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Steven Rousseau

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Liberté d'éructation

Dinamo Tbilissi 1976-82 : Géorgiens profonds

Les grandes équipes – Vainqueur de la coupe des coupes en 1981, ce Dinamo-là a été une machine à jouer qui s'imposa aussi bien au sein de l'URSS que face aux géants anglais de l'époque.
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Un rapide coup d'oeil au palmarès de la défunte Coupe d'Europe des clubs vainqueurs de coupe interpelle l'amateur sur la présence de nombreux clubs du non moins défunt bloc de l'Est sur les photos de ses finales, du MTK Budapest au Lokomotive Leipzig en passant par Górnik Zabrze. À croire que sa suppression, tout comme l'effondrement du bloc, est un coup fomenté par la CIA et le Vatican.

dinamo_tbilisi_logo.jpgL'autre Europe
Satellite géorgien de la galaxie des Dynamo Sports Clubs – les organismes d'éducation physique des masses prolétaires sponsorisés par la police politique de l'URSS – le FC Dinamo Tbilissi porta très haut les couleurs du football de cette petite république du Caucase et de sa capitale coincée entre les montagnes. L'équipe de 1964 (1) provoquait déjà l'admiration de France Football, qui voyait en elle le seul rival possible des clubs espagnols et italiens qui dominaient alors l'Europe... Ce qu'on ne put vérifier, les équipes soviétiques n'ayant pas le droit de participer aux compétitions continentales à l'époque. Le talent des footballeurs géorgiens se noya alors dans la sélection de l'Union, où Moscovites et Ukrainiens côtoyaient les Dzodzuashvili, Kavazashvili, Khurtsilava et surtout Meskhi, le ''Garrincha géorgien''. La nomination au poste d'entraîneur de Nodar Akhalkatsi (2) en 1976 changea pour quelques années la donne, en faisant rayonner le Dynamo et la Géorgie en Europe, au nez et à la barbe du tout puissant Dynamo Kiev de Lobanovsky et du pouvoir central.


Vite et bien
Âgé d'à peine quarante ans quand il prend en main l'équipe, Akhalkatsi sait pourtant exactement où il va. Le talent ne manque pas dans l'effectif: Kipiani, Gutsaev, Machaidze entre autres sont déjà là. Les dirigeants lui ''offrent'' en outre très vite de jeunes joueurs prometteurs, tout droit venus de l'université de Kutaisi: Chivadze, Sulakvelidze, Kostava: et Gabelia. Le nouveau stade Dinamo est même achevé, après dix ans de travaux! Il aura fallu toute la persuasion du chef politique local Edouard Chevarnadze pour obtenir du pouvoir central ce nouvel écrin de 78.000 places, dans lequel s'épanouira la ''Grande Equipe''.
Le talent du nouveau coach est d'abord de faire vivre et de souder autour de son projet un groupe symbole de la diversité culturelle de la région, les Géorgiens ''pure souche'' se mêlant aux Ossètes et aux Abkhazes. Puis les techniques de travail doivent permettre au talent de s'exprimer au mieux: discipline de fer sur le terrain et en dehors, méthodes modernes de préparation physique. Ces joueurs doués d'une technique latine naturelle, mais loin d'être des monstres physiques et peu endurants, Akhalkatsi va les transformer en machine à jouer vite et bien.

dinamo_tbilisi_1981.jpg


Goûter à la coupe
En quelques mois, l'équipe transformée engrange ses premiers succès: la première Coupe d'URSS du club est remportée à l'automne face aux ''voisins'' de l'Ararat Erevan. D'une saison sur l'autre, le Dinamo se rapproche du titre en Top Ligue: 3e en 76, 2e en 77, et enfin champion en 78. Puis, en 79, une deuxième Coupe est gagnée aux tirs au but contre le Dynamo Moscou. Surtout, les Bleus prennent petit à petit leurs marques dans les compétitions européennes. La première participation à la Coupe des Vainqueurs de Coupe avait débuté dans la liesse par l'élimination de Cardiff City, mais le MTK de Budapest avait refroidi l'ambiance au deuxième tour.
La saison suivante, c'est un premier exploit retentissant qui secoue l'Europe: l'élimination au premier tour de la Coupe de l'UEFA de l'Inter Milan d'Alessandro Altobelli, avant le retour sur terre à Zurich chez le Grasshopper. Après ces deux apprentissages, le Dinamo entre enfin dans la cour des grands en 1979, en tirant Liverpool pour le premier tour de la Coupe d'Europe.


