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Toni Turek

 

Überfan des footballs d’Allemagne et d’Autriche, passés et présents. Taulier de la Ventre Mou's League.


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Dans les filets #2

Les petits princes de Vaduz

Exotisme et paillettes: les Cahiers vous emmènent au Liechtenstein, une principauté qui a moins bien réussi dans le football que Monaco.
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Devinette : qu'est-ce qui est petit, bleu et rouge, et joue au foot ? Perdu, ce n’est pas le Grand Schtroumpf. La réponse est "le Liechtenstein". (Ami(e) non-germaniste, tu peux le prononcer comme "Lich-teune-chtaïne". Si tu y parviens trois fois de suite sans hésiter, bravo: tu es mûr(e) pour lire la suite). Car ce micro-Etat arbore le bleu et le rouge de son drapeau sur les tenues de son équipe nationale de foot.
Le Liechtenstein, c’est quoi? Un confetti peuplé d’à peine 35.000 âmes – 10.000 habitants de moins qu’aux Îles Féroé, mais 5.000 de plus qu’à Saint-Marin. Une mini-monarchie héréditaire régie par Son Altesse Sérénissime le Fürst Hans-Adam II – son nom complet: Johannes Adam Ferdinand Alois Josef Maria Marko d'Aviano Pius von und zu Liechtenstein (1). Un des plus petits pays d’Europe avec ses 160 kilomètres carrés enclavés entre la Suisse et l’Autriche. Une principauté lilliputienne connue surtout pour ses activités financières et sa douzaine de banques. Et comme ses voisins, pourtant, le Liechtenstein dispose aussi d’une "Nati" (2).

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La (très) "petite Nati"
La Nati liechtensteinoise se singularise par le fait qu’elle est plus jeune que certains des joueurs qui y appartiennent. C’est en effet seulement en 1982, soit huit ans après les adhésions de la fédération du Liechtenstein à l’UEFA et à la FIFA, que la "petite Nati" a fait sa première apparition officielle – 0-1 contre la Suisse. Et elle n’a intégré les éliminatoires de tournois internationaux qu’à compter de 1994.
Avec 1.200 licenciés, le vivier local est limité. Tellement limité qu’il n’est en fait pas vraiment question pour cette Nati de se qualifier pour une phase finale d’Euro ou de Coupe du Monde (3). D’ailleurs, lors des premières rencontres, il s’agissait surtout d’éviter une raclée, et éventuellement de marquer un but. Le tout premier point, glané contre l’Eire (0-0) pendant les éliminatoires à l’Euro anglais, a été fêté comme un succès, après onze défaites d’affilée. Et que dire de la première victoire, 2-1 contre l’Azerbaïdjan en 1998: un "triomphe" obtenu après dix-huit revers consécutifs – dont un sévère 1-9 encaissé en Allemagne et un historique 1-11 concédé contre la modeste Macédoine…

Depuis ses débuts et sur ses cent quinze rencontres disputées jusqu’ici, la Nati princière a gagné à six reprises et fait douze matches nuls. Parmi les battus, aux côtés de l’Azerbaïdjan, se trouvent l’Arabie Saoudite, le Luxembourg, la Lettonie et l’Islande, tous tombés sur le terrain du Rheinpark Stadion (4) de la capitale Vaduz. Hors de Vaduz, le Liechtenstein n’a gagné qu’une fois: c’est le plus large succès de son histoire, 4-0 à Luxembourg, durant les éliminatoires de la WM 2006. Parmi les équipes ayant égaré deux points qui leur semblaient promis lors de leur passage à Vaduz, figurent le Portugal (2-2), la Slovaquie (0-0) et dernièrement la Finlande (1-1). Si à l’extérieur ils peinent (cf. leurs défaites aux Îles Féroé, à Saint-Marin et Malte!), les Liechtensteinois peuvent réaliser un coup à domicile. Mais l’enchaînement de ces "coups" s’avère malaisé (voir le tableau ci-dessous)

