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Jamel Attal

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Chantons sous la coupe

28 motifs de polémique

Malgré l'indigence communicationnelle de Jacquet, sa liste des 22 qui font 28 ne mérite pas une tel esclandre médiatique.

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Aimé Jacquet a donc déçu son monde de la Coupe et déclenché une grogne médiatique qui n’attendait que ça pour se réveiller. Son erreur grossière est d’avoir comme d’habitude horriblement mal géré sa communication, en n’annonçant pas son option d’une présélection de 28 noms. En laissant croire qu’il désignerait bien un groupe de 22, il a excité puis déçu notre impatience.

 

Cette maladresse a surtout constitué un crime de lèse-médias, sévèrement châtié par nos tribuns. Certains prennent comme contre-exemple Zagallo qui a communiqué, le même jour que Jacquet, non seulement sa liste des 22 mais aussi l’équipe qui débutera la compétition contre l’Ecosse. Au rayon incohérence, signalons quand-même que le seleçaonneur n’a jamais aligné cette formation (et ne peut prétendre que ce soit en raison du manque de matches amicaux que Nike lui a organisé). Surtout, il apparaît que le Brésilien fait figure d’exception, puisqu’à ce jour, parmi la minorité de ceux qui se sont manifestés, Hoddle (30 noms), Troussier, Le Roy (28) et Leekens (25) ont suivi une démarche analogue.

 

On peut se demander si l’impatience des médias n’est pas due à l’obligation de retarder l’édition des lucratifs numéros spéciaux et hors-série, ou à l’impossibilité dans laquelle ils se trouvent de lancer tout de suite la polémique sur les choix du sélectionneur. Le procès récurrent monté par la Haute Cour de Justice de L’Équipe qui consiste à démontrer par avance —dans le confort d’une salle de rédaction— que Jacquet “n’est pas à la hauteur“ est aussi inutile que déplacé. Rappelons qu’il n’y avait aucun candidat pour prendre la suite de Houllier, que le bilan du Stéphanois ne justifie aucune mise à pied, et que ce faux débat est totalement anachronique. Ce qui pénalise Jacquet, c’est surtout d’être un très mauvais produit médiatique, un piètre commercial pour la Coupe du monde des records de diffusion et de recettes publicitaires.

 

Etant acquis que Jacquet n’est pas le meilleur promoteur de la France-qui-va-gagner, ne comptez cependant pas sur les journaux pour prendre le relais. Car la malveillance systématique des journalistes français illustre bien cette culture de la défaite qui les rend bien plus prolixes avec les aigreurs et les faux regrets, qui les pousse à anticiper avec jubilation les échecs, à écrire mille fois la nécrologie du sélectionneur, à se complaire dans une infériorité décrétée congénitale au lieu de manifester un peu d’enthousiasme raisonnable et de prendre du plaisir à l’événement. Les censeurs se réservent le privilège du "on vous l’avait bien dit" (ce qui est garanti par leur faculté à dire tout et son contraire), caressant démagogiquement le poil d’une bonne partie de leurs audiences, le défaitisme étant le sport le plus pratiqué dans l’hexagone.

 

Si l’on veut se payer d’un minimum d’honnêteté, il faut bien admettre que si les Bleus ont une réelle chance de l’emporter, c’est aussi le cas de quatre ou cinq autres équipes, et qu’un échec dans ce qui est une compétition ne serait pas forcément synonyme d’indigence générale. Ce qui est demandé à la sélection, c’est de nous faire plaisir (plus qu’à l’Euro 96) et de ne pas démériter, de réaliser un beau parcours, en espérant qu’un peu de réussite et de Zinedine Zidane permette que le prix du Stade de France soit compensé par le gain d’une statuette en or massif. Cet espoir n’implique pas que les prophètes de malheur viennent nous gâcher l’attente.

 

D’ailleurs, si on aime le foot, on n’attendra pas du plaisir que des Tricolores, la Coupe du monde ne s’achevant pas avec leur éventuelle élimination. Quant à cette polémique sur les 22 ou 28, quoi qu’il arrive entre le 10 juin et le 12 juillet, elle nous semblera bien dérisoire rétrospectivement. C’est le destin du papier journal que de jaunir très vite.

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