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Toni Turek

 

Überfan des footballs d’Allemagne et d’Autriche, passés et présents. Taulier de la Ventre Mou's League.


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Ernst Happel (4/4) – Revoir Vienne et mourir

Après ses passages réussis aux Pays-Bas et en Belgique, Happel arrive en Allemagne. Il va conduire le club de Hambourg à des hauteurs inégalées, avant de rentrer en son pays terminer sa brillante carrière.

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En 1981, le manager du Hamburger Sport Verein, Günter Netzer, veut faire venir Happel au club. L’ancienne star de Mönchengladbach doit convaincre le président de la fédération allemande d’accorder un passe-droit à Happel, qui n’a pas la licence exigée. Il y parvient. Happel aussi est convaincu: pour le Viennois, entraîner Hambourg est un nouveau défi qu’il est prêt à relever.

 


À Hambourg, au faîte de l’Europe

Entraîner Hambourg, c’est surtout se coltiner une pléiade d’internationaux, dont certains à l’ego surdimensionné. Happel a la parade pour les dompter. La légende veut qu’au premier entraînement, Happel laisse Horst Hrubesch placer une canette de Coca au bord de la barre transversale. Puis il lui prend la balle, et shoote à vingt mètres dans la canette, avant de revenir vers ses joueurs et d’exiger d’un mot qu’ils fassent de même. Seul Beckenbauer y parvient, les autres – les Hieronymus, von Heesen, Kaltz, Magath – ratent. Happel reprend alors la balle et shoote encore la canette du premier coup. De quoi gagner le respect du groupe et lui imposer son autorité [1]. D’autant que la "méthode Happel" paie bien: dès sa première saison à Hambourg, Happel remporte la Bundesliga et redevient finaliste en Coupe de l’UEFA.

 

 

 

 

Ce succès avec Hambourg manque pourtant de peu de rester sans lendemain. En effet, quand le sélectionneur national autrichien Karl Stotz est viré fin 1981 malgré la qualification de l’Autriche pour le Mondial 1982, Happel est le candidat préféré de l’ÖFB. La fédération allemande donne bien son accord pour laisser partir Happel… sauf dans le cas où Allemagne et Autriche figureraient dans le même groupe. Pas fous, les Allemands: ils n’entendent pas vivre à leurs dépens une réédition de la situation de 1977/78, où Happel avait été sous contrat simultanément avec un club belge et la sélection néerlandaise, et que celle-ci avait éliminé l’équipe nationale belge. Comme les deux pays sont tirés au sort ensemble dans le groupe B, Happel doit faire une croix sur la sélection rot-weiss-rot. Il reste donc à Hambourg.

 

 


Dernières pages hambourgeoises

Le HSV n’a pas à s’en plaindre: la saison 1982/83 est la plus brillante de l’histoire du club nordique. Hambourg obtient son second titre d’affilée – à la différence de buts devant le rival local Brême – et s’impose également en Coupe des Clubs Champions, en battant en finale la Juventus de Michel Platini sur un but marqué en début de match par Felix Magath. Pour Happel, c’est la consécration: il est le premier entraîneur à gagner la compétition reine avec deux clubs différents [2].

 

La suite est moins brillante: après avoir laissé partir son duo d’attaquants Bastrup-Hrubesch, le HSV 1983/84 rate un troisième sacre consécutif en Bundesliga… à la différence de buts. Le club glisse au classement, tandis que dominent les équipes de Brême, Mönchengladbach et surtout Munich. Cinquième en 1984/85 (et éliminé piteusement 0-2 au premier tour en Coupe par des amateurs), septième en 1985/86, deuxième en 1986/87: si le club hanséatique n’est pas encore dans le ventre mou dans lequel il végète de nos jours, il n'ajoute qu’une unique ligne à son palmarès: celle de la victoire en Coupe en 1987 (3-1 contre les Kickers de Stuttgart). Le dernier trophée allemand de Happel qui, à soixante-deux ans, veut rentrer enfin dans son pays. Officiellement, il ne veut plus être pour ses petits-enfants "le papy de Hambourg". En fait, Happel se sait malade. Déjà, il n’avait pas donné suite en 1985 à une proposition du Napoli de Maradona. Cette fois aussi, il rejette les propositions de l’étranger.

 

 

 

 

 


Derniers sommets au Tyrol

Ce n’est pas à Vienne, mais à Innsbruck, que Happel signe son premier contrat d’entraîneur dans son pays natal – intéressée, l’Austria n’a pu s’aligner sur les sommes offertes par Gernot Landes, patron du groupe Swarovski et mécène du club d’Innsbruck. Comme aux Pays-Bas, en Belgique, et en Allemagne, le succès est au rendez-vous. Mais pas dès la première année, où le FC Swarovski Tirol finit troisième en championnat et finaliste en Coupe [3]. À l’été 1988, Happel fait un grand nettoyage dans l’effectif d’un club pourtant parvenu en demi-finale de la Coupe de l’UEFA un an plus tôt. Avec les restants et les recrues, Happel se montre toujours aussi exigeant et inflexible aux entraînements.

