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Christophe Zemmour

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Jouer c'est tromper

L'arrière latéral est souvent gauche

On laisse trop souvent les latéraux de côté, à un poste ingrat et mal éclairé. Sortons-les des couloirs et donnons-leur des ailes.

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L’arrière latéral est souvent un footballeur dénigré, voire oublié, en particulier par les récompenses individuelles – hormis le Ballon de Plomb qui n'a pas lésiné sur les maladroits et les rugueux en sacrant Francis Llacer, Bernard Mendy et Yohann Démont. Mais pourquoi? Son isolement sur le côté, loin du cœur du jeu où se voient et se distinguent mieux les performances et où pense, souvent à tort, que se décide le cours du match, constitue un début d’explication. Son rôle laborieux, parfois ingrat, n’en fait pas non plus un artiste des plus prisés et paradoxalement, l'évolution moderne du poste, qui l'a conduit à se substituer aux ailiers centreurs, l'a obligé à endosser un rôle plus offensif (avec une dépense physique considérable)... tout en l'exposant aux reproches de désertion défensive. On trouve ainsi dans cette catégorie – celle des Éric Sikora et des Arnaud Le Lan – plus de "joueurs de devoir" appréciés des supporters que de starlettes qui feront le bonheur des agents.
 

D’aucuns pensent qu’il s’agit de footballeurs reconvertis, de moindre importance, de ceux qu’on choisit en dernier pour former une équipe. Et de fait, être arrière latéral est rarement une vocation. Pour ne citer qu’eux, Bixente Lizarazu, Fabio Grosso, Lilian Thuram, Giacinto Facchetti, Éric Di Meco ou encore Éric Abidal y ont connu une reconversion heureuse. Mais il s’agit là d’un difficile travail de fond, bien que plus accessible aux gens de moindre technique que les autres postes, du fait de son offre et de son exigence de relance plus restreintes et d’un placement facilité par la complice ligne de touche. Entre le défenseur central qui lui crie dessus pour le rappeler à ses tâches défensives lorsqu’il ose monter, l’alignement sur les coéquipiers pour mettre l’attaque adverse hors-jeu, il faut parfois au latéral trois yeux et un bon contrôle de ses nerfs.
 


FC Polyvalence

Et la différence entre un bon arrière latéral et un mauvais arrière latéral, c’est que le bon sait aussi monter et donner sa pleine mesure dans le registre offensif. Il est par exemple le seul à occuper le couloir dans les systèmes à forte densité axiale. Dans le 4-3-2-1 de Carlo Ancelotti, quel que soit le côté vers lequel le jeu penche, il se doit de monter systématiquement pour apporter de la largeur et permettre les renversements. L’illustre Cafu, héritier d’une grande tradition brésilienne, a ainsi joué un rôle clé dans ce Milan-là, ainsi qu’au sein de l’AS Roma de Fabio Capello championne d’Italie en 2001 – qui utilisait un 5-3-2 où l’arrière latéral devait être à la fois défenseur, milieu et ailier. Devant fermer la marche lorsque l’adversaire attaque depuis le côté opposé, il prouve ainsi qu’il peut lui aussi être un élément fondamental de la construction de l’équipe.`

 


 

Ceci dénote surtout l'exigence d'une rare combinaison de qualités tactiques, physiques et techniques. C'est d'ailleurs au travers de cette polyvalence que l’arrière latéral a conquis une meilleure reconnaissance. Paolo Maldini a ainsi été un défenseur charismatique, adroit des deux pieds, pouvant évoluer sur l’aile ou dans l’axe. Manuel Amoros possédait une frappe de balle faisant de lui un idéal droitier à gauche (on se souvient qu'il trouva la barre transversale à la dernière minute du France-RFA de Séville). Dani Alves évolue actuellement dans un registre proche de Cafu et de Roberto Carlos, puissants joueurs de débordement et de contre-attaque, mais ses lacunes défensives lui valent d’être positionné plus haut en sélection du Brésil, devant Maicon. Philipp Lahm est d’une école plus disciplinée et sait allier facultés défensives à de remarquables qualités de centre, de frappe et de débordement, comme en ont pu détenir avant lui Bixente Lizarazu ou Willy Sagnol.
 


Un héros tragicomique

José-Karl Bové-Marx avait évoqué ici même la malédiction de l’arrière gauche au moment du penalty. Même pas six mois plus tard, Fabio Grosso le faisait mentir et offrait une Coupe du monde à l’Italie. Depuis, Lahm s’est fait passer devant par Fernando Torres lors de la finale de l’Euro 2008, l’Italien est devenu un joueur raillé et emprunté, Ashley Cole a mis son péno en finale de la C1 2011/12 mais l’a raté face à l’Italie la même année, et Willy Sagnol a connu une fin de carrière internationale embarrassante. La malédiction a surtout frappé en coulisses: Patrice Évra est toujours à la recherche de la taupe de l’équipe de France, tandis qu’Éric Abidal a dû être opéré puis greffé à cause d’une tumeur hépatique. Paolo Maldini a quitté définitivement les terrains, non sans rester brouillé avec les ultras de la Curva Sud.
 

La vérité s'impose: l’arrière latéral est un héros tragicomique. Sinon, comment expliquer les superbes reprises de volée de Llacer et de Jambay? Comment se persuader que Lilian Thuram a mis un doublé en demi-finale de Coupe du monde? Comment expliquer la présence de Pascal Chimbonda dans le groupe France 2006? Cette caste est faite de gars attachants, centrant où ils le peuvent. Et même si c’est au troisième poteau, on continue à les aimer. Il y a en eux une sympathie et une naïveté que leur talent ou leur maladresse entretiennent. C’est comme avec les ex: avec le temps, seuls les bons souvenirs restent. De Roberto Carlos, on retiendra surtout les longues touches, le coup franc face à Barthez et même le débordement qu’il prit de la part de Bernard Mendy restera amusant, bien que dénotant de ses qualités défensives moindres. De Taye Taiwo resteront les coups francs tirés dans le mur, les placements hasardeux ou les buts venus d’ailleurs, enfin si, de son pied gauche. Son retard face à Zagorakis entretiendra toujours un peu de compassion pour le désormais énervant Lizarazu. Comme quoi, il y a vraiment du bon dans ces bonhommes de footballeurs.

 

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