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José-Karl Bové-Marx, Jamel Attal et Albert Lombre

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LA NOUVELLE LOKOMOTIVE DE L'EST

Fiorèse, l'anti-alchimiste

Celui qui a transformé l'or en plomb a pris sa retraite dans un silence que nous nous devions de briser. Hommage(s) et rétrospective.
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Au milieu de la dense actualité estivale, la retraite sportive de Fabrice Fiorèse est passée inaperçue. Mais il revient aux Cahiers du football de rendre hommage à un de ces footballeurs sans lesquels leur existence aurait forcément moins de sens. Le second Ballon de Plomb de l'histoire avait alors suscité son lot de controverse ... Pourtant, le néo-retraité avait tout fait, ensuite, pour justifier son titre. Ne partait-il pas, dès la fin de cette saison maudite pour lui, vers le Qatar et le club d'Al-Rayyan? On réussit même à faire croire à nos confrères de lequipe.fr, qui reprirent "l'info" de notre Agence Transe Presse, que le garçon avait rejoint le rival qatari Al-Arabi au dernier jour du mercato (lire "Fiorèse quitte Al-Rayyan!").
Par la suite, F. le maudit ne trouva plus sa place ni à Lorient (en dépit d'un coup d'éclat sous forme de doublé au Parc des princes, en début de saison), ni à Marseille où il revint de prêt. Amiens et Troyes, en Ligue 2, virent le joueur jeter de pâles lueurs en guise de derniers feux: 24 matches et 4 buts disputés la saison passée à l'ESTAC (lire "Du plomb dans l'aile").

C'est par la magie d'une nuit d'été qu'un des meilleurs joueurs de Ligue 1, passeur habile et milieu régulier, a vu sa vie basculer. Le 31 août 2004 au soir (Lire "Bal populiste"), une carrière s'achevait, et la malédiction valait pour son ancien club – le PSG cherchant ensuite, des années durant, à lui trouver un successeur décent au poste de milieu offensif droit. Au soir où il quitte officiellement la profession, Fiorèse a pour consolation la certitude d'avoir eu une trajectoire exemplaire. Comme Xavier Gravelaine, comme Cyril Rool et quelques autres, mais à sa façon, Fio brille dans notre galaxie d'anti-héros.


* * *


Articles parus dans le #11 (forcément) des Cahiers du football, décembre 2004.

Fabrice Fiorèse, l'anti-alchimiste

fiorese_plomb.jpgLes alchimistes du Moyen-Âge rêvaient de transformer le vil plomb en or. Fabrice Fiorèse, notre lauréat 2004 (1), a accompli le miracle inverse, en passant en quelques mois du statut de solide pilier d'une des meilleures équipes du championnat à celui de Ballon de Plomb. C'est un honneur à sa mesure qui lui est rendu avec ce deuxième Ballon de Plomb. Celui que la presse spécialisée n'appelle autrement que "l'ex-Parisien" pour souligner une appartenance passée qui ne passe pas, combine en effet toutes les caractéristiques exigées par notre jury populaire: un niveau technique suspect et une aura extra-footballistique indéniable. À ce titre, il est le digne successeur d'un autre "ex-Parisien", le sémillant Francis Llacer, sacré lors de la première édition du Ballon de Plomb avec une nette avance sur ses poursuivants.


Par-delà le bien et le mal
Il n'empêche: le couronnement de celui qui, après tout, a terminé la saison dernière deuxième meilleur passeur du championnat et titulaire indiscutable chez le deuxième de la Ligue 1 ne manquera pas de susciter la polémique. C'est, notons-le au passage, le propre de toutes les grandes distinctions, de la Légion d'honneur au Prix Nobel de la Paix en passant par le joueur du mois de L'Équipe et même notre fade concurrent, le Ballon d'Or France Football®. Le signe que le Ballon de Plomb Cahiers du Football® joue à présent dans la cour des grands.

fiorese_bdp.jpgSans vouloir se faire l'exégète de la vox populi, dont les voies sont impénétrables, notre rédaction tient cependant à indiquer qu'à ses yeux, l'attribution de ce prix tant convoité à Fiorèse, au détriment de tant de pieds cassés de Ligue 1, obéit à deux logiques.
Premièrement, la profonde connaissance footballistique de nos lecteurs (gloire à eux), qui ont bien compris que les statistiques flatteuses affichées par l'homme au serre-tête étaient dues davantage à la présence à ses côtés d'un goleador implacable comme Pauleta, capable de convertir en but n'importe quel centre approximatif et d'attirer à lui les défenseurs adverses – un élément d'explication qui semble corroboré par le début de saison marseillais de notre héros, quasiment vierge de tout but et de toute passe décisive.
Deuxièmement, une certaine irritation due aux circonstances pour le moins troubles de son transfert. C'est cet événement estival qui aura vraisemblablement permis à Fabrice Fiorèse, en la seule journée du 31 août, d'assurer son triomphe final en faisant l'unanimité d'un bout à l'autre de la ligne à grande vitesse Gare de Lyon-Gare Saint-Charles.


