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Jérôme Latta

 

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Un empire européen

Célébré comme le défenseur des valeurs du football, Michel Platini est aussi le président d'une UEFA qui étend son pouvoir économique et politique sur le continent.
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Avec une actualité mobilisée par la réélection triomphale, pour quatre ans, de Michel Platini à la tête de l'UEFA (lire "Platini: unanimité particulière"), deux annonces concernant la confédération européenne sont passées largement inaperçues, en dépit de leur portée. Car si son président incarne un football plus équitable et un retour de la régulation dans l'industrie du football, on tend à oublier qu'il a aussi, après avoir réformé la gouvernance de son instance, il a également étendu son pouvoir et sa surface économique.


L'UEFA reprend l'Euro à la France
On a ainsi appris que l'UEFA serait de facto l'organisatrice de l'Euro 2016 en France, avec la création d'une société qu'elle détiendra à 90%, les 10% restants allant à la FFF. L'accord prévoit que cette dernière sera rémunérée avec un "net garanti" équivalent à celui de la Coupe du monde 1998 (plus de 45 millions d'euros), et avec une part variable liée aux bénéfices réalisés et à son degré de participation effective à l'organisation. Il présente l'avantage de laisser les risques à la charge de l'UEFA. Mais quels risques? La FIFA a démontré avec la Coupe du monde que sa propre compétition quadriennale pouvait devenir un spectaculaire centre de profit. Pour 2011/12, saison du championnat d'Europe en Pologne et en Ukraine, l'UEFA affichera 2,3 milliards d'euros de recettes et à ce jour, la Ligue des champions lui rapporte plus d'un milliard d'euros, soit les deux tiers de ses ressources (chiffres 2009/10, source Les Echos).

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L'ironie veut que le très estimé Jacques Lambert, directeur général démissionnaire de la Fédération qui fut à la tête de la candidature française, désormais auprès de Platini, prenne la tête de la structure. Son transfert de Paris à Nyon lui a ainsi permis de rester aux commandes de l'Euro 2016, là où Fernand Duchaussoy n'est pas assuré de rester à la présidence de la FFF (lire "La révolte du tiers-État").


La haute main sur les droits télé
L'UEFA a aussi effectué une conquête décisive sur le terrain des droits télé: ceux des sélections européennes, qu'elle va centraliser à partir de 2014 pour tous les matches concernant l'Euro et ses qualifications, ainsi que les qualifications à la Coupe du monde. Cela revient à étendre le système en vigueur pour les Coupes d'Europe, et donc à redistribuer ensuite les ressources aux fédérations. Michel Platini a mis en avant son caractère plus équitable, puisque auparavant, chaque fédération négociait individuellement, avec des capacités de négociation variables... Mais pour se laisser convaincre, les principales fédérations ont obtenu la garantie qu'elles ne toucheraient pas moins qu'auparavant (4,1 millions par match des Bleus, par exemple, selon Les Echos). "Nous avons trouvé un accord financier équitable pour les deux parties", s'est satisfait Noël Le Graët, en charge du dossier à la Fédération et qui a obtenu que les matches amicaux des Bleus entre 2014 et 2016 soient inclus dans le contrat (L'Équipe).

Avec l'appel d'offres qu'elle lancera pour la période 2014-2018, l'UEFA mise donc sur une hausse globale des recettes, en considérant qu'elle obtiendra plus, de la part des diffuseurs, en se substituant aux 53 fédérations concernées. En parallèle, elle étend encore ses prérogatives et concentre son pouvoir économique sur le plus riche continent de football.

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Expansionnisme économique
L'UEFA a d'autres objectifs similaires, comme l'obtention de droits étendus sur les paris sportifs, notamment en France où elle revendique le "droit au pari" que touchent déjà la Fédération et la Ligue de la part des opérateurs. Avec la FIFA, elle a contesté les lois nationales britanniques et belges qui interdisent la diffusion des grandes compétitions sur des chaînes payantes [1]. La Cour européenne de justice les a déboutés le 17 février dernier, en considérant que "lorsque ces compétitions sont, dans leur intégralité, d'une importance majeure pour la société, cette restriction de la liberté des prestations de services est justifiée par le droit à l'information et par la nécessité d'assurer un large public aux retransmissions télévisées de ces événements." En cherchant à obtenir la possibilité de vendre l'Euro et la Coupe du monde à des chaînes à péages prêtes à payer bien plus cher une telle exclusivité, l'UEFA et la FIFA privilégient leurs revenus et non la plus large diffusion possible du football...

Au travers des différentes facettes cet expansionnisme économique, Michel Platini se remet dans les pas de Sepp Blatter, dont il imite la politique consistant à centraliser simultanément les ressources et le pouvoir politique. Les fédérations y perdent en indépendance ce qu'elles gagnent en revenus, mais il faudra prendre garde que l'UEFA ne devienne pas un monstre tentaculaire régnant sans partage sur les destinées du continent.


[1] En France, la loi définit des "événements protégés" qui ne peuvent être diffusés en exclusivité sur des chaînes payantes: il s'agit des matches de l'équipe de France et, pour l'Euro et le Mondial, des demi-finales et de la finale.
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