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Jérôme Latta

 

Chef d'espadrilles.


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Zidane, une érection à scandale

Fanni à la barre

Avant de subir la "double peine", Fanni et ses coéquipiers avaient commis une triple faute. Revenons sur l'intéressante action de la polémique. En entier.

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Laissons ici de côté la question de ce que l'on appelle la "double peine", puisqu'on l'a déjà abordée: celle de l'imperfection de la règle mais aussi des effets pervers que sa suppression entraînerait (lire "La double peine n'existe pas"). Cette action est tellement intéressante qu'elle en recèle d'autres, non sans présenter quelque analogie avec une autre polémique assez célèbre, concernant un penalty concédé par Hilton au contact avec Luyindula en finale de la Coupe de la Ligue 2008 (lire "Lynchage en famille").

 


Revoir l'action

Commençons par souligner un effet très classique de la dissection de ce genre d'action, exclusivement consacrée à leurs ultimes secondes, celles de la faute (ou du contact) considérée, avec le lancement de séries de ralentis. Quand les commentateurs décrètent une erreur d'arbitrage, que celle-ci soit avérée ou non, ils occultent totalement l'action dans son ensemble. Exactement comme si l'arbitre avait pris le ballon à un moment quelconque pour aller le mettre dans les filets ou le poser sur le point de penalty.

 

 

 

 

C'est évidemment oublier la série de faits de jeu qui ont conduit à une situation obligeant l'arbitre à prendre une décision. En l'occurrence:
- une perte de balle au milieu de terrain alors que l'OM avait la possession,
- un appel de Hoarau entre les deux centraux,
- une passe en profondeur parfaite de Maxwell,
- un mauvais jugement de la trajectoire par Fanni,
- un mauvais placement de Nkoulou, qui couvre Hoarau,
- un contrôle réussi de Hoarau qui place le ballon dans sa course,
- un geste de Fanni, dépassé, qui prend le bras de Hoarau.

 

En d'autres termes, les gestes réussis des Parisiens et les erreurs des Marseillais ont contribué à la création d'une situation très dangereuse, avec un attaquant en position de frappe imminente à l'entrée de la surface.

 

Vient ensuite l'autre moitié de l'accrochage: la chute de Hoarau qui précipite la nécessité, pour l'arbitre, d'intervenir. Le Parisien aurait probablement pu rester debout et jouer sa chance, comme le fera Javier Pastore pour résister à Nkoulou quelques minutes plus tard – ce qui, en plus de l'esprit sportif de cette attitude, épargnera un dilemme à l'arbitre.

 

 


"Pas la meilleure décision"

Chute oblige, il faut donc discuter la décision, forcément discutable tant l'action est ambiguë et laisse de la marge à l'interprétation. Le premier point polémique est "l'endroit" de la faute, une notion très théorique pour un geste qui s'étend sur plusieurs dixièmes de seconde avec deux joueurs en mouvement dans l'espace. On peut tout de même considérer que la faute "commence" manifestement à l'extérieur et se poursuit à l'intérieur. Mais dans un tel cas de figure, contrairement à ce que presque tout le monde croit, le choix du coup franc ou du penalty appartient à l'arbitre. Dans l'hypothèse où il y a faute et annihilation d'occasion, l'esprit, pour quelques centimètres, suggère plutôt une réparation forte: celle d'un penalty.

 

La faute en elle-même est paradoxale: elle est tangible, le geste y est bien, l'intention aussi (d'ailleurs Fanni l'a admis en déclarant... "Ma faute est hors de la surface"). L'intention est tout aussi claire: gêner l'attaquant et l'enchaînement de sa frappe. En revanche, la gêne semble relativement limitée (même si à vitesse réelle et dans le direct, la première impression est différente).

 

Avec le cumul d'une faute partiellement en dehors de la surface et d'un contact assez léger, la sanction du penalty suivie de l'exclusion va logiquement paraître sévère. Elle l'est, mais elle n'est pas injustifiée et ne relève pas d'une "erreur" arbitrale: Antony Gautier a pris des décisions conformes à la règle et en accord avec sa conviction, et sa conviction reposait sur des éléments bien réels. Ce qui est certainement critiquable, c'est son interprétation, même si sa marge était étroite: on peut considérer qu'il n'a pas pris la meilleure décision, en n'arbitrant pas en faveur d'un compromis, quitte à tordre un peu les règles pour adopter un combo jaune + penalty ou rouge + coup franc [1].

 


Rod Fanni a été dépassé par la passe de Maxwell et par le contrôle de Hoarau. Pour empêcher l'occasion de but ainsi concédée, il a pris un énorme risque: faire un geste qui l'exposait à une forte probabilité de penalty. Cela aurait pu passer. La malice de Hoarau et la "visibilité" de son geste ont joué en la défaveur de son pari. Au lieu de dire "Je me pose des questions sur l'arbitrage ce soir", le défenseur aurait été plus avisé d'assumer sa responsabilité, comme ses deux autres coéquipiers impliqués dans l'action. Et impliqués dans la défaite de leur équipe, bien plus qu'Antony Gautier.

 


[1] Mais dans ce cas, soyons bien sûrs qu'il y aurait aussi eu des controverses, des contestations et des accusations d'arbitrage erroné...
 

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Les règles et l'arbitrage


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