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Raphaël Cosmidis

 

Intéressé par la tactique, membre des Dé-Managers, il croit en la littérature de sport. 


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Le coup du poteau de corner

Parc life

Ambiance – Le Parc des Princes résonne encore, mais surtout de la ferveur disparue. C'était dimanche soir, porte de Saint-Cloud.

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PSG-Bordeaux. Pas de tifos, pas de banderoles. Pas de tympans brisés, pas de voix cassée. Juste un souvenir morcelé, abîmé par un présent si différent qu'il fait douter de l'existence du passé. Le changement est trop brutal pour permettre les comparaisons. Et pourquoi comparer? Le Parc que j'ai connu et celui que je ne reconnais pas n'ont rien à voir, hormis leur emplacement géographique. Comme si deux mondes parallèles s'opposaient, le premier où le Parc brille, le second où les joueurs tentent de scintiller, acteurs principaux. Ce ne sont pas deux mondes, seulement deux temps. Pré-Leproux / Qatar, post-Leproux / Qatar.

 

 


Ne me quitte pas

Ma première visite au Parc des Princes remonte au début des années 2000. Un obscur PSG-Nantes qui ne marqua pas l'histoire. Puis la visite devint plurielle, amoureuse. On venait voir le Parc, pas les joueurs (qui eux à l'époque, ne faisaient pas clairement rêver – ils n'en avaient pas besoin et personne ne leur demandait). Un stade rempli. Rempli de tout le monde, rempli de n'importe qui. De moi, simple supporter qui avait pour habitude d'entonner les chants des virages lorsqu'ils montaient. Pas initiateur. Collaborateur ému d'une atmosphère brûlante d'énergie. Assis en tribune Paris, admirateur des affrontements de décibels entre ultras de Boulogne et d'Auteuil. Les acteurs, c'étaient eux. L'échauffement, c'était le leur.

 

Tous les novices, plus ou moins jeunes, levaient le doigt, le pointaient vers les virages et interpellaient leur père, leur frère, leur pote, qui répondaient avec la fierté du "déjà-venu" et un sourire satisfait, sachant que les nouveaux étaient déjà séduits. Le Parc les avait adoptés, sans leur laisser la chance de résister. Enlevés, victimes d'un syndrome de Stockholm plus que jamais conscient. Un PSG-Sedan pouvait se transformer en un voyage psychédélique à travers les tifos multicolores et les fumigènes, les yeux fixés sur ces gens associés dans un seul but: marquer leur territoire, marquer le club, marquer les autres, crier, chanter, se perdre dans ses derniers restes de voix et surpasser l'extinction alors que Bernard Mendy envoyait un énième ballon sur le périphérique. À vrai dire, tout le monde s'en foutait.

 


« Et il est mort le Parc des Princes »

"Et il est mort..." C'est ce qu'un jeune supporter chantait à côté de moi à intervalles réguliers. Sûrement à peine entré au lycée, il se tournait vers Auteuil (nous étions en tribune G) pour chanter et vers nous et le reste de la tribune Paris pour gueuler sa nostalgie. Qu'elle soit factice ou pas importe peu. Il gueulait, là, seul, à l'endroit où les Authentiks faisaient danser la septième lettre de l'alphabet. Le Parc des Princes n'est pas mort, non, il est là, ressuscité dans une forme beaucoup moins envoûtante que sa précédente. "Le Parc est mort, vive le Parc". Le successeur chante moins fort, moins souvent, moins bien. Il agite des drapeaux distribués par le club, ne déplie pas de toiles gigantesques. Il a connu sa gentrification, les prix sont exorbitants: quarante euros pour une place en quart de virage. Mais le stade est plein, contrairement à la dernière saison de Robin Leproux. Avec Ibrahimovic, Pastore et consorts, plus facile d'attirer les occasionnels. Les nouveaux résidents des virages essaient bien de sauver l'héritage, ils n'ont simplement pas le talent de le faire vivre. Pas la chance non plus, avec cet État terrorisé par les "groupes", les "organisations".

 

Les tribunes ne sont plus une association d'individus mais un attroupement. Difficile de communier. En dehors des sifflets à la mi-temps puis à la fin du match et des soupirs collectifs lors des passes ratées. Le public ne semble être synchronisé que pour se plaindre. Fini la psychologie inversée: lors de la mauvaise période d'Erding, le Parc chantait son nom après ses occasions ratées.

 


« IBRA, IBRA, IBRA ! »

Les néo-Parisiens n'ont plus le droit à l'indulgence ni à l'amour non remboursé. Qu'ils soient bons, ou on les huera. Réflexion très pertinente de @MichelPanini sur Twitter: "Avant, un spectateur venait au stade pour voir l'ambiance des tribunes, et acceptait d'assister à un spectacle médiocre sur le terrain. Maintenant que le supportérisme est voué à disparaitre pour des raisons économiques, l'attraction doit venir des joueurs sur le terrain."

 

Unique chant repris vraiment à l'unisson, "Les Bordelais sont des salauds" aura retenti quelques fois pour calmer les ultras girondins, sentant bien qu'avec un moment de faiblesse parisien, ils pourraient se faire entendre. Dans ces gradins orphelins de leurs ténors, l'inspiration ne peut venir que du terrain. Sur un corner, Zlatan et Mickaël Ciani eurent un petit accrochage. À peine après en avoir pris connaissance, et pour accompagner le Suédois dans cette intimidation mutuelle, le Parc aboya "IBRA, IBRA, IBRA!" provocant un vacarme pour une fois assourdissant. L'ego et la stature d'Ibrahimovic sont tels qu'ils peuvent ramener l'esprit perdu de la Porte de Saint-Cloud. Seuls les grands inspirent la grandeur. Ils ne sont plus en tribune, désormais ils foulent la pelouse. Si les Qataris souhaitent toujours voir l'ambiance dont ils n'ont jamais été témoins (Nasser Al-Khelaifi avait déclaré vouloir un retour progressif des Ultras), ils devraient recruter Pelé et Maradona. Le Parc redeviendra peut-être fou.
 

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