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Gilles Juan

 

Footballeur du dimanche et philosophe de comptoir. @Gilles_Juan


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Le supporter, surprenant bourrin

Simulation, piège à cons ?

Le carton rouge de Florent Balmont lors de OM-LOSC ravive le débat. Mais la simulation, est-ce que c'est si mal, et si oui, pourquoi?

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Simuler, dit Le Robert, c’est "faire paraître comme réel, effectif (ce qui ne l’est pas)". C’est facile à faire: quelques contractions musculaires, un cri ou deux, suivis d’un laisser-aller accentué, et le tour est joué.

 


Éloge de la simulation

La simulation fonctionne tellement bien, que la FIFA tente d’incruster un arbitre voyeur dans chaque surface de réparation. D’autres en appellent à la vidéo, mais elle n’y fera rien: d’une part, une image n’est pas un meilleur œil que celui de l’arbitre pour jauger l’intensité d’un impact, d’autre part une image signifie toujours un cadrage (le tirage de maillot pourra rester hors-champ), et quand bien même un choc se déroule dans le plan, le découpage image par image peut manquer la fraction de seconde du contact (mais ce n’est pas le lieu pour discuter du paradoxe de Zénon). Les supporters des camps opposés trouvent d’ailleurs toujours dans la même image la "preuve du contact" entre gardien et attaquant pour les uns qui veulent penalty, ou la "preuve que l’attaquant en a rajouté" pour les autres qui dénoncent l’attaquant. En bref, comme il n’est pas si malaisé pour le joueur de ne pas se faire remarquer, et comme les fruits récoltés sont intéressants, il n’y a aucun moyen d’éradiquer la simulation.

 

 

 

 

Mais peut-être faut-il s’en réjouir? Plébisciter la simulation? Les arguments ne manquent pas: la simulation "fait partie de la vie"… Il faut arrêter de vouloir que le football soit complètement clean, pas seulement parce que c’est utopique, mais parce qu’il serait regrettable que le football soit aseptisé… La simulation, comprise comme exploitation potentiellement subtile de l’éventuel manquement du juge, est une arme intéressante, polémique, qui nécessite habileté et indifférence au qu’en-dira-t-on… Enfin, le carton jaune promis au resquilleur rééquilibre les débats: puisque simuler s’expose désormais à une sanction plus forte, l’acte présente désormais un vrai risque; il est encore plus noble.

 

Si on entre dans le détail de la psychologie des adeptes de la simulation, on doit par ailleurs identifier plusieurs catégories de motivations, qui démontrent toute la subtilité de cette prise d’initiative. On peut répertorier autant de motivations que de soirs de la semaine:

 

1. L’auto-excitation. On trompe son monde et on s’en réjouit.
2. En rajouter avec confiance, pour obtenir finalement un super dernier coup, très franc.
3. La honte de se sentir anormal peut pousser à simuler, aussi.
4. La peur d’être abandonné est parfois mentionnée (attention: si la simulation ne prend pas, on se sent encore plus seul)
5. On ne veut pas faire de la peine à son partenaire. Il avait tout donné dans une passe, mais elle restait cependant incontrôlée et incontrôlable. Il s’agit de lui laisser entendre qu’il avait bien joué le coup.
6. On peut obtenir, en simulant, que l’autre parte plus vite à la douche.
7. Enfin, la répétition des simulations peut faire venir le tir au but, que l’arbitre n’aurait peut-être pas osé exiger s’il n’y avait déjà eu des cas litigieux. Le témoignage de Solange sur aufeminin.com est sans ambiguïté: "J'ai toujours entendu dire que c'était nul de simuler, que l'on trompait son partenaire. Mais moi, je simule souvent. Parfois parce que je suis fatiguée, et souvent simplement parce que si je simule, j'en ai un orgasme qui suit, un vrai cette fois, et il vient facilement. Si je ne simule pas, j'ai rarement un vrai orgasme !"

 


Si l’arbitre est débutant, il ne saura pas trop dire s'il a affaire à du réel ou du simulé. Mais même avec de l’expérience il peut être trompé, car plus les joueurs simulent, mieux ils simulent. D’autant que dans le même temps, plus l’arbitre gagne en maturité plus il aime mettre le sifflet à la bouche.

 

 


Critique de la simulation

Pour ces raisons et pour d’autres encore, on croyait le respect de la simulation bien ancré dans le football professionnel, mais voilà que les critiques de Valbuena, qui en a vraisemblablement rajouté sur la faute de Balmont ce week-end, apportent un rééquilibrage des débats: jusqu’à présent, il ne venait à l’idée de personne de disculper intégralement l’arbitre et de dénigrer exclusivement le joueur.

 

Le vent tourne donc. Alors hissons les voiles. Sans même envisager les allégations toujours suspectes sur "l’honnêteté" ou la "morale", c’est un argument bêtement pragmatique que l’on fera valoir pour accuser le simulateur. Les succès de la simulation pervertissent l’effort fondamental du footballeur. Le renoncement, la cabriole, obtiennent tellement de bénéfices, qu’il ne va plus de soi de privilégier la persévérance (lutter épaule contre épaule), le dépassement de soi (se relever pour poursuivre son action, réaliser une passe décisive en s’arrachant au sol), la volonté de se tenir droit (et dévier de la tête le dégagement de son gardien).

 

Mais faire de temps en temps une petite simulation remet-il en cause ces habituels objectifs-là? On peut craindre que la simulation ne soit pas une "option". Une situation litigieuse (une lutte avec un défenseur à l’entrée de la surface, par exemple) ne laisse pas le temps de considérer une alternative (tomber ou se tenir droit?): si le "choix" de la simulation est fait dans des circonstances aussi fugaces, c’est qu’il n’est déjà plus un choix, mais une tendance, une manière, une nature. Et rien n’est plus insupportable que de voir un joueur tomber négligemment alors qu’on sentait bien que s’il n’avait eu, comme seul et unique objectif, que d’aller au bout de son action, il l’aurait eu, son opportunité de mettre une frappe cadrée.

 

Simuler: on appelle parfois cela "le métier". Il est vrai que la simulation est l’arme exclusive de ceux pour qui le football est le métier: le football amateur ne connaît pas la simulation, ou alors avec dérision. Lorsqu’on fait face au défenseur amateur et que l’arbitre n’est plus là, il n’y a plus personne d’autre à tromper que soi-même. L’autre sait s’il a fait faute ou pas.

 

Tandis que l’amateur qui en rajoute est raillé par ses collègues, il semblerait, chez les pros, que partenaires et entraîneurs excusent facilement le simulateur: ils lui doivent un péno, une expulsion, etc. Réalisent-ils que leur partenaire, pour obtenir de temps en temps satisfaction en simulant à la perfection, joue vraisemblablement avec l’idée de se défiler dès que possible, préférant lutter contre l’arbitre plutôt que contre lui-même et contre l’adversaire?
 

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