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Richard Coudrais

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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Blood, Suède and Tears

Arconada 1984, naufrage au Parc

Un jour, un but – Le 27 juin 1984 à Paris, Luis Arconada maîtrise mal un coup franc de Michel Platini. Il donne ainsi le titre européen à la France et son nom aux bourdes des gardiens.

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L’espace d’une seconde, Luis Arconada a tout perdu. Il a suffi d’un ballon mal maîtrisé en finale d’un Championnat d’Europe pour que tout le reste de sa carrière soit balayé d’un revers de main. Oubliées la soixantaine de sélections en équipe d’Espagne, un record dans un pays qui n’a pourtant jamais manqué de bons gardiens. Envolés les deux titres remportés par son club de toujours, la Real Sociedad dans un championnat qu’on croit réservé à deux clubs. Récusée l’idée qu’Arconada fut l’un des meilleurs gardiens du monde. Aujourd’hui, son nom ne revient à la surface que pour souligner la bourde grossière d’un soir. Il est devenu le synonyme des errements de ses successeurs. Luis Miguel Arconada Echarri ne méritait pas ça. Le gardien espagnol a, durant sa carrière, commis sans doute moins de boulettes qu’un Lev Yachine ou un Fabien Barthez. Peut-être n’en a-t-il d’ailleurs commis qu’une seule.

 

 


Le bol

Lorsqu’il fête ses trente ans, la veille du 27 juin 1984, Luis Arconada est pratiquement un héros. Il est le capitaine d’une équipe d’Espagne un peu poussive qui s’est frayé un chemin jusqu’à la finale de l’Euro 84 en bousculant deux favoris, la RFA et la Danemark. Face aux Allemands, tenants du titre, Arconada a réalisé un match de feu, dégoûtant les Rummenigge et autre Völler par ses réflexes et son autorité. Et aussi par sa baraka: trois fois ses montants ont repoussé les frappes germaniques. Les Espagnols s’imposeront sur un but de dernière minute inscrit par le libero Maceda. En demi-finale à Lyon, les Espagnols ont solidement contenu les Danish Dynamite (1-1, nouveau but de Maceda) et ont fini le boulot aux tirs au but.

 

"Ils ont du bol", grince Michel Platini avant la finale. Le capitaine français avoue sa crainte. La présence même des Espagnols dans ce tournoi était un véritable miracle. Lors des qualifications, il ne leur restait plus qu’un match contre Malte, qu’ils devaient battre par plus de dix buts d’écarts. Score final: 12-1. C’est sans doute ce "bol" qui fait peur aux Français le soir de la finale au Parc des Princes. La belle équipe de Michel Hidalgo, son carré magique, son panache offensif et son Platini intouchable ont en effet perdu un peu de leur superbe. À moins que ce soit leur statut de favori qui leur coupe les jambes. Le match est crispant. La France bafouille devant une Espagne qui place quelques contres ravageurs. Celle-ci croit en sa bonne étoile. Carlos Santillana pense même ouvrir le score lorsqu’il trompe Bats de la tête, mais Battiston est sur la ligne pour repousser.

 


La tasse

Arrive l’heure de jeu, ou plus précisément la 57e minute de la finale. Bernard Lacombe, à l’entrée de la surface, est bousculé par Salva. La faute n’est pas vraiment évidente, mais l’arbitre tchèque M. Christov accorde un coup franc. C’est un grand classique qui se dessine sur les téléviseurs. Platini a posé le ballon à quelques centimètres de la surface, à gauche de l’arc de cercle. On le voit de dos, les mains sur les hanches, L’arbitre va siffler, Platini s’élancer, le ballon contourner le mur, le gardien plonger trop tard et la balle claquer dans les filets. Comme contre la Hollande en 1981. Sauf que là, Luis Arconada a vu le coup venir. Idéalement placé, il plonge pour accueillir le ballon dans les bras. L’action semble terminée, et pourtant tout bascule: alors qu’Arconada est au sol, on voit le ballon lui échapper et glisser lentement derrière la ligne. Le gardien se retourne et ramène le ballon vers le terrain, mais c’est trop tard.

 

Un court moment de stupeur envahit le Parc des Princes, puis c’est l’explosion de joie. Sur les téléviseurs, les ralentis cherchent une explication. Où l’on s’aperçoit qu’Arconada a finalement un léger temps de retard sur la frappe de Platini. Son plongeon est mal assuré. On croit le ballon dans ses bras alors qu’il est déjà sous son corps. Un très léger coup de coude a poussé la balle derrière la ligne blanche. L’Espagne a perdu son "bol". Le sort semble même s’acharner sur elle. En plus de l’erreur de son gardien, et du but manqué de Santillana en première mi-temps, elle se voit frustrée en fin de match d’un penalty qu’aurait pu lui accorder l’arbitre pour une faute de Bossis sur Santillana. L’équipe de France est également loin de ses meilleurs soirs. Elle termine le match la trouille au ventre, se retrouvant à dix après l’expulsion d’Yvon Le Roux.

 

 


La coupe

La délivrance arrivera dans les toutes dernières secondes lorsque Bruno Bellone, superbement lancé par Tigana, s’en va achever d’une pichenette Arconada et les siens. Tandis que la France fête ses nouveaux héros, l’Espagne cherche à comprendre. Luis Arconada déclare qu’il ne se sent pas fautif. Il rend hommage à la frappe parfaite de Platini, que peu de gardiens, selon lui, auraient arrêté. Contrairement à une idée reçue, Arconada n’a pas mis fin à sa carrière internationale après ce maudit soir. Il gardera plusieurs fois encore la cage espagnole avant qu’une blessure ne profite à son jeune successeur, Andoni Zubizarreta.

 

Bien des années plus tard, le nom d’Arconada restera en France le synonyme d’une faute de main, d’une erreur de gardien. Les commentateurs français se feront une joie de l’utiliser lorsque Zubizarreta s’inscrira un fameux "autogol" contre le Nigeria lors de la Coupe du monde 1998, ou lorsque Molina ratera bêtement sa sortie contre la Norvège à l’Euro 2000. Mais en 2008, lorsque l’Espagne remporte le Championnat d’Europe vingt-quatre ans après Paris, le gardien remplaçant Andrés Palop s’en va chercher sa médaille vêtu du maillot qu’Arconada portait lors de la finale de 1984. Un geste qui touchera d’autant plus le héros malheureux que l’homme qui remet les médailles ce jour-là n’est autre que le nouveau président de l’UEFA … Michel Platini.

 

 

 

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