Liverpool tombe
Les Reds, emmenés par Dalglish, sont indéniablement la meilleure équipe européenne de l'époque, mais les internationaux britanniques qui composent son effectif, pas plus impressionnés que ça par l'anonymat relatif des Géorgiens, vont vite se rendre compte que le Dinamo n'a pas devancé le Dynamo Kiev de Blockhine par hasard. À l'aller à Anfield, leurs grands gabarits souffrent de la vivacité des Bleus, et le but égalisateur de Chivadze leur fait prendre conscience un peu tard qu'ils sont tombés dans un guet-apens. Le maigre avantage d'un but donné par Jimmy Case ne suffit pas.
Au retour à Tbilissi, le stade Dinamo explose sa capacité, et 110.000 fans survoltés donnent des ailes à leurs protégés qui font tourner les Anglais en bourrique: Gutsaev, Shengelia et Chivadze sur penalty corrigent les favoris, dont la défense un peu lente est complètement dépassée. L'ambiance tourne carrément au surréaliste quand les photographes pénètrent en plein match sur la pelouse pour tirer le portrait des Scousers déconfits. Le Dinamo progresse vers le deuxième tour à la surprise générale. Le miracle n'aura pas lieu une seconde fois, face au Hambourg SV de Keegan, Magath, Hrubesch et Kaltz, prévenus du danger, mais les Bleus ont pris rendez vous avec l'Europe.







Folie collective
En 1980, le Dinamo est plus riche en expérience et en confiance au moment d'entamer la campagne de la Coupe des Coupes, et il progresse facilement jusqu'en quarts de finale pour des retrouvailles avec l'Angleterre. Pour le même résultat: le West Ham United de Franck Lampard père est atomisé 4-1 à Upton Park. Dans la foulée, le Feyenoord est balayé à Tbilissi 3-0, ce qui est suffisant pour s'ouvrir les portes d'une finale entre frères du bloc socialiste: le FC Carl-Zeiss Ièna a réalisé lui aussi un superbe parcours, éliminant Valence, l'AS Rome et Benfica. Tout comme le Dinamo, son effectif n'a pas les paillettes des grands clubs occidentaux, mais la meilleure équipe est-allemande peut compter sur quelques internationaux rompus aux joutes olympiques tels Kurbjuweit, Weise ou le gardien Grapenthin.
L'ouverture du score à l'heure de jeu des Allemands par Hoppe réveille soudainement les Géorgiens. Trois minutes plus tard, Shengelia transperce la défense et décale l'ailier Gutsaev qui égalise. Puis à trois minutes de la fin, dans un dernier coup de rein, c'est le milieu Daraselia parti du rond central qui crochète deux défenseurs et déclenche une frappe soudaine du gauche au ras du poteau pour offrir à l'Europe son vainqueur de coupe le plus oriental et le plus original. L'indifférence des quelques milliers de spectateurs présents à Düsseldorf n'aura d'égale que la folie collective qui emporta la petite république de Géorgie. Cinq ans après Kiev, un autre club des lointaines dépendances narguait les puissants clubs de Moscou.






dinamo_tbilisi_2.jpgFin de règne
L'année suivante, après avoir sorti le SC Bastia de Roger Milla et Charles Orlanducci, le Dinamo est tout près de rééditer son exploit, éliminé par le Standard de Liège de Gerets et Preud'homme en demi-finale d'une compétition qui ne devait jamais s'offrir deux fois d'affilée à son tenant. La ''malédiction de la C2'' semble alors frapper l'équipe dans son ensemble. Le gardien Gabelia et le défenseur Khizanishvili quittent le club pour laisser la place aux jeunes, puis le héros de Düsseldorf, Daraselia, se tue dans un accident de voiture. Enfin, le meneur de jeu David Kipiani se blesse et doit mettre un terme à sa carrière, tout comme Khinchagashvili.
La nouvelle génération ne supporte pas la pression qui pèse sur elle, les anciens n'ont peut-être plus la volonté de fournir les efforts, l'équipe se délite brutalement, et en 1983 l'entraîneur Akhalkatsi quitte à son tour le club. Quelques années plus tard, la Géorgie rompt avec le giron de Moscou. Le Dinamo ne rééditera sans doute jamais ses exploits européens, mais il continue régulièrement de sortir de grands joueurs et techniciens, de Kaladze à Arveladze en passant par Ketsbaia qui mena Famagouste en Ligue des champions.



Les principaux joueurs
Le grand Dinamo était avant tout une équipe rapide et technique qui portait le ballon très vite vers l'avant en partant d'une défense où sévissaient d'indéboulonnables tauliers: le gardien de but Otari Gabelia, devant lui Nodar Khizanishvili, Shota Khinchagashvili, Tenghiz Sulakvelidze le cauchemar de Maradona en sélection de 78 à 82, et surtout le libéro Alexander Chivadze, titulaire de la grande équipe soviétique des années 80. Au milieu, l'Abkhaze Vitaly Daraselia récupérait et remontait les ballons. Il disparut en 1982 au sommet de sa carrière.
Le génial David Kipiani distribuait le jeu en deux touches de balle, et lui aussi dut arrêter sa carrière trop tôt. Ramaz Shengelia, meilleur buteur du championnat en 1981 et deux fois joueur de l'année, participa  à la Coupe du monde 1982. Il était assisté notamment du fantasque ailier ossète Vladimir Gutsaev, à qui l'on doit cette jolie citation: ''Les adultes bénéficieront plus de l'apport du football s'ils l'accompagnent de la même sincérité que le font les enfants''.

(1) La deuxième équipe non-moscovite championne d'URSS après le Dynamo Kiev de 1961
(2) Président de la fédération géorgienne dans les années 90 jusqu'à sa mort en 1998, actuellement dirigée par son fils, Nordan Jr.
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