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Une défense un peu plus coffre-fort
Si la défaite reste la norme pour le Fussballzwerg (5) qu’est le Liechtenstein, les corrections se font rares ces derniers temps: à l’exception des Maltais (1-7), des Allemands (0-6) et des Croates (0-5), aucun adversaire n’a inscrit plus de quatre buts à la "petite Nati" depuis 2004. Normal, l’équipe du Liechtenstein est plus stable et plus expérimentée, grâce à l’appui de quelques joueurs clefs.

liechtenstein_3_jehle.jpgAinsi, le gardien Peter Jehle: formé au FC Schaan – le club de la plus grande ville du Liechtenstein – Jehle a évolué aux Grasshoppers de Zürich, puis au Boavista Porto, qu’il a quitté suite à la relégation du club pour corruption; il a rejoint en 2009 le FC Vaduz, après un petit Tours d’un an en France. Il est le gardien titulaire indiscutable de cette sélection qu’il a intégrée dès l’âge de seize ans – c’était lors de cette première victoire contre les Azéris. Si la "petite Nati" prend moins de buts, elle le doit à son portier, qui a été cité quatre fois dans le onze national annuel entre 1999 et 2007.


liechtenstein_4_stocklasa.jpgN’oublions pas les défenseurs Michal et Martin Stocklasa, les deux frangins de la charnière centrale, qui comptent presque 150 capes à eux deux. L’aîné Martin, international depuis ses 17 ans en 1996, a séjourné depuis au FC Vaduz (où il a remporté six Coupes nationales), au FC Zürich et chez les "Ossis" du Dynamo de Dresde. Défenseur le plus capé – devant son frère – et troisième meilleur buteur de la sélection avec ses cinq buts, il a été élu en 1998, 2000 et 2009 "meilleur footballeur liechtensteinois de la saison". En 2008/09, il a été un des artisans majeurs de la rigueur défensive de son club du SV Ried, seul club resté invaincu à domicile et meilleure défense de la Bundesliga autrichienne.


liechtenstein_5_frick.jpgL’atout offensif du Liechtenstein: le Frick
Cette équipe du Liechtenstein ne se contente pas de blinder derrière. Contrairement aux Andorrans qui peuvent "jouer" en 10-0-0 sur quatre-vingt-dix minutes, les Liechtensteinois sont capables de lancer quelques offensives, et parviennent souvent à se créer quelque(s) occasion(s) du match. Joueur le plus capé de l’histoire de son pays avec plus de 90 sélections à son compteur depuis ses dix-neuf ans en 1993, et de loin le meilleur buteur de son pays avec… quatorze réalisations à son actif (dont la moitié pour des ouvertures de score), Mario Frick est l’atout majeur du secteur offensif. L’attaquant natif de Suisse – comme Jehle et Stocklasa – a été le premier joueur du Liechtenstein à évoluer hors de Suisse et d’Autriche dans un championnat d’élite professionnel. Il est aussi l’un des rares joueurs à avoir joué durablement à l’étranger: il a connu différents clubs suisses de 1994 à 2000 (Saint-Gall, Bâle et FC Zürich) puis italiens (Arezzo, Hellas Verone, Terni, Sienne) de 2000 à 2009, avant de revenir à Saint-Gall l’été dernier pour le retour du club dans l’élite suisse. Capitaine de l’équipe nationale, il a été désigné quatre fois "meilleur footballeur liechtensteinois de la saison" (1994, 1999, 2002 et 2007).

Evidemment, si toute l’équipe était du même acabit que ces trois mousquetaires, il serait aisé de jouer la victoire. Las, les autres joueurs sont loin d’avoir le même apport. De fait, parmi ceux récemment appelés, nombre des coéquipiers de Jehle, Stocklasa et Frick, souvent plus jeunes, évoluent encore comme amateurs dans des clubs du Liechtenstein et n’ont peu ou pas d’expérience internationale. Seuls une demi-douzaine jouent… en Suisse – et encore, pas uniquement dans les meilleurs clubs – et deux autres encore, dont l’attaquant au numéro 9, Thomas Beck (cinq buts en 71 sélections) en troisième division autrichienne.
Ceci explique pourquoi cette Nati émarge aux environs du cent-cinquantième rang mondial (6). Et pourquoi on ne verra vraisemblablement jamais le Liechtenstein se qualifier pour un tournoi majeur, du moins tant que les groupes des phases de qualification seront aussi étoffés. Comme le montre le documentaire Kicken für die Krone, qui suit la Nati du Liechtenstein pendant les éliminatoires de l’EM austro-suisse, avec du cœur un miracle est toujours possible sur un match. Mais le miracle devient mirage s’il doit se répéter sur douze rencontres.

