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Michaël Bastien

 

Pronétaire du Moustache FC. Plus intéressé par les phénomènes sociaux (supportérisme et politique) qui agitent le football que par ce qui se passe sur le terrain.


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Red Star : jouer le maintien à Bauer

Opposés au déménagement du club, les supporters se mobilisent et proposent un contre-projet de rénovation du stade de la rue Bauer. Pour ne pas perdre la mémoire.

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Absent de l’élite depuis 1975, le Red Star reste un club qui compte dans le paysage du football français. Et ce n’est pas tant l’équipe en elle-même que le “contexte” dans lequel elle évolue qui donne encore aujourd’hui au club de Saint-Ouen une aura particulière. Rencontre avec le collectif Red Star Bauer qui a fait de la préservation de son stade un devoir de mémoire urbaine et sportive.

 


Étoile de banlieue rouge

Si les Olympiens se vantent gentiment que Marseille s’est construite autour du Vélodrome, il y a une ville pour laquelle cette figure de style est une réalité: Saint-Ouen. Situé de l’autre côté du périph’ et à quelques encablures d’une butte Montmartre qui domine la ville, le coin n’est qu’une étendue agricole lorsque le Red Star vient s’y installer. Comme beaucoup de ses homologues parisiens, le club fondé en 1897 par Jules Rimet peine à se sédentariser et alterne entre le Champ de Mars, Meudon et la rue Nélaton. La destruction du premier Vélodrome d’Hiver en 1909 pousse le club parisien en dehors des murs.

 

 

 

 

Aujourd’hui, les paysages ruraux ont laissé la place à une banlieue typique, partagée entre des étendues industrielles en friche, le plus grand marché aux puces du monde, un centre-ville qui n’a pas bougé depuis les années 80 et l’avancée inexorable des mètres carrés de bureaux. Il règne encore à Saint-Ouen un parfum populaire que d’autres villes de banlieue ont perdu avec l’arrivée du métro. Il faut dire que la cité audonienne appartient à la fameuse banlieue rouge, cette ceinture de communes peuplées par la classe ouvrière et dont la municipalité bat sous pavillon communiste depuis des lustres.

 

C’est dans ce contexte populo que le Red Star vient se greffer à ce territoire. Le nom du club, unique en France, n’a rien à voir avec l’idéologie communiste – mais le lien avec le parti à la faucille et au marteau s’effectue autrement: Rino Della Negra, ancien joueur du club, fut un résistant membre des FTP-MOI (Francs tireurs et partisans Main d'œuvre immigrée) et du groupe Manouchian. Della Negra figurait parmi les vingt-deux fusillés de "l’affiche rouge". Une plaque commémorative le rappelle à l’entrée du stade Bauer.

 

 


Bauer constructor

Cette volonté de préserver la mémoire de ce héros local a motivé la création de l’association des Amis du Red Star en 2003. Cela, et l´ambition de se démarquer des années d’errance de la direction du Red Star, qui ont conduit le club jusqu’en DH. Aujourd'hui, c'est un autre combat que mène cette association. Des rumeurs insistantes poussent le club en dehors de Bauer, son antre historique. Ce Craven Cottage du 9-3 est dans un état de délabrement avancé. Des trois tribunes présentes, la tribune Est est la seule à accueillir le public les soirs de match, la tribune ouest, dont le toit a été enlevé pour des raisons de sécurité n’est pas accessible et la tribune qui longe la rue Bauer, construite en 1975, est fermée puisque les affluences n'excèdent pas 2.000 spectateurs.

 

De l’autre côté de la ville, un nouveau quartier est en train de se construire sur les ruines des docks, et prévoit l'accueil d'un équipement sportif. Selon Sébastien, membre du bureau du collectif, "la mairie serait prête à céder gracieusement le terrain au club pour que celui-ci y réalise un nouveau stade". C’est cette crainte de voir le Red Star déménager de son antre historique qui a conduit l'association à inscrire dans ses statuts la défense de la présence du club à Bauer, et à changer son appellation pour devenir le collectif Red Star Bauer, désignant ainsi la priorité de sa lutte.

 

“Nous nous inscrivons dans une démarche citoyenne, nous demandons plus globalement que les Audoniens [NDLA: les habitants de Saint-Ouen] s’expriment sur ce sujet car le club fait partie du patrimoine de la ville”, explique Luc, membre du collectif. Au-delà du respect des principes de démocratie locale, ce collectif qui regroupe une cinquantaine de personnes a entrepris de proposer un projet de réhabilitation du stade Bauer (PDF) s'inspirant de l'aménagement de stades historiques (Craven Cottage, Brisbane Road, Selhurst Park, Tynecastle Stadium), à l’opposé des images de synthèse flamboyantes qui propulsent le club sur les bords de la Seine dans une enceinte de 25.000 places. “En tant qu’association de supporters, si on souhaite exister, il faut s’inscrire dans la proposition et non exclusivement dans l’opposition”, ajoute Luc.

 

 


Proposition d'aménagement du Stade Bauer.

