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Jérôme Latta

 

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Le foot sans tête

L'arrivée et le départ de Charles Villeneuve posent une question que le football français laisse sans réponse: qu'est-ce qu'un président de club?
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En dehors du régime présidentiel aulassien, difficilement transposable, le président à l'ancienne n'a pas trouvé de successeur: le patron de PME locale à tendance mégalomaniaque a dû céder la place, progressivement, à des technocrates "délégués" par l'actionnaire... et souffrant d'un constant problème de légitimité. Ces gestionnaires – quand ils ne débarquent pas d'un monde complètement étranger, pour des raisons obscures –, affligés d'un statut presque aussi précaire que celui des entraîneurs, ne peuvent longtemps disposer de l'autorité nécessaire auprès des joueurs, des supporters, des médias et de l'environnement du club. Surtout si ce dernier est constamment le lieu d'intrigues de palais.

Comme il manque aussi au football français le chaînon du manager sportif à l'anglaise (lire "Le banc des récusés"), de nombreux clubs français se noient dans des problèmes de "gouvernance", comme on dit dans le monde de l'entreprise – un modèle auquel nos dirigeants, bien qu'ils s'en réclament constamment, ont finalement bien du mal à se conformer.


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Villeneuve au tournant

Sortie un peu de nulle part, et fort difficile à débrouiller dans ses détails, la crise institutionnelle du PSG illustre cependant très bien la situation. En dix ans, d'un Charles (Biétry) à l'autre (Villeneuve), le club a connu sept présidents différents, pour les investissements et les résultats sportifs que l'on connaît. Le choix de Charles Villeneuve, s'il pouvait paraître éminemment raisonnable en comparaison de la menace Michel Moulin, avait tout de même de quoi laisser perplexe: manifestement, l'homme ne disposait d'aucune compétence particulière en matière de football et présentait une personnalité controversée.

Le stock de "dirigeants historiques" momentanément épuisé, le recrutement de Villeneuve s'est apparenté à un casting: il est connu, il a une réputation et de l'entregent. Dans l'esprit des actionnaires, il est peut-être apparu comme le type de ces meneurs aventureux, voire scabreux, qui réussissent mieux dans le football que les cadres austères de nos multinationales. Charles Villeneuve dans un vestiaire, la scène est plausible. Et la première moitié de saison du Paris-SG a plutôt accrédité la thèse du coup réussi.


L'abdication de Charles II


Alors qu'est-ce qui "fait" (et défait) un président de club? Frédéric Thiriez, acteur interprétant le rôle de président de la Ligue du football professionnel sans gouverner le moins du monde le football professionnel, est peut-être une sorte de précurseur, annonçant une génération de présidents-dircom. Car le cœur de la mission du dirigeant de club, c'est de faire de la communication interne et externe, des relations publiques. Il devient un porte-parole, placé sous tutelle dès qu'il quitte ce pré carré. En réclamant plus de prérogatives, Charles Villeneuve est sorti de son rôle au point d'être éjecté de son poste.

Le vrai pouvoir, qui ne peut être que sportif, est ailleurs. S'il existe. Car curieusement, les actionnaires, qui se sont littéralement approprié un patrimoine que l'on ne peut pourtant réduire à sa dimension économique – pour ce qu'il comporte de capital symbolique et historique, d'investissement des supporters et des collectivités – n'assument pas le pouvoir qu'ils se sont conféré. À l'hésitationnisme de Sébastien Bazin fait écho la gestion de l'OM par Robert Louis-Dreyfus, par voie d'interview, qui semble vouloir affaiblir son président à défaut d'être en mesure de le limoger avec pertes et fracas, comme il fut d'usage avant Pape Diouf. Invisibles et inaudibles, les actionnaires laissent le navire aux mains de capitaines en position de faiblesse, non sans leur envoyer quelques tempêtes. Tout cela alors que la situation sportive des deux équipes est très satisfaisante.


S'il faut remarquer que des clubs placés moins haut dans la hiérarchie médiatico-économique, comme Lille ou Rennes, parviennent à développer un projet sportif sans trop de heurts, nos présumés grands clubs semblent indéfiniment en panne de vrais patrons. Plutôt que faire des castings et de nommer des "pingouins de service", selon l'expression de Ludovic Giuly, leurs propriétaires devraient s'interroger sur le profil d'un poste complexe. Et faire en sorte d'en rendre l'exercice plus aisé, à défaut de l'exercer eux-mêmes.
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