auteur
Gilles Juan

 

Il écrit sur Deux pieds décollés pour parler de football et sur Blog#66 pour tout le reste.


Du même auteur

> article suivant

Revue de stress #6

> article précédent

Alexander Frei, le feu au lac

> article précédent

Le supporter, surprenant bourrin

Simulation, piège à cons ?

Le carton rouge de Florent Balmont lors de OM-LOSC ravive le débat. Mais la simulation, est-ce que c'est si mal, et si oui, pourquoi?

Partager


Simuler, dit Le Robert, c’est "faire paraître comme réel, effectif (ce qui ne l’est pas)". C’est facile à faire: quelques contractions musculaires, un cri ou deux, suivis d’un laisser-aller accentué, et le tour est joué.

 


Éloge de la simulation

La simulation fonctionne tellement bien, que la FIFA tente d’incruster un arbitre voyeur dans chaque surface de réparation. D’autres en appellent à la vidéo, mais elle n’y fera rien: d’une part, une image n’est pas un meilleur œil que celui de l’arbitre pour jauger l’intensité d’un impact, d’autre part une image signifie toujours un cadrage (le tirage de maillot pourra rester hors-champ), et quand bien même un choc se déroule dans le plan, le découpage image par image peut manquer la fraction de seconde du contact (mais ce n’est pas le lieu pour discuter du paradoxe de Zénon). Les supporters des camps opposés trouvent d’ailleurs toujours dans la même image la "preuve du contact" entre gardien et attaquant pour les uns qui veulent penalty, ou la "preuve que l’attaquant en a rajouté" pour les autres qui dénoncent l’attaquant. En bref, comme il n’est pas si malaisé pour le joueur de ne pas se faire remarquer, et comme les fruits récoltés sont intéressants, il n’y a aucun moyen d’éradiquer la simulation.

 

 

 

 

Mais peut-être faut-il s’en réjouir? Plébisciter la simulation? Les arguments ne manquent pas: la simulation "fait partie de la vie"… Il faut arrêter de vouloir que le football soit complètement clean, pas seulement parce que c’est utopique, mais parce qu’il serait regrettable que le football soit aseptisé… La simulation, comprise comme exploitation potentiellement subtile de l’éventuel manquement du juge, est une arme intéressante, polémique, qui nécessite habileté et indifférence au qu’en-dira-t-on… Enfin, le carton jaune promis au resquilleur rééquilibre les débats: puisque simuler s’expose désormais à une sanction plus forte, l’acte présente désormais un vrai risque; il est encore plus noble.

 

Si on entre dans le détail de la psychologie des adeptes de la simulation, on doit par ailleurs identifier plusieurs catégories de motivations, qui démontrent toute la subtilité de cette prise d’initiative. On peut répertorier autant de motivations que de soirs de la semaine:

 

1. L’auto-excitation. On trompe son monde et on s’en réjouit.
2. En rajouter avec confiance, pour obtenir finalement un super dernier coup, très franc.
3. La honte de se sentir anormal peut pousser à simuler, aussi.
4. La peur d’être abandonné est parfois mentionnée (attention: si la simulation ne prend pas, on se sent encore plus seul)
5. On ne veut pas faire de la peine à son partenaire. Il avait tout donné dans une passe, mais elle restait cependant incontrôlée et incontrôlable. Il s’agit de lui laisser entendre qu’il avait bien joué le coup.
6. On peut obtenir, en simulant, que l’autre parte plus vite à la douche.
7. Enfin, la répétition des simulations peut faire venir le tir au but, que l’arbitre n’aurait peut-être pas osé exiger s’il n’y avait déjà eu des cas litigieux. Le témoignage de Solange sur aufeminin.com est sans ambiguïté: "J'ai toujours entendu dire que c'était nul de simuler, que l'on trompait son partenaire. Mais moi, je simule souvent. Parfois parce que je suis fatiguée, et souvent simplement parce que si je simule, j'en ai un orgasme qui suit, un vrai cette fois, et il vient facilement. Si je ne simule pas, j'ai rarement un vrai orgasme !"

 


Si l’arbitre est débutant, il ne saura pas trop dire s'il a affaire à du réel ou du simulé. Mais même avec de l’expérience il peut être trompé, car plus les joueurs simulent, mieux ils simulent. D’autant que dans le même temps, plus l’arbitre gagne en maturité plus il aime mettre le sifflet à la bouche.

 

 


Critique de la simulation

Pour ces raisons et pour d’autres encore, on croyait le respect de la simulation bien ancré dans le football professionnel, mais voilà que les critiques de Valbuena, qui en a vraisemblablement rajouté sur la faute de Balmont ce week-end, apportent un rééquilibrage des débats: jusqu’à présent, il ne venait à l’idée de personne de disculper intégralement l’arbitre et de dénigrer exclusivement le joueur.

 

Le vent tourne donc. Alors hissons les voiles. Sans même envisager les allégations toujours suspectes sur "l’honnêteté" ou la "morale", c’est un argument bêtement pragmatique que l’on fera valoir pour accuser le simulateur. Les succès de la simulation pervertissent l’effort fondamental du footballeur. Le renoncement, la cabriole, obtiennent tellement de bénéfices, qu’il ne va plus de soi de privilégier la persévérance (lutter épaule contre épaule), le dépassement de soi (se relever pour poursuivre son action, réaliser une passe décisive en s’arrachant au sol), la volonté de se tenir droit (et dévier de la tête le dégagement de son gardien).

