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Privées de médaille

Un printemps en juillet

Le foot féminin s'est révélé au monde, le Japon aussi: bilan d'une compétition aussi historique qu'excitante...
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Le comité d’organisation a été loué de toute part, en particulier parce qu’il a réussi à faire de cette compétition un vrai événement populaire en Allemagne. Bien entendu, le statut de double tenante du titre et de grande favorite de l’équipe locale a pesé, mais le succès ne s’est pas démenti après l’élimination de l’équipe allemande.

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Vue de France, cette compétition – arrivant juste un mois après la victoire lyonnaise en Ligue des championnes et bénéficiant du bon parcours des Bleues – a été l’occasion pour la plupart des médias (sportifs ou pas) de rattraper des années de retard en rivalisant de unes et de pages spéciales, chacun expliquant à quel point le manque d’intérêt que les confrères professaient jusque-là envers le football féminin était blâmable [1].
On notera toutefois que Direct 8 avait pris de l’avance en récupérant les droits des Bleues dans un lot avec les Espoirs (et le National, soldé à France 3 depuis), et que la chaîne semble s’être pris au jeu, depuis, en diffusant également des matches qui ne font pas partie de ce contrat. Pour les autres, on imagine bien qu’il ne restera plus grand monde quand il s’agira de rendre compte du prochain France-Pays de Galles, sans parler du championnat [2].


Paradoxes continentaux

Le succès en Europe tient aussi du fait qu’il s’agit de la deuxième édition seulement à se dérouler en Europe (la précédente en 1995 en Suède), les quatre autres ayant eu lieu aux Etats-Unis et en Chine, avec des décalages horaires importants. Le premier tour a d'ailleurs semblé indiquer une montée en puissance de l’Europe: trois des quatre groupes ont été remportés par des équipes européennes, la Suède et l’Angleterre ayant pour cela battu l’équipe tête de série. Quatre équipes du continent sur cinq ont accédé aux quarts de finales, seule la Norvège confirmant sa régression actuelle.
L’autre moitié du tableau était constituée de deux équipes de la zone Asie, même si l’habituelle place forte qu’est la Corée du Nord a totalement raté sa Coupe du monde alors qu’on en attendait beaucoup après les bonnes performances récentes de ses sélections de jeunes [3], et le dernier quart opposait les Etats-Unis au Brésil – soit dans les deux cas une nation largement dominatrice dans sa zone [4].

Mais cette répartition des forces en faveur de l’Europe a volé en éclat ensuite. Seule la Suède a réussi à battre une équipe non européenne, l’Australie en quart. On remisera donc les conclusions continentales pour une autre occasion, et on se contentera de constater le resserrement des forces ainsi que l’émergence d’une nouvelle place forte.


Le sacre du Japon

Le resserrement avait été constaté dès le premier tour (lire "À une surprise près"), et la conclusion n’a pas changé... ce qui est logique: on découvre rarement les équipes les plus faibles en quart de finale. Le plus gros écart est resté de quatre buts et il n’y a pas eu de score fleuve. Trois quarts de finales se sont achevés en prolongation, dont deux aux tirs aux buts. Pour mémoire, il y a quatre ans, deux quarts et les deux demi-finales avaient fini avec un écart de trois buts ou plus.
Même si on se gardera d’enterrer l’Allemagne et le Brésil, tombés contre les deux finalistes, la compétition aura été l’occasion de confirmer que les États-Unis sont encore là, et surtout que le trio de tête compte un quatrième membre: l’équipe japonaise a pratiqué le plus beau jeu de la compétition et, en dehors d’un match raté contre l’Angleterre (et dans une moindre mesure de la finale), elle aura imposé son jeu à toutes ses adversaires (comme la France, mais avec efficacité). Menée par Homare Sawa, cinquième participation, meilleure buteuse avec cinq buts et meilleure joueuse de la compétition, le Japon est donc le quatrième vainqueur de l'histoire (après les Etats-Unis, la Norvège et l’Allemagne).

Au passage, ce sacre confirme l'étonnante crédibilité du classement FIFA pour les femmes, dont le Japon était au quatrième rang avant le tournoi – ce qui pouvait sembler légèrement surestimé pour une sélection qui n’était même pas parvenu à remporter sa compétition continentale [5]. Même la finale aura confirmé le resserrement des valeurs en ne trouvant son dénouement qu’au cours de la séance de tirs aux buts, durant laquelle le mental des Américaines a subitement volé en éclats...


[1] Comme d’habitude, c’est l’édito de Denis Chaumier dans France Football qui détient la palme, citant une phrase de Corinne Diacre de 2003 sur l’air de "Je m’y intéressait déjà à ce moment-là", sans jamais rappeler le néant qui servait de suivi du foot au féminin dans le bi-hebdomadaire.
[2] Encore que la FFF a lancé une consultation sur la diffusion du championnat avec pour ambition de trouver une diffusion en direct. CFoot, la chaîne de la LFP, a déjà manifesté son intérêt.
[3] Mais les mauvaises langues prétendent que ces performances chez les jeunes ne se seront pas suivies au plus haut niveau en raison de dates de naissance douteuses.
[4] L’Italie peut d’ailleurs maudire le sort et la demi-finale de la Coupe Concacaf où le Mexique a battu les États-Unis, envoyant l’équipe américaine disputer les barrages contre l’Italie, et l’équipe mexicaine directement en Allemagne. On imagine que contre le Mexique, l’Italie aurait peut-être réussi à gagner sa place en phase finale.
[5] Comme les États-Unis, d’ailleurs.
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