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Michaël Bastien

 

Pronétaire du Moustache FC. Plus intéressé par les phénomènes sociaux (supportérisme et politique) qui agitent le football que par ce qui se passe sur le terrain.


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Sélection de Grande-Bretagne : God save the kick?

Invité : Moustache FC - Le Royaume-Uni va présenter une sélection olympique aux jeux de Londres 2012. Et c'est toute une histoire...

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On ne présente déjà plus le Moustache Football Club, un des fers de lance (et un peu de Lens) de la nouvelle génération de sites qui ne se contentent pas d'être "décalés", mais mettent leur passion du football au service d'une vision plus intelligente – n'ayons pas peur des mots – et plus drôle de notre sport préféré.


 

Aussi étrange que cela puisse paraître, l'existence d'une équipe du Royaume-Uni, même de manière anecdotique, ne relève en rien de l'évidence, la question prenant une forte connotation politique. Pour comprendre la complexité de la situation, il faut remonter aux origines du football. En 1863, on ne se pose pas encore la question des sélections nationales: le football reste une activité embryonnaire. Il existe une fédération de football, la "Football Association", point. Il faut attendre 1873 pour voir l’Écosse créer sa propre fédération, suivie par le Pays de Galles et l'Irlande. L'opposition entre les sélections prend forme et il apparaît de plus en plus compliqué de former une sélection "globale" sous l'Union Jack. Le football, à la fin du XIXe siècle, apparaît déjà comme un vecteur de revendication identitaire, qu'elle soit locale ou nationale.

 

La présence du foot en tant que discipline de démonstration lors des Jeux olympiques de 1900 fait apparaître pour la première fois une équipe de Grande-Bretagne... représentée par le club d'Upton Park. En 1908, une équipe du Royaume-Uni est bien présente mais entièrement composée de joueurs anglais. Le succès du football grandissant au fil des années, la FIFA décide de faire "scission" avec le comité olympique pour organiser elle-même sa propre compétition internationale, dès 1930. Rapidement, la compétition initiée par Jules Rimet devient le rendez-vous de joueurs professionnels alors que les équipes olympiques restent amateurs. La compétition perd alors de son intérêt auprès du grand public.

 

En 1972, les règles de l'olympisme changent et les professionnels sont conviés à l'ensemble des compétitions. En ce qui concerne le ballon rond, les nations sont invitées à présenter leur sélection de moins de 21 ans (les Espoirs), ce qui scelle le destin d'une sélection britannique: une telle formation n'existant pas, elle ne peut donc se qualifier pour la phase finale.

 

 

 

 

2012 : Let Great Britain shake

Oui mais voilà, en décrochant l'organisation des prochains JO de 2012, le Comité olympique britannique a acquis le droit de présenter son équipe, qualifiée d'office. Indignation du côté écossais, les plus fervents opposants à cette réunification footballistique temporaire. Les Gallois, quant à eux, se retirent des négociations, comme l'Irlande du Nord quelques mois plus tard. Résultat, seule l'association anglaise de football soutient l'idée d'une équipe commune.

 

Sauf qu'entre le discours politique des fédérations, la population et les joueurs, il y a un gouffre. Un sondage indique que 69 % des Écossais interrogés sont favorables à une équipe unie. Des joueurs gallois, tel Craig Bellamy, se prononcent pour la mise en place d'une telle équipe – ce qui est compréhensible car de nombreux footballeurs britanniques non-anglais, mais performants en club, peinent à rendre leurs sélections aussi compétitives. Réticentes à la mise en place de cette équipe commune, les fédérations ont tout de même fait savoir que si un joueur acceptait l'appel en sélection britannique, elles ne s'opposeraient pas à sa participation. Cela tombe bien, car l'équipementier olympique a décidé de mettre en avant deux joueurs gallois prometteurs en les personnes de Gareth Bale et Aaron Ramsey.