 

 

 

Le club entre deux chaises

Club historique, doté d’une bonne image dans l’ensemble de l’hexagone, le Red Star est finalement le club auquel on pense lorsqu’on évoque un second club francilien tant son ancrage territorial et son statut de “représentant de la banlieue” sont marqués. Cependant, les errances passées et présentes du club sont symptomatiques des points que nous avions soulevés dans l'article "Un second club à Paris est-il possible?": entrepreneurs mégalomaniaques qui ne s’inscrivent pas dans la durée et impossibilité ou refus des collectivités locales d’aider les clubs.

 

Si le Red Star bénéficie d’une représentation populaire, il le doit au dynamisme d’associations telles que Red Star Bauer tant la municipalité communiste établie depuis l’après-guerre peine à démontrer un intérêt concret envers son club. À l’inverse, son soutien d’un déménagement du Red Star s’inscrit dans la volonté de récupérer un foncier à la localisation avantageuse, à deux pas du centre-ville et à équidistance de trois stations de métros. Quant à la direction du club, silence radio.

 

Patrice Haddad, l’actuel président du club, semble avoir le club entre deux chaises. Conscient du potentiel de la marque Red Star, l’absence d’investissement de la mairie dans un futur stade l’oblige à osciller entre ambitions de développement et respect des desiderata de ses supporters. Il n’en reste pas moins une impression de “service minimum” de la part du club. Vendredi 5 octobre, le local du collectif Red Star Bauer accueille plus de gens à la mi-temps que la “boutique” officielle des produits dérivés, qui ne propose que des maillots et écharpes. Un peu maigre pour un club dont le président a fait sa renommée grâce à la publicité...

 

 


Pas encore un alter-PSG

Devant le local associatif, les uns s’affairent à la vente des t-shirts, les autres discutent des quarante-cinq premières minutes. Les membres historiques de l’association – qui avouent avoir passé la main – ne peuvent s’empêcher d’aider en ce soir de match. Gilles, l’un des fondateurs du collectif, admet être fier de l’engagement des jeunes. Supporter avant tout, chacun se presse de regagner la tribune Première Est afin de donner de la voix dès l’entame de la seconde mi-temps.

 

Sur le terrain, l’équipe peine à se débarrasser de Normands bien en place. Comme souvent, le Red Star fera parler sa puissance athlétique et inscrira trois buts en seconde mi-temps. La centaine de supporters qui ont chanté quatre-vingt dix minutes durant exultent (voir la vidéo). Ici, pas de capo, les chants sont lancés par ceux qui le souhaitent puis sont repris par l’ensemble du kop (ou pas). Vieux, ultras, indépendants ou renois, la tribune présente ce soir là un profil bien différent de celui que nous décrivent les médias de masse. On y croisera même deux supporters allemands du FC. Union Berlin, venus visiter ce stade dont la renommée a dépassé les frontières.

 

 


Local du collectif Red Star Bauer à la fin du match face à Cherbourg (5 octobre).

 

Interrogé sur le regain d’intérêt de ceux qui cherchent à opposer le club et son imagerie populaire à l’aspect nouveau riche du PSG, Pierre, pragmatique, avoue qu’il s’agit “d’une aubaine pour l’association qui doit profiter de cet intérêt pour promouvoir l’action du collectif”.

 

 


Un Sankt Pauli à la française ?

Le nord de Paris, plus que tout autre territoire, dispose d'un potentiel de mutation important et le stade Bauer risque d'en faire les frais. Quelles sont les chances de cette association de voir son combat aboutir? Vu de l’extérieur, il est parfois difficile de comprendre pourquoi ils se débattent pour préserver une infrastructure en ruine. Mais Bauer n’est pas un lieu comme les autres, il est une partie du patrimoine footballistique parisien et, malheureusement, la réalité d’un supporter qui se rend dans un stade insalubre tous les quinze jours n’est pas celle d’un plan d’aménagement dont émane l’idée d’un nouvel équipement qui mettra quinze ans à se construire.

 

Le Red Star est un club particulier, mais il reste confronté aux mêmes problématiques que les autres clubs franciliens qui souhaitent se développer : une absence d’équipement ne permettant pas le développement économique du club et qui empêche de s’affranchir de la tutelle des édiles locaux. Le potentiel est là, celui d'un Sankt Pauli à la Française, mais les dirigeants du club qui se sont succédés peinent à positionner correctement le curseur entre projet mégalomaniaque et manque d’ambitions.

 

Il reste finalement aux supporters le devoir de mémoire. L'histoire du Red Star dépasse bien sûr le cadre sportif, et l'action du collectif Red Star Bauer profite d'un territoire où le tissu associatif est encore vivace. En se positionnant en tant que force de proposition et non d’opposition, avec un discours mesuré mais engagé, il fait honneur à ses couleurs.

 

 

Dossier Paris et le football
"UN SECOND CLUB À PARIS EST-IL POSSIBLE?"
"PARIS EST UNE ÉNIGME GÉOÉCONOMIQUE"


Le site du club : http://www.redstar.fr/
Le site du collectif Red Star Bauer : collectifredstar.over-blog.com/
Le site du projet alternatif proposé par le collectif : http://stadebauer.fr
 

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