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"Ils veulent aller à l'Euro. Ils jouent avec leur cœur. Ils n'ont aucune chance".


liechtenstein_7.jpgLe FC Vaduz de Littbarski
Si la situation de la Nati du Liechtenstein est compliquée par l’hétérogénéité de niveau de ses joueurs, ceci est en partie dû à la situation très particulière du foot liechtensteinois. La petite principauté est en effet l’unique membre de l’UEFA à ne pas avoir son championnat propre – faute de clubs assez nombreux. En Europe, des pays comme Andorre et la Lituanie ont des D1 à huit équipes. Mais le LFV, la fédération locale fondée en 1934 avec quatre clubs, n’en regroupe en 2010 que sept: le FC Triesenberg (le plus récent, créé en 1972), le FC Ruggell et l’USV Eschen-Mauren ont rejoint le quatuor initial des FC Balzers, FC Schaan, FC Triesen et FC Vaduz. Difficile d’envisager un championnat à sept, même avec deux ou trois tours aller-retour – il y a des limites à l’originalité. Dès lors, en accord avec la fédération helvétique, les clubs du Liechtenstein sont admis dans le championnat suisse – à différents niveaux.

Seul club professionnel et logiquement au-dessus du lot, celui de la capitale: le FC Vaduz, actuellement géré par l’Allemand Pierre Littbarski. Fondé en 1932, le FC Vaduz a d’abord évolué en Autriche, avant de passer en Suisse dès 1933. Il a franchi un cap important dans les années 2000, en accédant à la D2 suisse et en devenant un prétendant à la montée: il a fini deuxième de D2 aux printemps 2004 et 2005, échouant de peu en barrages contre Neuchâtel et Schaffhouse. La troisième fois a été la bonne: en 2008, grâce notamment à son attaquant-vedette d’alors, le Brésilien Gaspar (31 buts), le FCV a terminé premier et directement accédé à l’élite suisse.


Rien derrière
Ce qui n’a alors pas été pour plaire à tout le monde. D’une part, parce que voir un club non-suisse (7) prendre la place d’un club suisse dans une élite limitée à dix équipes "faisait désordre" aux yeux de certains. D’autre part, parce que le modeste Rheinpark Stadion avec ses 6.100 places était jugé loin de valoir d’autres enceintes, telle la nouvelle AFG Arena du FC Saint-Gall, alors relégué, tant au niveau de l’affluence que de l’ambiance. Enfin, parce que la riche dotation du promu Vaduz laissait craindre une victoire de la logique financière. Que n’aurait-on entendu si Vaduz avait remporté l’Axpo Super League suisse! "Heureusement", ce scénario est resté fictif: avec un point pris sur les douze dernières journées, le FC Vaduz a terminé l’exercice 2008/09 lanterne rouge, mettant un terme à son séjour dans l’élite suisse après une seule saison.

Les autres clubs liechtensteinois ne peuvent espérer faire mieux que Vaduz: en effet, selon le règlement, n’est admis à participer aux divisions professionnelles helvétiques qu’un club de la principauté à la fois. Autrement dit, tant que le FC Vaduz reste dans l’une des deux premières divisions suisses, aucun autre club de la principauté ne peut monter. Mais seul l’USV Eschen-Mauren, en troisième division suisse, pourrait se sentir concerné. Les cinq autres clubs évoluant quasi anonymement entre les quatrième et septième échelons helvétiques, leur arrivée au niveau pro reste une hypothèse lointaine.


