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Jérôme Latta

 

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Rien sur Robert

Robert Louis-Dreyfus quitte ce monde et laisse l'OM... sur un bilan cruel pour lui, et incertain pour le club. Bonus: les RH selon RLD.

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Il est de tradition, lorsqu'une personnalité meurt, d'observer une sorte de deuil en assortissant l'hommage de circonstance d'une certaine bienveillance. Selon ce registre compassionnel qui caractérise à la fois la ladydianisation du monde et le règne du journalisme de révérence, les éloges funèbres sont généralement complaisants. La disparition de Robert Louis-Dreyfus, n'échappe pas vraiment à la règle (1), même s'il est difficile d'enjoliver son règne à la tête de l'Olympique de Marseille.


Échec personnel
On peut supposer que RLD était venu chercher dans le football, comme beaucoup de ses homologues, une parcelle de "passion" et surtout un pan de lumière. Car même une "cinquième fortune de France" comme la sienne ne lui aurait valu de réelle notoriété qu'auprès des milieux économiques: rien à voir avec l'exposition médiatique liée à ce sport en général et à l'Olympique de Marseille en particulier – dont on se souviendra qu'il voulait en faire le "Bayern du Sud". De ce point de vue, le bilan est amer: car si les supporters ont parfois décrété un moratoire sur les attaques à son encontre, il a maintes fois subi leur vindicte – depuis de fameuses insultes à sa femme au Vélodrome jusqu'à la toute récente exaspération née du départ d'Éric Gerets et surtout de l'éviction de Pape Diouf.

Au-delà d'un stade et d'une ville qu'il n'aura su conquérir, les ennuis judiciaires, l'absence de consécration sportive et le manque de reconnaissance – au deux sens du terme – ont fortement compromis son espoir de retirer une vraie satisfaction personnelle de cet investissement. D'autant que les feux du football l'ont finalement consumé, cannibalisant l'image du businessman comblé au profit de celle d'un loser fini.


Un néant paradoxal
Ceci est inlassablement martelé: la contribution de Louis-Dreyfus à l'histoire de l'Olympique de Marseille souffre d'abord de l'absence de titre en dehors d'une Coupe Intertoto qui fait une ligne de palmarès un peu honteuse. Il faut pourtant convenir que ce néant, ponctué de trois deuxièmes places en championnat et de deux finales européennes (auquel on peut ajouter deux finales de Coupe de France), est paradoxal: si cette page blanche est significative, sport de compétition oblige, elle n'a parfois tenu qu'à la cruauté de ses aléas. Joueur de poker, RLD a accepté de subir les revers non moins cruels du football, à commencer par une sérieuse déveine qu'il n'aura pas réussi à amoindrir en échouant aussi à rentrer un tant soit peu dans sa mise.

Aujourd'hui, l'heure est à souligner le montant de son investissement (2) et à voir le verre à moitié plein. Sans lui, l'OM aurait coulé, et les supporters marseillais sont bien ingrats. Il est pourtant bien plus évident qu'avec ces sommes-là, le club aurait dû faire beaucoup mieux. Il aurait même fait bien mieux avec deux fois moins d'argent utilisé à meilleur escient. En réalité, l'OM a consciencieusement gâché ses atouts et les occasions de monter dans le train du foot-business – alors que les années Louis-Dreyfus ont été celles de son passage en mode TGV.


Instabilité dramatique
Comment, alors, ne pas envisager frontalement la responsabilité de RLD dans ce gâchis qui n'est pas seulement celui d'une fraction de sa fortune? Avec douze entraîneurs et cinq présidents depuis 1997, l'OM a subi une instabilité dramatique, ainsi que des choix de personnes calamiteux. Que le propriétaire soit intervenu directement ou qu'il ait au contraire, selon les périodes, donné l'impression de se désintéresser des affaires, il n'a jamais semblé assurer l'intérêt de son club. Non content de composer ou d'avaliser des castings à haut risque, RLD a poussé le vice jusqu'à associer des ennemis notoires (le couple Tapie-Dubiton n'étant qu'un exemple parmi d'autres) dans le but avoué de les laisser s'annihiler.

Et lorsque l'OM a enfin retrouvé une stabilité et des ambitions sportives fondées, son ultime décision a été de procéder à une révolution de palais dont les motifs sont restés obscurs (3). S'ajoutant à une communication calamiteuse par voix d'interview, le flou total sur ses intentions depuis plusieurs années n'a fait qu'aggraver la confusion et l'amertume.