 

Une nouvelle fois, la magie opère: en 1988/89, Innsbruck et Happel mettent un terme à onze ans de domination 100% viennoise. Vingt ans après le doublé coupe-championnat obtenu avec Rotterdam, Happel en fait un second avec le club tyrolien et ses Michael Baur, Alfred Hörtnagl et Peter Pacult. Happel réalise ensuite la passe de deux en championnat en 1990. Quarante-quatre ans après son tout premier titre (comme joueur) en Autriche, c’est son dernier sommet avec le club tyrolien – et en club tout court.

 

 


Vienne si tard, trop tard

En 1991, Happel connaît deux déceptions avec Innsbruck: un échec lors des play-offs pour un troisième titre de suite, et une claque (1-9!) sur la pelouse du Real Madrid en Coupe d’Europe. Rongé par un cancer du poumon dû à son tabagisme longtemps effréné, il n’est maintenant plus en état d’assumer les entraînements quotidiens d’une équipe. Il quitte donc le club tyrolien à la fin de l’année… pour prendre en charge l’équipe nationale d’Autriche. C’est un ancien rêve qui s’accomplit. Mais à soixante-six ans et gravement malade, Happel sait qu’il lui sera compliqué d’aller au bout de ce rêve.

 

Le premier match, en mars 1992, en amical chez le voisin magyar avec Konsel, Herzog et Polster, se finit par une défaite 1-2. Mais les critiques sont tues. Comme s’il ne fallait pas faire écho à celles de 1954, qui avaient fait partir Happel. Et les journalistes savent bien que l’entraîneur Happel n’hésite pas, s’il le faut, à faire très court en conférence de presse – il l’a montré à plusieurs reprises à Hambourg. Le public, lui, croit en son sélectionneur qui a réalisé tant de miracles à l’étranger. Mais les résultats des matches amicaux du onze autrichien sont décevants, avec un unique succès 4-0 contre la modeste Lituanie. La campagne de qualification pour la World Cup 1994 commence mal: défaite 0-2 au Parc des Princes.

 

 


Le plus grand d’Autriche

Si la victoire est là à Vienne contre Israël (5-2), Happel est lui maintenant à bout de force. Le cancer gagne la partie, c’est sans appel. Et c’est sans Happel, seulement avec sa casquette sur le banc, que se joue la rencontre Autriche-Allemagne, qui aurait dû être son dixième match comme sélectionneur. Décédé quatre jours plus tôt, Happel aurait eu à dire sur le résultat 0-0 de cette rencontre, lui qui promouvait toujours l’offensive et avouait préférer un 5-4 à un 1-0.

 

Avec une vingtaine de victoires en championnats et coupes, et presque autant de rangs de deuxième et finaliste en trente ans, son palmarès fait de Happel le plus grand entraîneur d’Autriche du vingtième siècle – et sans doute un des meilleurs de son temps en Europe. Une vie d’entraîneur d’autant plus remarquable que Happel avait déjà vécu une riche carrière comme joueur. Pour autant, l’homme n’était pas parfait: en témoignent son addiction au tabac, son caractère, et son passage raté à Séville.

 

En hommage à Happel, le Prater-Stadion de Vienne, le plus grand stade d’Autriche qui accueille usuellement les matches de l’équipe nationale, a vite pris son nom. Vingt ans après le décès de Happel, des derbies entre le Rapid et l’Austria de Vienne se disputent encore au Ernst-Happel-Stadion.

 

 

[1] Une histoire semblable se serait passée lorsque Happel a débuté comme entraîneur à La Haye. Vu le caractère du Viennois, il n’est pas impossible que cette méthode ait marché deux fois!
[2] Hitzfeld et Mourinho ont imité Happel depuis, mais avec une C1 au format "Ligue des champions".
[3] Finale 1988 perdue contre Krems à cause de la règle du but à l’extérieur: 0-2, 3-1.

 


Le palmarès de l’entraîneur Ernst Happel – en Germanie (1982-1992)
En Allemagne avec le Hamburger SV:
2 fois champion d’Allemagne (1982, 1983) – 2 fois vice-champion (1984, 1987)
1 Coupe d’Allemagne (1987)
1 finale perdue en Coupe de l’UEFA (1982)
1 Coupe des Clubs Champions (1983)
1 défaite en Supercoupe d’Europe (1983)
1 défaite en Coupe Intercontinentale (1983)

 

En Autriche avec le FC Swarovski Tirol :
2 fois champion d’Autriche (1989, 1990) – 1 fois vice-champion (1991)
1 Coupe d’Autriche (1989) – 1 finale perdue (1988)
2 défaites en Supercoupe d’Autriche (1989, 1990).
 

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