terriblement humains. Et il ne sert à rien de tenter d’enlever la quatrième étoile sur la très jolie couverture alliant le drapeau italien et le célèbre cri de Tardelli: elle y est bien imprimée.
 


[1] Notamment Luther Blissett, Mark Hateley et Paul Gascoigne.
[2] Le récit de la “Bataille de Highbury” du 14 novembre 1934, entre les champions du monde italiens et les autoproclamés maitres anglais est à ce titre passionnant.

 

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