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Jérôme Latta

 

Chef d'espadrilles.


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L1 :: J30 :: la Gazette

Canal met les femmes sur la touche ("de charme")

Ringardise et sexisme inconscient font bon ménage sur la chaîne à péage, bastion du journalisme niais.
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Dans le monde du football, "l'élégance" masculine à l'égard des femmes oscille entre le désuet et le moisi, à coups de bouquets de fleurs et ou "d'hommages" à la féminité (lire "Journée de la meuf chez les sportifs"). On est tout de même resté coi devant cette séquence pénible que Canal+ nous a infligée dans Jour de Foot samedi soir, avant de la reprendre en version courte dans Canal Football Club le lendemain – le service football tout entier étant probablement fier d'arborer son effrayante ringardise.

Imaginez : le quatrième arbitre de Bordeaux-Arles-Avignon était... une femme! La bête curieuse se retrouve filmée dans un long plan-séquence qui nous embarrasse pour elle et nous fait honte pour la chaîne cryptée, sans aucune valeur informative sauf s'il s'agit d'évaluer les atours de la proie – bien qu'observée comme sur un podium de défilé de mode (et le couloir du Parc Lescure est long), la créature ne porte qu'un austère uniforme arbitral.
On croit arriver au bout de notre peine et de ce tunnel quand le commentateur, Sébastien Dupuis (un des gentils journalistes à bouille de séminariste estampillés C+, reconnaissables à leurs métaphores de collégiens et à leur immense courage quand il s'agit de rouler sur un arbitre mâle), porte l'estocade: "Elle s'appelle Séverine Zinck. Une petite touche de charme".

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Bon sang, mais garçon, range ta "petite touche de charme" dans ton missel à clichés et retourne dans les années 50. Tiens, profites-en pour déposer Isabelle Moreau dans un épisode de Mad Men, il doit rester une place au milieu des bibelots [1]. Messieurs, laissez tomber les hommages en peau de zob à la gent féminine, et consacrez votre temps d'antenne à faire votre boulot autrement qu'en enfilant les poncifs, qu'en réinventant le dictionnaire (dans le résumé de Brest-Rennes, Ludovic Duchesne découvre un "bagar, un groupe musical breton très typique", et lâche: "Éculé dans sa moitié de terrain, Rennes multiplie les fautes"), ou qu'en empilant les adjectifs emphatiques et les figures de style apprises dans Stade 2: "Nolan Roux, au son des binious, bombarde des trente mètres. Un tir soudain, inspiré, et un pur moment de communion avec ce public extasié". [2]

Laissons là les journalistes sportifs, qu'on libérera une autre fois. Le sexisme, lui, durera aussi longtemps que les femmes seront représentées, dans l'exercice de leurs fonctions, sous l'angle d'une "féminité" conçue avec des stéréotypes frelatés – même apparemment positifs. À ce titre, "l'éternel féminin" se comprend comme une condamnation à perpétuité. Parlez de leurs fesses ou de leur "touche de charme" devant la machine à café (nous aussi, on aime ça), mais dans l'exercice de votre profession, considérez-les sous l'angle professionnel, comme n'importe lequel de leurs homologues masculins. Justement, on aurait bien aimé savoir si ce quatrième arbitre tellement particulier s'était fait aussi copieusement invectiver que ses collègues, défouloirs ordinaires des bancs de touche. Pour le coup, il y avait un sujet, là.


[1] Lire "Que fais-tu là, Isabelle?"
[2] Vous êtes journalistes: si vous avez la flemme de produire des résumés de match dignes (à peine deux minutes de jeu, et encore, truffées de ralentis, sur 3'35" de résumé pour ce Brest-Rennes), essayez au moins de respecter la langue. De la part d'une corporation censément lettrée qui se gausse des difficultés d'expression des footballeurs, ce serait la moindre des politesses.
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Les médias et les journalistes


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