auteur
Richard N

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


Du même auteur

> déconnerie

The Johan Micoud facts

> article précédent

Ayew Technology

> article précédent

Diesel Eagles

Carlos Alberto 1970, l'offrande du Roi

Coupe du monde: un jour, un but... Le 21 juin 1970 à Mexico, Carlos Alberto est à la conclusion d'un enchaînement de rêve, magnifié par une passe lumineuse du roi Pelé.

Partager

Il est 13h41 à Mexico, et même si la finale n'est pas tout à fait terminée, il ne fait aucun doute que le Brésil va remporter sa troisième Coupe du monde. À quatre minutes de la fin, les Auriverde mènent 3-1 et font circuler le ballon devant des Italiens qui ne savent plus trop quoi faire, sinon attendre dans leur camp.

Carlos Alberto en pleine course
Une attaque transalpine sans réelle conviction a rapidement été éventée par l'intervention de Tostão, très replié. L'attaquant de Cruzeiro chipe le ballon et trouve en retrait son libero Brito. Celui-ci donne à Clodoaldo. Puis Pelé, Gérson, de nouveau Clodoaldo retrouvent le ballon, que les Brésiliens se passent et se repassent sur un rythme de bossa-nova. Gianni Rivera se dévoue pour tenter une interception, mais Clodoaldo l'esquive. Domenghini s'interpose à son tour, sans résultat. Clodoaldo l'élimine comme il élimine ensuite Mazzola, puis Juliano. Toute l'Italie aurait pu tenter de lui chiper le ballon qu'il ne l'aurait pas perdu. Il transmet ensuite le ballon coté gauche à Rivelino, posté le long de la ligne de touche.

carlos_alberto_70.jpg

Le jeune ailier brésilien décide d'accélérer la cadence. Le long du couloir, il envoie Jairzinho en profondeur. L'ailier de Botafogo repique vers le centre en faisant face à Facchetti. Il sollicite Pelé pour un une-deux, mais Pelé ne lui rend pas le ballon. Seul dans l'axe, le roi fixe Burgnich avant de transmettre tranquillement le ballon sur sa droite, sans même jeter un regard. C'est alors que surgit Carlos Alberto, lancé pleine course, qui frappe la balle comme elle vient. Rosato a beau se jeter pour s'interposer, Albertosi peut plonger de tout son long, le ballon va exploser dans les filets.


La Coupe du monde du siècle
C'est le quatrième but brésilien de l'après-midi, le dernier de la Coupe du monde 1970 et sans doute le plus beau. La conclusion d'un magnifique mouvement collectif où pas moins de huit joueurs se sont échangé le ballon depuis le camp brésilien. La conclusion d'une rencontre que le Brésil a largement dominée, et celle d'un tournoi souvent considéré comme le plus beau de l'histoire du foot.

Tous les superlatifs sont en effet utilisés lorsque l'on évoque Mexico 1970 : La plus belle des Coupes du monde remportée par la plus grande équipe de l'histoire et le meilleur joueur de tous les temps. Une édition qui a vu la prolongation du siècle (Italie-RFA), l'arrêt du siècle (Gordon Banks), la feinte du siècle (Mazurkiewicz), le lob du siècle (Viktor) et bien sûr, la passe du siècle. Au risque de briser le mythe, il ne faut rappeler toutefois que de nombreuses rencontres du tournoi furent d'un niveau assez médiocre. Pour les besoins de la télévision européenne, qui commençait à imposer ses vues, les rencontres se déroulaient en milieu de journée. Sous le cagnard mexicain, les joueurs se montraient économes de leurs efforts. La lenteur des débats a ainsi profité aux équipes les plus techniques, parmi lesquelles le Brésil.


Une touche finale pour l'œuvre de Pelé
Celui-ci possède alors l'une des plus belles équipes de son histoire. Il a surtout la chance de détenir un Pelé de vingt-neuf ans, sûr de sa force et de son art. Le Brésilien en est à sa quatrième phase finale, mais c'est la première qu'il dispute sans les handicaps de la jeunesse et des blessures. Tout au long du tournoi, il a marqué des buts et tenté quelques "trucs" comme un lob du milieu de terrain sur Viktor ou une feinte de folie sur Mazurkiewicz. Sa passe à Carlos Alberto, dans les dernières minutes de la finale, est la touche finale de son œuvre.
C'est un geste d'une pureté absolue. Un ballon à ras de terre poussé de l'intérieur du pied. D'autres l'auraient joué de l'extérieur. Certains auraient risqué une talonnade ou peut-être même un tir. Pelé a reçu le ballon, l'a contrôlé deux fois pour fixer son adversaire puis l'a offert à son capitaine de la façon la plus simple qui soit.

Avant de transmettre le ballon, Pelé n'a même pas un regard sur sa droite. Il raconte que seule l'intuition a guidé son geste. Si le roi Edson aime distiller les petits mystères qui font mousser sa légende, les autres acteurs tiennent aussi à tirer la couverture. Le coach Mario Zagalo aime répéter que tout avait été travaillé à l'entrainement. Carlos Alberto, lui, se contente d'expliquer qu'au moment de recevoir le ballon, Pelé avait jeté un regard en coin et savait que son capitaine avait enclenché sa course d'élan. On a beau regarder les images, on ne voit à aucun moment Pelé jeter un œil sur sa droite. En revanche, on voit devant lui Gérson tendre le bras et lui indiquer la marche à suivre. C'est sans doute là que Pelé a pris l'information. Mais peu importe. La passe est tellement pure, tellement précise, tellement majestueuse dans sa simplicité qu'elle n'a besoin d'aucune explication.

Partager

> sur le même thème

Deschamps, des choix

Un jour, un but


Richard N
2016-05-24

Dhorasoo 2006, la tatane magnifique

Un jour un but – Le 29 avril 2006, Vikash Dhorasoo est le buteur inattendu d'une finale de Coupe de France opposant le PSG à l'OM.


Richard N
2015-11-04

Bracigliano 1985, le champ du Partizan

Un jour un but – Le 6 novembre 1985, en seizièmes de finale de la Coupe de l'UEFA, le Nantais Vincent Bracigliano s'offre un slalom étourdissant dans la défense du Partizan de Belgrade.


Richard N
2015-10-21

Kombouaré 1993, la forte tête

Un jour un but – Le 17 mars 1993, Antoine Kombouaré marque dans les tous derniers instant d'un quart de finale de la Coupe UEFA le but qui élimine le Real Madrid.


>> tous les épisodes de la série "Un jour, un but"

Sur le fil

*larmes aux yeux* https://t.co/2ccypnZN3p

"Si l’équipe de France foire"… @Rkefi régale chez Libé - https://t.co/IgDi64n2Vk https://t.co/dXhWVHlACY

[matchbox] France-Cameroun : Payet, franc tireur - https://t.co/vm1hKCKrmd https://t.co/Rhd9ldbt0H

Les Cahiers sur Twitter

Les brèves

Cochon, Eros

"Comment l'Atletico trouve ses bons coups." (lequipe.fr)

Mise en bière

"La République tchèque écrase Malte (6-0)." (goal.fr)

Yuan Direction

"Un groupe chinois à Nice ?" (lequipe.fr)

Umtiti a ruminé

"Samuel Umtiti se pose des questions sur son avenir." (lequipe.fr)

Centre inhospitalier

"Ginola plongé dans le coma ?" (sports.fr)