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Jamel Attal

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Les plans d'attaque pour le Mondial

La voix du plus fort

La campagne systématique de dénigrement menée par l'Equipe contre Jacquet tourne au pathétique, mais elle parvient à imposer à tous l'opinion de quelques éditorialistes. Revenons sur les raisons de la haine…
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Depuis le rassemblement à Tignes, nous assistons dans les colonnes de l'Equipe à un déferlement accru et totalement disproportionné de malveillance professionnelle. Maintes fois chroniquée dans ces pages, l'éditorialite bilieuse — qui fait parfois ressembler le journal à un vulgaire tabloïd — a cette fois atteint des sommets de mesquinerie et d'irresponsabilité. Pourquoi tant de haine?

Abus de position dominante
Totalement monopolistique, dépourvu de toute opposition, le quotidien sportif finit par prendre ses opinions pour la vérité, et quelques polémistes font la loi avec des méthodes totalitaires. La loi imbécile de la majorité l'emporte alors, et l'on entend des abrutis complets comme Guillaume Durand (qui n'y entendent pas plus en football que Platini en physique nucléaire) reprendre à leur compte le dernier lieu commun à la mode et essayer de soutirer à Anelka des mots de désaveu. Pourquoi diable ces experts se gardent-ils de constater que Hoddle et Le Roy n'ont eu qu'à se féliciter d'avoir choisi un groupe élargi (Wright et Foe s'étant blessés pendant la préparation), que la composition de l'Angleterre au tournoi Hassan II a changé complètement entre les deux rencontres, que les matches amicaux des principales sélections ne sont pas flamboyants... Mais toutes les machines à café de France entendent parler de l'incompétence de Jacquet. C'est ainsi qu'on procède ici: on ricane d'avance.

Liberté d'expression pour la bêtise
L'Equipe, référence absolue pour journalistes non-spécialiste, argue du fait qu'elle exerce son droit critique élémentaire. Voilà où en est la liberté de la presse : le droit de dire n'importe quoi, d'ériger en réalité le jugement quelques individus, de dissoudre tout débat, de s'acharner sur un homme (la cible la plus facile), de confondre critique et défense acharnée d'opinions personnelles. Insatiable pour ce qui est de remuer vainement des polémiques gratuites, l'Equipe est beaucoup moins agressive quant il s'agit de dénoncer les avanies plus graves du football contemporain.

Psychologie du harcèlement
Les éditorialistes en série trouvent lamentable le départ des 6 de Clairefontaine (ils s'en sont pourtant repus, traquant la déception et l'amertume), déplorent le manque de psychologie de Jacquet, comme si le moral de ces six-là avait de l'importance pour la suite (alors que l'incident a pu servir de déclic pour les 22 retenus qui prirent la mesure de leur responsabilité). Ces Freud de roulotte n'ont pas réfléchi un seul instant (ou alors trop bien) à l'effet de leur campagne systématique de dénigrement sur le principal intéressé, de leur incessant travail de sape. Mettre celui-ci plus bas que terre, le traiter publiquement comme un crétin, est-ce une stratégie intelligente pour mettre l'équipe de France dans les meilleures conditions? Quel est l'intérêt de le mener au bord de la rupture, de perturber sa réflexion, de le fragiliser?

La nouvelle inquisition
Tous les reproches faits à Jacquet relève en fait d'un seul et même grief: il s'exprime mal devant la presse et ne sait pas expliquer ses choix (il a un accent de péquenot, aucune prestance, et aucun sens de l'humour). Mais l'exigence de ces qualités, qui ne sont absolument pas significatives de la valeur du sélectionneur, est artificiellement et totalement imposée (y compris au public) par les médias, qui seuls y ont intérêt. En quoi cette bonne communication est-elle importante pour bien jouer au Mondial? Quel besoin de connaître à toute force ce que le sélectionneur a en tête, sa liste des 22, son 11 de départ, ses options tactiques? Pour tenter de le savoir, plutôt que de le torturer pour lui arracher des aveux, il vaut mieux regarder les Bleus jouer, content ou pas content. Mais la presse a besoin de grain à moudre, et toute polémique est bonne à entretenir indéfiniment. D'autre part, ce n'est pas parce qu'on ne comprend pas la démarche de Jacquet qu'il est nul. C'est l'évidence même que seule la compétition permettra de juger, tous les commentaires seront alors possibles et les censeurs pourront donner libre cours à leur prévisible indignation (on voit déjà comment s'est imposée l'idée que l'Euro 96 avait été un ratage complet, confondant déception et échec, échec en demi-finale et échec tout court).

Un métier formidable
Au contraire de tout responsable (et particulièrement d'un sélectionneur), nos imprécateurs n'auront jamais à rendre de comptes, jamais personne ne viendra leur en demander, leur montrer leurs erreurs grossières, leurs prophéties à côté de la plaque, leurs procès devenus ridicules a posteriori. Leurs papiers, une fois le mal fait, partent dans les poubelles de la toute petite histoire sportive et cette littérature poussive ne dure qu'un jour, au contraire des nuisances causées. Nos pamphlétaires sont le complément idéal des indigents télévisuels pour composer le paysage désertique du journalisme de football.
La vérité est que rien ne les perturberait plus qu'un beau parcours des Bleus au Mondial, que rien ne les ridiculiserait plus qu'une victoire en finale. Mais les bougres savent que cette probabilité est limitée, et ils se sont placés du bon côté de la statistique...

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