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Miklos Lendvai et Jérôme Latta

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Ligue 1 / Journée 31 : la Gazette

Football français : le check-up

En 2007, Frédéric Thiriez envoyait le football français sur la lune avec son plan Footpro 2012, mais cinq ans plus tard, la fusée n'a pas décollé. Alors, où en est le foot pro en 2012?

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En 2007, Frédéric Thiriez était prêt à aller chercher les points d’indice UEFA avec les dents et marquait son volontarisme en produisant un plan intitulé Footpro 2012, qui ressemblait plus à une liste au Père Noël qu’à un programme d'action (lire "Thiriez promet le grand bond en avant"). Rares en effet sont les objectifs qui ont été atteints. Il est toutefois inutile de blâmer le président de la Ligue, qui est plus le dircom du football français que son patron: le sort de ses objectifs a dépendu de facteurs le dépassant largement.

Mais avec l’élimination de l'Olympique de Marseille face au Bayern Munich et la perte, par le championnat français, de la cinquième place au coefficient UEFA au profit du Portugal, le bilan a d'autant plus sonné comme un échec. Regardons-le quand même de plus près pour voir comment le football français va aborder... les années à venir.

 


Objectif n°1Gain d’un rang européen au coefficient UEFA pour le championnat de France, alors quatrième derrière l’Angleterre, l’Espagne et l’Italie.
Non atteint

En 2007, l’affaire des matches truqués en Italie et les difficultés des clubs transalpins avaient fragilisé le championnat italien et laissé espérer un déclin au profit des clubs français. Ce déclin a bien eu lieu, mais n’a pas profité à ces derniers, incapables de faire mieux, ne serait-ce qu’une saison, que leurs homologues italiens. Résultat, ce sont les Allemands et les Portugais qui en ont profité et le championnat français a rétrogradé au sixième rang à l’indice UEFA, imposant au troisième de la Ligue 1 un tour préliminaire supplémentaire pour accéder à la C1.

 

 


Objectif n°2Victoire d’un club français en Ligue des champions
Non atteint

La meilleure performance en Ligue des champions a été réalisée par Lyon, qui a atteint les demi-finales en 2010, après avoir éliminé Bordeaux en quarts. Les clubs français n’ont jamais paru en mesure de rivaliser avec les plus grands clubs européens, et sont de surcroît restés complètement anonymes en Ligue Europa. Une victoire apparaît cependant moins improbable dans les années à venir, en vertu de plusieurs facteurs: investissement des Qataris dans le PSG, mise en place du fair-play financier, contexte de crise tendant à réduire les écarts entre nations... Mais depuis 2005, la finale de la C1 n’a plus été disputée que par des ultra-riches.

 

 


Objectif n°3Deux clubs régulièrement qualifiés pour les quarts de finale d’une Coupe d’Europe
Non atteint

Sur les dix épreuves jouées entre 2007 et 2012, seuls cinq clubs français se sont qualifiés pour les quarts de finale d’une coupe d’Europe: Paris SG et Marseille (Ligue Europa 2009), Lyon et Bordeaux (Ligue des champions 2010) et Marseille cette saison en C1. L’utilisation du terme “régulièrement” dénotait une certaine prudence de la part du président de la Ligue, mais cela n’a pas suffi: un phénomène qui ne se produit à une fréquence d’un sur cinq ne peut être considéré comme régulier.

 

 


Objectif n°4La moitié des joueurs évoluant en Ligue 1 sont internationaux, contre un tiers en 2007
Non atteint

En cinq ans, la part d’internationaux évoluant en Ligue 1 est passé de 32,01 % à 32,36 %, soit une variation que l’on peut à peine qualifier d’augmentation. Sur les 168 internationaux comptabilisés en Ligue 1, 56 proviennent d’un pays francophone, souvent en tant que ce que la DTN appelle des bi-nationaux. Seuls 13 internationaux sont ressortissants d’un pays classé dans le top 10 du classement FIFA, contre 22 en 2007 (hors internationaux français).

 

 


Objectif n°5Les deux tiers des joueurs de l'équipe de France évoluant dans le championnat de France
Non atteint

De 2007 à 2011, la proportion de joueurs de l’équipe de France évoluant en Ligue 1 est passé de 45 à 52 % (en 2011, on dénombrait 98 joueurs de Ligue 1 sur 187 utilisés contre 69 sur 153 en 2007*). L’après Knysna a été synonyme de reconstruction pour l’équipe de France, ce qui a permis d’augmenter sensiblement la part des joueurs de Ligue 1, devenus majoritaires sous Laurent Blanc. L’objectif des deux tiers n’a pas été atteint, mais la tendance a évolué dans le sens souhaité.

