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Christophe Zemmour

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Un modèle allemand

Un neuf au plat

Le rôle de l'avant-centre est un de ceux qui ont le plus évolué dans le football contemporain. Au point qu'on ne le reconnaisse plus, voire qu'il disparaisse?

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Les demi-finales aller de la Ligue des champions 2012/13 ont vu les équipes phares de la Liga, le FC Barcelone et le Real Madrid, subir de lourdes défaites face à leurs homologues allemandes, respectivement le Bayern Munich et le Borussia Dortmund. Quatre buts encaissés à chaque fois, dont un pour l’attaquant de pointe bavarois Mario Gomez et un quadruplé pour Robert Lewandowski. Des réalisations empreintes des qualités que l’on prête aux joueurs dits de surface: placement optimal et anticipation qui donnent un temps d’avance décisif sur le défenseur, efficacité maximale dans le contrôle, le dribble et la frappe, intuition et chance pour être à la récupération des ballons qui trainent.
 

De quoi se remémorer le bon souvenir des attaquants avant tout buteurs et renards de surface qui se font de plus en plus rares. Pourtant, Lewandowski évolue dans un rôle de 9-10, ni complètement avant-centre, ni totalement meneur. Ce positionnement n’est pas sans évoquer les fameux dézoneurs-déserteurs de surface, Karim Benzema et Nicolas Anelka – pour ne citer que des exemples proches et en déficit chronique d’efficacité devant le but. À vrai dire, que sont devenus les pointards?
 

 


 


La loi du milieu

Les Dé-Managers avaient évoqué leur cas en janvier, au travers des “renards des couloirs”: les meilleurs buteurs actuels sont un ailier reconverti (Lionel Messi) et un en activité (Cristiano Ronaldo). Les systèmes actuels du type 4-2-3-1 font peut-être la part trop belle au milieu du terrain, esseulant l’avant-centre et lui imposant des consignes et des approvisionnements en ballon qui ne favorisent pas sa vocation première – marquer des buts. Une tendance récente a même été à la suppression de l’attaquant, ou du moins à des formations sans homme de métier à ce poste: l'Espagne l’a fait à l'Euro 2012 avec Cesc Fabregas, Guardiola la saison dernière avec le Barça (lire "Le football sans attaquant"). À ceci près que l’on peut voir en Messi, malgré sa propension à décrocher, cet avant-centre marquant aussi des buts de joueur de surface.
 

La vraie question à se poser est: que reste-t-il des numéros 9 canoniques, dans ce mouvement vers l’indifférenciation et l’hybridation des postes? Mario Gomez, par sa carrure, se veut de la classe des attaquants puissants, difficiles à bouger, habiles dans les airs, non sans être doté d’une panoplie technique lui permettant d’éliminer et d'enchaîner sur de lourdes frappes (voir son doublé face aux Pays-Bas à l’Euro 2012). Moins efficace, moins technique et plus discuté, Brandao se distingue surtout par une pression constante face à la première relance adverse et par une agressivité certaine à l'impact. Ses détracteurs ne finissent pas de moquer sa technique limitée, que ce soit avec le ballon ou face au but.
 

Fernando Torres, brillant lors de sa période liverpuldienne, est en perte de vitesse malgré une place de meilleur buteur à l'Euro 2012 plutôt incongrue, compte tenu de sa baisse de régime et de la formation choisie par Del Bosque. De même, Samuel Eto’o, très certainement l’un des meilleurs attaquants depuis Ronaldo, est parti vendre en Russie ses qualités permettant à la fois de jouer haut en phase défensive et en profondeur lorsque son équipe est à l’initiative. Idem pour Didier Drogba et son profil de combattant depuis son départ glorieux de Chelsea. Le prolixe Ibrahimovic est un aimant à ballons, atout autant qu’inconvénient pour son équipe. Son début de saison canon avait redonné une visibilité intéressante au poste, mais Falcao n’a pas tenu le rythme de Messi et Cristiano Ronaldo...
 


Victimes de la mode

Il faut peut-être remonter à la fin des années 90 pour voir un tournant dans les stéréotypes de l’attaquant. L'avènement des joueurs spectaculaires, notamment l’artilleur Batistuta, le désaxé Henry, le dribbleur et sprinteur Ronaldo, le vif et flirteur Owen ou le friand d’espaces Chevtchenko, a ringardisé le numéro 9 à l'ancienne. La grande qualité technique des suscités leur a permis d’occuper plus de place sur le terrain, de ne plus se contenter d’offrir un point d’ancrage positionné haut. Surtout, elle a raisonnablement contrasté avec l'allure souvent inélégante des Koller, Crouch, Heskey, et autre Inzaghi ou Trezeguet.
 

Pour ne parler que de ces deux derniers, Pippo s'en est un peu mieux sorti dans la durée grâce notamment à des systèmes de jeu (4-3-1-2, 4-3-2-1) permettant à l'attaquant de s’atteler à ses tâches offensives, aidé en cela par une défense à quatre et un milieu de terrain très dense disposé en deux lignes. Trezeguet a eu la carrière torturée qu'on lui connaît, son profil de pur joueur de surface posant problème dans les dispositions tactiques du type 4-2-3-1 ou 4-4-2 avec milieux excentrés. Ses caractéristiques semblent d'un autre âge, bien que d’une efficacité assez peu comparable.
 

Des attaquants authentiques, souvent moches mais redoutables et obsédés avant tout par le devoir du but, l’école allemande en a fourni beaucoup: Gerd Müller, Horst Hrubesch, Oliver Bierhoff, Rudi Völler. Tous appartiennent au passé, de même que le voûté Zbigniew Boniek, et semblent faire partie d’une espèce en voie de disparition, parce que relevant d'une spécialisation et d'un rôle qui semblent être devenus obsolètes.

 

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