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Toni Turek

 

Überfan des footballs d’Allemagne et d’Autriche, passés et présents. Taulier de la Ventre Mou's League.


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La deuxième vie de Pasching

Plus fort que Guingamp et Quevilly: le FC Pasching, modeste club de troisième division, vient de gagner la Coupe d’Autriche en battant les trois meilleurs clubs du pays. Mais pour quel avenir?

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Le 30 mai, pour la première finale de Coupe jouée en semaine [1], l’Autriche a proposé une affiche déséquilibrée. D’un côté, l’Austria de Vienne: champion 2013 avec un record de 82 points, les meilleurs buteur (Hosiner, 32 buts – lire "Hosiner, un espoir pour l'Autriche") et gardien (Lindner) du championnat, le club de la capitale est le spécialiste de la Coupe, avec 27 trophées remportés en 36 finales. De l’autre, le FC Pasching: un club amateur de Regionalliga (D3), au palmarès vierge et à l’histoire récente… compliquée.
 


Une parenthèse dans l’élite

Pasching et le haut niveau, ce n’est pas nouveau: ce bourg de 6.500 habitants voisin de Linz (Haute-Autriche, au nord du pays) a connu l’élite du foot autrichien de 2002 à 2007: cinq saisons plutôt réussies, pendant lesquelles l’ASKÖ Pasching, alors renommé en FC Superfund Pasching à cause de son sponsor, s’est toujours classé entre les troisième et cinquième places, se qualifiant pour la finale de l’Intertoto en 2003, puis trois fois pour la C3, sans toutefois réussir à en franchir le moindre tour.
 

Le changement intervient en 2007. Énervé par les diverses affaires qui ternissent alors le football dans le pays, et mécontent des faibles affluences liées en partie à la forte concurrence régionale du LASK Linz et du SV Ried, le président du club fait voter son déménagement à Klagenfurt, permettant à la nouvelle entité, l’Austria Kärnten, de remplacer Pasching dans l’élite [2]. Au terme d’une décennie florissante qui l’a vu passer du cinquième niveau du football autrichien au rang de qualifié européen régulier, le petit club de Pasching doit repartir chez les amateurs.
 

Heureusement, Pasching n’a pas à redémarrer ab initio: un "partenaire" est trouvé en cinquième division, le SV Wallern, qui lui évite un nouveau départ au plus bas niveau. Sacrée championne de son groupe en 2008, l’entité hybride de Pasching/Wallern se scinde en deux comme prévu à sa création: Pasching remonte seul en quatrième division, devenant le FC Pasching nouvelle version, tandis que le SV Wallern repart lui au niveau de la réserve – une dégradation sportive compensée par un dédommagement financier conséquent [3].
 


Un nouveau sponsor

Le FC Pasching ne s’attarde pas en quatrième division. Il obtient dès son premier passage en 2008/09 sa montée en Regionalliga – un rang connu par son prédécesseur de l’ASKÖ dix ans plus tôt. Avec une équipe composée d’amateurs et d’ex-professionnels – parmi lesquels les quadragénaires (!) Josef Schicklgruber et Eduard Glieder, qui y finiront leurs carrières – le club termine premier de son groupe de Regionalliga en 2010. Mais il ne remonte pas en Erste Liga (D2), car il ne remplit pas une condition nouvellement établie par la Ligue autrichienne. Pour monter chez les pros, un club amateur doit avoir joué au moins trois saisons dans les divisions gérées localement (D4 et plus bas). Or, le FC Pasching n’y a évolué que deux ans! Ainsi, pour être monté "trop vite", le FC Pasching se voit stoppé dans sa progression.
 

Décevant sixième en 2011, la faute à une attaque anémique, Pasching ne va plus bien. Le club perd son sponsor Superfund, et doit laisser partir nombre de ses joueurs, pour miser sur ses propres réservistes de 16-18 ans et quelques autres joueurs exclusivement amateurs. Relégable et menacé, Pasching voit l’arrivée de Red Bull début 2012 comme un miracle: le groupe Red Bull, déjà propriétaire du club de Salzbourg, devient le nouveau sponsor principal du FC Pasching, et fait venir comme entraîneur Baumgartner, jusque là en charge de l’équipe réserve de Salzbourg. Avec les renforts de joueurs plus expérimentés (Berger, Grasegger, Perchtold, Sobkova) propulsés titulaires dès leur arrivée, et de joueurs prêtés par la réserve de Salzbourg (Staudecker, Öttl, Ozegovic, Katnik), la conclusion est heureuse: le FC Pasching version Red Bull sauve sa place en Regionalliga à l’ultime journée.
 

