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Les hommes de Shanghai

« Après, cela a été un raz-de-marée »

Il y a 31 ans, l'AS Saint-Étienne connaissait sa dernière grande saison, mais elle avait le goût de la défaite. Patrick Battiston se souvient de la finale de Coupe perdue face à Paris.

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Saint-Étienne, finaliste malheureux de la précédente édition de la Coupe de France, termine deuxième du championnat 1981/82. Cette finale 1982 est-elle une revanche?
Non. En 1981, nous avions manqué le coche face à Bastia, faute de fraîcheur. Là, c'est différent. Cette fois, nous ne sommes pas champions et il y a la perspective valorisante de la Coupe des coupes. Nous avons donc intérêt à gagner cette finale, c'est un beau challenge. Mais pas une revanche, même s'il est désagréable de perdre une finale: c'est surtout qu'on n'a pas envie d'en perdre une seconde...
 

L'ASSE est finaliste européen en 1976, elle est championne en 1981, elle joue régulièrement en coupe d'Europe... Vous aviez l'expérience des matches à enjeu. Est-ce que ça change l'approche du match?
Oui et non. Nous jouons contre le PSG au Parc des Princes, et nous nous attendons à voir le public les soutenir. Saint-Étienne a une certaine maîtrise, que j'ai ressentie quand je suis passé de Metz à Saint-Étienne, mais une finale reste une finale, son appréhension est différente. C'est particulier: chacun l'aborde à sa façon. Il ne faut pas redouter ce qui va se passer, ne pas se poser trop de questions. C'est mon sentiment en tout cas.
 

 


(photo via http://thevintagefootballclub.blogspot.fr)

Quel est le discours de l'entraîneur Robert Herbin?
Avec lui, nous devons nous responsabiliser et jouer en fonction de nous-mêmes. Nous partons du principe de ne pas tenir compte de l'adversaire, sauf sur certaines rencontres comme à Hambourg en coupe d'Europe [1].
 

Paris Saint-Germain est alors une grosse équipe au rendement moyen (7e en championnat). De qui fallait-il se méfier?
Paris avait pas mal de bons joueurs: Surjak, Rocheteau, Baratelli, Fernandez. Des joueurs du cru, d'autres qui connaissaient bien Saint-Étienne. Ils étaient avides de résultats.
 

Le conflit entre le président Roger Rocher et l'entraîneur Robert Herbin est déjà connu de tous. C'est le prélude à l'affaire de la Caisse noire. Comment les joueurs géraient cette situation?
C'est désagréable. On se concentre sur le terrain, mais indirectement, on perçoit bien les tensions. Il n'y a pas de sérénité.
 

Quels souvenirs gardez-vous du match? La défaite est-elle logique ou avez-vous beaucoup de regrets?
Des regrets. On aurait pu rectifier le tir sur les buts encaissés. Le but de Rocheteau est évitable. Et puis nous avons eu des situations favorables, avec une bonne maîtrise. Mais il aurait fallu rester vigilant.
 

Pouviez-vous penser qu'il s'agissait du dernier match de la grande époque?
Non, même si on sent le changement venir. Après, cela a été un raz-de-marée.
 

Deuxième en championnat et finaliste de la Coupe de France, la saison 1981/82 est-elle satisfaisante?
Il y a un goût d'inachevé, car l'objectif du titre n'est pas atteint. Puis, la Coupe des coupes, cela aurait été bien aussi... Nous sommes quand même européens, mais nous pouvions faire mieux.
 

La perspective de participer à la Coupe du monde en Espagne vous a-t-elle aidé à surmonter la déception?
Il faut faire la part des choses, mais le soir de la défaite, c'est terrible, toute cette déception. La soirée est triste, pesante... On passe ensuite à autre chose pour la Coupe du monde, ça aide.
 

Vous faites quoi, samedi soir?
Qu'est-ce que je fais samedi soir? Je serai devant mon écran pour un beau mach. J'espère que ce sera une belle fête du football. Quand on est passé par un club, ça marque, ça ne laisse pas indifférent. Saint-Étienne reste Saint-Étienne, on y vit le football d'une autre façon. La ferveur n'est jamais retombée, c'est là que j'ai remporté mon premier titre. Et puis j'y ai des amis comme Dominique Rocheteau.
 

Vous ne voulez pas dire "Je serai pour Saint-Étienne"?
Si, je serai pour Saint-Étienne. Mais surtout, ce qui me plaît, c'est l'enthousiasme. Le football, c'est le plaisir, c'est la lumière dans les yeux des jeunes, qu'on ne voit plus chez certains. Ça devrait être naturel, c'est la base. La vérité, elle est là. Quand j'ai été champion de France, il y avait le plaisir de travailler les uns avec les autres, l'honneur du maillot. Les résultats venaient du bien-être de tout le monde.
 

Propos recueillis par Grégory Charbonnier
 

[1] Le 26 novembre 1980, en huitièmes de finale aller de la Coupe de l'UEFA, Saint-Étienne s'était imposé 5-0 au Volksparkstadion.
 

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