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Richard Coudrais

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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La Zambie, une victoire sur le destin

L'outsider l'a emporté sur la Côte-d'Ivoire en finale... L’histoire était trop belle pour que cette 28e CAN se passe d’un épilogue aussi inattendu qu’émouvant.

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Il était écrit que cette vingt-huitième Coupe d’Afrique des Nations ne serait pas remportée par un favori. Déjà, l’Egypte, triple tenante du titre, n’avait même pas pu se qualifier pour le tournoi, tout comme les géants que sont le Cameroun et le Nigeria. En phase de poule ensuite, le Sénégal et le Maroc ont fait les frais du bouleversement hiérarchique, laissant au bout du compte aux seuls Ghana et Côte-d’Ivoire le soin de porter la lourde étiquette de favori.


Le drame de 1993

La situation d’ouverture a bien sûr donné des ambitions aux seconds couteaux, parmi lesquels les deux équipes hôtes du tournoi, le Gabon et la Guinée Équatoriale. Mais en dépit d’un début de parcours enthousiasmant, toutes deux virent leur chemin brutalement stoppé dès les quarts de finale. Leur équipe éliminée, les hôtes gabonais n’ont pas longtemps hésité à se choisir un nouveau favori: la Zambie.

 

Car à Libreville, nul n’a oublié le drame qui endeuilla, le 27 avril 1993, le football africain. Ce jour-là, l’AF-319 qui transportait l’équipe de Zambie vers le Sénégal s’abîma en mer au large des cotes gabonaises. L’avion avait embarqué trente personnes, dont les équipes de foot masculines et féminines de la Zambie. Depuis Lusaka, il avait prévu de rejoindre Dakar après deux escales. La première à Brazzaville, où déjà avaient été signalés des problèmes de moteur. La deuxième à Libreville, où l'un des moteurs pris feu lors du décollage. Le pilote, fatigué, se trompa de manœuvre et coupa le mauvais moteur. L’avion perdit toute sa puissance pendant sa montée et se crasha dans l’océan.

 

 

Les deux vedettes de l’équipe, Charly Musonda et Kalusha Bwalya, n’étaient pas dans l’avion. Le premier jouait à Anderlecht. Blessé, il était resté se soigner à Bruxelles. Le deuxième, capitaine et figure emblématique de l’équipe, jouait au PSV Eindhoven et avait été retenu pour un match de championnat. Il devait rejoindre Dakar, seul, par la suite.

 


Reconstruire

La Zambie est alors une puissance montante du foot africain. Aux Jeux Olympiques de Séoul, en 1988, les KK Eleven (surnom de l’équipe à l’époque) avaient signé un retentissant 4-0 contre une dream team italienne, avec trois buts de Bwalya, qui termina l’année avec le Ballon d’Or africain. La sélection zambienne s’imposait peu à peu sur le continent africain, terminant troisième de la CAN 1990, puis quart-finaliste de l’édition 1992.

 

Après Libreville, Kalusha Bwalya prit en main l’équipe nationale, qui disputait malgré le drame la CAN 1994 en Tunisie. Porté par une sorte de force indicible – cette même force sans doute qui en 1958, porta Manchester United en finale de la Cup quelques mois après le drame de Munich – les Zambiens atteindront la finale de la CAN, finalement battus par le Nigéria (2-1). En 1996, la Zambie termina la CAN sud-africaine à la troisième place, Kalusha Bwalya terminant meilleur buteur du tournoi avec cinq buts. Mais peu à peu, la Zambie, faute de successeurs, entra dans le rang et ne participa plus à la CAN que pour y faire de la figuration.

 


Renard et sa meute

Ainsi sa présence à la CAN 2012 fut-elle des plus discrètes. L’équipe zambienne n’était qu’un élément du décor tombé dans un groupe où un gros favori (le Sénégal) un co-organisateur ambitieux (la Guinée Equatoriale) et une curiosité potentielle (la Libye, qualifiée malgré les évènements qui ont agité le pays) s’attiraient les faveurs des médias. C’est pourtant cette Zambie, dirigée par un coach français totalement inconnu, Hervé Renard, qui termina en tête de ce groupe, sans perdre un seul match. Si sa nette victoire (3-0) en quart de finale contre le Soudan fut mise sur le compte de la faiblesse de l’adversaire, celle en demi-finale contre le Ghana, énorme favori, éveilla l’intérêt pour les Chipolopolos ("boules de cuivre", surnom des joueurs zambiens).

 

 

Ce 12 février 2012, à Libreville, l’équipe de Zambie avait donc rendez-vous avec son histoire. La Côte-d’Ivoire avait beau se créer les meilleures occasions, tout indiquait que cette soirée était celle des Zambiens: un penalty manqué de Drogba, deux autres tirs qui frôlèrent les poteaux de Mweene… Au bout d’un 0-0 pas trop ennuyeux, au bout d’une série de tirs au but qui semblait pourtant s’éterniser, la Zambie remporta enfin sa première CAN. À quelques kilomètres de l’endroit où avait disparu l’une des plus belles générations du foot zambien.
 

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