Avec Red Bull aux finances, budget et ambitions du FC Pasching sont revus à la hausse. Le club vert et noir fait signer d’autres anciens joueurs de l’élite revanchards: le défenseur Prettenthaler, le milieu Krammer, les buteurs Mössner et Casanova renforcent les rangs de l’équipe. Avec Baumgartner toujours aux commandes, et un effectif aguerri et conquérant, le FC Pasching joue le haut du tableau et lutte jusqu’au bout pour la première place en vue des barrages, qu’il rate finalement au profit du poids lourd voisin, le LASK Linz. Partie remise pour 2014?
 


La magie de la Coupe

Plus que son parcours en championnat cette saison, c’est celui en ÖFB-Samsung-Cup qui va révéler Pasching. Vainqueur d’abord à domicile de l’Austria Salzbourg (D3, 2-1), de l’Austria Lustenau (D2, finaliste 2011, 3-2 a.p.) puis de l’Austria Klagenfurt (D3, 2-1), Pasching doit lutter pour s’imposer chez les meilleurs clubs de l’élite: 1-0 chez un Rapid de Vienne décevant en quarts, puis 2-1 chez des Red Bull Salzbourg favoris et titrés en 2012 mais affaiblis par les rotations.
 

Pour sa première finale, Pasching se voit opposé à l’Austria de Vienne, favorite en lice pour un onzième doublé. Mais sur le terrain du Ernst-Happel-Stadion, devant plus de 16.000 spectateurs, la différence de deux divisions ne se voit pas, et c’est un FC Pasching quasi-professionnel opérant surtout en contres qui ouvre le score. Une tête gagnante de Sobkova offre son premier trophée à Pasching, qui entre dans l’histoire aux dépens d’une Austria fatiguée par sa saison et décevante à la conclusion de ses occasions – à croire que l’équipe violette ne s’était pas remise de la fête de son sacre en championnat intervenue… l’avant-veille.
 

 



 

Le FC Pasching devient ainsi le quatrième club autrichien hors élite, le premier de troisième division, à remporter la Coupe nationale. Un résultat meilleur que ceux de son prédécesseur feu l’ASKÖ Pasching, qui lui vaut aussi un ticket européen, sous réserve que celui-ci soit validé par l’UEFA. En effet, un club ne peut pas être présent sur la scène européenne si son propriétaire a déjà un club engagé. L’astuce pour contourner le règlement ici est que Red Bull, propriétaire du FC Red Bull Salzbourg, n’est "que" sponsor principal d’un FC Pasching dont il finance le budget à plus de 80%.
 


Dans le réseau Red Bull

Le FC Pasching ne compte pas investir cet été en prévision de l’Europa League. Si ce succès en Coupe plaît, évidemment, la priorité reste de monter en deuxième division. Cela permettrait à Red Bull d’avoir en "sous-marin" une autre équipe parmi les pros – chose impossible avec la réserve officielle de Salzbourg (les Red Bull Juniors) depuis 2010 et l’interdiction des réserves au sein des deux premières divisions. On relèvera le fait que l’extension de la galaxie Red Bull ne se limite pas à Pasching. L’an passé, l’USK Anif est devenue le FC Liefering [4], et sert officieusement d’équipe réserve à Salzbourg depuis – les trois quarts de l’effectif de Liefering viennent des Red Bull Juniors! – pendant qu’en parallèle le "nouveau" FC Anif est couplé, lui officiellement, aux Red Bull Juniors.
 

De cette entente, tout le monde sort gagnant. D’abord Anif, dont les dirigeants craignaient une descente à cause de pépins économiques, et qui voient son avenir assuré en Regionalliga avec ce partenariat avec Red Bull. Ensuite Red Bull, qui avec Liefering et Pasching, a vu dès 2012 deux possibilités d’avoir une équipe prochainement en deuxième division. Sportivement (et un peu financièrement aussi), le succès en Coupe de Pasching est un bonus. Mais au final, le foot est peut-être un peu perdant. Car comme Anif, le FC Pasching n’est plus qu’un pion dans le jeu du groupe Red Bull, et pour les dirigeants du foot autrichien, que ce soit à court terme (le club passera-t-il un tour en Europa League?) ou à moyen terme (jusqu’où va s’étendre Red Bull?), plus que les motifs de satisfaction, ce sont les interrogations qui dominent.
 


[1] La finale a démarré à 16h30, ce qui est habituel, mais s’est jouée un jeudi au lieu d’un dimanche, ce qui l’est moins. Voilà qui n’aidera pas à l’augmentation des faibles affluences déplorées dans ce tournoi, dont le format sera bientôt réformé.
[2] L’Austria Kärnten ne vivra que trois ans (lire "Live and Let Die / 1").
[3] Le SV Wallern a enchaîné les accessions depuis, au point de rejoindre le FC Pasching en troisième division dès 2012.
[4] Du nom du quartier de Salzbourg où est sise l’académie Red Bull. L’entraîneur du FC Liefering est l’Allemand Peter Zeidler (ex-FC Tours).

 

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