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Jérôme Latta

 

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Lyon sur un fil

Si l'OL doit connaître une "crise", elle sera forcément économique. Avec des résultats financiers qui se dégradent, le recrutement de cet été fait figure de coup de poker risqué...
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Au lendemain d'une 11e journée placée quelque part entre le quart et le tiers du championnat, l'Olympique lyonnais semble avoir bien négocié un tournant majeur de son histoire récente, après la perte d'un titre si longtemps conservé, et évité de basculer sur un cycle bien moins vertueux que celui qui a alimenté une supériorité économique et sportive durable...


Recrutement lourd, bénéfices légers
Bien placé dans la course au titre malgré quelques revers, le club a aussi confirmé sa maîtrise des joutes européennes avec un parcours sans faute dans sa poule de Ligue des champions. Et son recrutement, initialement critiqué ou interrogé sous l'angle des montants records investis (76,5 millions, notamment pour l'acquisition de Lisandro Lopez, Bafetimbi Gomis, Michel Bastos et Aly Cissokho), est tenu aujourd'hui comme une réussite.

La partie est-elle jouée pour autant? Pas vraiment, car il faudra du temps avant de pouvoir évaluer le réel retour sportif et financier sur investissement (lire "240 millions, ça vaut combien?"), alors que d'ores et déjà, les résultats positifs que vient de publier OL Groupe pour l'exercice 2008/2009 ne masquent pas une fragilisation, dans un contexte tendu par la crise.
Le résultat net de 5,1 millions a ainsi été divisé par quatre par rapport à la saison précédente (19,9 millions), tandis que le chiffre d'affaires diminue de 9% et que le résultat brut d'exploitation régresse à 45,8 millions contre 60... La billetterie et le sponsoring progressent respectivement de 3 et 4%, sans contrebalancer la baisse des droits de télévision perçus (68,1 millions, -9,2%), en raison de la troisième place au classement final, ni la spectaculaire chute des ressources liées aux produits dérivés (-27,7%).

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Vendre pour 60 millions avant le 30 juin ?
Dans ce tableau, si le produit de la vente des joueurs se maintient à un niveau équivalent de celui de 2007/2008 (52,4 millions contre 55,9), c'est essentiellement parce que les 35 millions de recettes issues de la cession de Benzema au Real Madrid, conclue en juin, ont été imputés aux comptes de 2008/2009... La fameuse activité "trading des joueurs" ne conserve ainsi son niveau moyen des cinq dernières années (près de 50 millions d'euros) que grâce à cette opération qui "est venue mettre de l'ordre", comme l'a concédé Jean-Michel Aulas (1). Ainsi que l'indiquent Les Échos (29 octobre), il faudra donc, pour équilibrer les onéreuses acquisitions de joueurs citées plus haut, trouver 63,6 millions – déduction faite des 12,9 millions de ventes réalisées en juillet-août avec Mounier, Grosso et Keita – avant le 30 juin prochain (2).

Or, les joueurs acquis lors des deux dernières intersaisons ne représentent pas des investissements à court terme, et la stratégie de l'OL implique généralement une valorisation sur plusieurs saisons, dont le mérite est de permettre à l'équipe d'en engranger aussi les profits sur le plan sportif. Comment, alors, le club pourra-t-il définir une stratégie lui permettant à la fois de concilier ses intérêts financiers et sportifs? Dispose-t-il seulement, à ce jour, de joueurs susceptibles de dégager des montants de cette importance, sachant que nul ne sait quelle sera la capacité d'investissement des "grands acheteurs" européens à la fin du printemps prochain?


Nouveau calendrier
L'équation semble donc plus ardue à résoudre que précédemment, alors que la logique d'une "reconstruction sportive" autour de Claude Puel et d'un effectif structuré sur des joueurs majeurs, s'impose en parallèle. Le président rhodanien peut tout de même se prévaloir d'un endettement nul et de fonds propres importants (170 millions), et il ne manque pas d'évoquer la perspective d'un stade de 60.000 places (3).
De ce point de vue, le report du projet de grand stade est peut-être un mal pour un bien: les 40 millions de revenus supplémentaires espérés chaque année font certes défaut, mais l'exemple d'Arsenal avec l'Emirates Stadium a montré que des investissements lourds pouvaient grever significativement la capacité d'investissement d'un club sur le marché des joueurs. Surtout, recaler le calendrier de construction sur celui de l'Euro 2016 et d'une éventuelle sortie de la crise économique permettra probablement de bénéficier de circonstances plus favorables.

Dans l'intervalle, l'Olympique lyonnais devra assurer, dans des conditions beaucoup plus périlleuses qu'auparavant, la préservation de son statut sportif et de sa position économique dominante. Il conserve une situation plus avantageuse que ses rivaux principaux nationaux, mais devra survivre à des turbulences inédites dans son histoire récente.


(1) Sans l'inscription du transfert de Benzema, les comptes auraient donc déjà été dans le rouge.
(2) Pendant ce temps, l'action OL Groupe approche de nouveau les 10 euros après avoir connu en creux à 6 au printemps – loin de son cours d'introduction à près de 24 en février 2007.
(3) Notons aussi que l'OL tirera 7 millions d'euros par an de son contrat avec Betclic, lorsque la loi sur la libéralisation des paris sportifs sera promulguée.
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