 

 

 

 


Objectif n°6Un chiffre d’affaires de 1,5 milliard d’euros
Non atteint

Le président de la Ligue devra se contenter de 1,2 milliards d’euros, à peu de choses près le même montant qu’en 2007. Un résultat miraculeux qui doit beaucoup au précédent appel d’offres pour les droits télé, dont l’enveloppe avait augmenté grâce à la concurrence imposée à Canal+ par Orange. Avec le retrait de la chaîne et en dépit de l’irruption d’Al-Jazira, le montant pour 2012-2016 est en baisse sensible (570 millions d’euros annuels contre 668 actuellement).

 

 

 


Objectif n°7Un équilibre budgétaire pour tous les clubs, sans compter sur les transferts
Objectif non atteint

Sur les 40 clubs pro, 19 clubs présentent un budget équilibré en 2010/2011. Parmi les clubs déficitaires, se trouvent les quatre derniers champions de France - Lille, Marseille (-15 millions), Bordeaux et Lyon (-28 millions) - mais aussi le Paris Saint-Germain. Ces clubs sont pourtant ceux qui bénéficient des apports les plus importants en termes de sponsoring et de parts de droits audiovisuels. Le bilan est d’autant plus précaire que les clubs français ont continué à compter sur les produits des transferts alors que le marché s’est effondré... Pour la saison en cours, le déficit de la Ligue 1 est annoncé en hausse à 106 millions, contre 46 la saison dernière.

 

 

 


Objectif n°8Les recettes des matches représentant un quart des ressources des clubs
Objectif non atteint

En 2010/2011, les recettes de match ne représentent que 13% des revenus des clubs, contre 14% en 2007/2008. En bon politicien, Frédéric Thiriez a fait des projections en imaginant tous les indicateurs au vert. Ainsi, dans son cercle vertueux, la rénovation des stades, la présence de nombreux internationaux sur le sol français et la compétitivité retrouvée sur le plan européen aurait du entraîner une hausse sensible des recettes des match, pour atteindre les niveaux enregistrés en Allemagne ou en Angleterre. Finalement, c’est un statu quo qui est enregistré: alors que les affluences baissaient, la dépendance des clubs français aux droits TV a peu évolué ces cinq dernières années, passant de 56 à 58% des ressources des clubs de Ligue 1. Les dirigeants, qui n’ont donc pas réussi à développer les revenus de jour de match, invoqueront encore le retard pris dans la modernisation des stades...

 

 

 


Objectif n°9Quinze stades de Ligue 1 ou Ligue 2 rénovés ou construits durant la période 2007-2012
Non atteint

Sur la période 2007-2012, quatre nouveaux stades auront été construits (le Stade des Alpes à Grenoble, la MMArena du Mans, le stade du Hainaut à Valenciennes, le stade du Havre et le grand stade de Lille) et deux stades partiellement rénovés (Marcel-Picot et le Moustoir). En sus de Lille et en vue d’accueillir l’Euro, trois stades doivent être construits ex-nihilo à Lyon, Nice et Bordeaux, cinq sont en cours de rénovation à Marseille, Paris, Lens, Toulouse et Saint-Étienne. L’objectif sera donc presque atteint en 2016, à un prix encore mal évalué pour les collectivités...

 

 

 


Objectif n°10L’obtention par la France de l’Euro 2016
Objectif atteint.

Enfin un objectif atteint pleinement. Le mérite en revient toutefois plus à la Fédération et à Jacques Lambert qu’à la Ligue et à Frédéric Thiriez. Mais si la construction et la rénovation des stades devraient profiter aux clubs, l’addition s’annonce salée pour les différentes villes-hôtes qui en auront financé une large part pour des retombées économiques très hypothétiques... Entre l’intérêt supérieur du football français et l’intérêt général, le fossé risque de paraitre d’autant plus grand à l’heure des comptes.

 

 


Le bilan du bilan est donc celui d'une certaine stabilité sur les cinq dernières années, en dépit d'alertes sérieuses et d'une absence notoire de progrès significatifs. En soi, ce n'est peut-être pas une mauvaise performance dans un contexte de crise économique prononcée, mais le football français a tenu ses positions sans corriger ses déséquilibres, et il continue de souffrir de télé-dépendance et de transferts-dépendance.

Le principal motif d'optimisme économique réside donc dans la future mise à disposition, pour de nombreux clubs dans de grandes agglomérations, d'enceintes plus rentables qui devraient permettre d'abord d'enrayer la baisse tendancielle des affluences, puis d'assurer le développement de ces clubs. Qui pourront encore compter sur leurs atouts traditionnels: capacité de formation, relative rigueur budgétaire et – paradoxalement – marché des droits de télévision qui reste fortement concurrentiel... De quoi lancer un plan Footpro 2017.


 

[Sources : DNCG]

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