Une batterie de casseroles
En effet, par son départ précipité d'un club qu'il jurait adorer (avant de le comparer, une fois parti, à un Abou Ghraïb mâtiné de Guantanamo), et par ses déclarations d'amour pour Marseille (jugées trop appuyées pour être honnêtes), "Fio", comme il se nomme lui-même parfois avec une tendresse déconcertante, a réussi l'exploit de se mettre à dos aussi bien les supporters parisiens que leurs homologues marseillais, incarnant à leurs yeux la "traîtrise" absolue. Rédhibitoire, quand on connaît leur proportion dans la population et, par conséquent, parmi les lecteurs des Cahiers – qui, pour être l'avant-garde de l'intelligentsia, n'en sont pas moins des hommes soumis à de basses pulsions partisanes.

L'espace de trois jours, le temps de deux confrontations entre les frères ennemis du championnat, d'une bronca monumentale au Parc des Princes à une bordée de sifflets lors de son entrée en jeu au Vélodrome, il aura pu mesurer l'ampleur de son impopularité. Si l'on y ajoute une image inextirpable de truqueur – qu'il traîne notamment depuis un houleux PSG-Bordeaux lui ayant valu d'être, à ce jour, le seul joueur sanctionné par la Commission de discipline de la Ligue pour simulation –, un physique de minet soigneusement entretenu et une réputation d'accro aux émissions de télé-réalité de TF1, on comprend que Fiorèse avait tout pour surpasser ses concurrents. Ces derniers étant également handicapés, pour la plupart d'entre eux, par le fait d'évoluer dans des clubs moins en vue que le PSG et l'OM (si un Chapuis irrite grandement les supporters strasbourgeois et ajacciens, la majorité de la population lui voue une indifférence polie).

Dans l'océan d'affronts qui accablent aujourd'hui un joueur payant le prix d'une rivalité montée en épingle dans les médias depuis quinze ans, nous espérons que notre Ballon de Plomb sera perçu comme ce qu'il est: un hommage ironique mais affectueux à sa présence en Ligue 1. Une présence qui, en faisant verser des hectolitres d'encre et de salive, rehausse encore davantage l'intérêt de notre championnat.



Fiorèse : la bio dégradable
fiorese_bio.jpgSurnoms
Fio, Fioranelli, Fiorèsinho, "beau gosse", Jacques Maillol (pour ses séances de plongée), Jacques Maillot (pour son amour de la tunique)

AOC
Fabrice a de la hauteur. Pour cause, il est né en Savoie à Chambéry, patrie de l'Opinel, des vaches Milka (les violettes), des pentes savonneuses et de la chasse au Dahu. C'est là que le bambin va parfaire ses glissades et acquérir l'art de la chute. Dès lors, deux options vont s'offrir à lui: le ski de bosse ou le foot sans patin.

Profession
Footballeur professionnel avant tout.

Caractéristiques physiologiques
174 cm debout, 214 cm allongé sur le gazon (les bras tendus).
69 kilos sans les genouillères et les coudières.

Ses devises
"Vous n'aurez pas ma liberté de pencher"

Palmarès
Coupe Gambardella 94 (avec l'Olympique lyonnais), Coupe de France 2004 (PSG comme Déhu), 

Carrière
Parti de sa Savoie natale pour conquérir le monde, Fabrice atterrit à Lyon, en banlieue de Saint-Étienne. Il intègre dans les années 90 le centre de formation de l'OL (promotion Cédric Bardon) où il fut un élève appliqué et studieux. Il obtient même un B- en sciences du libéralisme dès la première année. Côté gazon, sa scolarité se termine en apothéose avec un titre remporté en 1994 en Coupe Gambardella. Il passe logiquement en classe supérieure, mais ne dispute son premier match avec les pros que le 12 octobre 1996 au Havre. Résultat: défaite 4-1. La poisse. Guy Stéphan lui préfère Christophe Cocard. Un comble, il file à Guingamp. 
En Côtes-d'Armor, il va prendre le grand air. Sous la houlette notamment de Guy Lacombe, éleveur de champions, il peaufine ses débordements. Luis le kiffe et à l'hiver 2002, il quitte la Bretagne non sans s'enguirlander avec les dirigeants. À Paris Fiorèse découvrel'amour du maillot, Frédéric Déhu, les Opel Frontera et le serre-tête. Niveau foot? "On travaille en toute sérénité", avoue-t-il. Coach Vahid arrive, Fiorèse reste titulaire et réalise, soyons honnête, une demi-saison (2003-04) plus que correcte, qui le voit même occuper la tête du classement des meilleurs passeurs de Ligue 1. Mais la vie du bagne lui pèse. Un tunnel est creusé, les premières évasions interviennent. Lui attends son heure pile et passe chez l'ennemi.
Après avoir tiré trois ans au Camp de Loges, il trouve enfin une famille. Malheureusement elle se décompose bien rapidement et lui-même n'est pas vraiment adopté.


Lire aussi :
• "Bal populiste" – 9 septembre 2004
• "Fiorèse quitte Al-Rayyan!" – 1er septembre 2005
• "Du plomb dans l'aile" – 29 novembre 2007
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