Le bilan et l'héritage
RLD aura souvent donné l'impression qu'il disposait de son coûteux jouet comme un enfant gâté s'amusant à le jeter contre les murs... Ou bien, peut-être, comme un homme rendu instable par la maladie. D'aucuns avanceront qu'il a été marqué par ses condamnations (puisqu'il peut apparaître comme la victime des malversations – 4), mais lui-même n'a pas caché son plaisir de s'acoquiner avec des personnalités sulfureuses (5). La candeur a surtout bon dos s'agissant d'un homme rompu à la brutalité du milieu des affaires, et qui n'a pas pu ignorer longtemps la joyeuse opacité du marché des transferts.

Inintelligence, perversité ou incompatibilité avec la logique du football et de son milieu? Les raisons de l'échec seront longtemps discutées, mais l'échec ne fait pas de doute. Et si le bilan est médiocre, il reste encore à gérer l'héritage. On ne sait encore rien de l'OM post-RLD, avec son président novice et son actionnaire majoritaire actuellement sans visage. Mais il ne fait pas de doute que l'ère Robert Louis-Dreyfus sera relue à la lumière de ce qui la suivra, à commencer par la transition immédiate.


>> Lire aussi le portrait par Jean-Patrick Sacdefiel, "RLD était pipé".





Les RH selon RLD
Licenciements, embauches effectives ou imaginaires: en douze ans à l'OM, RLD aura surtout su s'entourer d'un maximum de compétence.

1996. Marcel Dib dirige la cellule de recrutement et déclare "Zidane, je le promets aux Marseillais!".


1999. Suite à l'inexplicable départ de Laurent Blanc, Rolland Courbis annonce qu'il a trouvé son successeur en la personne d'Eduardo Berizzo.


2000. Luis Fernandez finit par refuser le poste de manager général offert par RLD.


2001. Bernard Tapie et Pierre Dubiton (que RLD venait pourtant de qualifier de "petit facho de service") dirigent conjointement le club. Six mois, d'incessantes prises de bec et quatre entraîneurs plus tard, Étienne Ceccaldi remplace Dubiton. Ce dernier lui fracturera le nez d'un maître coup de boule après son licenciement.


2001. L’Équipe annonce que Jardel a signé.


2001. Eduardo Tuzzio, acquis gratuitement par le Servette de Genève, est vendu à l’OM trois jours plus tard contre 6,4 millions d'euros.


2001-2002. En onze mois, Bernard Tapie dépense 53 millions d'euros pour 58 mouvements  de joueurs, portant la masse salariale à 85% du budget du club. L'OM termine la saison à la neuvième place.


2004. En guise de conclusion à son conflit avec Christophe Bouchet, Alain Perrin se voit notifier son licenciement pour "faits de harcèlement sexuel sur plusieurs employées, exhibition sur le lieu de travail, défaut d'information de l'employeur".


2005. Démissionnaire en novembre 2004 après deux défaites consécutives face au PSG, José Anigo est nommé directeur sportif.


2007. Ça y est, RLD a trouvé le repreneur qui va assurer l'avenir de l'OM: le sémillant Jack Kachkar, qui a le temps de serrer des centaines de paluches, de faire un tour d'honneur au Vélodrome et de danser dans les vestiaires avant de disparaître faute de pouvoir régler les 110 millions d'euros requis.


2009. En l'espace de trois jours, Jean-Pierre Bernès est successivement indispensable puis indésirable à la direction de l'OM.


(1) Selon La Provence, au cours des derniers mois, "s'est installée chez les médias, au sein même des divers dirigeants du club, une forme de pudeur constante. Par respect pour l'homme".
(2) Notons que le montant de 200 à 220 millions d'euros auquel est évalué l'investissement global de RLD ne tient pas compte des bénéfices indirects qu'il en a tirés: exposition de sa marque Neuf Télécom, entregent et relations publiques avec les partenaires, etc.
(3) En contradiction avec les propos tenus dans une fameuse interview de janvier: "J’avais dit récemment que l’une des raisons pour laquelle nous avons eu des performances plus régulières résultait du fait qu’il y avait une équipe de dirigeants avec Pape à sa tête qui travaillait dans la continuité" (Le 10 Sport).
(4) Lire "Courbis et Louis-Dreyfus sur un bateau".
(5) Jean-Claude Bourbon, journaliste de La Croix et auteur d'une biographie : "Il a toujours eu envie de fréquenter l’infréquentable, depuis sa jeunesse. Après avoir raté son bac, il a gagné un temps sa vie en jouant au poker. Il aimait le mélange entre les costumes-cravate du jour et des affaires et les copains dépenaillés du soir et des parties de cartes. Par exemple, Courbis et Acariès le faisaient beaucoup rire. Il s’est aussi rendu compte qu’il devait faire des concessions pour tenir les supporters de l’OM" (La Provence).

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