Coupe, découpe
S’il n’y a pas de championnat, il existe toutefois une compétition locale: la Coupe du Liechtenstein, alias la FL1 Aktiv-Cup, qui est qualificative pour l’Europa League. Créée en 1946, cette coupe consacre principalement l’ogre qu’est le FC Vaduz. Cinquante finales et trente-huit trophées en soixante et une éditions jouées par le club de la capitale princière (8), et une série en cours de douze succès consécutifs: difficile de trouver un meilleur rendement en Europe!

Le fort écart de niveau entre Vaduz et ses concurrents explique ces statistiques démentielles. Mais il faut également tenir compte du format de la compétition, qui n’est pas sans rappeler celui de notre Coupe de la Ligue. En fait, faute de clubs assez nombreux, la FL1 Aktiv-Cup démarre par deux tours préliminaires qui impliquent les équipes réserves… et des réserves de réserves. Les vainqueurs de ces deux tours rejoignent les demi-finalistes de l’année précédente, qualifiés d’office pour les quarts. Pour obtenir le seul ticket disponible pour une Coupe d’Europe, trois matches peuvent donc suffire.

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L'Europe tourne court
À l’ère de la regrettée Coupe des Vainqueurs de Coupes, le FC Vaduz n’est arrivé qu’une fois à passer le premier tour: c’était en 1996, aux tirs au but face à un club de Riga, avant d’être sorti par le PSG, alors détenteur du trophée. Seul autre club de la principauté à avoir franchi un tour: le FC Balzers, en 1993, contre un club albanais. Sinon, ça a été "un petit tour et puis s’en va"…

Depuis que la C2 a été supprimée, le FC Vaduz a réussi à éliminer les Irlandais de Longford Town (2004), les Moldaves du Dacia Chisinau (2005), les Magyars d’Ujpest (2006) et les Ecossais de Falkirk l’an dernier. Des performances qui permettent au Liechtenstein d’être actuellement classé environ quarantième sur les cinquante-trois pays affiliés à l’UEFA… Qui a dit que le Liechtenstein n’avait pas d’avenir? Et dire que grâce à ce classement UEFA, si la principauté avait son championnat, son Meister participerait à la C1, tandis que ses deux suivants tenteraient leur chance en C3 aux côtés du vainqueur de la Coupe…
Rêvons: plutôt que de changer le format des phases éliminatoires pour écarter toutes les "petites" équipes comme le réclament certains esprits chagrins, et si la prochaine réforme initiée par Michel Platini consistait aussi en la mise en place d’un championnat liechtensteinois?


(1) Der Fürst: "le prince" – au sens de celui qui dirige une principauté.
(2) Nati est le diminutif de Nationalmannschaft: "équipe nationale".
(3) Exceptions chez les juniors: l’équipe liechtensteinoise des moins de 16 ans s’est qualifiée pour l’Euro 1998 de sa catégorie, tandis que celle des moins de 20 ans a disputé l’Euro 2003 car qualifiée d’office (pays organisateur).
(4) Depuis sa construction en 1998, le Rheinpark Stadion accueille toutes les rencontres internationales du Liechtenstein. La FIFA et l’UEFA avaient menacé la principauté de délocaliser ses matches et ceux de Coupe d’Europe si n’était pas construite une enceinte plus moderne que celle d’Eschen, jugée trop ancienne.
(5) Der Zwerg: "le nain" – un surnom fréquemment utilisé.
(6) Actuellement au classement FIFA, seuls Andorre et Saint-Marin sont derrière en Europe. Face à Saint-Marin, le Liechtenstein compte… une défaite et un nul.
(7) Ironiquement, il y avait alors plus de Suisses que de Liechtensteinois dans le groupe du FC Vaduz. Suite à la relégation de l’été 2009, l’équipe renouvelée est composée exclusivement d’Allemands, de Suisses et de six Liechtensteinois.
(8) Entre 1963 et 1965, le FC Vaduz a été interdit de Coupe par sa fédération, qui jugeait trop grand l’écart de trois divisions avec les autres clubs du pays.


Tableau récapitulatif des parcours de qualification du Liechtenstein

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