 

Mais faire de temps en temps une petite simulation remet-il en cause ces habituels objectifs-là? On peut craindre que la simulation ne soit pas une "option". Une situation litigieuse (une lutte avec un défenseur à l’entrée de la surface, par exemple) ne laisse pas le temps de considérer une alternative (tomber ou se tenir droit?): si le "choix" de la simulation est fait dans des circonstances aussi fugaces, c’est qu’il n’est déjà plus un choix, mais une tendance, une manière, une nature. Et rien n’est plus insupportable que de voir un joueur tomber négligemment alors qu’on sentait bien que s’il n’avait eu, comme seul et unique objectif, que d’aller au bout de son action, il l’aurait eu, son opportunité de mettre une frappe cadrée.

 

Simuler: on appelle parfois cela "le métier". Il est vrai que la simulation est l’arme exclusive de ceux pour qui le football est le métier: le football amateur ne connaît pas la simulation, ou alors avec dérision. Lorsqu’on fait face au défenseur amateur et que l’arbitre n’est plus là, il n’y a plus personne d’autre à tromper que soi-même. L’autre sait s’il a fait faute ou pas.

 

Tandis que l’amateur qui en rajoute est raillé par ses collègues, il semblerait, chez les pros, que partenaires et entraîneurs excusent facilement le simulateur: ils lui doivent un péno, une expulsion, etc. Réalisent-ils que leur partenaire, pour obtenir de temps en temps satisfaction en simulant à la perfection, joue vraisemblablement avec l’idée de se défiler dès que possible, préférant lutter contre l’arbitre plutôt que contre lui-même et contre l’adversaire?
 

Partager

> sur le même thème

De la chance au tirage

Les règles et l'arbitrage


Jérôme Latta
2014-08-21

Morale du coup de boule

Une Balle dans le pied – Le coup de tête de Brandao a réuni, un bref instant, le provoqué et le provocateur, mais c'est bien le premier qui sera seul sanctionné. Si la faute de l'un est plus grave, l'impunité de l'autre doit-elle être remise en cause? 


Jérôme Latta
2014-06-20

Le football sous l’empire des images

Une Balle dans le pied – Le "réarbitrage" systématique, l'exploitation des polémiques et les gadgets comme le révélateur de hors-jeu gâchent le plaisir du football, et témoignent de sa cannibalisation par la machine télévisuelle.


Gilles Juan
2014-06-18

La vidéo prouve tout (et son contraire)

Quelques exemples simples et arguments simples pour montrer que la vidéo n’est – tout simplement – pas la bonne solution pour l’arbitrage. [Attention, cet article demande au lecteur un peu de bonne foi] 


>> tous les épisodes du thème "Les règles et l'arbitrage"

Sur le fil

Révisez le Clasico : en 1936, la parade légendaire de Ricardo Zamora. http://t.co/L80lfsH3OV http://t.co/IBv0E4oVhQ

Immanquablement, cette lucarne devait susciter des légendes à la hauteur. http://t.co/fMMEWQHyqY http://t.co/85fv7oOlKq

Le week-end est officiellement lancé. Revue de stress : http://t.co/veuJjGmkY2

Les Cahiers sur Twitter

Le forum

Scapulaire conditionné

aujourd'hui à 14h37 - Edji : Bouuuuuhhhhh ! Ouuuiiiiinnnn ! >>


O TéFéCé

aujourd'hui à 14h36 - r_v_matou : Perso j'aime bien l'animation de Bagatelle mais c'est vrai que je n'y vis pas. Pour le match, le... >>


Marinette et ses copines

aujourd'hui à 14h25 - impoli gone : 0-2 , après un but sur corner csc tellement elles ont peur de Wendie et un joli contre avec... >>


Le fil éclectique

aujourd'hui à 14h19 - newuser : Je fais un doublon par rapport au fil chansons parce qu'on sait jamais. Pardon aux familles et... >>


CDF sound system

aujourd'hui à 14h15 - newuser : Bonjour à tous, Je viens vers vous parce que j'ai une demande un peu particulière. Je viens de... >>


CdF Omnisport

aujourd'hui à 14h06 - Rolfes Reus : [Vélo] Au vu de mes déboires avec la course à pied que je n'ai pas tellement envie de... >>


Le Ch'ti forum

aujourd'hui à 14h03 - Wallemme Six Yeah : Pour Bourigeaud je ne sais pas. Je me renseigne pas trop sur ces sujets, c'est un coup à vouloir... >>


Observatoire du journalisme sportif

aujourd'hui à 13h56 - Aguero Gorille : Je sais pas ce qui est le plus déprimant, le ciel gris parisien un samedi après midi ou les... >>


Ligue Europe, la coupe de l'UEFA

aujourd'hui à 12h50 - Le Meilleur est le Pires : Merci pour ces tableaux! où l'on aperçoit que le Liechtenstein est à la 31e place cette... >>


Café : "Au petit Marseillais"

aujourd'hui à 12h39 - COQ-TEL : Morel, Nkoulou et Ayew sont menacés en cas de troisième carton ce dimanche, ils pourraient être... >>


Les brèves

Mein Camphre

"Allemagne : c'est grave docteur ?" (lequipe.fr)

FA show

“La FA veut réduire le nombre d'étrangers.” (lequipe.fr)

Dunga, une file

"La révolution Dunga est en marche." (lequipe.fr)

La bique enculée ?

"Non, l'Etat islamique ne sodomise pas de chèvres." (libé.fr)

Adolf Fitness

"La moustache douteuse de José Enrique." (lequipe.fr)