Du côté des opposants, les fédérations écossaise, galloise et nord-irlandaise sont soutenues par les associations de supporters qui craignent la perte de leurs rivalités historiques respectives. Derrière cette crainte se cache aussi l'hypothèse de voir se dégager une équipe britannique permanente après cet événement, et la fusion de l'ensemble des fédérations. Pourquoi, alors, l'Angleterre semble-t-elle la seule fédération à soutenir un tel projet? Il suffit de jeter un œil à une équipe-type potentielle pour cette compétition:

 


Que constate-t-on – mis à part le fait que même dans les sélections inférieures, il est toujours difficile de trouver de bons gardiens britanniques? Eh bien, que cette équipe sera certainement composée en majorité de joueurs anglais. Sur ce onze, les présences de l'Écossais James Forrest et du Nord-Irlandais Carry Evans peuvent être largement remises en cause (je me suis fixé des quotas, c'est mon côté Laurent Blanc), et hormis le trio gallois Bale-Ramsey-Allen, le reste risque de ne pas apporter de valeur ajoutée à une sélection anglaise largement supérieure à ses voisines. Mais voilà, ces quelques ajouts représentent l'espoir pour l'Angleterre de sortir du marasme international dans lequel elle est confinée depuis bien longtemps: il faut remonter à 1996 et le championnat d'Europe des nations (qu'elle organise) pour la voir atteindre le dernier carré. Avec une telle suprématie sur le football britannique, on comprend mieux que les fédérations écossaise et galloise refusent qu'une équipe unifiée soit formée, aussi éphémère soit-elle.

 

 

 

Les enjeux d'une refonte de l'International Board

Hormis des interrogations extra-footballistiques concernant le sentiment d'appartenance aux îles britanniques (un Écossais, au même titre qu'un Anglais peut-il revendiquer le fait d'être "Grand-Breton"? Cette identité existe-elle vraiment dans les faits? Cette réflexion peut-elle être transposée en France? Mais comment diable font-ils pour manger du haggis?), l'édification d'une équipe battant sous le pavillon de l'Union Jack est un fait marquant supplémentaire de l'importance que prend la FIFA dans la définition de ce que doit être une sélection nationale. La FIFA agit souvent comme une organisation supranationale, sous prétexte de la sacro-sainte universalité du football. Elle est d'ailleurs l'une des seules organisations à reconnaître la Palestine comme entité à part entière, alors même que son autorité fait débat auprès de l'ONU. Les états qui adhérent à la FIFA se plient à une règle fondamentale: ils acceptent de cogérer et de partager la souveraineté footballistique du pays. Toute ingérence d'un tiers est passible de sanction. Certaines fédérations africaines ont connu le courroux de l'association basée à Zurich ou de simples remontrances, lorsqu'il s'agit de fédération plus importante, comme celle de la France (lire "Ingérence ça va, mais deux bonjour les dégâts").

 

Quel est l'intérêt, pour la FIFA, de soutenir un tel projet? L'IFAB (International Football Association Board, qui détermine les règles du football, dispose de huit sièges: quatre dédiés aux représentants de la FIFA et... quatre pour chacun des représentants des fédérations britanniques (et l'Irlande), pères fondateurs du football. Les décisions sont prises lorsqu'elles recueillent six des huit votes. Un poids démesuré au sein d'une institution souvent contestée pour son conservatisme, au profit de nations dont la plupart n'a jamais rien gagné au niveau international. En se prononçant pour une fusion de l'ensemble des fédérations britanniques, Sepp Blatter espère bien mettre fin à leur mainmise sur les règles du football. Car au sein de l'International Board, le combat fait rage entre le président de la FIFA, partisan d'arbitres assistants supplémentaires et David Bernstein (président de la Fédération Anglaise), partisan de l'arbitrage vidéo... depuis que son équipe a été injustement privée d'un but lors du huitième de finale de la Coupe du monde 2010 face à l'Allemagne..

 

Quoiqu'il en soit, la participation d'une équipe du Royaume-Uni aux Jeux Olympiques de Londres en 2012 apparaît naturelle, même si Stuart Pearce (sélectionneur et ancien entraîneur de Manchester City) ne disposera que de trois matches de préparation pour forger un groupe digne de ce nom. Plus habitués aux scissions des sélections nationales (Yougoslavie, URSS, Soudan) qu'aux rassemblements, les fans de football que nous sommes regardent d'un œil dubitatif ce genre d'union, entre course à la compétitivité, récupération politique et calculs en coulisses. La situation n'en est pas moins intéressante (qui plus est au Royaume-Uni, où le football tient une place bien plus importante qu'en France), tant au niveau du supportérisme que de son impact sur l'identité britannique. "Bear and forbear" comme on dit de l'autre côté de la Manche ("Supporte et attends") une tentative d'union qui fera peut être des petits, à la seule condition que le onze britannique termine avec la médaille d'or autour du cou...

 

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