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Jérôme Latta

 

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Le Mondial, jackpot pour les gros clubs

En redistribuant aux clubs, pour la première fois, une part des profits de la Coupe du monde, la FIFA aggrave un peu plus les inégalités entre eux.

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Tombée en début d'année, dans le creux de l'actualité sportive, l'information n'a pas eu un grand retentissement. Elle représente pourtant l'aboutissement d'une lutte entre les clubs et la FIFA qui s'était étalée sur plusieurs années et qui avait pris un caractère très virulent. En redistribuant aux clubs une partie des bénéfices engendrés par la Coupe du monde, au prorata du nombre de jours de présence de leurs internationaux lors de l'édition 2010 en Afrique du Sud, la confédération mondiale a en effet scellé l'armistice auquel avait abouti ce conflit. À raison de 1.600 dollars par joueur et par jour (1), ce sont près de 40 millions de dollars qui sont revenus aux clubs – du moins à certains d'entre eux.

Dès le début des années 2000, cette revendication s'était inscrite dans le contexte de la "guerre du calendrier", ouverte entre les compétitions de clubs et les compétitions de sélections, qui devaient (et doivent encore) se disputer des dates de moins en moins disponibles. Menée par le G14 et quelques porte-parole zélés comme Gérard Houllier et Arsène Wenger (lire "Houllier et Wenger, duo de Tartufes", les Cahiers du football #20), la fronde des clubs les plus riches s'appuyait sur le sophisme selon lequel ils seraient pénalisés... par la concentration dans leurs effectifs les meilleurs footballeurs du monde (2). En occultant, de surcroît, que les équipes nationales participent très significativement à la valorisation économique de leurs cheptels.

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Prime pour les gros

Le système aurait pu être celui d'une assurance destinée à indemniser les clubs en cas de blessure de leurs internationaux au cours de la compétition, à raison de la durée du préjudice (c'est-à-dire de la blessure). Il aurait déjà été critiquable dans la mesure où les causes d'une blessure ne procèdent pas forcément du match durant lequel elles se sont déclarées: en juin, les joueurs payent l'ensemble des efforts consentis au cours de la saison, en particulier sous le maillot de clubs qui alignent leurs meilleurs éléments à cinquante ou soixante reprises, mais s'étonnent de les voir céder physiquement lorsqu'ils arrivent au bout de leur rouleau. On se souvient de l'argument ubuesque d'Arsène Wenger, entraîneur d'Arsenal connu pour limiter au minimum le turnover de ses meilleurs joueurs, qui avait attribué une blessure de Thierry Henry survenue en avril 2007... à un match amical des Bleus du mois d'août précédent.

Dans le dispositif retenu, on ne peut plus parler d'indemnisation, mais bien de prime accordée aux clubs les mieux nantis en internationaux, c'est-à-dire ceux qui sont déjà les plus riches. La FIFA peut se dire heureuse d’annoncer que "400 clubs affiliés à 55 associations membres du monde entier ont reçu une part des bénéfices tirés de l’organisation réussie de la Coupe du monde de la FIFA", cette redistribution est un nouvel exemple de la façon dont l'économie du football organise la concentration des richesses et l'aggravation des écarts financiers (lire aussi "Les vrais vainqueurs de la Ligue des champions").

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L'Europe encaisse

Les cinq premiers pays ont gagné autant que les cinquante autres, et ceux classés entre la 21e et la 55e place ont touché moins que la seule Premier League. Un quatuor se détache très nettement avec l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne (3). L'Europe truste les six premières places, occupe huit des dix premières... En tête du classement des clubs figurent, dans l'ordre, Barcelone, le Bayern, Chelsea, Liverpool et le Real Madrid qui ont empoché entre 866.000 et 678.000 dollars. Des sommes relativement modiques au regard de leurs budgets, mais qui ne contribueront pas, en tout cas, à réduire les inégalités – ni entre les nations, ni entre les clubs.

"Nous sommes heureux de pouvoir partager le succès rencontré par la Coupe du monde de la FIFA 2010 avec les clubs en leur versant une part des bénéfices tirés de notre événement phare, en particulier pour récompenser leurs efforts dans le domaine de la formation des jeunes joueurs", a déclaré Sepp Blatter. Formation? Même si une part non négligeable des grands clubs dispose de bons centres de formation, la clé de répartition "récompense" avant tout les clubs hébergeurs d'internationaux qui dominent le marché des transferts. En témoigne la troublante 25e place du Brésil, placé derrière la Belgique... qui n'a pas disputé le Mondial.


Pour les clubs, un international est désormais une sorte de placement en actions, qui permet le versement de dividendes en fonction des performances de sa sélection. Redistribuer aux clubs une partie des immenses profits de la FIFA, n'était pas une idée illégitime en soi, mais elle devait nécessairement aboutir à un nouveau levier d'inégalités... En militant pour un tel système, les clubs de l'élite économique ne l'ignoraient pas.


[1] Lire "Qui veut la peau des internationaux?", "La paille et la poutre" et "Fractures impayées".
[2] Indépendamment du nombre de matches réellement disputés par les joueurs. Pour chaque joueur, la somme est distribuée aux clubs avec lesquels il a évolué au cours des deux années précédant la compétition.
[3] Si les clubs allemands ont bénéficié du bon parcours de la Mannschaft et du fait que ses internationaux évoluaient très majoritairement en Bundesliga, les clubs anglais ont plutôt profité de l'hospitalité de la Premier League pour les meilleurs footballeurs de la planète.

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